Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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mercredi 18 juillet 2012

Urban Comics reprend la fine fleur du crime comics : 100 bullets et Scalped

Le début de cette année 2012 a été marqué par les premiers albums publiés par Urban Comics, qui n'est autre que le nouveau label pour l'édition française des albums édités outre Atlantique par DC Comics. Et en quoi cela doit-il réjouir l'amateur de polar en cases ? Tout simplement parce que c'est ici qu'il pourra retrouver deux séries incontournable du label Vertigo : 100 bullets et Scalped. Mais ces séries n'ont-elles pas déjà été publiées en France ? Oh que si, et plus d'une fois en ce qui concerne 100 bullets, la dernière en date étant chez Panini.
Pour ces rééditions, Urban Comics repart de zéro, tout en poursuivant la traduction en cours. Et pour bien faire les choses, les premiers albums de chaque série seront réédités au format cartonné, et les autres en souple (ça c'est un peu dommage, mais bon, ne faisons pas la fine bouche). Le grand intérêt de cette nouvelle édition chez Urban Comics est d'avoir retraduit les séries, et de les avoir remaquettées. Et l'autre grand intérêt réside bien sûr dans une certaine visibilité retrouvée pour des comics qui sont devenus de vrais classiques du noir, que vous aurez nettement plus de chance désormais de voir chez vos libraires, Urban Comics étant une « branche » de l'arbre Dargaud. Bon, tout cela c'est bien joli, mais il est possible que vous n'ayez pas encore eu entre les mains 100 bullets ou Scalped... Alors une petite mise en appétit me semble la bienvenue.

Si la fin des années 80 a vu un vent nouveau souffler sur le polar, la fin des années 90, 1999, pour être précis, est l'année de sortie de LA série des années 2000 : 100 bullets, de Brian Azzerello et Eduardo Risso. Le scénario d'Azzarello repose sur une idée exposée dès le premier des 100 chapitres/épisodes de la série : un homme mystérieux, l'agent Graves, aborde un inconnu, et lui tend une mallette. A l'intérieur : un flingue, 100 balles « intraçables », et toutes les preuves qu'une personne a causé d'immenses souffrances à l'inconnu. Et maintenant : que va faire le destinataire de la mallette ? Se venger ? Chercher à en savoir plus ? Ne rien faire ? Cet épisode initial de la mallette revient de manière récurrente dans la série, et très vite, l'intérêt se porte sur l'agent Graves, dont on apprend assez vite qu'il est au coeur d'un groupe d'hommes de mains, les minutemen, protégeant de puissants hommes d'affaires qui dirigent le pays. Mais que tout cela est bien entendu soigneusement occulté. Et que Graves devenu incontrôlable, est comme le ver dans le fruit ... 100 bullets est une série d'une richesse totale : narrative d'abord, car Azzarello a construit un édifice extrêmement élaboré, un jeu de piste ébouriffant et subtil, dont la solution se dévoile par petites touches. Et richesse graphique, ensuite, car Risso compose des planches d'un dynamisme absolu, et campe une multitude de personnages avec une justesse constante, et une maîtrise des ombres inégalée. Les expressions des visages de ses personnages sont particulièrement réussies.Quant aux couvertures, toutes signés Dave Johnson, elles ne sont pas loin, pour certaines, du chef d'oeuvre. Dernier signe extérieur de richesse : chaque volume – ou presque – est introduit par des scénaristes ou romanciers de renom qui ne cachent pas leur admiration pour 100 bullets...


