dimanche 19 décembre 2010

Pour vos cadeaux, part tou : spécial Comics !

Damned ! Le 25 décembre, etc...
Comme promis, la suite de mes suggestions pour vos cadeaux, avec aujourd'hui un petit tour du côté des crime comics, qui recèlent de vrais trésors.

En première ligne, les éditions Delcourt qui suivent au plus près les sorties de la géniale série Criminal de Brubaker et Philips. Dans le dernier tome paru, « Pauvres pêcheurs » on retrouve le personnage de Tracy, apparu dans le tome 2. Le voici devenu homme de main pour le compte d'une véritable ordure, et il n'est pas tout à fait sûr d'être fait pour cela. Une fois de plus, scénario nickel et dessin non moins parfait pour ce qui est, de loin, le meilleur « crime comic » du moment.

Bon, évidemment, le titre pourrait être disputé par le Tony Chu de Layman et Guillory, qui ont eu la bonne idée d'inventer un personnage de détective-cannibale. Ou pour être plus précis : de flic cibopathe. C'est à dire que l'inspecteur Chu (Chew, en vo) est capable de retracer l'origine d'absolument tout ce qu'il ingurgite. Il lui suffit d'ouvrir la bouche... et de voir l'abattoir d'où provient le bovidé qui est à l'état de steack dans son assiette, l'arbre et les pesticides qui ont été utilisé sur l'excellente pomme qu'il goûte... C'est tellement pénible qu'il préfère en rester aux betteraves, seul aliment qui lui laisse les neurones en paix. Mais un type pareil, c'est du pain béni pour les autorités, et l'inspecteur Chu est vite invité à goûter des bouts de cadavres, plus ou moins frais, histoire de voir ce qu'ils « racontent »... Ce scénario bien barré se lit avec délectation et s'admire pour les cases très cartoonesques de Guillory. A offrir à vos amis végétariens.

A offrir à vos amis qui rêvent de mettre le pays à feu et à sang parce qu'ils n'en peuvent plus : The last days of american crime, une trilogie apocalyptique dont les deux premiers tomes ont été traduits cet été par Emmanuel Proust. L'histoire ? Aux Etats-Unis, le gouvernement a trouvé la parade définitive à tout acte de délinquance : un signal agissant directement sur le cerveau et annihilant toute volonté d'action hors-la-loi va être émis dans les quinze jours. C'était un secret, of course, mais le Washington Post l'a dévoilé, provoquant l'anarchie dans le pays. Et c'est pendant ces quinze jours que Graham Bricke va tenter le casse qui va lui assurer sa retraite. Avec quelques comparses, mais est-on jamais sûr de ses partenaires dans le crime, surtout dans un pareil contexte ? La réponse est dans ce comics au dessin époustouflant de Greg Tocchini, (également encreur et coloriste, rare pour les américains) dont le talent est tel que Rick Remember, le scénariste l'avoue sans détour : « ce qu'il a accompli est absolument incroyable. Le livre vaut la peine d'être acheté, même uniquement pour le dessin ». Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire.

Mais dans le genre l'apocalypse est au coin de la rue, le roi demeure sans conteste l'indestructible Judge Dredd dont Soleil a sorti un recueil de dix histoires courtes signées Grant et Wagner, sur des dessins de Bisley pour huit des récits. Cela s'appelle « Heavy metal Dredd » et c'est comme d'habitude un rien brindezingue : de la présentation de Dredd et Megacity One en chanson, à la Course aux Poules Mouillées, en passant l'épisode narrant la fouille corporelle, un peu spéciale, du magicien « le Grand Arsoli », ce sont des tranches de vie ordinaires de la cité de la violence qui se déroulent sous nos yeux amusés. Amusés, car c'est bien le second degré (et le troisième, le quatrième..) qui sont la marque de fabrique de cette grandissime série culte et, grokk !, ça fait du bien de retrouver l'inflexible Juge et sa sale gueule. Et n'oubliez pas : il EST la loi... A qui offrir un truc pareil ? Ben, à votre petite amie étudiante en droit...

