vendredi 25 février 2011

[Chronique] - Les Morsures du passé ou quand le Janitor remonte le temps...

A Rio de Janeiro, un couple de retraités passe une journée tranquille dans un établissement où leur fortune permet visiblement de bons traitements. Ils vivent pourtant leurs derniers instants, et vont être sauvagement assassinés, par un couple curieusement assorti : une jeune fille au look punkoïde et un septuagénaire sec comme un coup de trique. Dans une autre vie, le couple de paisibles vieillards a servi un certain docteur Mengele, et leur passé les a rattrapés, et les chasseurs de nazis aussi... Pendant ce temps, au Vatican, on s'interroge sur la présence du cardinal Di Origio sur le yacht du Nouveau Temple, une société secrète qui inquiète le Saint-Siège. Vince, alias Trias, le Janitor, est envoyé aux basques du cardinal, ce qui lui permettra peut-être de résoudre un autre mystère : la réapparition soudaine de son frère, supposé mort, sur ce même yacht du Nouveau Temple...On avait laissé le Janitor en pleine surprise lors du tome 3 (Les Revenants de Porto Cervo), avec ce face à face avec son frère, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce tome 4 apporte des éclaircissements sur le passé de notre James Bond papal. Son histoire personnelle va entrer de plein fouet avec celles des traqueurs de nazis, et du coup, la série prend tout de suite une autre dimension. Il faut certainement y voir la patte de Boucq, qui confie, dans le dossier de presse : « Je suis fasciné par l'incidence que peut avoir la Seconde Guerre mondiale sur notre monde actuel. C'est un thème totalement intégré à la série, même si, jusqu'à ce quatrième tome, il n'était pas encore très visible ».
En effet. Le Janitor donnait plus l'impression d'une série d'espionnage très originale, avec ces improbables et ultra-modernes services secrets du Vatican, et ce personnage secret de Trias. Cela reste vrai, mais les scénaristes ont donné comme un coup de fouet, au niveau de l'action, à une oeuvre déjà captivante, l'enrichissant d'une couleur supplémentaire. Bon, d'accord, le coup du frère jumeau, on nous l'a déjà fait. Mais rarement pour un affrontement, encore à venir, aussi « dramatique ». L'affrontement aura-t-il lieu, d'ailleurs ? Et quelle est la réelle puissance de la société secrète du Nouveau Monde ? Sente et Boucq nous donneront les réponses dans le prochain volume, qui clôturera le cycle. En attendant, replongez-vous dans une lecture des quatre tomes, ils ont tous une saveur particulière, et font du Janitor une série particulièrement goûteuse.
Le Janitor, tome 4 : Les Morsures du passé
Scénario Yves Sente François Boucq. Dessin François Boucq
Dargaud, 2011 - 56 p. coul. - 13,50 €

Ma chronique du tome 1 c'est ici, celle du tome 2, et celle du tome 3 ici-là. Eh oui, j'aime bien...

mardi 22 février 2011

[Chronique] - Attentat à Dallas en 1963 ? Non, en 1973... Mais qui a tué le président ?

French, Américain né d'un père Alsacien, est un bon patriote. La preuve : il sert les Marines, prêt à défendre les valeurs de l'Union jusque dans les jungles les plus hostiles du Vietnam. Bon, d'accord, il fait tout de même partie d'une unité de combattants un peu spéciale... La Brigade de l'enfer, composée uniquement de hell's angels, et créée en 1965, avec la bénédiction du président des Etats-Unis en personne. Mais French est une vraie tête brûlée, et il ne se contrôle pas toujours : après avoir abattu un officier de l'US army, le pays le rapatrie et lui annonce sa récompense pour ses bons et loyaux services. 147 ans de bagne. Aussi, quand il sort par miracle au bout de trois ans, faut-il s'étonner de le voir sur le point d'éliminer ce président qui est la cause de tous ses malheurs ?
Le principe de la série Jour J, qui en est ici à son cinquième volume, est celui de l'uchronie, avec comme accroche ce petit jeu qui consiste à apostropher le lecteur sur le mode du « Et que ce serait-il passé si... » et à l'embarquer dans une autre Histoire, détournée de sa voie connue de tous. Sauf que, dans ce tome, curieusement, le sous-titre «L'Amérique sous le choc après l'assassinat de Dallas » n'est pas le point de départ de l'album... mais plutôt sa conclusion, son point final. Vous l'aurez compris, il s'agit là de l'attentat de Dallas sur Kennedy transposé 10 ans plus tard. Mais il serait très malvenu de dévoiler le nom du Président dans la ligne de mire, car le scénario imaginé par le trio repose en grande partie sur l'identité du chef de l'état américain de 1973... et dévoilée seulement dans le dernier tiers de l'album. Auparavant, on suit l'histoire du tireur, un homme un peu déboussolé, violent, un pion qui se rebelle... mais un pion tout de même. Le dessin de Colin Wilson est impec, et il campe les figures politiques du pays avec brio. Ses scènes de guerre sont également des modèles de précision et de réalisme. Si vous avez lu d'autres tomes de la série, et que comme moi, ils vous ont un peu déçu, essayez celui-ci, il est assez chouette. Mais faites attention qu'on ne vous en dise pas trop avant de l'attaquer...Jour J n°5 – Qui a tué le Président ?
Scénario Fred Duval et Jean-Pierre Pécau, assistés de Fred Blanchard - Dessin Colin Wilson
Delcourt, 2011 – 56 p. coul. - Collection Série B – 13,95 €

