Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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Bonne balade dans le noir !

mercredi 28 mai 2014

[Palmarès] - Le Prix SNCF du Polar BD 2014 à "Mon ami Dahmer" (ça et là)

Fred Ferrer, Jack Lang et Jean-Pierre Dionnet à deux secondes du verdict...
C'est dans le superbe auditorium de l'Institut du Monde Arabe, que les Prix SNCF du polar millésime 2014 ont été décernés. Pourquoi là ? Certainement pour profiter de l'atmosphère de mystère et d'évasion qui émanent des quatre voitures de l'Orient Express exposées sur le parvis de l'Institut jusqu'à la fin août. Ou pour rappeler que train et littérature policière font bon ménage depuis bien longtemps, le crime imaginé à bord de ce célèbre train de luxe par Agathie Christie étant devenu un classique increvable. 

JP Dionnet, Serge Ewenczyk et J. Munoz (lauréat 2013)
Toujours est-il que c'est dans cette ambiance que le public invité a pu assister, au couronnement, animé par l'efficace duo Fred Ferrer / Jean-Pierre Dionnet, de Mon ami Dahmer, de l'américain Derf Backderf, déjà récompensé en janvier à Angoulême dans la catégorie "Prix révélation". De quoi rendre heureux Serge Ewenczyk, patron des éditions ça et là, qui a eu le nez en sortant en France cet album franchement original, au style graphique marqué par l'influence de... Don Martin, pilier de "Mad". 

Ce n'est pourtant pas vraiment une bonne tranche de rigolade qui attend le lecteur de "Mon ami Dahmer", mais une plongée au coeur d'un processus implacable qui amène un jeune ado, un peu dérangé, sur la voie sans issue du crime. Derf Backderf a vraiment été le copain de classe de Jeff Dahmer, un des tueurs en série les plus "célèbres" des Etats--Unis, et ce sont toutes ces années collège-lycée, qu'il raconte dans un album impeccable, qui réussit à trouver une voie narrative qui sort du pur récit autobiographique. Avec un dessin, répétons-le, qui sort réellement des sentiers battus.

Serge et son ami le trophée
 Derf Backderf n'était pas présent mais avait envoyé un petit message filmé très sympa, où il exprimait toute sa joie à se voir récompensé par un tel prix : rappelons qu'il s'agit d'un prix du public, où chacun(e) peut voter via le site du prix polar SNCF, ou au cours des nombreux festivals du polar où SNCF est partenaire. Les lecteurs et lectrices de la sélection 2014 n'ont pas hésité à placer en tête un titre qui était loin d'être le plus accessible des cinq en compétition. Dans les deux autres catégories - c'est Jack Lang himself qui ouvrait les enveloppes contenant les noms des heureux lauréats - le Prix SNCF du Polar est allé au roman de Ian Manook Yeruldegger (Albin Michel) et le Prix SNCF du Polar / Court métrage au (formidable !) Penny Dreadful de Shane Atkinson.
 Place maintenant à l'édition 2015... dont les sélections entrent en juin dans leur dernière ligne droite. . 
 
Mon ami Dahmer
Texte et dessin Derf Backderf - çà et là, 2013
 224 pages noir et blanc – 20

dimanche 25 mai 2014

[Nouveauté] - La Nuit Mac Orlan, par Briac et Le Gouëfflec (Sixto)

