Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
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Bonne balade dans le noir !

lundi 24 septembre 2018

Summer Express, part tou – Des albums à ne pas manquer (Delcourt) : Kill or be killed / Criminal 7 / Le Vendangeur de Paname / Panique au zoo

Suite du Summer Express, ou plutôt, début de l’automn express. Bref, une petite salve d’albums qui m’ont bien plu ces derniers mois, du côté de chez Delcourt cette fois.

Encore une fois, j’ouvre par les crime comics, la catégorie que je préfère depuis plusieurs années. Et par le tandem qui règne sur le genre depuis bientôt quinze ans : Ed Brubaker et Sean Phillips. Après le fantastique Fondu au noir, c’est Kill or be killed qui est arrivé en 2018, avec à nouveau cette inventivité scénaristique et graphique qui caractérise le duo, et l’amène une fois de plus à croiser et à revisiter les genres, comme dans Incognito ou Fatale. Cette fois, leur « héros », est un jeune homme, Dylan, à la vie tellement sombre et désespérée qu’on commence par assister, dans les premières pages, à sa – nouvelle - tentative de suicide. Tout aussi ratée que les précédentes : sauter du toit d’un immeuble ne marche pas à tous les coups… On est bien dans le roman noir… mais qui bascule vite dans le fantastique : Dylan reçoit la visite nocturne d’un démon lui expliquant que c’est grâce à lui qu’il est encore là dans son lit douillet. Et qu’il y a un prix à payer pour ce miracle : « une vie pour une vie ». Un loyer mensuel, qui consiste pour Dylan à éliminer un salopard de cette planète qui n’en manque pas. Comme le jeune homme a finalement retrouvé goût à son quotidien, le voici piégé par ce pacte diabolique, et transformé en exécuteur, hésitant et paniqué au début, puis plus froid et méthodique ensuite. Mais on trouve vite la police sur son chemin quand on joue au justicier masqué dans la cité, si grande soit-celle ci.
Deux tomes sont parus, le troisième est imminent, et Kill or be killed est une nouvelle pièce de choix à l’impeccable bibliographie Brubaker / Philips / Breitweiser, cette dernière étant leur coloriste attitrée. 
 
Il faut également ajouter à cette biblio les deux mini-récits qui figurent au sommaire du Criminal 7, la série (terminée) qui a révélé en France le duo. On y retrouve deux membres de la famille Lawless, au coeur des années 70. Tegg, pour un épisode carcéral se déroulant en 1976, puis ce même Tegg et son fils Tracy, pour un court et sinistre road-trip pendant l’été 1979. Deux récits, deux tranches de vie, où règnent tension et violence, dans un monde où père et fils sont de véritables parias, et dont ils s’évadent par la lecture de comics peuplés de héros sanguinaires et de femmes pulpeuses… On suit ainsi en même temps que les trajectoires tourmentées de Tegg et Tracy, les aventures du Sauvage guerrier Zangar et celles de Fang, le loup-garou Kung-fu… Etonnant et passionnant ! Et de plus, une intéressante mise en abyme qui incite à plus d’une lecture de ce court et percutant tome de Criminal. Car c’est bien aussi ce qui caractérise toute l’oeuvre de Brubaker et Philips : des albums d’une richesse scénaristique et graphique incroyable qui amènent forcément à s’y replonger une fois la dernière page tournée…

Dans un autre genre, j’ai découvert cette année Frédéric Bagères, scénariste deux albums revigorants : Le Vendangeur de Paname et Panique au zoo.
Le premier, dessiné par David François est sous-titré : une enquête de l’Ecluse et la Bloseille, ce qui donne immédiatement le ton, surtout avec cette couverture présentant les deux inspecteurs affublés de leur outil travail principal respectif : une loupe et un verre de vin… Le premier s’appelle Pierre Caillaux, fils du célèbre Joseph Caillaux, et doit surtout son incorporation dans la police plus à son prestigieux patronyme qu’à ses qualités sportives (excellente première page de l’album!). Quant à son surnom, contraction de « bleusaille et oseille » - il le doit lui à l’inspecteur avec qui il va faire équipe, un vieux flic relégué au fin fond du Quai des Orfèvres en raison de son penchant pour le raisin fermenté. Tous deux vont enquêter non pas sur cet assassin qui nargue la police, avec ses quatre victimes en quelques mois, mais sur « le décapsulé de Bercy », un caviste retrouvé décapité. Un rapport entre les deux affaires ? Voire…
Cet album est plus que réussi : une intrigue double et au final assez ingénieuse, des personnages bien typés, aux caractères bien trempés, superbement mis en images par David François toujours aussi doué pour imaginer des trognes mémorables. Et cerise sur le gâteau, on se délecte de la langue verte mise dans leurs bouches par Frédéric Bagères : l’entreprise était délicate, elle fonctionne parfaitement et participe largement à la lecture jubilatoire de cette première enquête. Espérons-en d’autres !

