Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
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Bonne balade dans le noir !

dimanche 27 novembre 2016

[PRIX] - Le Trophée 813 de la Bande Dessinée 2016 à Pierre-Henry GOMONT pour les " Nuits de Saturne"

Dimanche dernier, au coeur du festival "Noir sur la Ville" de Lamballe - qui fêtait ses vingt ans, édition mémorable ! - l'association 813 des amis des littératures policières décernait ses célèbres Trophées. Et pour la bande dessinée, les adhérent-e-s ont porté en tête de leur suffrage, "Les Nuits de Saturne", de Pierre-Henry Gomont, aux éditions Sarbacane. Un album qui devance "Tungstène", "Tyler Cross 2", "Trou de mémoire 1" et "Men of Wrath". 

 
Photo par Mister Jack, de la Noir'ôde.
 Les Nuits de Saturne est une magnifique adaptation du roman de Marcus Malte, Carnage Constellation. Et pourtant, mettre en images l'histoire d'amour lumineuse entre Clovis, braqueur déchu, et Césaria, jeune homme en talons aiguilles, le pari était osé, voire risqué. Mais le dessinateur s'en est admirablement bien tiré, et le voici auréolé d'un deuxième prix dans le polar après Rouge Kharma, prix SNCF polar BD en 2015. Pierre-Henry Gomont n'a pu venir depuis Bruxelles pour recevoir son Trophée, mais il avait envoyé un message, que je vous livre ici in-extenso.

"Bonjour à tous,
je vous remercie infiniment du prix que vous venez d’accorder à cette bande dessinée. Je ne peux malheureusement être avec vous pour fêter cela, mais
ce n’est que partie remise je vous le promets. Je suis particulièrement heureux que ce prix aille aux « Nuits de Saturne », parce qu’il a marqué une rupture dans mon travail. J’ai raconté les choses d’une manière qui, enfin, parvenait à me satisfaire. C’est curieux, me direz-vous, parce que c’est une adaptation, l’adaptation d’un roman de Marcus Malte, récent lauréat d’un autre Prix littéraire. Mais adapter un roman, le mettre en pièces et le remonter avec les outils propres à la bande-dessinée, c’est une démarche périlleuse. Et elle ne parvient à ses fins que si le besoin d’adapter et de raconter cette histoire-là est intime.

Le roman de Marcus Malte, par l’originalité - et l’évidence- de l’histoire d’amour qu’il met en scène a provoqué cela en moi. Il en a résulté un ouvrage et un propos qui diffèrent sensiblement du récit original, mais cela n’a pas d’importance. Le processus d’adaptation doit être vu comme une liberté, et non comme une contrainte. Il faut retrouver le coeur de ce qui nous a touché dans un roman, pour le reprendre et le restituer à sa manière, avec sa propre grammaire, cette chose un peu bizarre et hybride qui appartient à la BD. Peu importe qu’il y ait des différences, des décalages, car le prisme de la fidélité est rarement le bon pour juger d’une adaptation.
Pour cela, il faut remercier Marcus Malte : la liberté, il me l’a accordée avec générosité, et en confiance. Quelques question préliminaires sur l’angle et l’intention générale que j’envisageais à l’époque , et il me donnait le champ libre.
Il faut aussi remercier Frédéric Lavabre, mon éditeur chez Sarbacane. Ils sont peu nombreux ceux qui, comme lui, savent vous donner la liberté dont vous avez besoin, mais restent exigeants, jamais complaisants, et posent les questions qu’il faut pour vous faire aller plus loin. La rencontre avec Frédéric a changé ma façon d’aborder mon métier, je ne le remercierai jamais assez.
Une dernière chose : je le dis à la fin parce que c’est le plus important. Ce prix est pour Loïcka, la femme qui m’accompagne depuis 13 ans. Si je fais ces livres, ce n’est que pour lui plaire et sans elle, il n’y aurait rien de tout cela. Aujourd’hui, le 20 novembre, est le jour de son anniversaire : nous le fêterons dignement et aurons une pensée pour vous. A très bientôt ! "

Les autres Trophées de l'association, ont récompensé Christian Roux, pour son roman "Adieu Lili Marleen" (Rivages), Jo Nesbo pour "Le Fils" (Gallimard) et Franck Lhommeau et Alban Cerisier pour leur ouvrages "C'est l'histoire de la Série Noire" (Gallimard). Un petit tour sur le blog de 813vous donnera une petite idée de l'ambiance de la cérémonie.

Bravo en tous cas aux éditions Sarbacane, qui proposent pas mal de polars à leur catalogue, et qui ont avec ce Trophée une nouvelle récompense pour leur travail sur le Noir. 

