Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

lundi 23 avril 2018

[Goéland Masqué] - Le Prix Mor Vran de la bande dessinée 2018 à Prado pour Proies faciles


Le festival de littérature populaire du Goéland Masqué a son prix BD depuis 2008, présidé par François Bourgeon et Alain Goutal, et c’est Jaime Martin qui avait inauguré le palmarès avec l’excellent  Ce que le vent apporte (Dupuis). Pour la dixième édition, de ce Prix Mor Vran, c’est un autre dessinateur espagnol qui est couronné par le jury  : Miguelanxo Prado
 
Son album  Proies faciles , publié aux éditions Rue de Sèvres, est un polar social qui plonge un duo d’enquêteurs au coeur d’une série de meurtres dans le milieu bancaire. Une histoire assez glaçante dans une société impitoyable pour les plus faible et les plus naïfs… (une critique détaillée de l’album ici, sur le site actuaBD). 

Alain Goutal, au presque centre, et quelques heureux membres
 
Prado, dont l’immense talent avait été récompensé dès 1991 par un Alph Art à Angoulême (pour Manuel Montano), sera présent les 19 et 20 mai prochain à Penmac’h pour la 18ème édition du Goéland Masqué. Il y retrouvera les lauréats des deux années passées : Lax (Un certain Cervantès) et Götting (Watertown). Je reviendrai dans un prochain billet sur les auteurs BD présents au festival.

jeudi 29 mars 2018

[Chasse à l’homme] - L'Exécuteur 3 - Les Proies, par Wagner et Ranson (Délirium) ****

Scène de chasse au coeur de la forêt profonde. Deux hommes sont aux aguets, prêts à occire l’innocent cervidé qui fait une pause au bord du fleuve . Mais l’un des deux chasseurs n’est pas tout à fait à son affaire : il a des flashbacks, des réminiscences d’une autre type de traque, ce « jeu », auquel on l’a contraint à participer, et où les cibles ne sont ni plus ni moins que des hommes comme lui. Tous impliqués dans le Jeu, comme lui. Des exécutants qui obéissent à leurs commanditaires, « Les Voix ».
Mais Harry Exton a toujours refusé le Jeu, et il croyait bien en être débarrassé, en se faisant oublier au fin fond du Montana, où il est désormais Raymond Perkins, et où il partage les immensités de la nature avec pour ami le seul Wiley. Un ami qui a de légers doutes sur l’identité de cet homme, aux réflexes bien affûtés pour un simple chasseur d’épaves… Et puis Harry reçoit aussi dans son modeste chalet Grace Watt, la charmante femme du dentiste local, et dont les visites semblent avoir dépassé le stade de la franche courtoisie.
Tout ce fragile équilibre va se trouver ébranlé quand les Voix vont se réveiller et décider l’élimination définitive de ce bon vieil Harry. Et elles vont lancer à ses trousses pas moins de treize exécutants et employer tout ce que la technologie de l’époque peut offrir pour mettre un terme à la déjà trop longue carrière de soliste de ce joueur récalcitrant qu’est Harry Exton.
 
Les Proies viennent mettre un terme à la formidable trilogie qu’est l’Exécuteur – Button Man, rappelons-le, en VO – et ce final est dans la lignée des deux précédents volumes : nerveux, violent, spectaculaire, inventif et complètement immoral. Après Le Jeu mortel, et la Confession, il fallait à John Wagner et Arthur Ranson maintenir le haut niveau de tension de leur récit de la vie mouvementée d’Harry Exton. Ils y parviennent, en choisissant de faire jouer leur « héros » à « seul contre le monde entier », et en imaginant des scènes tout aussi saisissantes que dans les deux premiers volumes. Ranson excelle toujours autant dans les scènes nocturnes, qu’elles soient urbaines – formidable passage à Chicago ! - ou en pleine nature forestière et enneigée. Son final, où Harry piège les bois, rappelle « First Blood », et Exton pourrait s’appeler John Rambo qu’on ne trouverait pas grand-chose à y redire. Mais L’Exécuteur est bien un personnage de polar, à l’âme bien sombre, et qui demeurera impitoyable jusqu’à la dernière case. La fin de l’album est sèche comme un coup de trique : une conclusion parfaite pour ce qui devrait devenir un classique du genre. Et qui devrait l’être depuis longtemps, damned !

L'Exécuteur 3Les Proies ****
Scénario John Wagner et dessin Arthur Ranson
Traduction de Philippe Touboul
Delirium, 2018 - 112 pages couleur - 24 €
Sortie le 16 mars 2018

lundi 12 mars 2018

[Glénat comics] - Never go home, Black Magick et The Beauty : quand les crime comics se teintent de fantastique...

