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samedi 21 octobre 2023

[Tizing] - Douze (Delcourt) – Human Target (Urban Comics) – Arcadium (Ankama) : trois excellents polars à venir !

 Trois très bons albums, de genre bien différents vont arriver dans les rayons de vos libraires préférés, et selon votre nuance de polar préféré, il y a certainement de quoi vous en mettre plein les yeux. Petite revue expresse, avant des chroniques plus détaillées à venir.

Deux titres sortent ce vendredi 27 octobre. 

L’imposant Human Target (plus de 400 pages) par Tom King et Greg Smallwood. Il s’agit là de la reprise d’un personnage assez atypique de l’univers DC, Christopher Chance. Créé en 1972 pour Action comics, par Wein et Infantino, Chance, alias la « Cible Humaine » n’a qu’un métier : prendre l’identité – et la place – de personnes susceptibles d’être victimes d’assassinat ou autre agrément. Sur cette base, King et Smallwood relancent Chance dans une ultime aventure, où il prend les traits de Lex Luthor, éternelle cible d’ennemis jurés. Chance déjoue un attentat contre Luthor, mais n’échappe pas à un poison qui lui était destiné. Mais qui a bien pu réussir à passer les contrôles de sécurité du milliardaire pour amener ce poison mortel à effet lent ? Chance a douze jours pour trouver, et il est vite sur la piste de suspects pourtant respectables : la Ligue de Justice… Excellente reprise, en tous points de vue, avec son scénario en compte à rebours et son dessin d’une rare élégance. Et encore une fois la preuve qu’on peut croiser les genres et que les super héros sont tout à fait à leur place dans une intrigue purement polar.


Ce même jour sort également l’étonnant et fascinant Arcadium, chez Ankama. Nikopek, son auteur, y déploie une intrigue en hommage direct aux années 80, tendance zone Z, ou culture populaire, si vous préférez. Les références ici sont fantastiques (Carpenter et Cronenberg en tête), métalliques (… Metallica !) et bien sûr, vidéoludique : toute l’intrigue, complexe, tourne autour d’un jeu d’arcade – le bien nommé Arcadium – et de son action maléfique sur ceux qui y jouent. Pour faire simple, hein, parce que les  personnages plongés au coeur de cette nuit américaine flippante, ont bien du mal à retrouver le sens de leur monde réel à eux. Magnifiquement mis en images, cet album, qui a aussi un petit côté Stranger Things – bah oui – est une vraie découverte. Un petit coup d’oeil ici sur le teaser, pour vous mettre dans l’ambiance.



 

Enfin, début novembre, un bon vieux polar aux recettes éprouvées mais terriblement efficaces arrive, il est l’oeuvre d’Herik Hanna et Hervé Boivin, et il s’agit de Douze chez Delcourt.

 Un hôte mystérieux – alias L’Hydre – a invité douze personnes à passer une semaine dans un hôtel entièrement privatisé à leur attention. Douze invités qui ne disent pas grand-chose sur eux-mêmes, mais certains semblent déjà se connaître, du moins de nom ou de réputation. Tout est fait pour que leurs premiers instants à l’hôtel soit un peu obscur : un numéro attribué à chacun – on ne dit pas tout de suite qui on est – un hôte qui demeure pour le moment invisible, un accueil assuré par deux sœurs chinoises tout aussi énigmatiques et pour toutes les questions, chacun peut compter sur Albert, un majordome muet. Très pratique pour avoir des réponses.

Mais celles-ci vont vite arriver à l’apparition de l’hôte , qui, sous un masque pour le moins exotique demande, après  un dîner un peu particulier et un brin tendu, à chacun de se présenter, enfin, de dire ce qu’il veut bien de lui-même. Et la  nuit qui suit va être particulièrement agitée…

Parfait quasi-huis-clos pour ce polar qui commence comme du Agatha Christie pur jus et se termine en apocalypse. Le style réaliste d’Hervé Boivin fait merveille dans cette histoire qui n’est pas sans rappeler par certains côtés le Button Man de Wagner et Ranson. Et la couverture est vraiment réussie !

Hervé Boivin sera présent les 18 et 19 novembre au toujours très couru salon Noir sur la Ville de Lamballe (avec Emmanuel Moynot pour former le duo BD de cette édition)



The Human Target *****

Scénario Tom King, dessins Greg Smallwood. - Traduction et préface Maxime Le Dain

Urban comics – 424 pages couleur - Collection DC Black Label - 35 €

Sortie le 27 octobre 2023


Arcadium ****

Scénario et dessins Nikopek

Ankama – 144 pages couleurs – 20,90 €

Sortie le 27 octobre 2023


Douze ****

Scénario Herik Hannah , dessins Hervé Boivin et couleurs Gaétan Georges

Delcourt – 80 pages couleurs – Collection Machination

 Sortie le 8 novembre 2023


dimanche 8 octobre 2023

[Batman sans Batman ] - Gotham City : Année un, par Tom King et Phil Hester (Urban comics)