 

dimanche 6 novembre 2016

[Femme de caractère] - Maggy Garrisson : je ne voulais pas que ça finisse comme ça, de Trondheim et Oiry (Dupuis)

Nous avions laissé notre chère Maggy, trinquant à l'avenir avec son amoureux tout neuf, Alex, dans leur pub préféré de Londres. Tout ne s'annonçait-il pas pour le moins mal dans le meilleur des mondes pourris ? Comme le disait Alex, à 6 cases de la fin du tome 2 :" Sheena maîtrisée... Affaire résolue avec Wight qui te réengage... Amour parfait avec le plus beau mec de Londres...". De quoi envisager un futur potable pour Maggy, non ? Peut-être.... Sauf que les trois dernières cases de ce même tome s'achevaient avec Sheena, dans la rue, sous les fenêtres du pub. La femme-flic témoin - et victime - des agissements de la bande d'Alex en restera-t-elle là ? Il y a tout de même un beau paquet de fric à récupérer...
Et c'est un peu pour ça qu'Alex, en ouverture de ce troisième tome, rachète une arme, à l'origine inconnue, trouvée dans un container emporté aux enchères par un Ashley, un pote flic à lui. Maggy n'est pas vraiment heureuse de se retrouver avec ce flingue, qu'elle planque dans le bac à légume de son frigo, mais elle est plutôt contente d'avoir récupéré dans ce même container un album photo, qu'elle s'imagine rendre à ses propriétaires, car il est plein de souvenirs, peut-être important pour la famille.

Tout ce qui va se passer dans l'album final de ce premier cycle est posé là, dans cette scène introductive : une arme qui va avoir toute son importance, à la fois par son présent (va-t-elle servir ? Qui va s'en servir ? Contre qui ?) et par son passé (A qui appartenait-elle ? Pourquoi était-elle conservée dans ce container ?). Un album photo qui va conduire Maggy à jouer un peu plus les détectives, et à se rendre compte, avec nous, lecteurs, que finalement, elle aime ça et se débrouille pas si mal. Deux objets, qui permettent une double intrigue, pour une narration en parallèle, ou plutôt, qui permettent de mettre en scène la double vie de Maggy : celle, officielle, où elle travaille sur des enquêtes, que ce soit pour elle (l'album photo) ou pour Wight, son patron (et cette fois il s'agit de vol de dents en or après la crémation par une société de pompes funèbres) et l'autre , sa vie privée, faites de secrets et cachotteries, où elle est sur la corde raide, car ce fric qu'elle a récupéré continue à attirer du monde, et pas du plus recommandable.

Maggy dans les rues du Mans...
Alors, je ne vous dirai évidemment pas ici comment tout ça finira, mais ce qui est sûr, c'est que tout ce qui faisait l'intérêt et le plaisir de lecture des deux tomes précédents est à nouveau présent : des personnages principaux, Maggy en tête, très crédibles car on-ne-peut-plus humains, et aux caractères complexes, des scènes de la vie quotidienne hyper bien observées et senties, des dialogues percutants et souvent drôles, et des rebondissements ne tombant jamais comme des cheveux sur la soupe, ou ne faisant pas office d'échappatoire facile pour les auteurs, comme on peut le voir dans pas mal de polar. Car il ne faut pas oublier : Maggy Garrisson, c'est du polar ! Du polar d'un autre genre, mais du polar où le duo Trondheim - Oiry fait merveille. Lewis Trondheim avec tous les ingrédients déjà évoquées prouve qu'il est possible de construire une intrigue mêlant suspense et quotidien, et où les deux sont d'égal intérêt, et Stéphane Oiry, avec son dessin réaliste et franco-belge, son sens du cadrage (superbe scène avec Maggy et Sheena en voiture !), son souci constant du détail, donne corps et âme à cette série qu'on a pas envie de voir s'arrêter comme ça. C'est peut-être justement le sens caché du titre, tiens ? Cela tombe bien, car il y aura un quatrième "aventure" de Maggy. Même si pour l'instant Stéphane Oiry travaille sur un ambitieux projet, avec Arnaud Le Gouefflec : une bio romancée de Lino Ventura. Mais ça, c'est une autre histoire. En attendant, filez donc à Londres avec Maggy !


Maggy Garrisson 3 - Je ne voulais pas que ça finisse comme ça ****
Scénario Lewis Trondheim et dessin Stéphane Oiry
46 pages couleurs - Dupuis, 2016- 14,50 €

samedi 5 novembre 2016

[Polar Nordique] - Infiltrés, par Olivier Truc, Sylvain Runberg et Olivier Thomas (Soleil)