Marin débarque à Brest. En TGV. Un jour de pluie. Tout ce qui compte pour lui tient dans sa poche,  sur cette clé USB où est gravée toute sa vie. Ou plutôt celle qu'il consacre depuis des années à Pierre Mac Orlan, sa passion obsessionnelle. Et s'il arrive aujourd'hui à Brest, c'est pour rencontrer un bouquiniste, rencontré sur Internet, et qui lui affirme être en possession d'un inédit, un livre clandestin de Mac Orlan, un inédit au titre mystérieux "L'Amiral Bamboche". Marin, qui travaille sur sa thèse depuis si longtemps est évidemment intrigué, et surtout excité de découvrir ce livre totalement inconnu que le bouquiniste s'apprête à lui montrer. Mais en fait de choc littéraire, c'est un coup sur le crâne que Marin reçoit, dans cette boutique sombre de la rue Turenne. Et à son réveil, il est nu comme un ver, sa clé a disparu et le voilà face à un type un peu bizarre, un artiste dénommé Teuz. Celui-ci n'est pour rien dans cette histoire - il ne connaît même pas Mac Orlan, c'est dire... - et  les deux hommes retournent chez le bouquiniste. L'homme est bien là, mais il ne dira plus grand chose : il a un couteau planté dans la poitrine. A la main, en guise de testament, il tient une carte pour le moins étrange, semblant tout droit sortie d'une histoire de pirates. Teuz décide alors d'aller voir la seule personne capable de désembrouiller l'affaire : le docteur Problème...


On avait laissé Briac sur son très réussi "Les Gens du Lao-Tseu", et le voici de retour avec une histoire pleine de brume et de mystère, un véritable hommage à l'univers de Pierre Mac Orlan, scénarisé par Arnaud Le Gouëfflec, un jeune homme à l'imagination fertile (allez donc voir  "J'aurai ta peau Dominique A" ou "Le Chanteur sans nom"...) L'histoire imaginée est cette fois en prise directe avec l'univers d'un écrivain qui reste surtout connu du grand public pour "Le Quai des brumes", "Les Clients du Bon Chien Jaune" ou encore "l'Ancre de miséricorde". Elle nous emmène dans un Brest nocturne et enfumé, dangereux et chaleureux tout à la fois (parfois !), dans une nuit pleine d'aventures inattendues. Et tout le talent de Briac est de dépeindre cette nuit dans ses moments-clés, éclairant à sa guise tel recoin du port, laissant dans l'ombre tel personnage, pour mieux mettre en lumière  deux autres protagonistes phares de cette nuit, la tenancière et le policier. Décors et personnages sont minutieusement étudiés, et chacune des cases de Briac ne laisse rien au hasard. On peut même s'arrêter sur nombre d'entre elles, qui ne sont pas loin d'être de véritables tableaux. La Nuit Mac Orlan marque une étape importante dans le travail d'un dessinateur un peu hors-norme, au style affirmé et original, tout comme elle confirme l'ascension d'un scénariste dont chacune des nouvelles histoires réussit à faire mouche. Cet album est aussi à marquer d'une pierre blanche pour les éditions Sixto, qui tiennent là une véritable perle à leur catalogue, et sésame potentiel à une reconnaissance d'un public plus large que celui touché jusqu'ici. Souhaitons-le en tous cas !


La Nuit Mac Orlan ***
Scénario Arnaud Le Gouefflec et dessin Briac
Sixto, 2014 – 54 pages couleur – 15,90 €


dimanche 11 mai 2014

[Mangas] - L'Express des crimes de l'Orient (1) : Montage, J.Boy, La Tour Fantôme et Wet Moon

Le manga polar, ça existe ? Question saugrenue, je me remercie de me l'être posée... Non seulement cela existe, mais, qui plus est, on y trouve de véritables chef d'oeuvres, et qui embrassent toutes les sous-catégories du genre. Trois exemples, au hasard : Monster d'Urasawa (18 volumes) véritable thriller sur fond historique, Detective Conan d'Ayoma (plus de 80 volumes, série en cours...), hommage permanent à la littérature policière "classique", ou encore Death Note (13 volumes) qui lorgne lui vers le fantastique psychologique (ouais, ça aussi ça existe). Et voilà deux ans que je ne vous ai pas dit tout le bien que je pensais du polar made in Japan... Alors, comme je viens de lire une salve de mangas du meilleur goût, voici une raison de plus pour inaugurer cette rubrique au titre si finaud.