Dans la grande famille du polar en cases, je confesse un goût de plus en plus prononcé pour les crime comics, qu’ils nous viennent de l’Oncle Sam, ou de Sa Majesté la Reine. Redynamisés et réinventés par Moore et Miller à l’aube des années 90, ces comics n’ont cessé de gagner en qualité graphique et audace scénaristique, et depuis quelques années, un nouveau rameau est apparu : un croisement des genres où le Noir se teinte de fantastique, SF, gore… pour des résultats souvent intéressants, parfois superbes, mais rarement quelconques. Et c’est un bonheur de voir que les éditeurs français suivent, et n’hésitent pas à traduire ces séries qui sortent du polar le plus pur tout en gardant les codes. Parmi celles-ci, trois sont parues récemment chez Glénat Comics. Trois premiers tomes. 

 Paru en septembre dernier, Never Go Home, de Rosenberg, Kindlon et Hood, revisite tout à la fois le récit de cavale et le récit initiatique, avec en toile de fond la question existentielle : avoir des super-pouvoirs, c’est une aubaine ou une malédiction ? C’est à quoi tentent de répondre comme ils le peuvent les deux jeunes « héros » de La cavale de Duncan et Maddie, obligés de tout laisser derrière eux et de s’embarquer dans une errance sur les routes de l’Amérique de 1989. Douée d’une force surnaturelle quand elle est en état de stress intense, assortie d’une capacité à détourner les balles, Maddie se laisse guider par Duncan, le pauvre type du lycée, lui aussi « différent », dans une cavale où deux chasseurs les pistent : les forces de l’ordre et celles d’un mystérieux Monsieur Caroll, qui semblent en savoir pas mal sur leur compte. Ce premier tome trépidant a même sa bande son, omniprésente : les titres des chapitres sont des morceaux fétiches de Duncan, tous issus de groupes de la scène hardcore-punk underground de ces années-là et c’est avec joie qu’on retrouve les Bad Brains, Replacements, Germs et autre Hüsker Dü.
Tenez, je ne résiste pas à vous mettre un extrait de la mixtape de Duncan à Maddie…



En matière de croisement de genres, Black Magick de Rucka et Scott lorgne lui carrément du côté des sciences occultes puisque le personnage principal de la série, Rowan Black est certes flic à Portsmouth, elle n’en est pas moins sorcière en dehors des heures de service. « Tout est une histoire de vocation » annonce ironiquement la quatrième de couv’, mais on ne rigole pas trop à Porstmouth : un preneur d’otages illuminé s’immole après avoir demandé à parler exclusivement à Black, et le cadavre d’un tueur impuni est repêché du fleuve, sérieusement abîmé et avec une main en moins… La brigade criminelle de la ville s’y perd un peu, mais Rowan Black se garde bien de dévoiler ce qu’elle pense être la vérité : on a découvert son identité de sorcière et on veut la détruire, elle, et ses semblables. Car des sorcières, il y en a d’autres, dans cette Amérique profonde… Faire revivre au XXIème siècle les croyances ancestrales sur des pouvoirs surnaturels détenus par des Elu-e-s, le pari était osé, et il tient assez bien la route, car ce premier opus – intitulé Le Réveil – reste assez sobre en matière d’effets visuels, réservant la couleur aux passages les plus éminemment fantastiques ; tout le reste de l’album est dans une bichromie dominée par le gris. Le scénario de Greg Rucka est lui aussi suffisamment charpenté pour qu’un vrai suspense soit installé autour d’un double défi pour son héroïne : découvrir qui sont ses véritables ennemis et… réussir à dissimuler sa double vie. La suite au prochain numéro.

La plus originale des trois séries de cette chronique demeure certainement The Beauty, dont le tome 1 Contamination est vraiment prometteur. Dès la première page, le décor est posé : 
 

Le problème de cette sympathique maladie qui embellit votre corps, c’est qu’un effet assez radical va bientôt faire son apparition : au bout d’une longue période, le malade meurt. Par combustion interne. C’est assez spectaculaire… Alors, quand les flics enquêtent sur les premières morts liées à la maladie, ils ne comprennent pas trop à quoi ils ont affaire. Et puis, très vite, les scientifiques pointent le bout de leurs masques et gants de protections, et le duo d’enquêteurs du FBI affecté à l’affaire va comprendre que d’autres intérêts que la recherche de la vérité sont en jeu. Et que la santé de l’espèce humaine ne vaut pas cher face à la puissance de l’industrie pharmaceutique. Derrière l’enquête, ce sont bien des questions éthiques que posent les scénaristes Jason A. Hurley et Jeremy Haun . Sans oublier de raconter une histoire prenante dès le départ, magnifiée par les images-chocs de Haun, aussi dessinateur de la série. Une fois les premières pages lues, impossible de lâcher The Beauty ...

