Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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dimanche 15 février 2015

[Rétro-futurisme] - Adam Clarks, d'Antonio Lapone (Treize Etrange)

Nous sommes, voyons, dans un futur proche, où l'empire soviétique existe toujours, et la guerre froide n'a jamais été aussi brûlante. Le sémillant Adam Clarks est une des personnalités en vue de cette époque, où il exerce avec brio ses talents de chroniqueur mondain dans les colonnes de "Puppet", le magazine féminin le plus prisé du marché. Mais Clark est aussi un être secret, qui cache d'autres talents, derrière son look de séducteur chevaleresque au costard impeccable et à la mine affable. Le voici justement à une réception donnée dans un hôtel de luxe de Majestic City, où tout le gratin de la ville se presse pour admirer le "Long Star", un des plus gros rubis du monde, dont la vente imminente est destinée à combler le déficit d'un grand musée... Adam Clarks va troquer le costume du journaliste pour celui du monte-en-l'air et tenter de s'emparer du fabuleux bijou. Un jeu d'enfant, à moins que l'ingénue et sexy Irina ne soit pas que la ravissante idiote destinée à lui servir d'alibi...

Surprenante aventure que celle d'Adam Clarks : c'est un peu James Bond meets Arsène Lupin, sur fond d'uchronie. Un cocktail risqué, mais réussi, par les deux auteurs, Régis Hautière, et Antonio Lapone. Le scénario, malin, du premier, mêle deux types de récits bien connus des amateurs du genre : le casse, minutieusement organisé et exécuté, et l'espionnage, avec tous ses codes, personnages attendus et coup-fourrés. Sur cette base, Lapone dessine décors et personnages comme il l'a toujours fait, avec ce trait caractéristique de la ligne claire, et même plus précisément celui du "style atome" (une "école" où on retrouve Swarte, Chaland, Clerc, Ever Meulen, Daniel Torrès...). Une appartenance assumée, puisqu'en clin d'oeil, Lapone glisse une (fausse) pub pour les "Atom style cigarettes "dès le début de l'album. L'élégance dans la torgnole et la classe dans l'adversité : voilà ce qui se dégage de cet "Adam Clarks", aux couleurs et ambiances nocturnes superbes. Le grand format, lui aussi inhabituel de cette bande dessinée achève d'en faire plus qu'une curiosité, mais une vraie et bonne surprise



Adam Clarks ***
Scénario Régis Hautière et dessin Antonio Lapone
Treize Etrange, 2014 - 64 pages couleur - 22 €
 

samedi 15 février 2014

[Nouveauté] - Perico, de Hautière et Berthet (Dargaud)


Cuba, 1958. Joaquin Lima est un jeune  home qui  bosse tous les jours comme serveur au casino Sans-Souci, propriété du parrain local, Santo Trafficante, un homme craint, et proche de Batista, l'homme encore (fort du)  au pouvoir, mais dont l'armée peine à contenir les rebelles castristes. Joaquin ne fait pas de vagues, et ses rêves ne le portent pas plus loin que les murs du  Sans-Souci, dont il espère un jour diriger l'une des tables de jeu. L'arrivée de Carlos, son frère, va venir chambouler cette vie tranquille : en acceptant de le prévenir de l'arrivée d'un américain au casino, Joaquin se trouve très vite mêlé à une affaire plus que dangereuse et qui va le pousser à fuir, en compagnie d'Elena, belle à tomber et sublime chanteuse,...  et surtout  protégée de Santo Trafficante. Le jeune Joaquin va-t-il avoir les épaules assez solides pour résister à la meute ?

Philippe Berthet, dont les débuts s'inscrivirent sous le signe du polar, avec "Couleur café" (1980), et surtout les trois enquêtes du Privé d'Hollywood (avec Rivière et Bocquet, 1985-90), renoue avec le genre avec ce Perico - "perruche" en espagnol, mais aussi cocaïne en argot cubain- et emmène à nouveau ses lecteurs sur les routes américaines, qu'il affectionne particulièrement, avec un départ de Cuba, cette fois. Et comme dans son excellent "Sur la route de Selma" (scénario de Tome) (Dupuis, 1991) (un des meilleurs polars des années 90)(et fin des parenthèses), voici les personnages entraînés dans ce qui s'annonce comme un road-movie sous tension. Régis Hautière en jette en tous cas dans le  premier tome de ce dyptique les bases solides, en présentant la proie, les chasseurs... et la femme (peut-être ?) fatale au milieu. Le tout avec une toile de fond historique bienvenue, qui permet à Berthet de restituer une atmosphère fifties toute en élégance - sa marque de fabrique - et violence feutrée à la fois.  Les couleurs de Dominique David, magnifient quant à elle les ambiances nocturnes, les scènes de bar, dans les chambres et donnent ce ton tranquillement inquiétant à Perico. Au final, un premier tome qui aiguille la curiosité, pour un retour intéressant au genre par le dessinateur.  Cet album, ouvre d'ailleurs, une collection "Ligne noire", dirigée par Berthet lui-même.

