Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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dimanche 1 mai 2022

[Festival] – Le Prix Mor Vran 2022 du Goéland Masqué à Contrapaso de Teresa VALLEJO (Dupuis -Aire Libre)

 Le FC Goéland Masqué (voir la photo de l’équipe ci-dessous) a décerné mi-avril son Prix Mor Vran de la BD a Teresa Valero pour  les enfants des autres, premier tome de sa série  Contrapaso . Un album graphiquement superbe qui se déroule dans le Madrid franquiste des années 50 et où il est question tout aussi bien de journaux clandestins écrits par des femmes en prison, de liberté de presse étouffée par une censure terrible, de pratiques médicales proche de l’eugénisme, ou encore une grève universitaire… entre autres !


 Cet album faisait partie de ma sélection annuelle de 2021 et c’est un plaisir de le voir remporter ce Prix Mor Vran, placé cette année encore sous la double présidence d’Arnaud Le Gouëfflec et Pierre Malma.

Ce sera aussi un plaisir de rencontrer l’autrice, Teresa Valero, présente à au prochain Festival du Goéland Masqué à Penmac'h (29), du 4 au 6 juin 2022.

Elle sera en compagnie d’autres auteurs BD : Maud BEGON (Dargaud), Zac DELOUPY (Casterman), Alain GOUTAL, Alex W. INKER (Sarbacane – Lauréat du Prix Mor Vran 2021), Corentin ROUGE (Glénat)… sans oublier le duo présidentiel LE GOUËFFLEC/MALMA… Du beau monde, donc !

Tous les détails ici : sur la page du festival.


dimanche 15 mars 2020

Une Aventure de Mystère et Boule de Gomme, par Le Gouëfflec et  Malma (Delcourt)


Boule de Gomme est un jeune homme plein d’avenir, surtout depuis qu’il a choisi de partir pour la grande ville, où la vie va s’ouvrir à lui, exaltante, trépidante, enthousiasmante, bref, toutes sortes de choses qui se terminent par ante. Enfin, ça c’est que raconte Boule de Gomme à sa chère maman pour ne pas qu’elle s’inquiète , parce qu’en fait, la nouvelle vie citadine du fiston est plutôt angoissante et désespérante… Jusqu’à ce qu’une petite annonce saute littéralement au visage de Boule de Gomme : on recherche un domestique discret et efficace. Mais qui est-donc ce « on » ? Notre futur majodorme va vite le découvrir et rencontrer son nouveau patron, le Baron Mystère, qui le reçoit dans un charmant hôtel, euh… particulier. Un homme qui cultive le secret et ne tolère pas la moindre intrusion dans sa vie privée. Et qui pour engager son majordome lui fait passer un test imparable : la préparation d’une matelote de lotte, une épreuve que Boule de Gomme passe avec succès. Le voici donc au service de son mystérieux châtelain, qui se retire régulièrement dans son immense bibliothèque, où il reçoit de temps à autre une non moins mystérieuse Miss Cornette. Voilà qui pique la curiosité du majordome qui va réussir à pénétrer dans la pièce interdite…


On connaît le talent d’Arnaud Le Gouëfflec pour les histoires originales basées sur des personnages et fait réels (J’aurais ta peau Dominique A, Le Chanteur sans nom, Lino et l’Oeil de verre...), et c’est du côté des premiers héros populaires qu’il lorgne cette fois, avec cet hommage non-déguisé à Rocambole, pour le côté échevelé de cette aventure, ou Fantômas, pour le côté étrange et mystérieux de l’affaire… Son duo de choc majordome un peu rondouillard et maître grand et sec n’est pas non plus sans rappeler Holmes et Watson, ou même Harry Dickson et son fidèle Tom Wills. C’est plus du reste un univers digne de celui de Jean Ray dans lequel nous invite à plonger les auteurs, avec ces décors fantasmagoriques, ces boutiques et bicoques biscornues, ces personnages aux trognes pas possibles : le dessin de Pierre Malma est étonnant, quand il n’est pas par moment tout simplement magique. On est en fait assez proche de l’univers poétique de Fred… avec des touches d’Edika (si!) dans certaines mimiques et rictus des personnages.

