lundi 21 juillet 2014

[Punk Cemetary] - Tommy , "Le Baron" et Chris : Ramones, Punk Rock & mobile homes, et Punk Rock Jesus. La Sainte Trinité.

Bon. Thomas Erdelyi, alias Tommy Ramone, n'était certainement pas le plus punk des quatre faux frères. Et comme il avait cédé sa place aux baguettes à Marky dès 1978, juste avant "Leave home", je  ne l'ai jamais vu jouer, contrairement aux autres. Mais quand même : il ne reste déjà plus aucun des membres fondateurs vivants de mon groupe préféré, j'ai un peu de mal à le croire, alors que tant de dinosaures du rock sont encore là... ça fait un pincement au coeur. Alors pour lui rendre hommage je reviens sur deux BD pas vraiment polar, mais indispensables à votre bibliothèque. Car superbes toutes les deux.

La première est signée Derf Backderf, déjà auteur du magnifique "Mon ami Dahmer", et s'intitule sobrement "Punk Rock & mobile homes" (ça et là, 2014).  Comme prévient Backderf en exergue : "Ceci est une fiction mais ça AURAIT PU arriver...". Et on veut bien le croire, tant son histoire respire l'authenticité, la simplicité et la sincérité. On y suit à Richford, dans la banlieue d'Akron, le quotidien d'un lycéen, Otto Pizcok, colosse auto-proclamé "Le Baron",  qui, grâce à son physique et son charisme, va devenir le "videur" d'une salle de concert appelée à devenir mythique en ce début 1980 : The Bank. Mythique parce que cette salle va voir défiler tous les pionniers du punk, des Ramones à The Clash, en passant par Wendy O Williams, Klaus Nomi ou encore Ian Dury. Le Baron va se retrouver comme un poisson dans l'eau au milieu de  tous ces musiciens et  il va vivre, avec ses potes encore ados, comme lui, une expérience hors du commun, à la (dé)mesure de sa personnalité, attachante et spectaculaire à la fois."Punk Rock et mobile homes" est un formidable récit d'apprentissage, souvent hilarant (il faut entendre le Baron parler en langage Tolkien, ou le voir concentré sur ses cassettes de pets enregistrés...), parfois plus grave, mais toujours rythmé par une bande son d'enfer, qui donne une envie irrépressible : se la repasser pour de vrai, à fond, et se dire que malgré les années, ben y' a pas : punk's not dead !


La seconde BD qui ravira l'amateur de binaire mais pas forcément fan, à la base, de comics, c'est le "Punk rock Jesus" de Sean Murphy (Urban Comics, 2013). Voici le  pitch, pour le moins audacieux : pour faire un carton d'audience, Ophis, une société productrice de shows de telé-réalité, décide tout simplement de faire naitre un clone de Jesus, à partir de cellules récupérées sur le Saint Suaire... Evidemment, il faut un scientifique capable de mener à bien le projet, et Ophis en trouve une, en la personne de Sarah Epstein, généticienne de renom. Et il faut aussi une nouvelle Marie, vierge de préférence, et Ophis fait passer des auditions pour trouver la mère idéale... qui vivra dans le luxueux complexe "J2", de l'émission du même nom. Tout un programme, donc, parfaitement huilé, qui évidemment rencontre quelques réticences, en particulier des membres virulent(e)s de "La Nouvelle Amérique Chrétienne", bien décidé(e)s à ne pas laisser advenir la venue de ce nouveau messie qui ne pourrait être qu'un imposteur... Mais rien ne semble freiner la puissante machine "J2", et l'enfant Chris naît, comme prévu. Et en direct, bien sûr.  Ce qui est nettement moins prévu, c'est qu'à l'adolescence, il découvre le punk, et qu'il monte un groupe pour cracher toute une rage accumulé au cours d'années de bourrage de crâne chrétien.
La situation va devenir explosive... 



 Sean Murphy a visiblement réglé quelques comptes persos avec cette histoire forte,  qui lui permet aussi de dénoncer une emprise religieuse proche du fanatisme, qui s'exerce aux Etats-Unis, jusque dans le rock. Le côté punk de l'affaire, on le trouve évidemment dans les scènes du groupe monté par Chris, les Flak Jackets, mais aussi dans un personnage secondaire, Thomas McKael, l'homme chargé de la sécurité du projet J2. Ancien de l'IRA, des Forces Spéciales Brittaniques, il est ambivalent, et on ne sait trop de quel côté il va pencher. Il fait penser au personnage de Marv dans Sin City : un type indestructible, qui ne recule devant rien. Un vrai rebelle, quoi.
"Punk Rock Jesus" est au final une Bd au message bien plus politique qu'il n'y parait au premier abord, tant elle aborde des thématiques qui posent de vraies questions sur notre futur proche.
Ou une seule  "No future : vraiment ?".



  Et je ne peux finir cet hommage à Tommy Ramone en rappelant qu'il avait eu la gentillesse d'écrire un court texte d'introduction  pour le recueil collectif de nouvelles "Ramones, 18 nouvelles punk et noires", rassemblées par l'ami Jean-Noël Levavasseur, chez Buchet Chastel, et auquel j'ai participé.
  Il y narre quelques anecdotes sur la première tournée des Ramones en France, en 1977. Du genre : "On a dû annuler le concert de Marseille, ce qui n'a pas trop dérangé Dee Dee outre mesure, vu que sa principale motivation, à Marseille, c'était d'acheter un nouveau cran d'arrêt pour sa collection".
Et Tommy Ramone conclut en disant : "Ils [les écrivains du recueil] ont fait preuve d'une grande imagination, et, à l'évidence, ces fictions débordent d'amour pour les Ramones".
C'est exactement ça, mec. Tiens, je vais  remettre "It's alive !" Et foutre le feu à l'église.


Punk Rock et mobile homes *****
Scénario et dessin Derf Backderf
ça et là, 2014 - 154 pages noir et blanc - 19 €

Punk Rock Jesus ****
Scénario et dessin Sean Murphy
Urban Comics, 2013 - 232 pages noir et blanc - 19 €

Ramones -  18 nouvelles punk et  noires
Buchet Chastel, 2011 -  240 pages - 17,25 € 

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