Et pour finir, toujours chez Soleil, et même si on sort un peu des « crime comics », tout amateur de BD américaine doit avoir au pied du sapin " Stan Lee présente l'art de la BD", bible auto-proclamée où le pape des super-héros dévoile tous les secrets pour devenir le dessinateur star de demain. Bon, tout le monde n'est pas un Jack Kirby en puissance, et je doute que Neal Adams ait compulsé ce genre de livre pour apprendre le métier, mais ce « Stan Lee présente... » est vraiment un bel objet, richement illustré (encore heureux me direz-vous) et après une courte mais bienvenue histoire du genre aux Etats-Unis, il présente vraiment tous les aspects du métier, du matériel de base aux techniques élémentaires. Tiens, par exemple, la perspective. Très important la perspective, dans la BD : ne vous êtes-vous jamais dit que telle case était curieuse, ou mal foutue ? Souvent c'est une question de perspective, mal maîtrisée. En quelques pages et exemples clairs, hop, Stan vous remet les idées en place, et bientôt, vous saurez tout. Et vous relirez peut-être vos comics – et vos bonnes vieilles BD franco-belge – d'un autre oeil.
Un très beau livre, en grand format, à offrir à n'importe quel amoureux de la bande dessinée (et des super-héros encore plus).

Criminal 5 : Pauvres pêcheurs
Scénario Ed Brubaker et dessin Sean Phillips
Delcourt, 2010 – 14,95 €

Tony Chu, tome 1 : Goût décès
Scénario de John Layman et dessin de Rob Guillory
Delcourt, 2010 – 14,95 €

The last days of american crime, tomes 1 et 2
Scénario Rick Remember et dessin Greg Tocchini
EP, 2010 - 60 pages couleurs - 14,95 € chaque

Heavy Metal Dredd
Scénario Alan Grant et John Wagner et dessins Simon Bisley
Soleil, 2010 – 63 pages couleurs – (US Comics) - 12,90 €

Stan Lee présente l'art de la BD
Soleil, 2010 – 224 pages couleurs – 30 €

dimanche 12 décembre 2010

Pour vos cadeaux... Part ouane

Enfer ! Le 25 décembre approche à la vitesse d'une balle perdue et vous ne savez pas encore quoi offrir à cet oncle un peu bizarre que vous ne voyez qu'une fois l'an. Ou à votre copine qui ne lit que des romans de Marc Lévy. Ou à votre copine qui ne lit que des essais de Michel Onfray. Ou à vos parents qui aimaient bien Tif et Tondu, dans leur folle jeunesse. Ou à votre neveu qui ne jure que par les mangas.
Et vous vous dites qu'une BD serait du plus bel effet au pied du sapin. Oui, mais laquelle ?
Vous pouvez compter sur les éditeurs pour sortir de belles intégrales à cette période de l'année. En voici quelques-unes, 100 % polar, qui pourraient vous valoir autre chose qu'un merci poli au moment du déballage annuel (de cadeaux)... Aujourd'hui : Dargaud et Dupuis.

Chez Dargaud, Berceuse assassine, de Tome et Ralph, est devenu au fil du temps un véritable classique du polar urbain. C'est déjà la troisième version de l'intégrale et comme le site de l'éditeur le dit : « On envie ceux qui vont découvrir ce scénario pour la première fois : une histoire à trois voix, chaque tome de ce triptyque ayant un narrateur différent. Un polar extrêmement intelligent, des personnages noirs, très noirs, détruits par la vie et la ville, un dessin incroyable ». Et bien je vais vous dire à mon tour : tout cela est exact, et ce triptyque est un véritable choc ! En plus, il reparaît cette fois en grand format (35 cm de haut sur 27 de large) et les planches s'en trouvent magnifiées.

C'est aussi sous ce même format que vous pourrez (re)lire Jazz Maynard, la formidable « trilogie barcelonaise » des espagnols Raule et Roger, dont je vous avais déjà dit le plus grand bien (lire mes chroniques des trois tomes au moment de leur sortie) Dargaud a opté pour une version en noir et blanc, et cette fois c'est le formidable dessin de Roger qui est mis en valeur.