 

 « Où est la Princesse de Gotham ?» titre The Blade à sa une du 12 mars 1961. Et le quotidien de publier la dernière photo en date d’Helen Wayne, emmitouflée dans les bras de sa mère Constance, sous le regard un peu ailleurs de son père Richard Bruce, le trio posant devant le manoir familial des Wayne… L’enfant semble avoir disparue, et les rumeurs commencent à enfler en ville. Sam Bradley, détective privé réputé pour son honnêteté sans faille, n’en sait pas plus que quiconque sur cette affaire, mais il va très vite s’y retrouver au centre : une élégante jeune femme noire passe le seuil de son bureau avec une curieuse mission pour lui. Il s’agit, moyennant cent dollars, de porter une enveloppe cachetée adressée simplement à Monsieur Wayne, au domicile de celui-ci et sans bien sûr, ouvrir la missive. Bradley a à peine le temps de poser plus de questions sur la mission : la messagère est déjà partie, et bien qu’il ne s’estime pas facteur, il décide de se rendre à la propriété des Wayne. Mal lui en prend : à peine franchi le seuil du manoir, et le temps d’une froide conversation avec les époux Wayne, le voici soumis à un interrogatoire plus que musclé dirigé par une veille connaissance à lui, Loder, un ex-flic désormais chargé de la sécurité de la famille. Une première dérouillée qui va en appeler d’autres, au fur et à mesure que Sam Bradley va progresser dans la recherche d’Helen Wayne. Car, oui, il accepte finalement l’offre de Constance à savoir retrouver les auteurs de la lettre anonyme réclament 100 000 dollars de rançon… 

 


 Ouch ! Attendez-vous à un choc ! Tom King s’empare à son tour de Batman, ou plus précisément de Gotham, et s’attaque aux racines du Mal de la cité, dans un one-shot magistral. En situant son intrigue à l’époque des grands-parents de Bruce Wayne, il s’affranchit bien sûr du héros lui-même, et en profite pour rajouter une pierre à l’édifice de la cité fascinante qu’est devenue Gotham au fil du temps et des auteurs qui ont construit sa légende, ses mythes, revisité ou inventé son passé, et mis sous les feux des projecteurs des personnages jusque là secondaires ou croisés au fil des aventures de Batman. Sam « Slam » Bradley est l’en d’entre eux – et la postface de Yann Graf est d’ailleurs tout à fait éclairante – et passionnante ! - sur la vie de ce personnage créé en 1937 – et il est donc le personnage central de ce comics. Dès son entrée en scène, on comprend qu’on va avoir affaire à une histoire digne de l’ère des pulps des années 20-30, branche hard-boiled detective, les dur-à-cuire quoi… Et Bradley va se montrer particulièrement coriace au fil des pages, et se prendre un nombre impressionnant de gnons : « Il pleut des coups durs » (titre français d’une Série Noire de Chester Himes) pourrait être sa devise pour cette affaire. 

 Au-delà de ce côté spectaculaire, le scénario de King se nourrit de rebondissements qu’on ne voit pas tous venir, et sa mécanique narrative est du vrai travail d’orfèvre : on est autant mené par le bout du nez que l’est Bradley, qui va de surprises en surprises, de moins en moins reluisantes pour la gente humaine. Car c’est bien là une autre des forces de ce récit : à coté d’un suspense haletant, King explore le moindre recoin de la ville, et des mœurs de ses habitants, fouillant jusqu’aux origines des hommes et des femmes et de ce qu’ils doivent accepter de faire pour se faire accepter par une ville coupée en deux géographiquement, mais aussi en multiples fragments dès qu’il s’agit de politique, de partage des richesses et de couleur de peau… Il y a de multiples portes pour entrer dans ce Gotham City-là, mais guère d’échappatoires et c’est en vain que plus d’un et plus d’une semblent chercher une sortie de secours. La manière dont Gotham sombre dans une espèce de folie collective est finement amenée et superbement mise en image. 

Je découvre le dessin de Phil Hester, et franchement, il se révèle un véritable maître du Noir ! Je le rapprocherais volontiers de Risso pour son travail époustouflant sur les ombres et ses personnages aux traits anguleux, quant à son travail de cadrage / mise en page, c’est un des plus efficaces et dynamiques du genre. Au final, Gotham city : Année Un une des meilleures contributions polar au monument Batman à ranger directement aux cotés du Gotham Central de Brubaker / Rucka… et du Batman Année un de Miller et Mazuchelli.


Extraits cop. DC et Urban Comics 2023


Gotham City : Année un *****

Scénario Tom King, dessins Phil Hester, encrage Eric Gapstur, couleurs Jordie Bellaire. Traduction Jérôme Wicky

Urban comics – 208 pages couleur - Collection DC Deluxe - 21 €

Sortie le 13 octobre 2023