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mercredi 23 août 2023

[A vos missels] - Soda - Le Pasteur sanglant, par Bocquet et Gazotti (Dupuis)

Le sticker rouge – pardon, l’autocollant – apposé sur la couverture de cet album attire immédiatement l’oeil : « Faites vos prières, IL REVIENT ! ». Qui ? Mais ce bon vieux David Hanneth Solomon, alias Soda. Comment ça, vous ne connaissez pas ? C’est le moment ou jamais de faire la connaissance d’un des flics les plus attachants et originaux de la bande dessinée….

Une chambre, la nuit, une veille dame et son chat paisiblement endormis. La porte s’ouvre dans le noir, et laisse apparaître une silhouette inquiétante… Juste le temps à Goliath – ça c’est le chat – de déguerpir, et voilà l’ombre qui fond deux mains et huit doigts en avant sur la vieille dame, et qui commence à l’étrangler. Zoom sur l’agresseur : il est tout de noir vêtu et arbore une croix au revers de sa veste. Fin de la première page…

Voilà donc comment Olivier Bocquet, nouveau scénariste de la série, et Bruno Gazzotti, ramènent Soda sur le devant de la scène, en présentant en une page le duo principal sur lequel repose toute la série : David Solomon et sa vieille mère cardiaque, à qui il cache son véritable métier – flic de terrain à New York – en lui faisant croire qu’il exerce la profession moins dangereuse de pasteur. D’où ce costume noir qu’il enlève chaque matin dans l’ascenseur. Il faut bien préserver la santé fragile de maman…

Bon, là, le fiston rêve carrément qu’il étrangle sa mère, un cauchemar un peu perturbant… Mais Soda va l’être encore plus perturbé, quand il va être reconnu comme le serial-killer qui sévit à New York depuis quelques temps et surnommé «Le pasteur sanglant ». Impossible que ce soit lui ! A moins qu’il ne commence à perdre la boule ? Voici qu’il ne se souvient même plus avoir participé à des séances de thérapie avec le docteur Argiolas, comme l’a fait tout le reste de la Brigade. So what’s happening ???

Olivier Bocquet – à qui on doit par exemple l’excellent triptyque La Colère de Fantômas avec Julie Rocheleau (Dargaud) – a choisi pour ses débuts avec ce personnage complexe de nous en montrer le côté torturé et angoissé, et de faire de cet aspect psychologique l’axe de son histoire (avec la chasse au vrai serial-killer of course). Et ils ont choisi avec Gazotti, dessinateur historique de la série même s’il n’en est pas le créateur, qui est Luc Warnant, de revenir au New York des années 80-90, celui des origines de Soda. Les deux auteurs s’en expliquent aisément « Le New York contemporain n’a plus grand-chose à voir, et c’est beaucoup plus propre et high tech. La ville est devenue trop éloignée de l’esprit de la série. Ce choix permettait également de de débarrasser des téléphones portables et d’internet » (Bocquet) « Ce retour aux sources est bénéfique pour le plaisir de lecture, comme pour le plaisir de dessin. Les calandres des voitures de flics de 1986, telles que Warnant les dessinait dans le premier tome c’était exotique et terriblement accrocheur ; ça te transportait littéralement ailleurs » - (Gazotti)

Et le résultat est là : ce retour est une réussite, scénaristique et graphique. Dans cette Amérique pas encore traumatisée par le onze-septembre, le héros lutte tout autant contre ses traumas à lui que contre les psychopathes du jour. Et c’est spectaculaire dans tous les sens du terme : on sent bien que Gazotti prend un plaisir immense à reprendre en main Soda, 10 ans après Résurrection  de Tome et Dan Verlinden qui reste désormais un album à considérer comme un hors-série puisque ne figurant pas dans la liste des albums parus. Près de vingt ans après le dernier tome dessiné par Gazotti, Code apocalypse , Soda fait son vrai retour. Alléluia !


Soda 13 (ou 13 bis...) – Le Pasteur sanglant ****

Scénario Olivier Bocquet et dessin Bruno Gazzoti

Dupuis, – 56 pages couleurs – 14,50 € - Sortie le 9 juin 2023

 

mercredi 9 janvier 2013

[Nouveauté] - La Colère de Fantômas (Bocquet et Rocheleau)

21 août 1911. L'homme le plus célèbre et le plus redouté du moment est sur le banc des accusés : l'insaisissable Fantômas fait face à ses juges pour répondre du meurtre de Lord Bentham. Tout repose sur le témoignage de madame Flanquet, la respectable cuisinière des Bentham, et en particulier sur le fait que l'honnête femme ait immédiatement reconnu l'arme du crime, la broche à rôtir de l'office... Fantômas n'est bien entendu pas criminel  à s'en laisser compter par le petit personnel, et, comme il est son propre avocat dans ce procès, il demande à avoir en main la fameuse broche. Accordé ! Une bien mauvaise idée, surtout pour madame Flanquet, qui se retrouve très vite avec le crâne percé de part en part par son ustensile de cuisine... Cet ultime coup de sang de Fantômas l'envoie directement à l'échafaud, où il est exécuté, dans le petit matin du 22 août. Et c'est à partit de cet instant-là que tout commence...

Qu'on se le dise : Fantômas est de retour ! Et avec lui, Juve, Fandor, Lady Benthan et tout ce qui a fait le charme et l'immense succès de ce personnage : des aventures aux rebondissements les plus inattendus et les plus spectaculaires. Olivier Bocquet – qui signe ici son premier scénario – a en effet écrit une histoire digne de Souvestre et Allain : brouillard sur les origines de Fantômas, mystère autour de la mère de Fandor (le journaliste à ses trousses, rappelons-le), vol de la Joconde, assassinats rocambolesques, vengeances cruelles... Bref, ce Fantômas-là n'a pas oublié qu'il est l'archange du Mal, le méchant absolu. Et pour l'incarner, lui, et son époque, il y a aux pinceaux Julie  Rocheleau, dont le travail est simplement époustouflant : ses planches sont de véritables bijoux. Son Fantômas, inquiétant à souhait, est tantôt une ombre menaçante, tantôt un personnage de chair et de sang, au visage méconnaissable. Les personnages féminins sont dessinés avec une extrême délicatesse, et semblent, de temps à autre, nés de la plume d'une styliste de mode. Une impression d'élégance folle plane du début à la fin de ce premier volume, même dans les scènes les plus terribles. Un certain charme « rétro » qui fonctionne parfaitement ici. L'univers graphique de Julie Rocheleau est au carrefour de l'illustration et de la BD, et certaines cases évoquent Ron Searle, d'autres Gus Bofa.
Pour ce retour dans la bande dessinée, Olivier Bocquet conclut, dans la préface : « Aujourd'hui, juste retour des choses, c'est à son tour d'envahir les cases de la bande dessinée ». Comme si, auparavant, le fantômatique bandit n'avait pas rôdé sur les tables des dessinateurs. Il est vrai qu'il y eut peu d'adaptation mais Frisano (1980), Laverdure (1990) et Cabiron (2002) ont tous bel et bien fait vivre des aventures à Fantômas. Mais il faut bien reconnaître une chose : cette version - une interprétation personnelle du personnage - du duo Bocquet / Rocheleau est belle et bien la plus réussie, graphiquement et narrativement, de toutes.


En prime, ici  la bande-annonce Dargaud , pour vous mettre bien dans l'ambiance..

La colère de Fantômas 1 : Les Bois de justice
Scénario Olivier Bocquet ; dessin et couleur Julie Rocheleau
Dargaud, 2013 - 60 pages couleur – 13,99 €