lundi 14 février 2011

[Saint Valentin] - Allez les filles !

Ah ben je ne pouvais pas laisser passer la Saint Valentin, et je voulais absolument vous faire ce petit cadeau, une belle image tirée tout droit de ma discothèque :


A écouter avec votre chéri(e), une roucoulade reposante après une dure journée de boulot, garantie d'époque : ça, c'est du rock !

Salut les amoureux !



dimanche 13 février 2011

[Chronique] - Le Barzoon circus arrive !

Alabama, 1931. Le cirque Barzoon arrive à Temperance, la capitale de la citrouille, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas le bienvenus. Il faut dire que pour des saltimbanques en quête de représentations, ils n'ont pas de chance : ils débarquent en ville à la veille du Jour de la Citrouille, fête locale célébrée depuis le 18ème siècle, et qui interdit toute autre manifestation en ville. La caravane du Barzoon circus est donc conduite à l'écart du centre, loin de la population, dans une zone désertée (sauf des moustiques). Un éloignement qui les arrange en fait, car la troupe n'est autre qu'un groupe d'agents en mission secrète, envoyé à Temperance pour tenter de découvrir ce qui se trame lors de ce Jour de la Citrouille, et si on y sacrifie vraiment quelques humains à cette occasion...
Voici une série assez réjouissante par son originalité : un groupe de personnages pour le moins disparate (un gamin, un gorille, un fakir, deux jumelles, un clown alcolo...) dont on ignore l'origine et les objectifs, est plongé dans une curieuse histoire, dans les Etats-Unis des années 30. Pour son scénario, Darlot semble s'être fait un malin plaisir à mélanger les genres, et on a l'impression de se retrouver au carrefour de deux séries TV : Mission impossible, et La caravane de l'étrange (Carnivale pour les puristes, et pour ceux qui connaîtraient pas ce chef d'oeuvre, rien que le générique vous mettra dans l'ambiance). Evidemment, avec son style graphique typiquement franco-belge, Pilet n'entraîne pas son lecteur vers les pentes de l'angoisse à chaque page, d'autant que l'humour est omniprésent dans cette première mission. D'ailleurs, on verrait parfaitement cette série faire les beaux jours du journal de Spirou... où le dessinateur a débuté. En tous cas, avec une première histoire assez bien foutue, et l'entretien d'un certain mystère autour de la troupe, on a très envie de suivre la route du Barzoon Circus.Barzoon Circus 1 – Le jour de la citrouille
Scénario Jean-Michel Darlot et dessin Johan Pilet
Treize Etrange, 2011 - 48 pages couleur
9,90 €
Et en prime, la bande-annonce de la série en cliquant ici