En attendant, on retrouve cette même verve du scénariste dans Panique au zoo, sous-titré lui « une enquête de Poulpe et Castor Burma », autre improbable duo de limiers, dessinés cette fois par Marie Voyelle. Là, on est franchement dans le délire : dans un zoo auto-géré par les animaux eux-mêmes, une mystérieuse épidémie fait rage. Les pensionnaires sont victimes d’hybridation, en clair, ils mutent de manière inexplicable, et le zoo voit arriver des oursins polaires, un chat-poney, une huitre-constrictor… Cela ne plaît pas du tout au directeur du zoo, qui souhaite mettre fin au processus, et arrêter son responsable. Poulpe et Castor Burma interrogent donc tout le monde au cours d’une longue et minutieuse enquête, riche en rebondissements. Voici donc de nouveaux venus dans la grande famille du polar animalier, mais on est loin de la noirceur de Canardo, Blacksad ou du récent – et excellent - Mulo. On est plutôt est à mi-chemin entre le film Créature féroces et les enquêtes de Chaminou : du suspense, certes, mais sous le signe d’un humour assez débridé. Et ne vous laissez pas attendrir par le dessin tout en rondeur et apparente douceur de Marie Voyelle : Poulpe et Castor Burma, c’est pas pour les enfants. Ou alors les grands. Comme moi. Comme vous ? 


Kill or be killed 1 et 2 ****
Scénario Ed Brubaker, dessin Sean Philipps, couleurs Elizabeth Breitweiser
Traduction de Jacques Collin.
Delcourt, 2018 - 128 pages couleurs – 16,50 €

Criminal 7 : au mauvais endroit… ****
Scénario Ed Brubaker, dessin Sean Philipps, couleurs Elizabeth Breitweiser
Traduction d’Alex « Nikolavitch » Racunica
Delcourt, 2018 – 112 pages couleurs – 14,95 €

Le Vendangeur de Paname : une enquête de l’Ecluse et La Bloseille ****
Scénario Frédéric Bagères, dessin David François, couleurs David François et David Péromy
Delcourt, 2018 – 62 pages couleurs – 15,50 €

Panique au zoo ***
Scénario Frédéric Bagères, dessin Marie Voyelle, couleurs Jérôme Alvarez
Delcourt, 2018 – 192 pages couleurs – 23,95 €


dimanche 19 août 2018

Summer Express, part ouane  – Des albums à ne pas manquer (Futuropolis) : Dept H. - Car l’enfer est ici – Avec Edouard Luntz


J’ai lu pas mal d’albums vraiment bons ces derniers mois, sans avoir hélas eu le temps de vous en parler. Petite séance de rattrapage en, voyons, quatre (?) parties pour bien finir l’été.

Commençons par Futuropolis, dont le catalogue propose régulièrement des pépites et n’hésite jamais à prendre des risques, tout en suivant ses auteurs et séries phares.

Dept. H, de Matt Kindt (avec aux couleurs Sharlene Kindt) est directement à faire entrer dans cette catégorie. Sous-titré « Meurtre en grand profondeur », voici un récit captivant, en quatre tomes, dont les deux premiers sont déjà parus. L’histoire ? Un meurtre a été commis en pleine station sous-marine scientifique, à 11 kilomètres de la surface. Et la victime n’est autre que le concepteur de la base, Hari Hardy, un savant un peu rêveur mais à l’optimisme inébranlable. Et c’est Mia, sa fille, qui est envoyée pour essayer de comprendre ce qui s’est passé… Elle va vite se rendre compte que les sept occupants de la base – parmi lesquels figure le coupable – ne sont pas vraiment coopératifs et qu’il va lui être très difficile de faire éclater la vérité, voire tout simplement de survivre dans des abysses… Matt Kindt (dont on a vu tout le talent dans le superbe  Du sang sur les mains ) réussit à croiser plusieurs genres dans ce foisonnant comics : le récit à suspense, bien sûr, avec cette enquête en huis-clos avec ses suspects à la Agatha Christie, aux rebondissements minutés, le récit psychologique, avec ces tranches du passé de chacun qui remontent petit à petit à la surface, et le récit d’espionnage scientifique en toile de fond… Très bien mené du point de vue narratif, Dept. H est aussi une exploration graphique des haut-fonds étonnante… et flippante. Le troisième tome sort le 13 septembre, et on approche donc du dénouement de cette série originale.