Chez Dupuis, vous pouvez bien entendu vous précipiter sur les intégrales de Tif et Tondu et Gil Jourdan, dont le tome 4 est paru en novembre, avec toujours des dossiers d'introduction aussi riches en images inédites et érudits. C'est dans cette collection « Patrimoine » que sont aussi ressorties les aventures de Théodore Poussin de Franck Le Gall, certainement la bande dessinée d'aventures « tout public » la plus intelligente, et la plus captivante, qu'il m'ait été donnée de lire. Bon, d'accord, il faut être un adepte de la ligne claire pour pouvoir apprécier l'histoire du jeune Poussin, rêvant d'horizons maritimes lointains, et qui va se retrouver, un peu malgré lui, pris dans un tourbillon d'événements. Mais quel souffle ! Le Gall embarque complètement le lecteur dès le premier tome et fera vivre à son héros des épisodes d'une intensité dramatique et humaine rarement atteinte dans les pages de Spirou. Si vous êtes passés à côté de cette excellente série au moment de sa sortie (qui remonte aux années 80) c'est le moment de vous y plonger (avant de l'offrir, of course) . Le premier volume reprend les 4 premiers des 12 tomes et pour le premier ("Capitaine Steen") et une partie du second ("Le Mangeur d'archipels") les couleurs ont été refaites. Du travail d'orfèvre !

Autre fleuron de la collection, l'intégrale de Green Manor porte bien son sous-titre : « 16 charmantes historiettes criminelles ». Vehlmann a imaginé pour cette exquise série, et pour son dessinateur Bodart, 16 histoires que les membres les plus honorables du très sélect Green Manor's club se racontent, la voix pleine de frissons. De crimes impossibles en vengeances parfaites, de machinations perverses en énigmes insolubles, c'est un véritable voyage au coeur d'une Angleterre victorienne rouge sang auquel le lecteur est convié. Le tout avec ce légendaire flegme britannique, comme le suggère l'unique phrase du dos du livre : « Le meurtre n'est rien sans un peu d'élégance ». Elégante et classieuse, cette édition l'est en tout point de vue : au format roman, elle affecte l'allure d'un fac-similé relié cuir, allant jusqu'à reproduire la patine du temps. Et pour relier l'ensemble de leurs petits contes noirs, les auteurs ont imaginé un prologue et un épisode tout à fait approprié. Et Dupuis a ajouté un cahier graphique de 24 pages (crayonnés de personnages, planches à divers stade de travail) pour clore le tout : franchement, encore un cadeau somptueux !

Et pour finir, une autre facette du très grand talent de Fabien Vehlmann : la réédition du 1er cycle de Seuls, ce thriller fantastique dessiné par Bruno Gazzotti, qui a marqué les esprits dès la parution de « La disparition » en 2006. Au cas où vous soyez passé à côté, le tout début de l'histoire : cinq enfants, âgés de 5 à 12 ans, se réveillent un matin dans une ville complètement désertée par les adultes. Livrés à eux-mêmes, ces enfants vont devoir apprendre à vivre sans ces adultes, et, tout en essayant de comprendre les raisons de leur soudaine solitude, faire face aux dangers d'une grande ville, où ils vont découvrir, au fil des albums, que d'autres enfants sont dans leur situation.
L'intégrale regroupe les cinq albums d'un premier cycle d'une série qui a d'ores et déjà marqué la bande dessinée « tout public ». Un petit tour sur le site dédié vous donnera une petite idée de la chose, au cas où vous n'ayez vraiment jamais entendu parler de « Seuls »...

DARGAUD
Berceuse assassine - 168 pages couleur, 35 €
Jazz Maynard – 152 pages, 29 €

DUPUIS
Gil Jourdan – 4 tomes - 240 pages couleur, 24 € chaque
Tif et Tondu – 8 tomes - 156 pages couleurs, 24 € chaque
Théodore Poussin – 1 tome –240 pages couleur, 24 €
Green Manor – 1 tome – 160 pages couleur, 35 €
Seuls – 1 tome – 264 pages couleur, 30 €