vendredi 11 février 2011

[Chronique] - Damoclès 3 : Perfect child

Nouvelle mission pour l'agence Damoclès : assurer la sécurité d'une réception organisée par la société « Perfect child », spécialisée dans la procréation médicalement assistée. Une activité qui ne lui attire pas que des louanges, à tel point qu'Ava Troy, sa présidente, a reçu de sérieuses menaces de mort pour ce que certains considèrent comme des pratiques contre-nature. Et contre monnaie sonnante et trébuchante, surtout. Elly Braxton, une des rares membres féminines de l'agence, va se retrouver affectée à la protection rapprochée de la patronne. Et elle va vite trouver celle-ci insupportable. Un attentat contre Perfect child changera-t-il quelque chose ?
Ce nouvel épisode reprend les ingrédients qui faisaient l'originalité des deux premiers : une agence de sécurité chargée de protéger une élite fortunée, des clients peu concernés par les malheurs du monde, y contribuant même pour certains... Ce sont cette fois des pratiques qui frôlent l'eugénisme qui sont mises en cause : les futures mères porteuses sont choisies en fonction de leur QI hors-norme, leur milieu aisé et leur plastique de magazine. Ce thème de la maternité permet aussi à Callède et Henriet de poursuivre l'exploration de la vie intime de leur héroïne, personnage central de la série, un peu déboussolée dans cet album. Henriet, avec son style élégant et précis, réussit à marier les deux facettes omniprésentes de Damoclès - action et introspection - et à en faire une série "policière" un peu plus subtile et profonde que d'autres. Et les deux auteurs ont créé un personnage féminin des plus attachants qui soient... malgré le métier peu glorieux qu'elle exerce.
Damoclès 3 – Perfect child
Scénario Joël Callède et dessins Alain Henriet
Dupuis, 2011 - 48 p. couleur - 11,95 €

mardi 8 février 2011

[Chronique] - Retour de manivelle pour Silien Melville

L'ex-légionnaire Hervé Bodo, devenu enquêteur privé, a dévoilé au grand jour les pratiques peu orthodoxes du ministre des finances, candidat à l'ELysée, accusé de toucher des pots-de-vin. Tout ce que gagnera le détective dans l'affaire, c'est du plomb dans le ventre et la mort dans un terrain vague. Mais avant de passer l'arme à gauche,il a pu transmettre des documents compromettants à Silien Melville, un ancien pote de la Légion. Et comme Bodo a bien fait les choses, il a même laissé à Silien l'adresse d'une maison en Normandie, où le fugitif pourra trouver refuge. Mais là, un autre choc pour Silien : voici qu'il se retrouve dans la demeure de son ex-petit amie, Christine, qu'il avait cherché en vain pendant des mois, après sa disparition... Tout s'embrouille dans la tête du pauvre Melville, qui voudrait bien comprendre....

Et bien, voici une histoire qui prend une certaine ampleur, et bifurque vers d'autres horizons avec l'arrivée de l'ex, qui vient bouleverser un scénario plutôt axé sur une histoire politico-médiatique. Cela coïncide avec la présence au scénario, pour ce deuxième tome, de Christian Mantey aux côtés de Djian, créateur de la série. L'ambiance n'en reste pas moins assez « intimiste », en grande partie en raison du caractère réservé du « héros », et de sa tendance à l'introspection. C'est aussi dû au trait extrêmement réaliste de Ternon – les visages de ses personnages sont assez saisissants – qui en profite aussi pour glisser dans ce tome un Eddy Mitchell en homme de main, après avoir fait apparaître un Coluche tout droit sorti de Tchao Pantin dans le précédent volume. Silien Melville continue de suprendre, et demeure un thriller un peu à part. Tant mieux.
Silien Melville 2 – Retour de manivelle
Scénario Jean-Blaise Djian et Christian Mantey ;
dessin Cyrille Ternon
Vents d'Ouest, 2011. - 48 pages couleurs
Collection Turbulence - 9,95 €

vendredi 4 février 2011

[Collector Spirou] - 1 cadavre, 79 légistes

Chez vous, je ne sais pas, mais chez nous, on est abonnés au vénérable magazine Spirou, et ça permet de recevoir des cadeaux toute l'année. Celui qui accompagne le numéro 3800, daté du 9 février 2010, est carrément (ou rectanglement, pour être précis) un album à l'italienne qui commence comme ça :Et après ce bal ouvert par Vehlmann et Yoann, c'est Trondheim qui poursuit, puis Tarrin, puis Bercovici... jusqu'à Bodart, pour finir par le duo de départ qui boucle la boucle. C'est, vous l'aurez compris, sur le principe du cadavre exquis, et forcément, ça rebondit toutes les 3 cases...
Cela fonctionne plutôt pas mal, et outre la curiosité de voir comment chacun va rajouter sa couche à une histoire de plus en plus trépidante, le lecteur ne manquera pas de s'amuser à essayer de reconnaître l'auteur de chaque nouveau strip.
Il fallait être abonné du 1er janvier au 31 décembre 2010 pour recevoir cette chouette aventure de Spirou à 158 mains. Bonne chasse ! Un indice, la couverture, c'est ça :