C’est justement le tome final de Car l’Enfer est ici  dont le cinquième et dernier volume – intitulé  11 septembre , vient clore un récit qui aura tenu ses fans en haleine depuis… 2011, date de parution du premier album de cette suite du Pouvoir des innocents. Ce second cycle, écrit par Luc Brunschwig et dessiné par le tandem Laurent Hirn-David Nouhaud, met en lumière – si on peut dire – le personnage de Joshua Logan, soupçonné d’être le principal suspect d’un attentat ayant entraîné la mort de plus de 500 enfants et Steve Providence, le boxeur-prophète adulé des foules… Au fil des tomes, rythmé par chapitres chronologiques du 8 mai 1998 au 11 septembre 2001, c’est une assez fascinante tranche de vie américaine – et mondiale – que les auteurs invitent à lire. Un récit choral et politique, qu’il vaut d’ailleurs mieux lire d’un bloc pour en saisir toute la saveur, et qui s’achève donc par le procès de Joshua Logan, à la veille du 11 septembre 2011. Et Brunscwhig boucle de « belle » manière ce second cyle en appliquant réellement son crédo : «  ...le genre de BD que j’ai envie de faire, c'est-à-dire une BD distractive mais avec une totale implication personnelle. Le fond politique n’est pas juste là pour habiller l’histoire. J’ai vraiment essayé de capter « la marche du monde» en écrivant cette histoire, mais pas juste en m’imprégnant des théories des analystes reconnus. J’ai vraiment voulu identifier de mon point de vue les problèmes de la relation entre le pouvoir étatique et l’individu … (propos sur le site de Futuropolis).
Cet ultime tome est dessiné entièrement par Laurent Hirn, sur des décors de Annelise Sauvêtre.

Et pour finir ce petit tour du côté de chez Futuro, une vraie curiosité : Avec Edouard Luntz, le cinéaste des âmes inquiètes. de Nadar et Julien Frey. Le bandeau promo joue bien son rôle, et intrigue avec cette accroche : « Pour Michel Bouquet, c’est un des plus grands cinéastes français. Pourtant, personne ne le connaît ». Le cinéaste en question c’est donc Edouard Luntz, et Julien Frey lui rend un bel hommage en tentant de le faire sortir de l’oubli. Lui-même avait presque oublié qu’il avait rencontré le réalisateur, et il faut qu’il retombe sur un 45t de Gainsbourg,  Les coeurs verts, musique d’un film de Luntz, pour que tout lui revienne en mémoire. A l’époque de leur rencontre, Luntz avait affirmé au jeune homme, alors étudiant en cinéma, que sa carrière avait été brisée par Daryl Zanuck, qui avait fait disparaître son film, Le Grabuge. Et bien des années après cette rencontre, Julien Frey constate qu’aucun des films de Luntz n’est visible. Il part donc à leur recherche...
On le comprendra : cet album n’est pas à ranger dans la case polars, car il s’agit plus d’une quête personnelle que d’une enquête à proprement parler. Mais elle est tout autant prenante, car elle est semée d’embûches – quel périple, par exemple, pour réussir à voir  Le Grabuge  ! - et elle plonge son lecteur au coeur de l’histoire du cinéma en général et de celle d’un auteur singulier en particulier. Une fois la dernière page tournée, l’envie est grande d’essayer de voir à son tour Le Dernier saut, les Coeurs verts, ou encore L’humeur vagabonde, ce film où Michel Bouquet interprète une vingtaine de rôles !
L’hommage est donc réussi, et Nadar, dessinateur espagnol (auteur des très bons Papiers froissés et Salud !, chez Futuro aussi) apporte grandement sa pierre à l’édifice avec son dessin souple et précis, dans un élégant noir et blanc.

Next stop : Delcourt (James Bond, Kill or be Killed, Le vendangeur de Paname)

Dept. H, tomes 1 et 2 ****
Scénario et dessin Matt Kindt, couleurs Sharlene Kindt
Traduction de Sidonie Van Den Dries.
Futuropolis, 2018 - 160 pages couleurs – 22 €

Car l’enfer est ici – Tome 5 – 11 septembre ***
Scénario Luc Brunschwig et dessin Laurent Hirn
Futuropolis , 2018 – 80 pages couleur – 17 €

Avec Edouard Luntz, le cinéaste des âmes inquiètes ****
Scénario Julien Frey et dessin Nadar
Futuropolis, 2018 – 182 pages noir et blanc – 23 €

mardi 31 juillet 2018

[Tranches de futur ] - Le dernier Atlas, par Vehlmann, De Bonneval, Tanquerelle et Blanchard (Dupuis)

        
Des oiseaux qui se regroupent par milliers pour se laisser mourir dans un parc algérien, des petites frappes qui rackettent des bars où ils ont laissés de faux jeux d’arcades se transformant en vrais machines à sous, un caïd de retour au pays qui échappe de peu à la police, des insectes aux étranges mutations dues à la radio-activité : le futur imaginé par les auteurs du « Dernier Atlas » fait flipper.
D’autant qu’on ne sait rien encore de ce robot géant et menaçant qui ouvre les deux premiers épisodes de cette nouvelle série co-scénarisée par Vehlmann et de Bonneval, dessinée par Tanquerelle, avec un design de Blanchard... et qui s’annonce palpitante.