Never go home ***
1 - La Cavale de Duncan et Maddie
Scénario Matthew Rosenberg et Patrick Kindlon ; dessin Josh Hood
Glénat comics, 2017 - 160 pages couleurs - 15,95 €

Black Magick ***
1 -Réveil
Scénario Greg Rucka ; dessin Nicola Scott
Glénat comics, 2017 - 160 pages couleurs - 15,95 €

The Beauty ****
Tome 1 – Contamination
Scénario Jason A Hurley et Jeremy Haun ; dessin Jeremy Haun
Glénat comics, 2018 - 160 pages couleurs - 15,95 €

lundi 26 février 2018

 [Billet à caractère informatif] - Le Fauve Polar SNCF 2018 à "Jean Doux et le mystère de la disquette molle " de Philippe Valette (Delcourt)


Philippe Valette et son animal préféré (photo : Agence Anne & Arnaud)

Bon, la nouvelle n’est pas toute fraîche, mais pas question de la taire davantage dans ces pages  : le Fauve Polar SNCF a été décerné cette année 2018 à un album qui annonce sobrement en quatrième de couv : « une aventure en open space ». Ajoutez à cette formule mystérieuse, mais prometteuse, une couverture, voyons, spectaculaire et vous avez entre les mains un des albums les plus originaux de l’an passé. Et assurément celui qui dénotait – ou détonnait, comme vous voulez – le plus dans la sélection du Fauve Polar 2018.

De quoi s’agit-il ? Comme le titre l’indique, tout tourne autour d’une disquette molle, cette chose que les moins de vingt ans n’ont vu que dans leurs pires cauchemars digitalisés, et que le héros va lui retrouver dans le faux plafond de son entreprise. Une entreprise spécialisée dans le commerce méconnu des broyeuses à papier. A cause de cette disquette, Jean Doux va aller de découvertes en surprises et le lecteur, intrigué au début, va le suivre, happé et conquis, dans une quête de plus en plus haletante.


 

Philippe Valette réussit le tour de force de créer un suspense à partir d’objets les plus rébarbatifs et anodins, dans un environnement les plus inattendus : le bureau, époque nineties. Ajoutez-y on a une galerie de personnages assez gratinés, Jean Doux en tête (un héros entre Indiana Jones et Jean-Claude Dusse, dixit l’auteur), affublé de deux collègues pas piqués des vers non plus et vous obtenez une des bandes dessinées les plus drôles de ces dernières années.


 

Sur son site, Philippe Valette explique : «… A l'origine "Jean Doux et le mystère de la disquette molle" était un projet de film live, que j'avais commencé à développer en 2008. A l'époque il s'appelait CTRL-Z (bravo), et l'idée était née du mariage entre ma passion pour les récits d'aventures, à la Indiana Jones, et l'humour minitel de "Message à caractère informatif" que je possédais sur support video laser disk... »



L’étonnant style graphique de l’auteur est assorti de dialogues qui feront date. Un exemple ?

- Vous pensez que dans 20 ans les gens se moqueront des années 90 ? 

- Je vois pas ce qu’il pourrait trouver de drôle , on a atteint le sommet de la chaîne vestimentaire.
- Ouais, c’est vrai.

Indispensable !


En prime, cette chouette interview sur le site 9eme Art :




 Jean Doux et le mystère de la disquette molle ****
Texte et dessin Philippe Valette
Delcourt, 2017 - 304 pages couleur d'époque - 190,23 FF

dimanche 18 février 2018

Les Contes noirs du chien de la casse, par Remedium (Des Ronds dans l’O) ***


Derrière un titre en hommage aux Contes bleus – et rouges – du chat perché, se cachent de véritables tranches d’un quotidien plus sombre. Mais là où Marcel Aymé choisissait la campagne pour les mésaventures de ses deux gamines débrouillardes, Remedium invite lui à une rencontre avec la banlieue, les cités, où les hommes et les femmes qui y vivent doivent aussi faire preuve d’imagination, de solidité, de solidarité, de résistance, pour s’en sortir, pour échapper au  mektoub , ce destin presque tout tracé… Ou pour vivre, tout simplement.

En sept histoires courtes et intenses, Remedium raconte la rue, le trafic, le désœuvrement, les bandes, les garçons et les filles, les frères et les sœurs, et combien rien n’est simple, pour personne, en particulier pour les femmes. Ces sept récits transpirent l’humanité, l’authenticité, la sincérité : beaucoup de ce qui s’y passe, s’y dit, a véritablement été vécu par l’auteur, et cela se sent. Mais encore fallait-il réussir à se faire le passeur de ces scènes anonymes de la vie urbaine.

 Remedium y parvient non seulement grâce à un dessin qui sait rendre compte à la fois des émotions intérieures comme des événements extérieurs, mais aussi grâce à une véritable musicalité du texte. Les dialogues et pensées intimes de ses personnages semblent parfois taillés pour le slam, et donnent une force à ces histoires. Et de l’espoir, comme la toute dernière histoire le laisse entrevoir, malgré une situation difficile. 
Une belle réussite chez un éditeur, des Ronds dans l'O, inlassable découvreur de talents.  