Le plus accessible au béotien demeure sans conteste l'excellent Montage, de Jun Watanabe (chez Kana). L'histoire, tout du moins son point de départ, est simple : Yamato Narumi, 18 ans, et Miku Odagari, 16 ans, se retrouvent au coeur d'une véritable chasse au trésor, les 300 millions de yens braqués en décembre 1968, et dont l'auteur n'a jamais été retrouvé. De ce fait divers authentique, Watanabe imagine que le père de Yamato est le braqueur, et que le fiston décide, 6 ans après qu'un un homme à l'agonie dans une ruelle lui ait soufflé cette terrible confidence, de vérifier si tout cela est vrai. Ce qui les entraîne, lui et son amie Miku, dans une cascade d'événements dont le plus spectaculaire - pour l'instant ! - demeure ce passage sur "Gunkanjima", la "ville sur la mer", une cité minière fermée en 1974, et laissée à l'abandon depuis (si vous avez vu "Skyfall", c'est aussi là que le méchant se dévoile à James Bond...). Ajoutez à cela une intrigue qui va crescendo dans la parano pour le héros (qui a tendance à ne vouloir faire confiance à personne) et le suspense (mais qui d'autre est au courant de toute l'affaire, bon sang !?) et vous avez une série vraiment prenante, au dessin précis et extrêmement lisible.

Un peu dans le même registre graphique, J.Boy, de Junichi Noujou, est un poil plus obscur au démarrage, question scénario. Sur une  île-prison, un jeune homme est coupé du quotidien des autres détenus. Même ses garde-chiourmes ne semblent pas trop savoir qui il est, et le directeur lui-même ne semble pas fâché d'avoir à le laisser partir, du moins, à ne pas trop regarder quand le "J.boy" s'échappe de sa cellule. Il ne va pas loin en fait, et se retrouve dans une salle... où l'attendent un billard et un homme, élégant et mystérieux. Ce dernier  n'exige qu'une seule chose : que le jeune homme frappe les boules de billard, une fois libéré de ses menottes. Ce qu'il fait, avec une agilité diabolique... Serait-il alors ce robot à forme humaine programmé à jouer au billard, pour le bon plaisir d'un parrain de la pègre ? Tel est donc le point de départ de ce manga en 6 volumes, où yakuzas et triades s'affrontent sur d'autres terrains que les rues sombres. Une vraie curiosité.

La tour fantôme, signé Taro Nogizaka (Glénat) est quant à lui un manga vraiment étrange. Je vous livre la quatrième de couv' telle quelle : "En 1952, une vieille femme fut retrouvée, les os brisés, attachée aux aiguilles du cadran d’une horloge au sommet d’une tour. Deux ans plus tard, Amano Taïchi est victime de la même agression, dans ce lieu qu’on surnomme désormais la “Tour fantôme”. Mais il est sauvé in extremis par Tetsuo, un garçon étrange en quête d’un trésor lié à l’inquiétante tour. L’appât du gain entraîne alors Amano dans une aventure aussi inattendue que dangereuse… ".
Cette histoire est en fait l'adaptation d'un roman de 1898, lui-même adapté plusieurs fois, y compris par le maître japonais du roman policier, Ranpo Edogawa. Cette version manga entraîne celui ou celle qui s'y plonge dans un univers assez trouble où le "héros" est un vrai trouillard (il faut dire qu'il y a de quoi, car la tour en question et ses événements sanguinolents sont flippants) et où son protecteur est en fait... une protectrice, dont le rôle demeure pour l'instant assez mystérieux. Pour les amateurs d'atmosphère lourde et tendue...