 

Pré-publiée sous forme de fascicules de 28 pages en noir et blanc, les deux premiers épisodes sont peut-être encore disponibles chez votre libraire BD préféré : foncez-y ! Le troisième sortira le 20 août, et il vous sera offert, comme les deux premiers.

  Et pour recevoir les 10 chapitres, il suffit de vous inscrire ici : ledernieratlas.com. Mais ne traînez pas en route : seuls les 1000 premiers inscrits pourront découvrir la suite de cette série, qui sortira ensuite dans une version album, en couleurs, en mars 2019.


vendredi 1 juin 2018

[Des bulles et des planches] - 6e édition du Festival BD6Né



 En attendant de vous reparler polar en cases incessamment sous peu, je vous transmets ici le programme du festival BD6Né, qui se déroule à la capitale dans le 13ème et le 20ème.
N'hésitez pas à aller y faire un tour, le programme est prometteur. Le voici, tel qu'annoncé par les organisateurs :

Entièrement dédié aux liens entre Bande Dessinée et Cinéma, le Festival BD6Né vous invite à célébrer sa 6e édition ! Au programme des rencontres, expositions, projections et animations autour d’une idée simple et originale : explorer les liens entre Bande Dessinée et Cinéma. Pour découvrir les nombreux talents que partagent ces deux univers, rendez-vous les 2 et 3 juin 2018 à la Médiathèque Marguerite Duras (Paris 20e) et le 3 juin à Petit Bain (Paris 13e) !

Cette 6e édition débutera, le samedi, par des rencontres et dédicaces avec les auteurs de bandes dessinées Philippe Pochep, Hugues Micol et Sylvie Fontaine. Une séance documentaire vous plongera dans l'univers créatif d'Emmanuel Guibert (La Mémoire d'Alan) et Jack Kirby (La Guerre de Kirby), tous les deux marqués par la Seconde Guerre Mondiale. Véritable Maître du 9e art, nous consacrerons une séance spéciale à François Boucq (présence sous réserve), avec la projection du documentaire d'Avril Tembouret, La Journée durant laquelle Boucq réalise une planche entière d'un album du Bouncer, une performance artistique fascinante qu'il est l'un des rares dessinateurs à pouvoir pratiquer. Elle sera suivie par une compétition de courts métrages pour découvrir les nouveaux talents du cinéma, en présence des membres du Jury: Liam Engle, Sylvie Fontaine, Hugues Micol, Pochep, Jessica Rispal et Céline Wagner. Le public sera aussi invité à voter pour son court métrage préféré !

Le dimanche, une sélection de courts métrages jeune public réunira toute la famille, avant la toute première représentation parisienne du Grand Méchant Renard,  exceptionnel solo de théâtre et marionnettes de la Compagnie Jeux de Vilains,  inspiré de la bande dessinée de Benjamin Renner.

Pour sa clôture, le Festival vous invite à embarquer sur la péniche Petit Bain (Paris 13e), sur les quais de Seine, où un Village BD regroupera de nombreux auteurs et maisons d'éditions indépendants et où vous pourrez profiter d’un concert dessiné inédit de F/LOR et Céline Wagner. Enfin les concerts de WE INSIST ! et An Albatross accompagneront les dernières festivités sous un déluge de décibels !


▬ SAMEDI 2 JUIN ▬
Médiathèque Marguerite Duras
14h – Rencontre avec Pochep
14h – Séance Documentaires  (La Mémoire d'Alan, La Guerre de Kirby)
15h – Rencontre avec Hugues Micol
16h – Séance spéciale François Boucq
16h – Rencontre avec Sylvie Fontaine
18h – Compétition de courts métrages

▬ DIMANCHE 3 JUIN ▬
Médiathèque Marguerite Duras 
14h – Projection de courts métrages Jeune Public
15h – Solo de Théâtre et marionnettes Le Grand Méchant Renard - Inspiré de la BD 
de Benjamin Renner © Éditions Delcourt - 2015 

Petit Bain
16h – Village BD (stands d’auteurs  et maisons d’éditions indépendants)
16h - Exposition Le Cinéma Français c'est de la merde (en partenariat avec Distorsion)
19h - Soirée de Clôture avec Remise des prix 
20h - Concert Dessiné de Céline Wagner et F/LOR
21h - Concert WE INSIST!
22h - Concert An Albatross



INFOS PRATIQUES 

Médiathèque Marguerite Duras 
115 rue de Bagnolet  75020 Paris 
Métro Alexandre Dumas – Gambetta - Porte de Bagnolet 
ENTREE LIBRE