Remedium parle de son travail ici :


Les Contes noirs du chien de la casse ***
Scénario et dessin Remedium
Des Ronds dans l'O, 2017 – 70 pages noir et blanc – 15 €

dimanche 11 février 2018

[Première] – Festival Regards Noirs de Niort : Le Prix Clouzot de la BD 2018 à "Le Temps des sauvages" de Sébastien Goethals (Futuropolis)

Pour sa huitième édition, le festival polar « Regards Noirs »de Niort a innové, côté neuvième art, en lançant un nouveau prix consacré à la bande dessinée, celui de la meilleure adaptation polar d’un roman : le Prix Clouzot de la BD. 
Avec pas loin de 200 albums tirés d’oeuvres littéraires, dont une bonne quinzaine dans le genre « noir », l’idée était bonne, sinon légitime, et la sélection finale de cinq albums était assez attrayante.

Etaient ainsi en compétition, pour cette première : Puzzle, de Mig et Thilliez d’après son roman (Ankama), L’Homme au sang bleu de Moynot d’après Malet (Casterman), Intempérie de Javi Rey d’après Jesus Carrrasco (Dupuis), L’été en pente douce de JC Chauzy et Pierre Pelot d’après son roman (Fluide Glacial) et Le temps des sauvages de Sébastien Goethals d’après Thomas Gunzig.
Et c’est ce dernier album que le jury, sous la direction de Paul Ardenne, commissaire de l'exposition "Clouzot et les arts plastiques, une suite contemporaine" a choisi de couronner, récompensant l’oeuvre la plus forte de la sélection.

Si vous ne connaissez pas cet album, voici sa présentation, par Futuropolis :

« Manuel de survie à l’usage des incapables, quatrième roman de l’auteur Belge Thomas Gunzig dénonce la société contemporaine qui consomme à outrance et sans garde-fou. Rentabilité à tous prix et compétition insatiable pour le profit en tout. Dépenses matérielles et débauche humaine. Le monde connait un engrenage maladif. C’est la décadence. Gunzig, en marge des clichés sur le sujet parvient à le raconter avec autant d’humour que de cynisme. Ses personnages sont monstrueux et viennent nourrir une fable atroce mais drôle qui se joue tout autant des codes du thriller que du roman noir dans un rythme saccadé comme pour dire les convulsions du monde en bascule. L’adaptation personnelle qu’en propose Sébastien Goethals révèle les ambiances dantesque et kaléidoscopique du roman, sa poésie et sa violence. Le Temps des sauvages croque un monde féroce où le vivant est privatisé et où les mutations génériques sont courantes. L’homme deviendra-t-il réellement un loup pour l’homme ? Sébastien Goethals mord la fureur et la cruauté de la vie consumériste brutale »

Cet album dense est d’une richesse assez impressionnante, tant par ses thèmes abordés que par la pertinence des choix graphiques et narratifs de Sébastien Goethals : « couleurs » judicieuses pour le futur évoqué dans l’histoire, réussite dans la mise en image des hommes-loups, psychologie fouillée des personnages, et… scènes d’action saisissantes. Au final, on se trouve plongé dans un vrai suspense, qui monte progressivement, sur fond de discours intelligent et intelligible sur la société de consommation de demain… d’aujourd’hui ?

Cet album est un peu à part dans la production de Sébastien Goethals, plus habitué à la case « thriller » (Dans mes veines, Tower, Zodiaque…) qu’à des plongées au coeur de notre société à la dérive. On ne va surtout pas s’en plaindre, et espérer que ce prix confirmera à son auteur qu’une autre bande dessinée est possible pour lui… et que ses lectrices et lecteurs ne demandent qu’à le suivre dans cette nouvelle voie.

Et une dernière chose, tout de même : une fois tournée la dernière page, l’envie d’aller se plonger dans le roman de Thomas Gunzig est assez forte.
 Un autre signe de la grande réussite de cette adaptation.
 

Le temps des sauvages ****
Scénario et dessin Sébastien Goethals d’après Thomas Gunzig
Futuropolis, 2016 - 272 pages en bichromie – 26 €

lundi 15 janvier 2018

Du sang sur les mains : de l’art subtil des crimes étranges, par Matt Kindt (Monsieur Toussaint Louverture) *****

Pour commencer l’année, autant débuter par un chef d’oeuvre, car il faut appeler les choses par leur nom : Du Sang sur les mains est une bande dessinée magistrale.

De quoi s’agit-il ? Tout "simplement" d’un polar aux multiples portes d’entrées, et qui mènent toutes à une ville, Diablerouge, et à l’inspecteur Gould, flic de choc de la cité, réputé pour son incroyable efficacité. Cette « véritable figure de la lutte contre le crime » mène les arrestations avec une facilité déconcertante et il est impossible de lui échapper. Mais on voit peu le super-flic à l’oeuvre, si ce n’est au moment de passer les menottes aux coupables. Car, et c’est une des nombreuses réussites de cet album, c’est en dressant les portraits des « victimes » de Gould, que Matt Kindt nous plonge dans un tourbillon narratif passionnant. 

