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mardi 12 mars 2013

[Nouveauté] - Fatman, de Chauvel et Denys


Il est monstrueusement massif, chauve, tatoué, et promène le petit chien de sa gentille voisine, la vieille Miss Hutchinson, dans les rues calmes de son quartier. Il porte des rangers – à moins que ce ne soient des Doc Martens - une chemise à carreaux rouge, et son pantalon est retenu par des bretelles tendues à l'extrême. Son regard est dissimulé derrière des petites lunettes cerclées, mais on ne sait s'il faut être rassuré ou pas de ce petit côté intello. En tous cas, Carl Douglas ne fait pas de vagues, et passé sa balade quotidienne, il s'affale devant la télé, un pot de victuailles à forte teneur en matières grasses à la main. Et c'est dans cette position, chez lui, qu'on vient le chercher, menaces à la clé, pour une proposition qu'il va devoir accepter. Parce que Carl Douglas n'est pas que ce gentil voisin, serviable et discret : il est aussi le roi de l' 'évasion, une sommité dans son domaine, à tel point qu'il a tiré un best-seller de son expérience personnelle en la matière. Et ceux qui font irruption chez lui sans crier gare le savent bien, et c'est pour cette raison qu'ils lui font faire un voyage à New York. Là, on explique à Carl Douglas ce qu'il doit faire : soustraire un parrain de la pègre locale à la justice, lors de son transfert vers le tribunal, où l'homme doit comparaître devant un grand jury. Douglas accepte, avec un flegme tout britannique. Mais ses commanditaires feraient bien de se méfier d'un homme qui décapsule ses bières avec les dents, et qui n'aime pas trop être dérangé...

Ce « Fatman » est le quatrième de la série « La grande évasion », une série-concept qui met en scène, on l'aura deviné, des personnages qui mettent tout en oeuvre pour s'échapper d'un endroit, en général très surveillé.  Ici, c'est le boss de la collection lui-même qui s'y colle, David Chauvel, et son scénario prend un peu le concept à l'envers, tout du moins au début, puisque celui qui ne peut être retenu par aucun barreau est déjà libre... C'est donc un autre personnage qui aura le rôle de l'évadé, mais c'est malgré tout Carl Douglas, alias Fatman, la véritable vedette de cet album. D'abord, parce que le lecteur le suit dans sa « préparation » de l'évasion - tellement étrange qu'elle en déroute ses commanditaires – et qu'ensuite, très vite, la force tranquille qui émane de Douglas laisse penser que rien ne va se passer comme prévu... par personne. Ajoutez à ces virils individus une femme au bord de la crise de nerfs, dont les apparitions de plus en plus hallucinées ponctuent régulièrement le récit, et un parrain qui perd petit à petit pied à cause de la maladie, et vous tenez un album qui sort des sentiers battus. Chauvel revient d'ailleurs au polar avec cette histoire, rappelant le grand scénariste du noir qu'il a toujours su être (Nuit Noire avec Lereculey, Trois allumettes avec Boivin, Les Enragés avec Le Saëc..). Il est ici en tandem avec Denys, avec qui il avait donne le très réussi Soulman dans la collection « Le Casse ». Denys, auteur au Lombard ,avec Dugand, d'une trilogie entre polar et fantastique, un peu passée inaperçue et qui méritait un meilleur sort : District 77. En attendant d'y jeter un oeil, entrez dans la danse avec ce rude boy de Fatman, sur un air de ska, of course...

[ Et allez, je ne résiste pas au clin d'oeil. Le vrai roi de l'évasion qui a enchanté mes jeunes années (mais non je suis pas vieux) c'est l'époustouflant Janus STARK... dit "l'homme-anguille".Je suis sûr qu'il reste des fans...]