Petit Bain 
7 Port de la Gare 75013 Paris 
Métro Quai de la Gare
ENTREE LIBRE POUR LE VILLAGE BD & L'EXPOSITION / TARIF POUR LES CONCERTS : 13 € en prévente / tarif réduit, 16 € sur place 


Et en prime, la bande-annonce du festival : 

Hop ! 
A bientôt !

lundi 23 avril 2018

[Goéland Masqué] - Le Prix Mor Vran de la bande dessinée 2018 à Prado pour Proies faciles


Le festival de littérature populaire du Goéland Masqué a son prix BD depuis 2008, présidé par François Bourgeon et Alain Goutal, et c’est Jaime Martin qui avait inauguré le palmarès avec l’excellent  Ce que le vent apporte (Dupuis). Pour la dixième édition, de ce Prix Mor Vran, c’est un autre dessinateur espagnol qui est couronné par le jury  : Miguelanxo Prado
 
Son album  Proies faciles , publié aux éditions Rue de Sèvres, est un polar social qui plonge un duo d’enquêteurs au coeur d’une série de meurtres dans le milieu bancaire. Une histoire assez glaçante dans une société impitoyable pour les plus faible et les plus naïfs… (une critique détaillée de l’album ici, sur le site actuaBD). 

Alain Goutal, au presque centre, et quelques heureux membres
 
Prado, dont l’immense talent avait été récompensé dès 1991 par un Alph Art à Angoulême (pour Manuel Montano), sera présent les 19 et 20 mai prochain à Penmac’h pour la 18ème édition du Goéland Masqué. Il y retrouvera les lauréats des deux années passées : Lax (Un certain Cervantès) et Götting (Watertown). Je reviendrai dans un prochain billet sur les auteurs BD présents au festival.

jeudi 29 mars 2018

[Chasse à l’homme] - L'Exécuteur 3 - Les Proies, par Wagner et Ranson (Délirium) ****

Scène de chasse au coeur de la forêt profonde. Deux hommes sont aux aguets, prêts à occire l’innocent cervidé qui fait une pause au bord du fleuve . Mais l’un des deux chasseurs n’est pas tout à fait à son affaire : il a des flashbacks, des réminiscences d’une autre type de traque, ce « jeu », auquel on l’a contraint à participer, et où les cibles ne sont ni plus ni moins que des hommes comme lui. Tous impliqués dans le Jeu, comme lui. Des exécutants qui obéissent à leurs commanditaires, « Les Voix ».
Mais Harry Exton a toujours refusé le Jeu, et il croyait bien en être débarrassé, en se faisant oublier au fin fond du Montana, où il est désormais Raymond Perkins, et où il partage les immensités de la nature avec pour ami le seul Wiley. Un ami qui a de légers doutes sur l’identité de cet homme, aux réflexes bien affûtés pour un simple chasseur d’épaves… Et puis Harry reçoit aussi dans son modeste chalet Grace Watt, la charmante femme du dentiste local, et dont les visites semblent avoir dépassé le stade de la franche courtoisie.
Tout ce fragile équilibre va se trouver ébranlé quand les Voix vont se réveiller et décider l’élimination définitive de ce bon vieil Harry. Et elles vont lancer à ses trousses pas moins de treize exécutants et employer tout ce que la technologie de l’époque peut offrir pour mettre un terme à la déjà trop longue carrière de soliste de ce joueur récalcitrant qu’est Harry Exton.
 
Les Proies viennent mettre un terme à la formidable trilogie qu’est l’Exécuteur – Button Man, rappelons-le, en VO – et ce final est dans la lignée des deux précédents volumes : nerveux, violent, spectaculaire, inventif et complètement immoral. Après Le Jeu mortel, et la Confession, il fallait à John Wagner et Arthur Ranson maintenir le haut niveau de tension de leur récit de la vie mouvementée d’Harry Exton. Ils y parviennent, en choisissant de faire jouer leur « héros » à « seul contre le monde entier », et en imaginant des scènes tout aussi saisissantes que dans les deux premiers volumes. Ranson excelle toujours autant dans les scènes nocturnes, qu’elles soient urbaines – formidable passage à Chicago ! - ou en pleine nature forestière et enneigée. Son final, où Harry piège les bois, rappelle « First Blood », et Exton pourrait s’appeler John Rambo qu’on ne trouverait pas grand-chose à y redire. Mais L’Exécuteur est bien un personnage de polar, à l’âme bien sombre, et qui demeurera impitoyable jusqu’à la dernière case. La fin de l’album est sèche comme un coup de trique : une conclusion parfaite pour ce qui devrait devenir un classique du genre. Et qui devrait l’être depuis longtemps, damned !