Danemark, banlieue de Copenhague, juin 2016, la nuit. Deux hommes cagoulés circulent en voiture dans les rues désertes et silencieuses, avec comme objectif, le mitraillage de la façade d'une mosquée, vide à cette heure-là. Ils passent à l'acte... sauf que les lieux sont occupés et qu'un imam sort aussitôt et se précipite vers la voiture des terroristes. Ils le renversent ans leur fuite et le religieux est tué sur le coup. L'affaire fait immédiatement la une le lendemain, et met en ébullition le ministère de la Justice, en particulier sa patronne, la ministre, Stina Rasmussen. Elle veut une arrestation rapide des coupables, des membres du groupuscule "Le Renouveau Danois", qui vient juste de revendiquer l'attentat. Le PET, la brigade antiterroriste Danoise, dirigée par Suzanne Hennings, est justement sur les traces de ce groupuscule depuis plusieurs mois et a réussi à l'infiltrer . Tout ce qu'elle sait à l'heure où elle est pressée d'accélérer le mouvement, c'est que les membres ne sont pas plus de dix, et que leur leader Rolf Lukke, est un adepte de la théorie du grand remplacement : les pays occidentaux se laissent islamiser via l'immigration en échange de barils de pétrole. Et pour lutter contre cela, Lukke trouve que la voie démocratique et politique est trop lente et qu'il faut frapper un grand coup dans le pays. A la manière d'Anders Breivik, l'extrémiste norvégien aux 77 victimes en 2011... Suzanne et ses hommes progressent tout de même et savent qu'une opération de grande ampleur approche à grands pas, et qu'un homme, surnommé "Le Faucon" a été appelé par le Renouveau Danois pour cette opération. Et qu'il vient d'arriver au Danemark...

Les bandes dessinées mettant en scène le terrorisme qui frappe l'Occident depuis les années 2000 sont rares, et ces "Infiltrés" valent le coup de s'y arrêter. Et surtout, autant le dire tout de suite, c'est un diptyque réussi. Le scénario est l'oeuvre commune d'Olivier Truc, un journaliste - et romancier - spécialiste à la fois de l'Europe du Nord (il vit en Suède) et des réseaux d'extrême droite européens, et de Sylvain Runberg, scénariste talentueux (adaptateur, notamment, de "Millenium"). Précise, documentée et minutée comme un compte à rebours, l'intrigue est captivante : on est tout de suite happé par les événements vécus par les différentes protagonistes. Du côté des terroristes, l'arrivée du mystérieux Faucon rend tout le monde nerveux, et l'achat d'armes à des Serbes encore plus dangereux qu'eux est un épisode où la tension monte encore d'un cran. Sans compter sur l'habileté des auteurs pour dévoiler vraiment à la dernière minute l'identité de l'infiltré de la cellule anti-terroriste...
Et du côté des hommes de la dynamique Suzanne Hennings, l'angoisse monte également au fil des heures qui passent, car le Faucon demeure insaisissable. Ajoutez à cela les déboires de Suzanne avec sa fille ado, qui tient absolument à faire ce qu'elle veut du haut de ses 15 ans, et qui n'hésite pas à braver les interdits de la mère, au péril de sa vie... (cela a d'ailleurs un petit côté "24h chrono, saison 1", ce personnage de la fille tête brûlée). Tout est donc réuni pour une réelle bonne histoire, et il restait à trouver le bon dessinateur pour la mettre en images : Olivier Thomas, avec son style réaliste, est celui-ci ,et le choix est judicieux. Déjà à l'aise sur des ambiances plus ou moins lourdes, plus ou moins tendues, comme il en a fait la preuve dans sa trilogie "Sans pitié" ou dans "Dos à la mer"(les deux chez EP), il l'est tout autant pour nous transporter dans les rues, les bars et le port de Copenhague, et de rendre ses personnages extrêmement vivants et expressifs. Réussir à maintenir un suspense visuel n'était pas évident, Olivier Thomas y parvient, et il a toute sa part dans la réussite de ces albums.

 

A noter : si vous êtes du côté de Lamballe (Côtes d'Armor) vous pourrez rencontrer les deux Olivier de ces "Infiltrés", ils sont dans la liste des nombreux participants à la 20ème édition du festival "Noir sur la Ville". C'est le week-end des 19 et 20 novembre. N'hésitez pas à venir, c'est un excellent festival de polar.



Infiltrés ***
Scénario Olivier Truc et Sylvain Runberg ; dessins Olivier Thomas
Soleil, 2015 - 2016 – 56 pages couleur – (Collection Quadrants) – 14, 95 €
Tome 1 - Le Sourire du Faucon
Tome 2 - Les Larmes de Jolène

samedi 29 octobre 2016

[Intégrale] - The last days of american crime, par Rick Remender et Greg Tocchini (Jungle Comics / Steinkis)

Les éditions Steinkis, via leur label Jungle Comics, lancé en début d'année, sortent leur troisième titre... et quel titre ! "The last days of American Crime" est tout simplement un des meilleurs "crime comics" des années 2000. Non je n'exagère pas un brin. Je l'avais déjà chroniqué lors de sa première traduction chez EP. 

