dimanche 11 octobre 2015

[Editions du Long Bec] - Trou de mémoire : Gila monster, par Seiter et Regnauld

Un quai de bois sous la pluie battante. Un homme sort de sa torpeur avec un violent mal de crâne, et le front ensanglanté. Mais que fait-il là ? Cette première question va vite être chassée par d'autres : qui est cette femme, baignant dans son sang, morte, non loin de lui ? Ce revolver qui traine à deux pas, s'en est-il servi ? A-t-il raison de le balancer à la flotte, dans un mouvement de panique ? Et surtout, bon sang, mais qui est-il ? Il ne parvient même pas à se souvenir de son identité... Une chose est sûre : il est à San Francisco, sur le Fisherman's Wharf, face à Alcatraz. Encore sonné et désorienté, l'homme écoute tout de même son instinct qui lui souffle de se tirer au plus vite d'ici. Mais pour aller où ? Dans les poches de son manteau, la carte du Queen Anne Hotel. Autant commencer par se rendre vite là-bas, où il pourra peut-être recoller des morceaux de sa mémoire envolée. Et vite avant que la police ne remonte sa trace : deux inspecteurs, Carnovsky et Mc Gowan sont déjà sur place, près du cadavre de la jeune femme...



Des amnésiques, le polar en a déjà croisé un certain nombre, et ses deux plus célèbres représentants sont certainement le Jason Bourne de Ludlum, et son double, XIII. Roger Seiter n'en a pas moins hésité à en lancer un nouveau dans la famille, et il a parfaitement réussi : son personnage va explorer la moindre piste, pour petit à petit redécouvrir qui il est. Et dans le même temps, l'enquête va progresser, se ramifier, et faire entrer dans la danse le FBI, offrant ainsi l'occasion de lire une nouvelle tranche de la guerre des polices made in USA. Le scénario de Seiter - dont le savoir-faire en la matière nous a déjà donné de belles réussites (comme Fog, avec Bonin) - est parfaitement réglé, et il n'y a plus qu'à se laisser emporter par les superbes planches de Pascal Regnauld. La scène d'ouverture, aux cadrages impeccables, installe immédiatement l'atmosphère et plonge le lecteur au coeur de l'action : ce wharf sous les trombes d'eau, on y est vraiment ! Quant au trait de Regnauld il est ici de la famille d'un Darwyn Cooke ou d'un Antonio Lapone, dont il partage l'élégance et la précision. Pour cette histoire située dans les années 60, le dessinateur a pris le parti de la bichromie, en alternant un bleu-gris pour les scènes nocturnes et un ocre-sépia pour les autres moments de la journée. Avec des tâches rouge là où il faut, bien sûr. C'est un réel plaisir pour les yeux, et c'est aussi l'occasion de découvrir un dessinateur jusqu'à présent surtout connu pour son travail sur Canardo : tout cela achève de faire de cet album une très belle surprise Les éditions du Long Bec ont du reste d'autres histoires noires à leur catalogue, sur lesquels je reviendrai. En attendant, il ne faut pas hésiter à se plonger dans le premier tome de ce diptyque, un vrai et très bon polar. 


 

 


A noter : Trou de mémoire fait partie des 7 albums en course pour le Prix "Polar" 2015 du meilleur "one-shot" ou "diptyque" du 20ème festival du polar de Cognac








Trou de Mémoire : 1 - Gila Monster ****

Scénario Roger Seiter ; dessin et couleur  Pascal Regnauld

Editions du Long Bec, 2015 - 56 pages couleur - 15,50€



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