Les amateurs de franchement bizarre iront eux du côté de Wet Moon, d'Atushi Kaneko, auteur du remarqué - et non moins bizarroïde - Soil (Ankama). L'histoire se déroule dans le Japon des années 60. L'inspecteur Sata est à la recherche d'une femme accusée de meurtre. Mais il semblerait qu'un éclat de métal, fiché dans sa boîte crânienne, empêche le jeune policier de faire fonctionner sa tête de manière très rationnelle : assailli d'étranges visions, lunaires et pas loin d'être lunatiques, il ne sait plus trop où est la réalité, ni si la jeune femme qu'il a pris en chasse n'est pas elle non plus une chimère... Ce manga est qualifié par Casterman d''enquête policière haletante et hallucinée entre Charles Burns et David Lynch". C'est vrai : on ne comprend rien, mais c'est fascinant. Le tome deux vient de sortir, et avec le troisième tome, à paraître en octobre, la trilogie sera bouclée. Il sera alors temps de voir si Wet Moon est à la hauteur de Soil, mais là, il faut dire que c'est bien parti. 

Montage - 4 volumes parus (14 tomes, en cours au Japon) - Kana - 190 pages - 7,45 €
J.Boy - 2 volumes parus - (Série terminée en 6 tomes) -  Delcourt - 224 pages - 7,90 € 
La Tour fantôme - 2 volumes parus - (7 tomes, en cours au Japon) -  Glénat - 224 pages - 7,60 €
Wet moon - 2 volumes parus - (Série terminée en 3 tomes) - Casterman -  272 pages - 8,50 €

Couverture de J-Boy : J.BOY © 2002 Junichi NOUJOU / SHOGAKUKAN


dimanche 6 avril 2014

[Retour imminent !] - Monsieur Choc arrive...

Les héros du peuple sont immortels... mais leurs ennemis intimes aussi ! De ceux qu'on croit mort à la fin mais qui toujours se relèvent, avec des plans encore plus diaboliques...
Sherlock a Moriarty. Blake et Mortimer ont le Colonel Olrik. Bob Morane a l'Ombre Jaune.
Et Tif et Tondu ont Monsieur Choc. Un ennemi à la peau dure, inventé par Maurice Rosy et Will, en 1954, et qui a vécu une dizaine d'aventures, avant de disparaître une bonne fois pour toute en 1986, dans l'album de Desberg et Will, "Dans les griffes de la Main Blanche"...


Et voilà qu'en novembre 2013, les lecteurs du journal de Spirou découvrent à la une cette silhouette inquiétante, mais familière, accompagnée d'un avertissement : "Préparez-vous à un... Choc !". On ne saurait mieux annoncer, car ce troisième retour est particulier à plus d'un titre : d'abord, il est scénarisé par Stéphane Colman, et dessiné par Eric Maltaite, le fils de Will, lui-même. Ensuite, il met en scène Choc seul, sans Tif et Tondu, et enfin, il est d'un tout autre registre que la série qui l'a vu naître et lorgne franchement vers le Noir. 
 

Mais pourquoi ce come-back, 18 ans plus tard ? José-Louis Bocquet, directeur éditorial chez Dupuis l'explique ainsi : "Choc, c'est le fruit de deux rencontres professionnelles. La première avec Maurice Rosy, avec qui on était en train de préparer une autobiographie", sous forme d'entretiens, illustrés par lui-même, et la seconde, avec Claude Maltaite, la veuve de Will. Chez Dupuis, on était en train d'honorer Will, avec l'intégrale des récits de Tif et Tondu publiés dans Spirou, et Claude me dit, "Ah tu sais, mon gars, Eric, avec son copain Steph, ils pensent à faire un Monsieur Choc... tu peux même aller voir sur Internet". Je connais très bien Eric Maltaite et Stéphane Colman, puisqu'il s'agit d'eux, depuis le début des années 80, on est de la même génération. Je vais voir les dessins publiés sur Internet, pas inintéressants du tout, et je prends donc contact avec eux. Je vois alors les planches, je rencontre alors Stéphane et Eric. Je trouve vraiment intéressant le scénario de Stéphane, qui raconte les origines de Monsieur Choc, et surtout, raconte comment on devient un vrai criminel. C'est un vrai roman noir des années 50 avec la dureté et la violence d'aujourd'hui, mais qui se passe dans les années 20 à 50. L'idée étant que l'histoire s'arrête juste avant la case où M. Choc rencontre Tif et Tondu. Tel était leur concept. Entre-temps, Stéphane envoie son scénario à Maurice Rosy, qui dit : "Formidable ! Maintenant Monsieur Choc est à vous". Et cela, Maurice me le dit. A partir de là, le projet est lancé, pour deux gros albums de quatre-vingt planches, dont le premier sort en avril de cette année". (Interview à Angoulême, 2 février 2014)