Pour vous rafraîchir la mémoire, voici ce que j'en disais :

Sur l'histoire :
Les Etats-Unis ont trouvé la parade pour contrer durablement la délinquance : exit le billet vert. En supprimant définitivement le papier-monnaie, les dirigeants espèrent annihiler aussi toute tentative de vouloir s'en mettre plein les poches de manière illégale. Les billets seront remplacés par des cartes chargées par des machines, propriété du gouvernement... Graham Bricke, pro du crime, s'est fait engager à la sécurité d'une des banques fédérales chargées de la collecte du cash et de leur remplacement par les cartes fiduciaires. Ayant trouvé le moyen de voler une des futures machines gouvernementales grâce à son job, il recrute une équipe de trois personnes pour ce qui sera son ultime casse. Mais il va falloir faire vite, car le gouvernement a sous le coude une autre arme, plus que dissuasive : l'Initiative de Paix Américaine ou IPA. Derrière ces trois lettres se cache une gigantesque opération de lobotomie collective : un signal agissant directement sur le cerveau et annihilant toute volonté d'action illégale va être émis, dans les jours. Le compte à rebours commence alors pour Bricke et ses acolytes...

...et mon avis de 2011...:
Cette trilogie apocalyptique est l'une des meilleures mini-séries parues l'an passée aux Etats-Unis, publiée par un éditeur un peu à l'ombre des mastodontes du comics, Radical Publishing. Son auteur, Rick Remender qualifie cette série de « polar hardcore avec un contenu anarchiste ». Et c'est vrai que son scénario assez barré, construit sur un compte à rebours approchant de la date fatidique de l'envoi du fameux signal, ne pouvait déboucher que sur une histoire violente et spectaculaire. Et il fallait en effet ce dessinateur-encreur-coloriste de grand talent qu'est Greg Tocchini pour mettre en images les scènes-chocs imaginées par Remender. Ses fusillades sont de vrais morceaux d'anthologie, ses femmes sont sublimes – et surtout Shelby, la femme fatale dans toute sa splendeur – et ses couleurs chaudes et poisseuses à la fois rendent l'atmosphère irrespirable. Juste ce qu'il fallait en tous cas pour sortir de la lecture avec la sueur au front... et le plaisir coupable de voir que, finalement, le crime paie. Les trois couvertures, signées AlexMaleev sont splendides, et, cerise sur le gâteau, ces éditions françaises sont agrémentées de cahiers graphiques reprenant crayonnés, études de personnages et couvertures, quelques pages supplémentaires de bonheur... 

... et alors, en 2016 ?
Mon avis reste le même : un must !
Sur cette édition sous le label Jungle, constatons que l'éditeur fait le choix d'une des couvertures "alternatives" de la VO, ou plutôt de celle qui figurait au dos du tome 1 de l'édition américaine, signée Joel Dos Reis Viegas (et pas Vega comme indiqué sur la page de titre) Un choix excellent, mais qui peut paraître curieux tant celles de Maleev sont puissantes... Qu'à cela ne tienne : vous pouvez toutes les retrouver dans la "gallery" qui complète cette intégrale, comme dans la première édition française.
 
Notons aussi que, si le lettrage change - il fait beaucoup plus "comics" que dans la version Proust avec ses surlignages en gras - la traduction, signée Benjamine des Courtils, reste elle, la même. Je la cite ici, car je ne l'ai pas retrouvée dans les mentions figurant dans l'album. 
 
En conclusion : si vous n'avez pas ce comics, n'hésitez pas une seconde, c'est une valeur sûre du genre. Et Shelby n'a pas pris une ride...


The last days of american crime - Intégrale ****
Scénario Rick Remender et dessin Greg Tocchini
Couverture de Joel Dos Reis Viegas
Jungle comics – 192 pages couleurs - 25 €



lundi 17 octobre 2016

[Braquage et Vache folle] - Mort aux vaches, par Ducoudray et Ravard (Futuropolis)

Un quatuor de braqueurs vient de réussir son coup : un beau magot prélevé sans heurts à l'agence BK, de Clermont l'Abbaye. Mais pas question de claquer tout le fric sans précaution. Non : rien ne vaut une bonne mise au vert, à la campagne, donc, histoire de se faire oublier un peu de la flicaille et d'attendre tranquillement que les choses se tassent. C'est en tous cas l'avis - et les ordres - du chef de la bande, Ferrand. C'est le cerveau du casse, et il est de tendance un peu anar. Ses trois acolytes sont eux aussi un peu typés : José, est le compagnon de route, et de plumard, du chef. Un Espagnol aux allures de vieux beau. Romuald, alias Romu, est le préposé aux biceps. C'est l'armoire à glace du groupe, mais sans la glace, car le garçon a tendance à oublier de réfléchir. Quant à l'élément féminin du gang, c'est Cassidy, grande gueule et délurée, qui n'hésite pas à jouer de la langue, ou autres attributs qui font tourner certaines têtes, quand les situations deviennent délicates...
Tout ce petit monde se replie donc dans la ferme d'un oncle de Ferrand, et de son fils, le cousin Jacky, et espère qu'un mois suffira à faire tomber le braquage dans l'oubli. Mais nous sommes en 1996, et se planquer dans une ferme en plein crise de la vache folle, c'était peut-être pas la meilleure des idées...