En ce qui concerne Scalped, je le découvre à l'occasion de cette arrivée chez Urban Comics. Quel choc ! L'histoire est celle de Dashiell « Bad Horse », un indien Lakota, qui revient sur ses terres ancestrales quinze ans après en avoir été chassé par sa propre mère, qui voulait à tout prix lui éviter la misère et le désespoir. Mais Dashiell ne revient pas comme le fils perdu que sa famille attend.
Non, son retour à Prairie Rose, il le fait comme agent du FBI, chargé d'infiltrer la police tribale du chef Red Crow... Et si « Bad Horse » est choisi par ses supérieurs pour cette mission, c'est par ce que  «  C'est un sociopathe borderline guidé par une colère profonde et un désir de mort inconscient. C'est un volcan de violence pouvant à tout moment entrer en éruption. Un danger pour quiconque l'entoure. En d'autres termes... il est parfait ».
L'activité de Red Crow, dépasse celle du simple maintien de l'ordre sur la réserve. Ce puissant et respecté chef indien règne en effet en maître sur la drogue et l'alcool qui circulent sur son territoire, et il est au cœur d'un projet de casino, dont il sera bien entendu, le propriétaire. Comment va se comporter Dashiell face à cet homme, et surtout, face à son passé, qui lui revient à la figure ? Comment va-t-il parler avec cette mère, qui fut une militante ardente de la cause indienne ? De quel côté va-t-il faire pencher la balance ? Bien ou Mal ? Blanc ou Indien ? Ce ne sont que quelques-unes des questions que se pose ce personnage franchement hors norme créée par Jason Aaron. L'Amérique qu'il dépeint n'est pas celle dont on entend parler le plus souvent, et le plus fort de ce récit est certainement justement d'avoir réussi à mettre en place un récit très noir sur des codes que tout le monde par contre connaît, ceux du western. Le dessinateur, R.M. Guéra, qui vit en Espagne, restitue parfaitement cette ambiance sombre, avec un talent encore plus grand dans les scènes nocturnes. On sort de la lecture de Scalped comme envoûté, pris par les esprits, peut-être...
Ne ratez vraiment pas cette nouvelle édition, pour laquelle Guéra a dessinée deux couvertures inédites.

100 bullets
Tome 1 – Première salve – 176 pages – 17,50 €
Tome 2 – Le Marchand de glaces – 176 pages – 17,50 €
(tome 15 – Le Sens de la chute – 192 pages – 17 €
et tome  16 - Le Grand nettoyage - 128 pages - 14 €)


Scalped
Tome 1 – Pays Indien – 128 pages – 14 €
Tome 2 – Casino Boogie – 128 pages – 13 €
(et tome 5 – La Vallée de la solitude – 13 €)

mercredi 18 janvier 2012

[Dédicaces] - Ankama plonge Paris dans le Noir le 25 janvier !

Une fois n'est pas coutume, je vous annonce un programme de rencontres à venir très bientôt dans la Ville-Lumière (ou Grandville pour les fans de Talbot comme moi). C'est le mercredi 25 janvier, en prélude à Angoulême, et c'est ANKAMA qui organise une triple séance de dédicaces avec en tout 5 auteurs internationaux.

Et parmi eux, Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso pour le très sensible et noir Mafia Tabloïds à la librairie BD Net (26 rue de Charonne dans le 11ème arrondissement ). Une BD que j'ai tout juste évoqué dans ma sélection 2011 mais qu'il vous faut absolument lire ! Ce sera le moment d'aller de causer des années de plomb italiennes avec les deux auteurs.

Et après, ou avant, vous pourrez aussi rendre une visite à Brian Azzarello (pour son First Wave chez Ankama, mais rien ne vous interdit de lui glisser un mot sur 100 Bullets, hein ?) et il aura à côté de lui Viktor Kalvachev pour le spectaculaire Blue Estate. Une BD que j'ai tout juste évoquée dans ma sélection 2011 mais qu'il vous faut absolument lire ! Ah bon je me répète ? Yes ! Mais foncez tout de même à la librairie Apo(k)lyps au 120 Rue Legendre (dans le 17ème)

.Et après tout cela, il vous restera peut-être encore le temps d'aller à la librairie Aaapoum Bapoum (4 Rue Serpente dans le 6ème) pour découvrie Atsushi Kaneko pour Soil chez Ankama et Bambi chez IMHO. Là, j'ai pas lu...

Pour les renseignements pratiques, cliquez sur les liens dans cette annonce, mais il peut être prudent d'appeler chacune des librairies, mais ce qui est sûr c'est que les rencontres auront lieu l'après-midi. Merci qui ? Merci Ankama !

lundi 25 juillet 2011

Sale Fric et Zone 10 : le crime made in USA chez Delcourt

Richard « Junk » Junkin a tout du looser : ex-star montante du football américain, sa carrière a été brisée en plein élan, alors qu'il allait intégrer le monde des pros. Recruté comme vendeur de voiture, il est le pire employé de la boite, ce que ses collègues lui font bien sentir, et son patron aussi. Mais le dit boss, Soeffer, plutôt que de licencier après une énième bévue, préfère lui confier un job un plus dans ses cordes : surveiller de près sa fille Victoria, une beauté d'une vingtaine d'années, qui ne semble en faire qu'à sa tête, et se retrouve un peu trop souvent à la une des journaux à scandales. Ce qui est mauvais pour les ventes de voitures de papa... « Junk » doit donc faire en sorte que les paparazzi n'importunent pas la jeune femme, et que celle-ci ne rentre pas trop tard de ses agapes nocturnes.
Job effectivement dans les cordes de Junk, qui a le coup de poing facile, mais qui peut être dangereux avec une jeune femme canon comme Vicky... et de qui on peut tomber amoureux...