Ainsi, on croise successivement : une jeune barmaid cleptomane obnubilée par le vol de chaises. Une prof à la vocation d’écrivain tellement contrariée qu’elle en finit en prison à cause d’une idée de roman géniale. Un ex-prestidigitateur tombé dans l’oubli et reconverti en pickpocket. Un ascensoriste voyeur dont les photos finissent en galerie d’art. Un trafiquant de fourrures insaisissable. Un braqueur rangé des voitures, mais qui a eu la mauvaise idée de choisir Diablerouge pour sa retraite. Et un employé modèle, roi de la manipulation...
A ces adeptes des entorses à la loi – voire à la morale - viennent s’ajouter trois femmes, figurent importantes dans le récit de Matt Kindt : Annalyse Gould, la propre femme de l’inspecteur, qui tient justement la galerie de la ville, Carol Hikson, artiste et Tess Riley, ex-agent de probation et maintenant agent immobilier bien en place. 
 

Tous ces personnages, reliés par un fil scénaristique invisible jusque dans les dernières pages de ce récit fascinant, sont des gens ordinaires, avec tous en commun, tout de même, un certain goût pour le beau, l’art, l’aspect ludique de la vie, et peut-être aussi, des envies de reconnaissance. Ou de ne pas devenir invisibles, tout simplement… On entre dans leurs vies, leurs envies, leurs espoirs et leurs désillusions : il y a dans ce livre un côté existentiel, introspectif, omniprésent, trop rarement à l’oeuvre dans les polars.
Graphiquement, Matt Kindt multiplie aussi les techniques et traits : reproduction du journal local de Diablerouge, avec ses strips mettant en scène l’inspecteur Gould, comme au début des comics (l’hommage à Dick Tracy est évident), fausses couvertures de romans populaires, cases noires composées uniquement de dialogue, changement de sens de lecture pour donner l’impression d’avoir un journal en mains… Des exemples parmi d’autres pour illustrer la mise en page dynamique et inventive qui est celle de l’auteur.


« Du sang sur les mains » est un vrai kaléidoscope, où tout est en mouvement et finit par s’imbriquer. Et une fois arrivé au bout, vous prend une envie irrépressible de vous replonger dans cet « Art subtil des crimes étranges » ou de vous arrêter longuement sur la superbe jaquette de l’album, qui mériterait une analyse à elle toute seule. 
 
On notera d’ailleurs le soin apporté par Monsieur Toussaint Louverture à cette édition française, et on peut se réjouir de voir que Mind MGMT, série-phare de l’auteur, soit annoncée chez cet éditeur en 2020. Mais en attendant, lisez, relisez, « Du sang sur les mains », œuvre majeure !


Du sang sur les mains : de l’art subtil des crimes étranges *****
Scénario et dessin de Matt Kindt – Traduit par Céleste Desoille
Monsieur Toussaint Louverture, 2018 – 276 pages couleurs – 24,50 €

dimanche 17 décembre 2017

[Hollywood confidential] – Fondu au Noir, par Brubaker et Phillips (Delcourt) *****


 1948. Charlie Parish est scénariste à Holllywood. Il émerge un lendemain de cuite, au petit matin, dans un des bungalows de Studio city, ces petits apparts « où on parquait les acteurs pour les garder tout près du plateau ». Le temps de chasser les effluves vaseuses de son cerveau embrumé, Parish reconstitue petit à petit la soirée de la veille. Une fête. De l’alcool. Une bagarre. Et pour finir, une balade, avec Valeria Sommers, la starlette en pleine ascension. Voilà. Nous y sommes. Il y est. Le scénariste se rappelle de tout, et qu’il se trouve chez la starlette. Mais elle… Où est-elle ? Pas très loin, dans le living. Morte. Etranglée. Et Charlie qui a passé la nuit complètement ivre, à ses cotés… Vite, agir ! Prévenir la police ? Impossible… Alors, il efface toutes les traces de son passage, et se rend à pied au studio, tout près. En laissant sa voiture sur place…



Ce prologue occupe les dix premières pages sur les quatre cents que comptent les douze chapitres de « The Fade Out », le dernier Brubaker et Phillips publié par Delcourt. Un éditeur qui n’hésite pas à qualifier les deux créateurs de « duo magique », et on ne peut lui donner tort : en un peu plus de 10 ans et depuis la sortie du premier volume de Criminal, les deux hommes sont devenus les véritables maîtres du récit noir dont ils ont exploré de multiples facettes, avec leur série phare, Criminal, donc, mais aussi avec  Incognito  et  Fatale, où ils flirtaient avec d’autres mauvais genres, le fantastique en tête. 