Ah, voici un album des plus roboratifs ! Déjà associés sur l'excellent "La Faute aux Chinois", où ils donnaient leur vision, teintée d'humour noir, du capitalisme mondialisé, François Ravard et Aurélien Ducoudray nous amènent cette fois sur un terrain plus rural, mais non moins drôle, avec cet album digne des meilleurs polars français des seventies... Ce qui frappe très vite, ce sont ces dialogues gouailleurs et percutants, réussis de bout en bout, et qui constituent un véritable hommage à Audiard. Cela donne des répliques du genre :
" Va lui dire de se couvrir les curiosités, je vais nous chercher du propane...
- Tu parles de curiosités !"
Ou plus loin
" Purée, quatre mots de vocabulaire en français et déjà l'art de poser les questions embarrassantes..."
On croise une foule de personnages légèrement abrutis tout au long des pages, de l'oncle taiseux et du cousin sanguin, à une filière de Roumaines à marier, en passant - évidemment - par des gendarmes gentils mais un peu concons... Tout ce monde tourne autour du quatuor, qui lui non plus ne brille pas toujours par sa sagacité, et on tourne les pages en se demandant avec délectation comment tout cela va finir. Côté dessin, c'est également un plaisir de retrouver le trait de François Ravard, qui est tout aussi à l'aise dans ce registre, plutôt léger, que dans son travail, plus sombre, sur "Les mystères de la Cinquième République". Il y a parfois des airs de faux-frères entre Ferrand, et Paul Verne, le commissaire de sa série chez Glénat. Bon, Ferrand est tout de même plus un cousin de Lino Ventura... y compris dans le caractère. 

 
Vous l'aurez compris : voici un polar qui sort des sentiers battus, intelligent, bien construit, où l'humour règne avec une légèreté inversement proportionnelle au poids d'Attila, le taureau de compétition omniprésent dans " Mort aux vaches ". Donc pas d'hésitation : foncez à la campagne !


Mort aux vaches ****
Scénario Aurélien Ducoudray et dessin François Ravard
Futuropolis, 2016 – 112 pages en bichromie - 19 €

dimanche 16 octobre 2016

[Prix SNCF du Polar 2017] : C'est parti pour un nouveau tour !


Le 17ème prix SNCF du polar a été lancé officiellement ce mercredi 12 octobre, à Paris, au Patio Opéra, et les trois sélections romans, bandes dessinées et court-métrages ont été dévoilées.


Et une fois de plus, ami-e-s du Noir et des bulles, les albums en compétition pour cette sixième sélection (oui, les prix BD et court-métrages ont 6 ans d'âge, et le prix romans a plus de bouteille, avec ses 17 années...) , ont cette année encore, une sacrée gueule.

On y retrouve cinq histoires fortes, graphiquement ou narrativement, ou les deux mongénéral, et dont je vous ai déjà parlé dans Bédépolar (sauf une... mais pas pour longtemps). Les cinq heureux élus sont donc :

- Apache, d'Alex W. Inker (Sarbacane).
Paris,1934 : un magot inattendu tend les bras à un patron de bar mélancolique et revanchard. Mais il va falloir partager avec une fille facile et un mauvais garçon...
Ma chronique de cet album ICI

- Chaos debout à Kinshasa, de Barutti et Bellefroid (Glénat)
Kinshasa, 1974 : les embrouilles diplomatiques s'invitent sur le ring du combat du siècle.
Ma chronique de cet album ICI

- L'Eté Diabolik, de Smolderen et Clérisse (Dargaud)
Sud de la France, été 1967 : les vacances romantiques d'un jeune ado tournent au récit d'espionnage, dans une ambiance pyschédélique.
Ma chronique de cet album ICI

- Homicide, une année dans les rues de Baltimore, de Philippe Squarzoni d'après le livre de David Simon (Delcourt)
Baltimore, 1988 : Janvier n'a même pas vingt jours, mais c'est déjà le treizième cadavre pour la brigade des homicides de la cité. Et les flics qui font face à cette violence quotidienne sont loin de leurs homologues hollywoodiens...
Ma chronique de cet album .... bientôt !

Watertown, par Götting - (Casterman)
Massachusetts, années 60 : un agent d'asurance ) la vie terne et réglée comme du papier à musique, se prend pour un détective et traque une vendeuse de muffins au comportement étrange.
Ma chronique de cet album ICI

Comme d'habitude, pour tout savoir sur cette 17 ème édition, rendez-vous ici, surle site du prix polar SNCF, vous saurez tout, y compris comment voter.