"Les Fantômes de Knightgrave" se déroule dans l'Angleterre de 1955, et Choc y prépare un double vol des plus audacieux. Dans le même temps, Colman a fait le choix de raconter l'enfance et la jeunesse de Choc, en le faisant revenir sur les lieux de son passé, et en premier lieu, à ce manoir de Knightgrave où sa mère fut engagée comme cuisinière en 1926. L'album oscille ainsi constamment entre des flashbacks, encore plus lointains, puisque le premier remonte à 1917, et la progression des actes criminels de Choc, en ce février glacial de 1955. Le ton est à mille lieux d'une certaine légèreté qui prévalait du temps de Rosy. Ce qui ne lui a pas déplu, comme l'affirme Colman : "Il était transporté de joie ! Il m'a avoué que, s'il n'avait pas été tributaire des contraintes que subissait la bande dessinée pour la jeunesse dans les années 1950, il aurait donné lui-même à Choc cet aspect sombre qui est au coeur de mon projet" (Interview dans Spirou n°3945).

Ce premier tome que Colman qualifie volontiers de "polar atypique", déroutera, peut-être, par la liberté prise par les auteurs (on y découvre par exemple que Choc est Anglais par son père... et qu'il s'appelle Eden) mais marquera, plus sûrement, les fans de Tif et Tondu, car il donne une autre dimension au personnage emblématique de la série. Et il pourra séduire tous ceux qui n'ont jamais lu les aventures du duo animé pendant Will pendant 50 ans, tant il est moderne, lorsqu'il propose de se pencher sur les mécanismes psychologiques qui amènent un être humain à se transformer en monstre de froideur. Colman et Maltaite ont réellement réalisé bien autre chose qu'un de ces nombreux "prequels" à la mode, car ils sont allés au bout de leurs intentions initiales : 
 
Colman : "Pour moi, Choc symbolise le mystère mieux que quiconque et je voulais créeer une atmosphère lourde et pesante, à la hauteur de ce mystère. Je préférais que le climat prime sur l'action et que Choc fasse son entrée de manière presque silencieuse, théâtrale. Pour lui, cette visite constitue un pèlerinage douloureux dans ses souvenirs, d'où l'intervention dans de divers flash-backs. (Spirou n°3946) 
 
Maltaite : "J'ai eu envie de rendre hommage au travail de mon père [...]. C'est d'ailleurs lui-même qui m'avait soufflé l'idée il y a quelques années. Il m'avait dit : "Choc est un personnage formidable, si tu as envie d'en faire quelque chose, n'hésite pas !". Et l'idée a fini par mûrir, lentement mais sûrement, grâce à Colman. [...] Le style semi-réaliste de cet album a été induit par le scénario : on est clairement dans un univers plus "sérieux" que dans un album de Tif et Tondu. (Spirou n°3947-3948).

Maurice Rosy, disparu le 23 février 2013, n'aura pas eu la joie d'avoir entre les mains ce premier tome,  "Les Fantômes de Knightgrave", dont la sortie est annoncée pour le 25 avril, en même temps que son autobiographie "Rosy, c'est la vie".  Mais il aurait certainement dit : "Choc est de retour, réjouissons-nous !" .
Vous pouvez aussi tenter votre chance et gagner un des dix albums mis en jeu par les éditions Dupuis : c'est par ici.  
Choc 1 - Les Fantômes de Knightgrave ****
Scénario Stéphane Colman et dessin Eric Maltaite
Dupuis, 2014 - 88 pages couleur - 16,50 €


mercredi 5 mars 2014

[Comics] - Crime SuspenStories : une anthologie de choc chez Akileos !

