Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !
Affichage des articles dont le libellé est Corbeyran. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Corbeyran. Afficher tous les articles

vendredi 11 mars 2011

[Chronique] - Doppelgänger, Le Double maléfique de Bec et Corbeyran

La mère de Germain Maltret vient de mourir. Une mère distante dont il se sentait à peine le fils. Elle lui laisse en héritage un manoir délabré, au pied d'un volcan, dans la région albigeoise. Peu disposé à s'attarder dans des contrées qui lui sont étrangères, Germain est malgré tout retenu par d'étranges événements, dont le comportement erratique d'un jeune femme Nelly, n'est pas le plus bizarre. Non, le plus perturbant, c'est cet homme entrevu une première fois au cimetière, à l'enterrement de sa mère, puis sous les fenêtres de la pension où il est de passage, puis tout près de Nelly. Un homme qui lui ressemble comme un jumeau...
Corbeyran retrouve Bec vingt ans après Dragan, pour ce qui se présente, dans ce premier volume comme un thriller assez angoissant. Le thème du double maléfique – le fameux Doppelgänger de l'imaginaire allemand – est ici repris par le scénariste pour une histoire menée impla et impec – cablement : de l'arrivée de Germain à l'explosion volcanique, tout s'enchaîne inéluctablement. Christophe Bec instille une atmosphère lourde, chargée de tension, où les visages des protagonistes, le plus souvent en plans rapprochés ou en gros plans, forment une sarabande entêtante autour du héros. Le thriller – y compris en BD – est mis à toutes les sauces, et le terme fantastique y est souvent accolé. On serait tenté de le faire pour Doppelgänger. Mais on aurait tort. Doppelgänger n'est pas un thriller fantastique. C'est un fantastique thriller. En tous cas, le premier tome de ce diptyque en donne tous les signes.

Et pour voir les premières images du tome 2, un petit tour du côté du blog du dessinateur : "Bec Processus"


Doppelganger, le double maléfique
, tome 1 : Intersignes
Scénario Eric Corbeyran et dessin Christophe Bec
Soleil, 2011 - 56 pages couleurs – Collection Quadrants / Boussole
13,50 €

vendredi 16 juillet 2010

Une balle dans la tête (2010)

Belfast, début des années 70. Angus Mclochlain, flic infiltré depuis deux ans dans un groupe d'activistes catholiques de l'IRA, a gagné la confiance de Nick Jone, le chef du groupuscule, mais ne s'entend guère avec Graham, son frère cadet, qu'il trouve impulsif. Et Cheryl, la petite amie de Nick, garde ses distances avec Angus, dubitative sur la sincérité de ses engagements. Alors que le travail de taupe de Mclochlain commence à porter ses fruits, un événement vient bouleverser la vie du groupe : une manif dégénère et Nick est plongé dans le coma. Graham veut prendre le pouvoir et réclame une vengeance contre les forces de l'ordre anglaises... Angus essaie de le dissuader, en vain, mais Nick se réveille. La situation reste tendue, et pour tenter d'empêcher un massacre couru d'avance, Angus propose d'essayer d'identifier le tireur qui a atteint Nick, et de ne s'en prendre qu'à lui. Et pour cela, il utilise une méthode occulte qui lui permet d'entrer dans l'esprit de Nick et de « voir » le tireur... Ce qu'il découvre va constituer un véritable choc pour Angus.

Corbeyran a choisi la voie du polar fantastique pour évoquer les années d'affrontement entre l'IRA et les britanniques. Et il s'attache à nous faire vivre cette lutte de l'intérieur, à suivre le quotidien des anonymes qui l'ont menée. Il convoque pour cela une galerie de personnages très forts, le principal, Angus, demeurant au final le plus mystérieux : voilà un homme féru de sciences occultes, marqué par un athéisme réel, et qui, vaguement humaniste, ne semble guère porté sur la violence. Ayant perdu la foi, il endosse le rôle de l'infiltré presque sans y penser, mais on sent poindre un certain idéalisme au fond de lui. C'est un personnage très attachant, d'autant plus que Jef l'a parfaitement réussi et qu'il a vraiment la « gueule de l'emploi » : tout l'aspect occultisme de cette histoire passe très bien avec cette tête-là... Les autres protagonistes sont tout aussi bien campés, et au final ce diptyque oscille entre suspense, drame historique et fantastique, dans un équilibre quasi-parfait. A aucun moment on ne décroche – car c'était tout de même le risque avec un tel mélange de genres – et ce qui reste la dernière page tournée, c'est le sentiment d'avoir lu une oeuvre forte, originale et... mélancolique. Surprenant !


Une Balle dans la tête
Scénario Eric Corbeyran et dessin Jef

Livre 1 - Angus
EP, 2009 - 48 pages couleur


Livre 2 – Dara
EP, 2010 – 48 pages couleurs

Collection Atmosphères – 13,90 € chaque
– Les deux tomes sous coffret 38 €

vendredi 8 janvier 2010

Garrigue (2008)

Dans le Sud de la France, quatre amis, Martial, Rémi, Frantz et Martial ont trouvé le moyen d'améliorer leur quotidien, en piègeant des gogos qu'ils plongent au coeur d'une combine à toute épreuve, et qu'ils font ensuite chanter. L'uniforme de gendarme de Martial est un des rouages essentiels de la machinerie infernale mise sur pied par le groupe pour attraper ses pigeons. Mais lorsqu'un grain de sable vient menacer de ruiner leur belle mécanique, chacun va devoir assumer son rôle, et c'est là que les véritables caractères se révèlent...

Ce “polar en deux actes” comme le précise la quatrième de couverture, est une réussite. Il fait la part belle à la psychologie des personnages, en explorant autant les pistes du crimes que les sentiers de l'amitié. Ou de ses limites... Corbeyran a opté pour une narration par flashbacks qui lui permet de distiller les indices au fur et à mesure, et surtout, de découvrir progressivement la personnalité de chacun des membres du quatuor. La tension monte ainsi naturellement, jusqu'à un dénouement final qui a le grand mérite de ne pas être vraiment attendu. Berlion exploite parfaitement les richesses du scénario et restitue à merveille les états d'âme de Martial, personnage central du dyptique, un homme silencieux mal à l'aise face à ses émotions les plus profondes. Quant aux femmes, autres personnages fondamentaux de l'histoire, elles sont, comme très souvent chez Berlion, magnifiquement campées, leurs regards et leurs attitudes toujours justes. Garrigue est une oeuvre importante dans le parcours commun du duo, et assurément un des albums de l'année.

Garrigue, tomes 1 et 2
Scénario Corbeyran et dessin Olivier Berlion
Dargaud, 2008. – 48 p. coul. – 13 € chaque volume

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°47/48, Février 2009]