Bonnes bulles ferroviaires !




dimanche 9 octobre 2016

[Noir en couleur] – Watertown, par Götting - (Casterman)

Philip Whiting travaille pour le cabinet d'assurances Barney & Putnam, dans la petite ville de Watertown. Dans sa vie terne et bien réglée, il y a ce passage quotidien et matinal par la pâtisserie Clarke, où il achète un muffin, servi par Maggie Laegger, l'employée que Whiting a toujours vu ici. Et voici qu'un jour, en réponse à son "à demain" habituel, Maggie répond "Non. Demain je ne serai plus là". Et le lendemain, en effet, la jeune femme n'est plus là. Mais son patron, n'y sera plus non plus, définitivement : il est mort, écrasé par une lourde étagère de sa cuisine... et personne ne revoit plus Maggie à Wattertown. Aussi, quand par hasard, deux ans plus tard, Whiting, en visite chez son frère à Stockbridge, une petite ville à l'autre bout du même état du Massachusetts, tombe nez à nez avec une antiquaire disant s'appeler Marie Hotkins, mais que lui identifie immédiatement comme Maggie Laeger, le trouble s'installe dans son esprit. Surtout quand la femme lui dit ne jamais être allée à Watertown... Dès lors, Whiting, n'a qu'une obsession : découvrir la vérité sur cette étrange affaire... Mais comment s'y prendre quand on est un simple agent d'assurance ?

Jean-Claude Götting fait partie de ces auteurs discrets, mais brillants, qui entretiennent avec le genre noir une relation régulière et passionnante. Depuis "Crève coeur", en 1986, dans la célèbre collection "X" de Futuropolis, jusqu'à "Black Dog", avec Loustal au dessin, en 2016, en passant par les "Noir" ou "Pigalle 62,.27", il a oeuvré comme dessinateur ou scénariste. Comme il le dit lui-même, sur ce genre : "Je préfère toutefois le terme roman noir à polar. Ce qui m'intéresse, c'est le côté tragique, plus que l'aspect criminel avec flics et voyous. J'emprunte surtout au polar le côté enquête, qui est une forme de narration intéressante. Mais, dans ce livre, elle est au moins le moyen d'élucider un mystère qu'une manière de raconter la psychologie de celui qui la mène".


En effet, Watertown, vaut tout autant par cette obsédante quête de la vérité menée par Whiting, qu'il mène avec difficultés car... détective, ce n'est pas son métier : "J'étais sûr qu'un auteur de roman policiers saurait trouver ici vingt scénarios possibles. Mais pour l'instant, je séchais", que pour les raisons intimes qui le poussent dans cette quête : " De modeste employé subalterne, je m'étais promu détective, tentant de confondre une meurtrière à laquelle personne ne semblait s'intéresser. J'avais peut-être une chance de devenir une personnalité considérée de Watertown Une célébrité locale dont on parlerait dans la gazette, et pourquoi pas jusqu'à Boston..."

Un double intérêt dans la lecture, servi par le style Götting, celui de ses débuts : " ... un trait noir au pinceau et un travail de grisés réalisés avec un petit rouleau à gouache, modulés à la gouache blanche pour les lumières", une technique qui s'accompagne pour la première de la couleur. Cela donne une Amérique des années 60, emprunte d'un côté vintage, et installe une véritable atmosphère, digne des romans et films noirs de l'époque. Avec une chute qui est loin d'être celle attendue au bout du chemin de Philip Whiting, et qui participe grandement à faire de Watertown un des albums de cette année 2016.


Watertown ****
Texte et dessin Jean-Claude Götting
Casterman, 2016 – 96 pages couleur - 18 €



dimanche 25 septembre 2016

[Phileas Fogg meets Rouletabille !] - Silas Corey - Le Testament Zarkoff, par Fabien Nury et Pierre Alary (Glénat)

 11 novembre 1918. Albert Percochet, détective - suisse - de son état, vient mourir sur le seuil de la villa de Silas Corey, et ses dernières paroles sont recueillies par Nam, le fidèle assistant de Corey. Des paroles bien étranges : " Zarloff... Wotan.. Tuez-les". Silas découvre vite que Percochet était sur les traces de l'héritier unique, et fils naturel, de la comtesse Zarkoff, une femme à la tête d'une fortune colossale construites sur les cendres de la guerre. Une fortune qui attire bien des convoitises, d'autant que la comtesse est mourante... Et c'est à Silas, qu'elle avait déjà croisé lors de l'affaire du réseau Aquila, qu'elle confie la tâche de retrouver cet héritier, un certain Johann Zichler. Corey se rend en Allemagne, et commence par retrouver Nina, la femme de Zichler, mais pendant de ce temps là, la comtesse trépasse et Silas doit vite trouver l'héritier avant une date fixée sur le testament. Silas parvient à enfin retrouver Zichler, mais l'affaire se complique car celui-ci est devenu le leader du parti patriotique Wotan, un personnage qu'il est difficile d'approcher. Et que se passerait-il si son parti, visant le pouvoir à l'échelle européenne, devenait soudain immensément riche, car à l'héritage Zarkoff ?