 Fondu au Noir marque un retour à ce talent inégalé qu’ils ont pour le récit strictement noir, qui a la couleur sombre et mélancolique des romans et films de l’âge d’or du genre. Peut-être parce que cette histoire se déroule en pleine chasse aux sorcières, au coeur d’Hollywood ? Peut-être… 

Mais plus sûrement, parce qu’Ed Brubaker déploie une fabuleuse galerie de personnages – dont les dix-huit principaux sont d’ailleurs présentés, en guise de générique mystérieux dès les premières pages – et qu’il les plonge dans un univers fait de mensonges, corruption et manipulations. Le pauvre Charlie Parish, pour se sortir d’affaire, va vite découvrir que le meurtre va être transformé en suicide pour cacher des secrets bien plus importants que sa petite personne. Contraint malgré tout de mener son enquête, entendra-t-il cette mise en garde de Dashiell Hammett lui-même : « Je dirais que ce détective ferait mieux de se tenir à l’écart de tout ce bazar… Il y a des gens qu’il vaut mieux ne pas irriter. » 

Je vous laisse découvrir comment va se sortir Charlie Parish du nid de vipères dans lequel il est tombé… Et c’est une fois de plus dessiné avec classe par Sean Phillips, véritable maître des ombres et des ambiances nocturnes. De ce tandem qu’ils constituent, Brubaker dit : « Nous espérons former un duo tel que celui de Munoz et Sampayo, mener cette collaboration à bien pour le reste de nos vies, et être considéré comme les membres d’une équipe à part entière ». Une équipe à laquelle il faut associer Elizabeth Breitweiser, leur coloriste désormais attitrée, et qui magnifie le travail de Phillips.

Ajoutons que Delcourt a, une fois de plus, soigné cette édition, qui est du reste la traduction de la version « Deluxe » originale. La galerie d’illustrations qui clôt ce livre magnifique vaut vraiment le détour, et on y trouve aussi la « bande annonce » de la série, que je vous reproduis ici.






Alors, vous n’avez pas envie d’aller faire un tour du côté obscur d’Hollywood ?
Joyeux Noël !


Fondu au noir *****
Scénario Ed Brubaker, dessin Sean Phillips et couleurs Elizabeth Breitweiser
Delcourt, 2017 – 400 pages couleur - Collection Contrebande – 34,95 €

jeudi 30 novembre 2017

[Go !] - La sélection 2018 du Fauve polar SNCF d’Angoulême

Le FIBD vient de rendre publiques ses sélections 2018 et pour le Fauve Polar, parrainé depuis sa création par la SNCF, la bataille va être sévère, tant les albums sont excellents. Passage en revue des troupes…

Et si pour commencer, nous parlions de votre futur ? Vous reprendrez bien une louche d’avenir radieux ? Vous savez, celui promis par ce formidable monde numérique, où tout va se résoudre grâce aux innovations technologiques quotidiennes d’entreprises prêtes à tout pour notre bonheur. C’est tout le propos de Robin Cousin dans Le Profil de Jean Melville (éditions Flblb), formidable plongée au coeur d’une multinationale en passe de conquérir le monde grâce à des lunettes de réalité virtuelle, qui font office de coach personnel… Entre autres ! Mais au moment où l’application qui fait le buzz semble en passe de conquérir le monde, des pannes d’internet à répétition viennent contrarier cette belle marche en avant du progrès. Sabotage ? Mais par qui ? Ce polar scientifique, derrière son aspect graphique « enfantin », pose des questions fondamentales sur l’exploitation des données personnelles, le respect de la vie privée, et toute sortes de menus détails du quotidien du citoyen du XXIème siècle.



Et c’est sur cette même thématique du réseau mondial du futur que porte l’intrigue de Brian K. Vaughn, dessinée par Martin Marcos, The Private Eye (Urban Comics). Mais là, les auteurs vont encore plus loin en imaginant que le « Cloud », où tout le monde a placé jusqu’aux plus intimes de ses fichiers, a implosé, exposant à toutes et tous les secrets de son voisin sur la place publique. Une catastrophe mondiale, qui a mis illico fin à Internet tel que nous le connaissons et remis sur en selle un autre réseau, celui de la télévision (« Teevee »), et qui a fait de la presse, des journalistes, une véritable police, qui a toujours un coup d’avance sur les vraies force de l’ordre... Mais il reste de vrais détectives privés et on suit l’enquête d’un certain « Patrick Immelman », dans le Los Angeles de 2076, où tout le monde a une identité secrète et se balade dans la rue affublé de masques et costumes délirants. Une enquête menée tambour battant, et  qui va se révéler explosive pour la Terre entière, dans un album au format à l’italienne rendant grâce aux strips initialement publié… sur internet. A coup sûr, un des meilleurs comics de ces dernières années, et un futur classique ! 