L'Exécuteur 3Les Proies ****
Scénario John Wagner et dessin Arthur Ranson
Traduction de Philippe Touboul
Delirium, 2018 - 112 pages couleur - 24 €
Sortie le 16 mars 2018

lundi 12 mars 2018

[Glénat comics] - Never go home, Black Magick et The Beauty : quand les crime comics se teintent de fantastique...

Dans la grande famille du polar en cases, je confesse un goût de plus en plus prononcé pour les crime comics, qu’ils nous viennent de l’Oncle Sam, ou de Sa Majesté la Reine. Redynamisés et réinventés par Moore et Miller à l’aube des années 90, ces comics n’ont cessé de gagner en qualité graphique et audace scénaristique, et depuis quelques années, un nouveau rameau est apparu : un croisement des genres où le Noir se teinte de fantastique, SF, gore… pour des résultats souvent intéressants, parfois superbes, mais rarement quelconques. Et c’est un bonheur de voir que les éditeurs français suivent, et n’hésitent pas à traduire ces séries qui sortent du polar le plus pur tout en gardant les codes. Parmi celles-ci, trois sont parues récemment chez Glénat Comics. Trois premiers tomes. 

 Paru en septembre dernier, Never Go Home, de Rosenberg, Kindlon et Hood, revisite tout à la fois le récit de cavale et le récit initiatique, avec en toile de fond la question existentielle : avoir des super-pouvoirs, c’est une aubaine ou une malédiction ? C’est à quoi tentent de répondre comme ils le peuvent les deux jeunes « héros » de La cavale de Duncan et Maddie, obligés de tout laisser derrière eux et de s’embarquer dans une errance sur les routes de l’Amérique de 1989. Douée d’une force surnaturelle quand elle est en état de stress intense, assortie d’une capacité à détourner les balles, Maddie se laisse guider par Duncan, le pauvre type du lycée, lui aussi « différent », dans une cavale où deux chasseurs les pistent : les forces de l’ordre et celles d’un mystérieux Monsieur Caroll, qui semblent en savoir pas mal sur leur compte. Ce premier tome trépidant a même sa bande son, omniprésente : les titres des chapitres sont des morceaux fétiches de Duncan, tous issus de groupes de la scène hardcore-punk underground de ces années-là et c’est avec joie qu’on retrouve les Bad Brains, Replacements, Germs et autre Hüsker Dü.
Tenez, je ne résiste pas à vous mettre un extrait de la mixtape de Duncan à Maddie…



En matière de croisement de genres, Black Magick de Rucka et Scott lorgne lui carrément du côté des sciences occultes puisque le personnage principal de la série, Rowan Black est certes flic à Portsmouth, elle n’en est pas moins sorcière en dehors des heures de service. « Tout est une histoire de vocation » annonce ironiquement la quatrième de couv’, mais on ne rigole pas trop à Porstmouth : un preneur d’otages illuminé s’immole après avoir demandé à parler exclusivement à Black, et le cadavre d’un tueur impuni est repêché du fleuve, sérieusement abîmé et avec une main en moins… La brigade criminelle de la ville s’y perd un peu, mais Rowan Black se garde bien de dévoiler ce qu’elle pense être la vérité : on a découvert son identité de sorcière et on veut la détruire, elle, et ses semblables. Car des sorcières, il y en a d’autres, dans cette Amérique profonde… Faire revivre au XXIème siècle les croyances ancestrales sur des pouvoirs surnaturels détenus par des Elu-e-s, le pari était osé, et il tient assez bien la route, car ce premier opus – intitulé Le Réveil – reste assez sobre en matière d’effets visuels, réservant la couleur aux passages les plus éminemment fantastiques ; tout le reste de l’album est dans une bichromie dominée par le gris. Le scénario de Greg Rucka est lui aussi suffisamment charpenté pour qu’un vrai suspense soit installé autour d’un double défi pour son héroïne : découvrir qui sont ses véritables ennemis et… réussir à dissimuler sa double vie. La suite au prochain numéro.

La plus originale des trois séries de cette chronique demeure certainement The Beauty, dont le tome 1 Contamination est vraiment prometteur. Dès la première page, le décor est posé : 
 

Le problème de cette sympathique maladie qui embellit votre corps, c’est qu’un effet assez radical va bientôt faire son apparition : au bout d’une longue période, le malade meurt. Par combustion interne. C’est assez spectaculaire… Alors, quand les flics enquêtent sur les premières morts liées à la maladie, ils ne comprennent pas trop à quoi ils ont affaire. Et puis, très vite, les scientifiques pointent le bout de leurs masques et gants de protections, et le duo d’enquêteurs du FBI affecté à l’affaire va comprendre que d’autres intérêts que la recherche de la vérité sont en jeu. Et que la santé de l’espèce humaine ne vaut pas cher face à la puissance de l’industrie pharmaceutique. Derrière l’enquête, ce sont bien des questions éthiques que posent les scénaristes Jason A. Hurley et Jeremy Haun . Sans oublier de raconter une histoire prenante dès le départ, magnifiée par les images-chocs de Haun, aussi dessinateur de la série. Une fois les premières pages lues, impossible de lâcher The Beauty ...