Vous l'aurez compris, si vous n'aviez déjà lu le premier diptyque (Le réseau Aquila) mettant en scène de Silas Corey : les aventures de ce détective-espion croisent plus d'un genre. Pour ce testament Zarkoff, le point de départ, de facture policière, puisqu'il s'agit du meurtre d'un détective, tourne vite à une course contre la montre géo-politique, teintée de .... romantisme. En plaçant leurs personnages au coeur de l'Histoire - l'Europe de l'immédiate après-guerre de 14-18 - Fabien Nury et Pierre Alary, donnent à lire tout à la fois un formidable récit d'aventures, parsemé de scènes spectaculaires assez époustouflantes (duel sur des toits en plein incendie, courses-poursuites dans les rue Munichoises, embuscade en forêt...) et un récit historique, où les peuples sont emportés par le tourbillon des événements, et peuvent s'inquiéter pour leur avenir commun. Et le romantisme dans tout cela ? Il est personnifié par les relations que Silas entretient avec les deux personnages féminins du diptyque : Nina, la femme de l'héritier, pour lequel il joue le chevalier servant et protecteur, et Marthe, espionne pour le compte du Deuxième Bureau français. Deux femmes qui le font vaciller, mais pour lesquelles il ne renoncera pas à sa vie solitaire...
Au final, de cet alchimie des genres est né un personnage les plus attachants du moment, intrépide et flegmatique à la fois, humaniste dans l'âme. Un héros digne de Verne et Leroux, comme il ne s'en fait plus beaucoup de nos jours. Alors, savourons les aventures de Silas Corey.
 
Et, comme je vous le disais déjà la semaine dernière si vous êtes dans la région de Villeneuve-lez-Avignon le premier week-end d'octobre, rendez-vous au Festival de Polar : Pierre Alary y sera et, j'aurai la joie de le cuisiner, samedi 1er à 16h30, sur le thème " Quand la bande dessinée explore l'arrière-cuisine du pouvoir", une table ronde où il sera en compagnie de Laurent Hirn et Hervé Boivin. 

 
Silas Corey - Le testament Zarkoff ****
Scénario Fabien Nury et dessins Pierre Alary
Glénat, 2015 et 2016 - 64 pages couleur chaque -14,95 €

samedi 17 septembre 2016

[Série] - L'Art du crime, une entreprise audacieuse de Marc Omeyer et Olivier Berlion (Glénat)

La "série-concept" (appellation non contrôlée), vous connaissez certainement : il y en a des rayons entiers chez votre libraire ou dans votre médiathèque. Elle fonctionne le plus souvent sur le même modèle : une idée de base est imaginée par un scénariste, développée, puis déclinée en une série d'albums, au nombre pré-déterminé, chacun des tomes étant réalisé par un dessinateur différent. L'intérêt de ces séries dépend souvent de cette fameuse idée de base, et dans le cas de "L'Art du crime", elle est assez séduisante. Elle est l'oeuvre du duo Olivier Berlion - Marc Omeyer, et est très clairement exposée par l'éditeur :

"Neuf arts. Neuf crimes. Une vie.
Rikers Island. Etats-Unis. 1973. Du fond de sa cellule, un serial killer condamné à perpétuité va aller au bout d'un projet narratif unique et insensé : 9 arts, 9 crimes, 9 histoires.
À travers une série de 9 albums qui explorent la fièvre créatrice quand elle devient vertige et engendre la folie meurtrière, L'Art du Crime va devenir le projet fou de cet homme, Rudi Boyd Fletcher. Chaque album nous décrit une intrigue criminelle liée à l’un des 9 arts majeurs : peinture,  littérature, sculpture, cinéma, musique, architecture, théâtre, audiovisuel et, bien entendu, bande dessinée...."

Deux tomes sont sortis en mai, et les deux suivants paraissent dans quelques jours. Voyons tout cela de plus près.

"Planches de sang", réalisé par les initiateurs du projet, commence par le "dernier" des arts, la bande dessinée, et introduit le personnage de Rudi Fletcher, clé de voûte de l'ensemble de la série. L'intrigue se déroule en 1972 et est centrée sur un "comics" qui suscite depuis plus de 40 ans la fièvre de tous les collectionneurs du pays. Pourquoi ? Parce ce que ce western "La piste du Mesaverde", personne n'a jamais pu en lire la fin, ni retrouver la trace du dessinateur... Rudi n'est pas un collectionneur, mais était enfant quand son père l'a empêché de lire sa BD fétiche, et depuis, c'est devenu une obsession : il lui faut connaître l'issue de cette histoire. Et à force de perservérance, il touchera enfin au but... mais en paiera le prix fort.

"Le Paradis de la terreur", dessiné par Eric Stalner, plonge lui ses lecteurs dans le Paris de 1860, des galerie d'art et des bas-fonds de la capitale. Elle met en scène Hyppolyte Beauchamp, un jeune peintre monté à la capitale, animé par les espoirs les plus fous, et aidé par un ami fortuné qui croit en son talent. L'ami est hélas assassiné rapidement, mais en le vengeant, et tuant à son tour un des agresseurs, Beauchamp ouvre des portes insoupçonnées à son art... Mais le meurtre comme moteur de la créativité, cela peut-il durer bien longtemps, quand les limiers de la police parisienne resserrent l'étau ?