Le quotidien de la petite ville italienne où se déroule l’intrigue de La Cité des trois Saints de Bizarri et Nardella (Sarbacane) est des plus rugueux. La mafia règne dans les rues, et il est difficile d’y échapper. C’est pourtant ce que vont essayer de faire les trois personnages principaux : Michele, ex-gloire de la boxe tombé dans la dope, Nicandro, petite frappe des quartiers au caractère sanguin et Marciano, ex-mafieux lui-même, reconverti en vendeur de paninis. Les destinées de ces trois hommes vont se croiser, au moment même où se déroule une procession, point d’orgue de la fête traditionnelle locale, en honneur aux trois saints locaux. Récit sec comme un coup de poing, au dessin baignée par une lumière crépusculaire, et presque doux par moment, cette tranche de vie ordinaire se lit en apnée : la tension y est telle que chacun est au bord de la rupture constamment. Dans une atmosphère masculine, les femmes – celle de Marciano, qui a trop souffert du passé de son mari et la petite amie de Nicandro, qui elle ne veut pas souffrir d’un futur inéluctablement violent – sont les voies de la raison. Mais la raison fait-elle partie de la panoplie des petits maîtres de la ville ?

C’est aussi une femme qui est au centre de Bâtard, de Max de Radigues, mais elle n’est pas seule : accompagnée de son fiston, elle est en cavale à travers les Etats-Unis, après le braquage simultané de… 52 banques d’une même ville ! Evidemment, ils n’étaient pas les seuls sur ce coup d’éclat, mais les autres complices se font petit à petit éliminer, et l’improbable duo va devoir se défendre. Mais contre qui en fait ? Les presque deux cents pages de cet album nerveux et tendre à la fois se lisent d’un bloc, comme un vrai thriller. A noter que comme The Private Eye  , Bâtard a été publié en ligne, sur le blog de l’auteur. Et que c’est un album qu’on retrouve aussi dans le Prix SNCF du Polar 2018.

  Quant au dernier livre  de cette sélection, au titre fort qui donne fort envie de s’y plonger, Jean Doux et le mystère de la disquette molle (Delcourt) de Philippe Valette et bien… je vous en parle dès que je l’aurai lu. Mais s’il est de la qualité des quatre autres, moi je dis : il va y avoir du sang sur les murs de l’espace polar SNCF où se réunit traditionnellement le jury…


Verdict le 4 janvier 2018 !

jeudi 23 novembre 2017

[Kafkaien] - Quatre jours de descente, par Bonne (Mosquito) ***

Une fois n’est pas coutume, reprenons la quatrième de couverture en guise de présentation :



« Charles Mirmetz a été désigné comme juré dans un procès d’assise dans les années soixante. Homme scrupuleux, il se rend compte que le présumé coupable, qui risque sa tête, est innocent. Perturbé par cette découverte, il constate avec effroi que son propre passé remonte de manière fantastique… Quel lien a-t-il avec ce crime ? »





Au delà de la réponse à cette question centrale, ligne de suspense tendue d’un bout à l’autre de l’album, Grégoire Bonne donne à lire un récit psychologique habile, dans l’autre aspect de son scénario, le procès d’assises.
Sans aller jusqu’à en démonter les mécanismes, il réussit parfaitement, et rapidement, à faire entrer son lecteur dans la peau – et surtout la tête – d’un quidam devenu, le temps d’une affaire, un juré parmi d’autres. Myrmetz s’implique totalement, au grand dam de son épouse, qui s’inquiète pour son avenir professionnel, et fait aussi culpabiliser son mari sur la disparition de leur enfant.
Une double pression qui ne manque pas de perturber sérieusement Myrmetz, dont les rêves prennent une tournure des plus étranges et angoissantes.

Et si cette atmosphère pas loin d’être irréelle plane de la première à la dernière page, c’est aussi grâce au dessin envoûtant de Grégoire Bonne, proche d’un Chabouté, d’un Rabaté (période Ibicus) sans oublier des réminiscences à la Di Marco, parfaite pour ce genre d’histoire. Ses scènes urbaines et nocturnes sont d’une grande force, et sa galerie de personnages au faciès flippants remarquable.
« Mais pourquoi laisse-t-on entrer dans la police des gens avec des têtes pareilles ? » : la réflexion de Mirmetz fait sourire, mais c’est tout de même la noirceur d’âme qui l’emporte dans ce « Quatre jours de descente », belle réussite des éditions Mosquito.



A noter que Grégoire Bonne vient de recevoir le prix « Bulles de Sang d'Encre 2017 », du festival de polar de Vienne (Isère) destiné à un auteur de Bande Dessinée pour ce livre.
Champagne !

Quatre jours de descente ***
Scénario et dessin Grégoire Bonne
Mosquito, 2017 – 78 pages noir et blanc – 18 €

lundi 6 novembre 2017

[Intégrale NOIR] – Le côté obscur de la ligne Clerc… bientôt chez Dupuis !

Après Phil Perfect, Rock et Science-Fiction, Serge Clerc a préparé, avec la minutie qu’on lui connaît, sa quatrième intégrale, cette fois-ci entièrement consacré au Noir. 
 