 
 Le duo d’auteurs - brestois – avait déjà oeuvré ensemble pour la revue – brestoise – Casiers, dans ce registre « policier » avec un récit de 10 pages « Le Diamant Bleu », déjà assez goûtu. Il ressuscite avec cette première aventure deux héros créés par le scénariste il y a plus de 20 ans, pour le fanzine Le Phylute Ombilique, alors sous forme de nouvelles. Voici désormais Mystère et Boule de Gomme nouveaux héros de bande dessinée : espérons que le « ? » qui ponctue le mot « Fin » de la dernière page ouvre la porte à d’autres mystères et boule-de-gomme…

 

Une Aventure de Mystère et Boule de Gomme ***

Scénario Arnaud Le Gouëfflec ; dessin Pierre Malma
Delcourt, 2020
96 pages. couleur
16,50 €

vendredi 25 août 2017

[La Tête dans les étoiles] -La carte du ciel par Richard et Le Gouëfflec (Glénat) ****

Claire, Wouki et Jules. Trois copains de lycée qui essayent d’échapper à la torpeur de leur petite ville rurale, en se passionnant pour les OVNIS. Et ça tombe bien : en voici justement qui passe dans le ciel de Vallièvre, en pleine nuit ! Mais ça tombe mal pour Jules : lui, le plus mordu des trois, n’a rien vu car il dormait profondément… Pour une fois qu’il se passait quelque chose… Mais le quotidien du trio, et du lycée local, va changer du tout au tout à l’arrivée de la nouvelle prof de philo, d’un genre beaucoup moins rébarbatif que son prédécesseur. Jules craque soudain pour la pédagogie platonicienne et délaisse aussi sec les étoiles pour sa nouvelle passion. Claire voit ça d’un très mauvais oeil : cette prof, c’est une véritable créature de l’espace, et elle n’est certainement pas tombée là par hasard. Et d’abord, depuis quand les profs de philo sont des blondes à talons ? 

 Sous forme d’un journal tenu par Claire, « La Carte du ciel » est une subtile et sensible chronique de la vie quotidienne d’un trio d’amis inséparables et de leur entourage. Trois jeunes, drôles et humains, dont on suit avec délice les affres du quotidien, dont ils se dépatouillent comme ils peuvent. Arnaud Le Gouëfflec, scénariste - entre autres multi-activités ! - dont on avait déjà pu apprécier le talent à chacune de ses sorties (et en matière de polar, plus particulièrement Topless et J’aurais ta peau Dominique A), confirme ici ce réel don à faire partager les sentiments les plus profonds de ses personnages. La forme choisie du journal, pour sa narration, y est évidemment pour beaucoup, et quand elle s’allie à des dialogues percutants, authentiques, le résultat est imparable : vous voici immédiatement happé par une histoire véritablement écrite. Et puis, passée la cette première séduction des mots, suit celle des images : celles de Laurent Richard, aux couleurs douces, à la ligne épurée, installent à leur tour une véritable atmosphère autour du trio et de leurs mésaventures. Une étrange tension monte, insidieusement, et entraîne inexorablement le récit sur une pente plus dramatique, plus noire. Et c’est bien un « thriller doux-amer» (dixit le dossier de presse) que donnent à lire les auteurs. Un thriller, oui, mais aussi une magnifique histoire d’amour(s) et d’amitiés. Et l’un des meilleurs albums de cette année 2017. 
 


La Carte du ciel ****
Texte Arnaud Le Gouëfflec et dessin Laurent Richard
- Glénat, 2017 - 144 pages couleur – Collection 1000 feuilles - 22 €

dimanche 25 mai 2014

[Nouveauté] - La Nuit Mac Orlan, par Briac et Le Gouëfflec (Sixto)

Marin débarque à Brest. En TGV. Un jour de pluie. Tout ce qui compte pour lui tient dans sa poche,  sur cette clé USB où est gravée toute sa vie. Ou plutôt celle qu'il consacre depuis des années à Pierre Mac Orlan, sa passion obsessionnelle. Et s'il arrive aujourd'hui à Brest, c'est pour rencontrer un bouquiniste, rencontré sur Internet, et qui lui affirme être en possession d'un inédit, un livre clandestin de Mac Orlan, un inédit au titre mystérieux "L'Amiral Bamboche". Marin, qui travaille sur sa thèse depuis si longtemps est évidemment intrigué, et surtout excité de découvrir ce livre totalement inconnu que le bouquiniste s'apprête à lui montrer. Mais en fait de choc littéraire, c'est un coup sur le crâne que Marin reçoit, dans cette boutique sombre de la rue Turenne. Et à son réveil, il est nu comme un ver, sa clé a disparu et le voilà face à un type un peu bizarre, un artiste dénommé Teuz. Celui-ci n'est pour rien dans cette histoire - il ne connaît même pas Mac Orlan, c'est dire... - et  les deux hommes retournent chez le bouquiniste. L'homme est bien là, mais il ne dira plus grand chose : il a un couteau planté dans la poitrine. A la main, en guise de testament, il tient une carte pour le moins étrange, semblant tout droit sortie d'une histoire de pirates. Teuz décide alors d'aller voir la seule personne capable de désembrouiller l'affaire : le docteur Problème...