Fatman
Scénario David Chauvel et dessin Denys
Delcourt, 2013 – 72 pages couleur – (La Grande évasion)
16,95 €

lundi 22 février 2010

Le Casse 1 - Diamond (2010)

Sibérie, région de Kouzbass, 2009. Deux hommes, Andy Chipperfield, américain, et Sergueï, russe, atteignent enfin la petite ville d'Askashaya, au terme d'un périple automobile épuisant. Ils sont là pour se faire recruter le premier comme comptable, et le second comme mineur, dans la mine de diamants de la ville. Les deux hommes se séparent avant même de franchir le panneau d'entrée d'Askashaya : il ne s'agit pas pour eux d'être vus ensemble. Ils sont là sous de fausses identités, et doivent mettre en oeuvre le plan qui permettra à leurs complices de mettre la main sur un million et demi de dollars de diamants. En observant le parcours des convois qui quittent tous les deux mois la mine, et en déjouant leur système de protection sophistiqué, les deux hommes doivent préparer le terrain à une opération commando de l'extrême, dans des conditions naturelles plus que délicates.



Diamond inaugure la nouvelle série-concept imaginée par David Chauvel sur le thème du casse. Chaque histoire relatera celle d'un braquage audacieux, en des lieux et époques complètement différentes. Christophe Bec ouvre donc le bal en imaginant cette histoire de vol de diamants en plein environnement hostile. On retrouve là la prédilection de cet auteur pour les histoires mettant en scène l'homme face à une nature menaçante et oppressante. C'est un dessinateur anglais, Dylan Teague, oeuvrant entre autres sur Judge Dredd, qui a été choisi pour mettre en images ce braquage à la sibérienne. Force est de constater que ce choix fut judicieux : ses paysages nocturnes sont glacés à souhait, et sa mine de diamants – des bâtiments extérieurs aux entrailles souterraines – est tout à fait réussie. Sa scène sous-marine, point d'orgue du plan patiemment ourdi, est le morceau de bravoure de l'album et donne d'ailleurs matière à une couverture particulièrement réussie. Mais si ce premier opus donne envie de voir ce que donneront les autres, c'est aussi parce qu'en expert de la chose scénaristique, Bec a ménagé son lecteur jusqu'aux toutes dernières pages, et... à vous de découvrir comment se termine ce premier « Casse ».
Et rendez-vous en l'an 30, à Jérusalem, pour le deuxiè
me...


Le Casse 1 – Diamond, Askashaya, Sibérie 2009
Scénario Christophe Bec et dessin Dylan Teague
Couleurs Araldi.
Delcourt, 2010 – 64 p. coul. - Collection Conquistador - 14,95 €

lundi 28 décembre 2009

Mafia story 1 et 2 (2007)

Dans le New York des années 20, Arthur Flegenheimer, connaît une irrésistible ascension au cœur du crime organisé et sous le nom de Dutch Schulz, il deviendra vite un des rois du « milieu »… mais ne tardera pas à tomber de son piédestal. C’est le parcours, balisé par les cadavres et les coups de force, de cette figure de la Mafia que retracent Chauvel et Le Saëc, dans la droite ligne de leur long cycle Ce qui est à nous (10 volumes parus), consacré lui aussi à l’histoire de l’Honorable Société. Ces deux volumes s’arrêtent sur la personnalité d’un homme irascible, qui fit fortune grâce à un trafic de bière, puis au contrôle des loteries noires de Harlem. Ils mettent en scène tous les ennemis que d’aussi aimables activités mirent en travers de sa route, représentants de l’ordre, tel le pugnace attorney Dewey, ou du désordre, comme les frères Coll, ses ex-partenaires. On croise au fil des pages les figures mythiques de Jack Diamond ou de Lucky Luciano, et de nombreux autres seconds couteaux. Cette histoire tient évidemment beaucoup plus du documentaire que de la fiction, et, malgré certaines planches aux cases un peu réduites nuisant au propos, elle est très plaisante à lire. On se prend au jeu d’aller consulter régulièrement les longues notes en fin de chaque volume, qui permettent de faire la part des choses entre les passages inventés par les auteurs et la vérité telle qu’elle a pu être établie. Instructif et édifiant sur les mœurs d’une époque. Un diptyque intéressant, avec deux superbes couvertures de Thomas Ehrestmann.

Mafia story, tomes 1 et 2 – La Folie du Hollandais
Scénario David Chauvel et dessin Erwan Le Saëc
Delcourt, 2007. – Collection Sang froid – 2 x 48 p. coul. – 12,90 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°41, mars 2007]