On le sait moins, mais ce pilier de Métal Hurlant, renommé pour ses dessins dans la presse rock, et créateur du génial Phil Perfect, a depuis longtemps un amour du polar, genre qu’il a vraiment découvert à la fin des années 70, avec un goût prononcé pour la littérature d’espionnage et en particulier pour John Le Carré et Eric Ambler. Sans oublier le noir façon Chandler, ou Manchette, avec qui il fera un bout de chemin, mais sur la route de la SF….




L’intégrale regroupera les albums « Manoir », publié initialement chez Albin Michel en 1988, « L’irrésistible ascension » - dans ses deux versions – et quelques récits complets. Et une myriade de dessins issus des archives de Serge Clerc. 
 
Je vous en reparlerai plus longuement à sa sortie, mais sachez que cette intégrale, qui parait en décembre, sera en vente en avant-première exclusive les 18 et 19 novembre prochains, au salon « Noir sur la Ville » de Lamballe (Côtes d’Armor) dont Serge Clerc a réalisé l’affiche. Et pour que l’événement soit complet une expo « De Phil Perfect  à Johnny Bahamas » sera présentée. Un petit voyage dans les Côtes d’Armor s’impose, non ?


dimanche 5 novembre 2017

[Jailbreak] - Dead inside, par Arcudi, Fejzula et May (Delcourt comics)****

L’inspectrice Linda Caruso est appelée par sa chef, le lieutenant Payton , elle doit se rendre fissa à la prison du Comté. Une affaire simple : un détenu en a liquidé un autre et s’est pendu tout de suite après. Comme personne ne semble vouloir s’émouvoir de cette double disparition, Caruso est fortement invitée à ne pas creuser le dossier. Et pourtant, la jeune femme a quelques doutes sur ce cas, moins banal qu’on veut bien le laisser entendre. Déjà, les deux morts lui posent problème… Mack, la première victime était un mastodonte, craint dans toute la prison, et a été retrouvé la poitrine explosée et lacérée à l’arme blanche. Et le coupable serait un certain Gaffney, plutôt lui à ranger dans la catégorie poids mouche… Déjà, la confrontation semble improbable. Et puis, Caruso découvre vite que le dénommé Gaffney n’avait plus que cinq mois à tirer. Quel intérêt pour lui d’aller assassiner le caïd de la prison ? La jeune inspectrice a beau faire part de ses suspicions, on lui refuse tout, y compris des autopsies. Mais elle réussit tout de même à arracher – sans rien dire à sa supérieure – une radio de l’estomac de Gaffney, car elle soupçonne la présence d’une pilule qui l’aurait mis dans un état second. Et lorsqu’elle découvre sur les clichés… une balle, elle tient enfin quelque chose qui va remettre tout en question. Mais la laissera-t-on aller jusqu’au bout ?

Ce one-shot nerveux et intelligent se lit d’un trait. D’entrée, le dessin de Toni Fejzula subjugue. La première planche est faite de six très gros plans, détails quasi-surréalistes de la scène que l’on découvre la page d’après, cette fois une case unique et spectaculaire : l’acte criminel originel, celui par qui tout va se déclencher. Une fois happé par ces images fortes, c’est au tour de l’intrigue de s’installer, doucement, sans précipitation, et ce qui semble au départ un banal règlement de comptes entre détenus va petit à petit se muer en une histoire beaucoup plus complexe, aux multiples fils à dénouer. Et ce sont les personnages, excellents, créées par John Arcudi qui portent parfaitement cette histoire sombre. Et en premier lieu, l’impétueuse Linda Caruso, véritable battante, qui en a marre d’être prise pour une bille et a le fort sentiment d’avoir été mise sur une voie de garage depuis qu’elle a été « promue » inspectrice. Autour d’elle, ses collègues, le directeur de la prison, les matons, les prisonniers, tous forment un cercle étourdissant, hypnotique, prêt à la précipiter dans le vide. Mais son caractère de tête brûlée va lui sauver la mise et rarement on aura croisé un personnage de femme-flic aussi fort.
Tous ces personnages sont superbement campés par Fejzula, qui en a fait des hommes et des femmes mémorables. Le sketchbook, annoté par le dessinateur lui-même, et qui figure en point d’orgue de cet album est éminemment instructif et se lit avec gourmandise. Tout comme il est roboratif de découvrir les différentes couvertures – signées du grand Dave Johnson – des cinq numéros originaux de la série, et celles imaginées par d’autres grands noms du comics.
Une édition soignée, donc, comme Delcourt a du reste l’habitude d’en réaliser.

En prime, la preview de l’album : c’est ici !



Dead inside ****
Scénario JohnArcudi, dessin Toni Fejzula et couleurs André May
Delcourt, 2017 – 128 pages couleur - Collection Delcourt comics – 16,50 €