On avait laissé Briac sur son très réussi "Les Gens du Lao-Tseu", et le voici de retour avec une histoire pleine de brume et de mystère, un véritable hommage à l'univers de Pierre Mac Orlan, scénarisé par Arnaud Le Gouëfflec, un jeune homme à l'imagination fertile (allez donc voir  "J'aurai ta peau Dominique A" ou "Le Chanteur sans nom"...) L'histoire imaginée est cette fois en prise directe avec l'univers d'un écrivain qui reste surtout connu du grand public pour "Le Quai des brumes", "Les Clients du Bon Chien Jaune" ou encore "l'Ancre de miséricorde". Elle nous emmène dans un Brest nocturne et enfumé, dangereux et chaleureux tout à la fois (parfois !), dans une nuit pleine d'aventures inattendues. Et tout le talent de Briac est de dépeindre cette nuit dans ses moments-clés, éclairant à sa guise tel recoin du port, laissant dans l'ombre tel personnage, pour mieux mettre en lumière  deux autres protagonistes phares de cette nuit, la tenancière et le policier. Décors et personnages sont minutieusement étudiés, et chacune des cases de Briac ne laisse rien au hasard. On peut même s'arrêter sur nombre d'entre elles, qui ne sont pas loin d'être de véritables tableaux. La Nuit Mac Orlan marque une étape importante dans le travail d'un dessinateur un peu hors-norme, au style affirmé et original, tout comme elle confirme l'ascension d'un scénariste dont chacune des nouvelles histoires réussit à faire mouche. Cet album est aussi à marquer d'une pierre blanche pour les éditions Sixto, qui tiennent là une véritable perle à leur catalogue, et sésame potentiel à une reconnaissance d'un public plus large que celui touché jusqu'ici. Souhaitons-le en tous cas !


La Nuit Mac Orlan ***
Scénario Arnaud Le Gouefflec et dessin Briac
Sixto, 2014 – 54 pages couleur – 15,90 €


jeudi 28 janvier 2010

Topless (2009)

Pianiste dans un bar à streap-tease, Martin est beaucoup plus fasciné par les volutes musicales et tabagiques qui s'échappent de son piano et de son corps que par le spectacle des filles sublimes qui se déhanchent à en faire tomber leurs derniers atours, là, presque sous son nez. « Je fais pas ça pour reluquer les filles, y'en a qui comprennent pas ça. Je suis pas là pour me rincer l'oeil ». Profession de foi qui l'honore, mais qu'il a du mal à tenir lorsque paraît la divine Jeanne, qui « perturberait même Thélonious Monk ». Alors, quand la Jeanne lui propose de tout lâcher et de fuir à bord de la DS du patron de la boîte, Martin n'hésite pas trop longtemps. Mais ce n'est pas vraiment le romantisme qui attend les tourtereaux à la sortie du virage...

Arnaud Le Gouëfflec est, entre autres, auteur de polars, musicien fondateur d'un Orchestre Préhistorique, et donc, scénariste : à l'instar d'un Olivier Mau, il fait partie de ces écrivains qui se penchent volontiers vers la BD et lui apportent un souffle nouveau. Il n'est guère étonnant de le voir oeuvrer ici avec Olivier Balez, déjà associé à une travailleuse du noir, Pascale Fonteneau (l'excellent Angle mort chez KSTR). Un artiste qui, comme lui, sait varier les plaisirs, et qui comme dessinateur sait retranscrire sur sa planche la musique composée par son scénariste, en y appliquant sa patte. Ce sont, par exemple, tout au long de cet album, ces volutes qui rythment l'action et expriment l'humeur du pianiste. Topless est un une sorte de road-book tout à fait fascinant, où deux auteurs prouvent avec classe qu'il n'est pas toujours besoin de sortir l'artillerie lourde pour composer un récit haletant. L'objet-livre est du reste très élégant, et son format comics des plus agréables pour cette histoire. Ne passez pas à côté de ce petit album, c'est un grand moment de bonheur.

Scénario Arnaud Le Gouëfflec et dessin Olivier Balez
Glénat, 2009. - 72 p. couleur - Collection 1000 Feuilles – 13,99 €