Et depuis le 13 février, jusqu'au 9 mars, la Galerie Champaka, à Bruxelles, accueille une exposition, avec notamment, les originaux de Perico. Pour plus d'info, c'est par ici.

Perico - Tome 1
Texte Régis Hautière et dessin de Philippe Berthet
Dargaud, 2014 - 64  pages couleur - Collection Ligne Noire
14,99 €

samedi 30 octobre 2010

De briques et de sang (2010)


Il se passe de drôles de choses au Familistère de Guise, en ces années 20 : voilà qu'on y meurt de manière rapprochée... et un peu trop suspecte. Cette communauté n'est-elle pourtant pas un modèle de justice sociale ? Voici un excellent album et je vous propose de lire ma chronique sur le site k-libre.

Vous pouvez aussi aller faire un tour du côté des blogs des dessinateurs David François et Pierre-Henry Gomont, l'auteur de l'épilogue. Sans oublier celui du scénariste, Régis Hautière.

Et en prime, une couverture finalement non retenue pour cet album :


De briques et de sang
Scénario Régis Hautière et dessins et couleurs David François
Dessin de l'épilogue Pierre-Henry Gomont
KSTR, 2010 - 114 pages couleurs – 16 €

vendredi 7 août 2009

L'Etrange affaire des corps sans vie (2006)

« Beh… ça pourrait bien être Martin Froissard… Rapport aux souliers j’veux dire. Parce que pour le reste… ». Nous somme en 1898, et le petit peuple de l’anonyme ville provinciale s’interroge : qui diable a bien pu massacrer pareillement un des leurs ? Une bête ? Un homme ? Les deux à la fois ? A moins que l’étrangleur de Londres n’ait franchi la Manche … Le commissaire en place, aussi subtil que ses godillots, écoute la rumeur, et coince assez vite un suspect, un pauvre bougre surnommé le Corbeau, surtout spécialisé dans l’ivresse sur la voie publique. Mais cette arrestation n’éclaire en rien les zones d’ombre de l’affaire, à fortiori quand d’autres cadavres sont découverts alors que le Corbeau est sous les verrous… Adam Vasseur, jeune étudiant en médecine entre alors en scène, et accepte de répondre au défi de l’envoyé parisien du Petit Journal : venir à bout du mystère, grâce aux bienfaits de la « science moderne » émergente. Et le jeune homme va aller de surprises en surprises…

Cette bande dessinée est tout simplement ma-gni-fi-que ! François Hautière réussit un premier tour de force : écrire une histoire à base de serial killer originale. Ensuite, en la parsemant de détails précieux, certains humoristiques (jusqu’aux noms des journaux « L’Echo du Fakir », ou « Le courrier qui part »), d’autres plus historiques (l’allusion aux débuts de la psychanalyse, la suspicion qu’elle a dû connaître en ces périodes de gestation), il la rend encore plus captivante, plus audacieuse. Et, cerise sur le gâteau, il a trouvé le dessinateur idéal pour cette entreprise ambitieuse : François David, qui avec son art consommé des trognes cassées, des barbes et cheveux en arabesque, son sens de la précision dans des scènes en ombres chinoises et un parti-pris délibéré pour le biscornu architectural (ah, il faut voir ses rues, ses maisons !) transporte littéralement son lecteur ailleurs. Cet album est paru depuis déjà quelques mois, mais votre libraire DOIT vous le procurer. Un autre «album de l’année».

L’Etrange affaire des corps sans vie
Scénario Régis Hautière et dessin David François
Paquet, 2006. – 160 p. coul. - 14

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°40 - Décembre 2006]