Never go home ***
1 - La Cavale de Duncan et Maddie
Scénario Matthew Rosenberg et Patrick Kindlon ; dessin Josh Hood
Glénat comics, 2017 - 160 pages couleurs - 15,95 €

Black Magick ***
1 -Réveil
Scénario Greg Rucka ; dessin Nicola Scott
Glénat comics, 2017 - 160 pages couleurs - 15,95 €

The Beauty ****
Tome 1 – Contamination
Scénario Jason A Hurley et Jeremy Haun ; dessin Jeremy Haun
Glénat comics, 2018 - 160 pages couleurs - 15,95 €

lundi 26 février 2018

 [Billet à caractère informatif] - Le Fauve Polar SNCF 2018 à "Jean Doux et le mystère de la disquette molle " de Philippe Valette (Delcourt)


Philippe Valette et son animal préféré (photo : Agence Anne & Arnaud)

Bon, la nouvelle n’est pas toute fraîche, mais pas question de la taire davantage dans ces pages  : le Fauve Polar SNCF a été décerné cette année 2018 à un album qui annonce sobrement en quatrième de couv : « une aventure en open space ». Ajoutez à cette formule mystérieuse, mais prometteuse, une couverture, voyons, spectaculaire et vous avez entre les mains un des albums les plus originaux de l’an passé. Et assurément celui qui dénotait – ou détonnait, comme vous voulez – le plus dans la sélection du Fauve Polar 2018.

De quoi s’agit-il ? Comme le titre l’indique, tout tourne autour d’une disquette molle, cette chose que les moins de vingt ans n’ont vu que dans leurs pires cauchemars digitalisés, et que le héros va lui retrouver dans le faux plafond de son entreprise. Une entreprise spécialisée dans le commerce méconnu des broyeuses à papier. A cause de cette disquette, Jean Doux va aller de découvertes en surprises et le lecteur, intrigué au début, va le suivre, happé et conquis, dans une quête de plus en plus haletante.


 

Philippe Valette réussit le tour de force de créer un suspense à partir d’objets les plus rébarbatifs et anodins, dans un environnement les plus inattendus : le bureau, époque nineties. Ajoutez-y on a une galerie de personnages assez gratinés, Jean Doux en tête (un héros entre Indiana Jones et Jean-Claude Dusse, dixit l’auteur), affublé de deux collègues pas piqués des vers non plus et vous obtenez une des bandes dessinées les plus drôles de ces dernières années.


 

Sur son site, Philippe Valette explique : «… A l'origine "Jean Doux et le mystère de la disquette molle" était un projet de film live, que j'avais commencé à développer en 2008. A l'époque il s'appelait CTRL-Z (bravo), et l'idée était née du mariage entre ma passion pour les récits d'aventures, à la Indiana Jones, et l'humour minitel de "Message à caractère informatif" que je possédais sur support video laser disk... »



L’étonnant style graphique de l’auteur est assorti de dialogues qui feront date. Un exemple ?

- Vous pensez que dans 20 ans les gens se moqueront des années 90 ? 

- Je vois pas ce qu’il pourrait trouver de drôle , on a atteint le sommet de la chaîne vestimentaire.
- Ouais, c’est vrai.

Indispensable !


En prime, cette chouette interview sur le site 9eme Art :




 Jean Doux et le mystère de la disquette molle ****
Texte et dessin Philippe Valette
Delcourt, 2017 - 304 pages couleur d'époque - 190,23 FF

dimanche 18 février 2018

Les Contes noirs du chien de la casse, par Remedium (Des Ronds dans l’O) ***


Derrière un titre en hommage aux Contes bleus – et rouges – du chat perché, se cachent de véritables tranches d’un quotidien plus sombre. Mais là où Marcel Aymé choisissait la campagne pour les mésaventures de ses deux gamines débrouillardes, Remedium invite lui à une rencontre avec la banlieue, les cités, où les hommes et les femmes qui y vivent doivent aussi faire preuve d’imagination, de solidité, de solidarité, de résistance, pour s’en sortir, pour échapper au  mektoub , ce destin presque tout tracé… Ou pour vivre, tout simplement.

En sept histoires courtes et intenses, Remedium raconte la rue, le trafic, le désœuvrement, les bandes, les garçons et les filles, les frères et les sœurs, et combien rien n’est simple, pour personne, en particulier pour les femmes. Ces sept récits transpirent l’humanité, l’authenticité, la sincérité : beaucoup de ce qui s’y passe, s’y dit, a véritablement été vécu par l’auteur, et cela se sent. Mais encore fallait-il réussir à se faire le passeur de ces scènes anonymes de la vie urbaine.