"Libertalia, la cité oubliée", dessiné par Pedro Mauro. Il s'agit cette fois des destins croisés de Bart Kingsley, pirate insaisissable et Aldaïr Mac Allister, jeune architecte idéaliste. Nous sommes en 1640, et Kingsley écume les côtes de l'Atlantique, mettant à mal le commerce des Espagnols, Portugais et Hollandais. Ces derniers montent une expédition pour le capturer, une gigantesque chasse à l'homme maritime. A leur tête, De Vries, un capitaine impitoyable et violent, qui a une revanche à prendre sur le pirate. Mais celui-ci a senti le vent tourner et décide de fuir le plus loin possible... et la rencontre avec Mac Allister va même tout changer : les fuyards vont s'installer au coeur de la jungle de Bornéo, et y construire leur propre cité, Libertalia, où chacun est l'égal de l'autre, homme comme femme. Mais De Vries n'est pas homme à lâcher une proie qu'il a à portée de canon...

"Electra", dessiné par Eric Liberge, prend place en pleine conquête romaine, en 146 avant Jésus-Christ. Les troupes du sanguinaire Néréus atteignent Corinthe, qu'elles mettent à sac. Parmi leurs victimes, le tout jeune Zacharias, que la sculptrice Electra venait tout juste de prendre son son aile, ayant découvert le talent prêt à éclore de l'enfant. Néréus n'a eu aucune pitié pour ce gosse tentant de protéger sa première sculpture, représentant justement Electra. Emmenée à Rome comme esclave, elle fera tout pour venger Zacharias. Mais sur place, Octavius, le père de Néréus a de grands projets pour son fils, qu'il veut placer à la tête de la sécurité de la capitale, à la place de Marcus Flavius, tribun aimé du peuple et choisi par les sénateurs. Electra, Néréus, Flavius : les destins de ces trois êtres vont bientôt s'entremêler, dans les larmes et la violence...

Alors ?
Alors... "L'art du crime" vaut le détour, et il faudra voir s'il tient ses promesses jusqu'au bout. Car, comme cela a été promis au lancement de la série : " Au fur et à mesure des albums va se dessiner une arche narrative d'ensemble – du jamais vu en bande dessinée –, qui se révèlera pleinement au tome 9 et offrira à Rudi la liberté et la rédemption, dans une ultime révélation... "
Pari audacieux qui donne du piment à l'ensemble : on lit des histoires bien distinctes, à chaque fois, mais dès le tome initial, et la fin de chacun des autres, on sent une plus vaste entreprise...

En attendant d'en savoir plus sur ce final (dans 5 tomes, tout de même !), il faut apprécier ces débuts : chacun des arts annoncés y est bien présent, de manière plus ou moins importante. Pour l'architecture, il est intéressant de voir ressurgir Vitruve et son "De Architectura", et encore plus la notion de cité idéale, chère à Thomas More et son Utopie. La "Libertalia" dont il est question dans le tome 3 est même une référence directe à la colonie libertaire - mythe ou réalité - qui aurait existé à Madagascar à cette époque. Pour la sculpture, cet art reste plus en filigrane, et prétexte à la vengeance d'Electra. Bande dessinée et peinture sont par contre bien au coeur des deux premiers tomes. 
 
"Du sang sur les planches" et "Le Paradis de la terreur" sont d'ailleurs les deux récits les plus polar de la série : meurtres, enquêtes, mystères... les ingrédients y sont bien. Pour "Libertalia", le genre est plus celui du récit d'aventures, quant à "Electra", la dimension historique est la dominante. Même si la vengeance et la destinée brisée d'Electra relèvent tout de même bien du Noir...

Graphiquement, il y a une unité certaine entre les styles de Berlion, Mauro et Liberge. Stalner, avec un style plus "ligne claire", est délibérément à part, mais au regard de l'histoire racontée, de l'art mis en scène, la peinture, et de l'époque choisie, le 19e siècle, cela colle parfaitement. 
 
Enfin, il y a un autre trait d'union à tous ces albums : c'est la présence de personnages féminins forts et importants. Que ce soit Nora, la jeune indienne de "Planches de sang", Emilie, la muse d'Hyppolite Beauchamp, Mary et Carmen, les impétueuses pirates ou évidemment, Electra, l'artiste devenue esclave, toutes donnent encore plus corps à la solidité des récits.

Prochains tomes : Cinéma et Littérature. Vivement la suite !



Et si vous êtes dans la région de Villeneuve-lez-Avignon le premier week-end d'octobre, rendez-vous au Festival de Polar : Omeyer et Berlion seront là pour une présentation de leur série, le vendredi 30 septembre à 18 h. 



L'Art du Crime, scénario de Marc Omeyer et Olivier Berlion
Glénat, 2016 -Tous les tomes : 48 pages couleurs - 13,90 €

1 - Planches de sang ***
Dessins d'Olivier Berlion
2 - Le Paradis de la Terreur **
Dessins d'Eric Stalner
3 - Libertalia, la cité oubliée ***
Dessins de Pedro Mauro
4 - Electra**
Dessins d'Eric Liberge