Cet album est paru en même temps que « Le Frisson » et tous deux inauguraient la nouvelle collection « Dark Night » de Delcourt. Après le récit teinté de fantastique mythologique de Starr et Bertilorenzi, voici une plus classique mais impeccable histoire de femme fatale, manipulatrice du pauvre type un peu lent du cerveau... Le piège se referme lentement sur Junk, et on ne peut que constater les dégâts. Graphiquement, Victor Santos use d'un noir et blanc qui rappelle parfois celui de Risso dans les ombres des silhouettes et des visages (quand on ne voit que les dents, par exemple) ou celui de Frank Miller (scène au lit la nuit, avec les hachures pages 66-67). Pour vous donner un aperçu, vous pouvez lire ici les 20 premières pages sur le site de Delcourt. Le rythme de l'album est assez soutenu, avec 4 à 8 cases par page, ce qui fait qu'on ne décroche à aucun moment. « Sale fric » confirme que Brian Azzarello – scénariste de "100 bullets" – est bien le scénariste du moment en matière de « Crime comics ».


L'histoire inventée par Christos Gage pour Chris Samnee ne manque quant à elle pas d'originalité : l'inspecteur Adam Kamen, au cours d'une intervention mouvementée sur une prise d'otage, se retrouve avec un tournevis planté en plein milieu du front... Il en réchappe mais l'agression va laisser des séquelles inattendues : le voici pris d'étranges visions, qui modifient sa perception de la réalité. Phénomène encore plus mystérieux, ces visions vont relancer une enquête sur un tueur en série, baptisé Henri VIII, et qui a pour habitude de décapiter ses victimes et de laisser leurs corps mutilés en plein New-York...

Ce « Zone 10 » est assez flippant, car l'enquête est menée par un inspecteur un peu dérangé et va se déporter sur un territoire scientifique, voire même médical, assez inhabituel. Il va en effet être question de trépanation tout au long de l'histoire, et comme le dit Jason Aaron (scénariste de « Scalped ») dans l'exergue à cet album : « Gage et Sammee se sont bien trouvés, et grâce à eux, je ne me sentirai plus jamais tranquille en présence d'une perceuse. Merci... ». Là encore, le travail graphique est tout à fait intéressant, et le noir et blanc de Samnee est lui plus « sale » que celui de Santos, peut-être parce que ce qu'il doit dessiner est aussi un peu plus gore... Bon, on peut rester un peu de marbre quant aux explications scientifiques sur lesquelles repose tout l'édifice – et même les trouver parfaitement farfelues – il n'en reste pas moins que « Zone 10 » est lui aussi un comics captivant, et une nouvelle preuve qu'il est très possible de faire du polar en sortant des sentiers battus.Alors, que penser de ce nouveau label « Dark Night » lancé par Delcourt ? Hormis une petite réserve sur l'agrandissement du format par rapport aux comics originaux parus chez DC dans la collection « Vertigo crime », il faut se réjouir de la traduction de ces trois premiers titres, qui permet de réelles découvertes. Reste à savoir quels seront les prochains à rejoindre la collection, car les trois albums choisis se rapprochaient, peu ou prou, d'une même famille graphique. Or, par exemple, le « Bronx Kill » de Milligan et James ou « The Executor », de l'italien Mutti sur scénario d'Evans, sont dans des registres visuels complètement différents. Wait and see... Et en attendant de voir, Delcourt ressort l'excellent « Sentiers de la perdition », en deux volumes.

Sale Fric
Texte Brian Azzarello et dessins Victor Santos
Delcourt, 2011. - 196 pages noir et blanc.
- Collection Dark Night - 14,95 €

Zone 10
Texte Christos N. Gage et dessins Chris Samnee
Delcourt, 2011. - 179 pages noir et blanc.
- Collection Dark Night - 14,95 €