Un instantané de la mort : Une femme commandite elle-même son propre assassinat, car elle se sait médicalement condamnée. Mais son mari lui apprend une bonne nouvelle : ces braves hommes en blanc ont fait une erreur, elle va s'en tirer ! Oui, mais le tueur est en route...
Le Sosie : Un homme se rend compte qu'il est le sosie d'un milliardaire. Sa vie n'en serait-elle pas meilleure s'il venait à l'éliminer et prendre sa place ? Aussitôt ruminé, aussitôt exécuté... mais la vie du milliardaire n'est pas celle attendue, c'est même un véritable enfer...
Le Tueur ricanant : un homme profite des meurtres commis, à la cordelette, par un tueur en série pour se débarrasser de son insupportable épouse. Mais évidemment, il faut faire attention à qui on fait monter dans sa voiture pour se ménager un alibi...
Face à l'horreur : Un braqueur redoutable se fait prendre en photo au cours d'un hold-up. Son visage désormais connu, sa carrière va tourner court. Jusqu'à ce qu'il trouve un plan génial : se faire refaire le portrait par un médecin... et ne laisser aucun témoin derrière lui. Mais parfois, on a beau prendre toutes les précautions, on oublie le grain de sable qui va tout faire capoter...

Des histoires comme ça, ce premier volume de «Crime SuspenStories » en propose pas moins de 28, réunies par Akileos dans un volume soigné à la couverture sobre et élégante, un peu à l'opposé des couvertures choc de l'époque de parution des fascicules originaux. Ces 28 récits sont tirés des numéros 1 à 7 de cette publication, qui en compta au total 27, et qui prit fin en février 1955, victime de la création du Comics Code Authority. Ce même code entraînera aussi l'arrêt d'autres titres du même éditeur comme « Schock SuspenStories » ou « The Vault of Horror », tous accusés d'entraîner la jeunesse sur les chemins de la délinquance et de la dépravation (on connaît un certain Jean-François C. qui en aurait fait des caisses à leur lecture...). 

(Re)lire, plus de cinquante après, ces histoires qui se sont trouvées dans l'oeil du cyclone de la censure, permet de mesurer leur soit-disant « immoralité »... et de se rendre compte que le duo Bill Gaines (le patron himself à l'époque de EC Comics) Al Feldstein, scénaristes de la plupart des intrigues de ce recueil, construisaient surtout des récits où hommes et femmes s'évertuaient à échapper à un destin funeste, le plus souvent en pure perte... Les chutes de la plupart des histoires sont en effet on ne peut plus cruelles, avec une morale sous-jacente qui pourrait être celle du titre d'une des autres publications de cet âge d'or du "crime comics" : le crime ne paie pas. Et au service de ces histoires sombres et implacables, des dessinateurs au talent immense, qui n'avaient pas leur pareil pour camper des personnages réalistes, aux visages tordus par l'angoisse, suant toutes les larmes de leurs corps à l'approche de l'instant fatal. Sans oublier les femmes, en beautés glacées et glaçantes, fatales pour leur victime... ou pour elles-mêmes. Ces dessinateurs, ce sont Johnny Craig (qui signe la couverture de ce tome 1), Jack Kamen, Graham Ingels, et Harvey Kurtzman, futur fondateur, avec Bill Gaines, justement, de l'immortelle revue satirique Mad.
 
Cette anthologie que nous offre Akileos est une véritable aubaine et permet enfin de lire en français les premiers thrillers - au sens premier : qui font flipper ! - en bandes dessinées, et il ne faut pas passer à côté de ce tome, ni du deuxième, annoncé pour avril... Et aller faire un tour du côté des "Shock SuspenStories" à paraître ce mois de mars ! 

Crime suspenStories 1
Scénario et dessin collectif
Akileos, 2012 – 208 pages noir et blanc – 26 €

Crime suspenStories 2
Scénario et dessin collectif
Akileos, 2014 – 180 pages noir et blanc – 26 €