 Remedium y parvient non seulement grâce à un dessin qui sait rendre compte à la fois des émotions intérieures comme des événements extérieurs, mais aussi grâce à une véritable musicalité du texte. Les dialogues et pensées intimes de ses personnages semblent parfois taillés pour le slam, et donnent une force à ces histoires. Et de l’espoir, comme la toute dernière histoire le laisse entrevoir, malgré une situation difficile. 
Une belle réussite chez un éditeur, des Ronds dans l'O, inlassable découvreur de talents.  

Remedium parle de son travail ici :


Les Contes noirs du chien de la casse ***
Scénario et dessin Remedium
Des Ronds dans l'O, 2017 – 70 pages noir et blanc – 15 €

dimanche 11 février 2018

[Première] – Festival Regards Noirs de Niort : Le Prix Clouzot de la BD 2018 à "Le Temps des sauvages" de Sébastien Goethals (Futuropolis)

Pour sa huitième édition, le festival polar « Regards Noirs »de Niort a innové, côté neuvième art, en lançant un nouveau prix consacré à la bande dessinée, celui de la meilleure adaptation polar d’un roman : le Prix Clouzot de la BD. 
Avec pas loin de 200 albums tirés d’oeuvres littéraires, dont une bonne quinzaine dans le genre « noir », l’idée était bonne, sinon légitime, et la sélection finale de cinq albums était assez attrayante.

Etaient ainsi en compétition, pour cette première : Puzzle, de Mig et Thilliez d’après son roman (Ankama), L’Homme au sang bleu de Moynot d’après Malet (Casterman), Intempérie de Javi Rey d’après Jesus Carrrasco (Dupuis), L’été en pente douce de JC Chauzy et Pierre Pelot d’après son roman (Fluide Glacial) et Le temps des sauvages de Sébastien Goethals d’après Thomas Gunzig.
Et c’est ce dernier album que le jury, sous la direction de Paul Ardenne, commissaire de l'exposition "Clouzot et les arts plastiques, une suite contemporaine" a choisi de couronner, récompensant l’oeuvre la plus forte de la sélection.

Si vous ne connaissez pas cet album, voici sa présentation, par Futuropolis :

« Manuel de survie à l’usage des incapables, quatrième roman de l’auteur Belge Thomas Gunzig dénonce la société contemporaine qui consomme à outrance et sans garde-fou. Rentabilité à tous prix et compétition insatiable pour le profit en tout. Dépenses matérielles et débauche humaine. Le monde connait un engrenage maladif. C’est la décadence. Gunzig, en marge des clichés sur le sujet parvient à le raconter avec autant d’humour que de cynisme. Ses personnages sont monstrueux et viennent nourrir une fable atroce mais drôle qui se joue tout autant des codes du thriller que du roman noir dans un rythme saccadé comme pour dire les convulsions du monde en bascule. L’adaptation personnelle qu’en propose Sébastien Goethals révèle les ambiances dantesque et kaléidoscopique du roman, sa poésie et sa violence. Le Temps des sauvages croque un monde féroce où le vivant est privatisé et où les mutations génériques sont courantes. L’homme deviendra-t-il réellement un loup pour l’homme ? Sébastien Goethals mord la fureur et la cruauté de la vie consumériste brutale »

Cet album dense est d’une richesse assez impressionnante, tant par ses thèmes abordés que par la pertinence des choix graphiques et narratifs de Sébastien Goethals : « couleurs » judicieuses pour le futur évoqué dans l’histoire, réussite dans la mise en image des hommes-loups, psychologie fouillée des personnages, et… scènes d’action saisissantes. Au final, on se trouve plongé dans un vrai suspense, qui monte progressivement, sur fond de discours intelligent et intelligible sur la société de consommation de demain… d’aujourd’hui ?

Cet album est un peu à part dans la production de Sébastien Goethals, plus habitué à la case « thriller » (Dans mes veines, Tower, Zodiaque…) qu’à des plongées au coeur de notre société à la dérive. On ne va surtout pas s’en plaindre, et espérer que ce prix confirmera à son auteur qu’une autre bande dessinée est possible pour lui… et que ses lectrices et lecteurs ne demandent qu’à le suivre dans cette nouvelle voie.

Et une dernière chose, tout de même : une fois tournée la dernière page, l’envie d’aller se plonger dans le roman de Thomas Gunzig est assez forte.
 Un autre signe de la grande réussite de cette adaptation.
 

Le temps des sauvages ****
Scénario et dessin Sébastien Goethals d’après Thomas Gunzig
Futuropolis, 2016 - 272 pages en bichromie – 26 €