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dimanche 9 octobre 2011

[Chronique] - Le Commando Torquemada, l'intégrale !

« Veritas, ou je cogne ! ». Voilà ce qu'on peut lire, dans les sous-sols du Vatican, sur la porte du bureau personnel du Cardinal Albuferque. Et c'est depuis ce bureau que ce Cardinal très spécial – affectueusement surnommé Anaconda par ses proches – dirige d'une main de fer la Très Sainte Inquisition, dont fait partie le Commando Torquemada, un trio d'ecclésiastiques de choc chargé des missions les plus délicates... Tout cela sous l'oeil attentif du Pape, bien entendu.
En fait, c'est un peu au Service Secret de Sa Sainteté, mais à y regarder de près, on ne saurait trop qualifier le commando de troupe d'élite : Frère Malachie, est un spécialiste des potions qui rendent très malade, aveugle, quand elles n 'envoient pas directement au ciel. Feargal Mc Gowan, a lui tout du dandy amateur de jeux de mots et a la gâchette un peu trop facile. Enfin, soeur Sarah Terwagne est elle une nonne hyper canon, habitée par des visions provoquées par une pratique assidue de l’auto flagellation... Voyez un peu le genre.
Connaissant bien ses ouailles, Anaconda ne fait appel au Commando Torquemada que pour les cas les plus désespérés, et à ce jour, il leur a assigné trois missions :
La première est racontée dans le tome « Pour la plus grande gloire de Dieu » et a consisté pour le trio à ramener à Rome la lance du centurion Longinus. Oui, celle-là même qui a percé le flanc du Christ sur sa croix, et qui, des siècles plus tard, sert de rayon à la roue du vélo d'un dictateur africain. Difficile mission.
Dans la deuxième, le commando doit s'assurer que Soeur Dominique, numéro 1 de la chanson liturgique, et en tête des ventes de disques, sera bien en état de participer à ce festival rock imaginé par le Saint Père pour relancer la ferveur religieuse auprès des jeunes. Pas gagné car depuis quelques temps la star se shoote avec n'importe quoi, ce qui nuit un peu à sa santé. C'est le tome « Dominique nique nique ».
Enfin, dans la dernière mission en date, le Pape envoie son commando au Caire pour récupérer un ouvrage fort compromettant pour l'Eglise : il y est raconté que, si Jésus a été embrassé sur la bouche par Judas - le fameux baiser de Judas - c'est parce que ces deux là étaient amants, et en passe d'annoncer publiquement leur union... Vous imaginez le coup de tonnerre dans la Chrétienté si cela venait à se savoir ! Titre de cette troisième mission : « Pas sur la bouche ! ».

Bon, inutile d'en rajouter, vous vous doutez bien qu'on est là dans l'hénaurme : les dialogues de Philippe Nihoul fourmillent de bons mots, flirtant parfois avec le mauvais goût, les missions sont parsemées de rebondissements complètement improbables, et quant au dessin, dirons-nous, nerveux, de Xavier Lemmens il participe au délire de la série. Ses personnages principaux sont particulièrement réussis, car très typés (un petit gros, un bellâtre à Ray Ban, une pin up pour le trio) avec une mention spéciale pour le Pape, qui a les traits de Jean-Paul 2, et non de Benoit 16.
Particularité de cet album, c'est du trois en un : c'est une intégrale intitulée « Commando Torquemada , Evangiles I, II et III », qui s'ouvre sur une Genèse de 6 planches, jusque là inédite. Alors si ça vaut vraiment le coup quand on a pas un des deux premiers albums, c'est plus embêtant quand on les a, car on ne peut lire « Pas sur la bouche » que dans cette intégrale...
Une arnaque ? Oui et non, car c'est une très belle édition, cartonnée et tout et tout. Et puis, si vous avez déjà les 2 premiers tomes, il suffit d'aller vous poster à la sortie de la messe pour les revendre aux fidèles, vous verrez : ça partira mieux que des petits pains.
Commando Torquemada : Evangiles I, II et III
Scénario Philippe Nihoul et dessins Xavier Lemmens.
Fluide Glacial, 2011 - 150 pages couleurs – 25 €. (Hosties non fournies.)

lundi 29 novembre 2010

Snuff 1 - La Mélodie du bonheur (2010)

Ethan Fargo vit à Brooklyn, et il essaie d'oublier que sa vie est ratée en envoyant des balles de golf à la mer. On passe son désespoir comme on peut... Il fréquente aussi un vidéo club tenu par deux abrutis de première et c'est là, dans cet endroit sans âme, que sa vie va prendre une tournure inattendue et bizarroïde... Alors qu'il s'apprêtait à emprunter un film dégoûtant aux yeux des tenanciers (un mélo, "la mélodie du bonheur"), deux braqueurs font irruption dans la boutique, et Ethan se retrouve pris entre deux feux. Sa situation est critique, mais l'arrivée d'un cinquième larron, qui vient porter secours au duo de braqueurs guère plus finaud que les loueurs de films, le sauve d'une balle perdue... ou d'autre chose. Inexplicablement son sauveur le laisse en vie en lui confiant un DVD sans jacquette, que Fargo regarde chez lui, espérant trouver une explication à cet épisode rocambolesque. Le choc des images est violent : c'est un snuff-movie qui se défile sous ses yeux, et le film va vite précipiter Ethan dans une cascade d'événements plus ou moins plaisants pour lui...

Nihoul et Lemmens, les créateurs de l'immortel « Commando Torquemada », (deux albums chez Fluide Glacial) sont de retour, et c'est une joie immense de constater qu'ils n'ont rien perdu de leur esprit frondeur et iconoclaste pour cette nouvelle série chez Delcourt. Leur « Snuff » est bourré de références à un certain cinéma un poil décalé que les auteurs vénèrent ostensiblement : la boutique de vidéo s'appelle « Clerks », titre d'un film-culte assez méconnu de mon entourage (mais mon entourage a tort, sur ce coup-là) et le nom du héros est hommage direct aux frères Cohen. Ce premier tome repose sur une intrigue assez surprenante : un ex-dictateur sud-américain envoie un pauvre type à la recherche des responsables de la mort, atroce, de sa fille. Avec en arrière-plan, l'univers des snuff-movies... Avouez qu'il y avait là de quoi se ramasser dans les grandes largeurs avec une histoire pareille. Mais le duo en optant pour un traitement à la Tarantino, avec dialogues ciselés et scènes chocs, évite le piège de l'album glauque sur sujet glissant (une catégorie que je viens de créer à l'instant). Dès la première phrase, le lecteur – éventuellement - égaré est prévenu :

« On ne peut avoir une idée du néant, du vide absolu, si l'on n'a jamais plongé son regard dans celui d'une autruche »...

Un peu plus loin, cette conversation :

"- C'est fait. Le doigt de Dieu vient de majestueusement désigner notre ami.
- Vous pourriez arrêter de parler comme un livre de messe et être clair, pour une fois ?"

Et tout l'album est sur ce ton, légèrement décalé, mais extrêmement jubilatoire.
Côté dessin, les trognes et les physiques volontairement caricaturaux des personnages de Lemmens, font mouche et le dessinateur démontre un réel talent pour les scènes d'action, dans cet album qui est loin d'être une promenade de santé pour le « héros ».
Bref, si vous ne lisez que dix BD par an (ou moins, mais alors, là, vous avez dû arriver sur ce blog par hasard) vous aurez compris que celle-ci doit en faire partie. Amen.


Snuff 1 – La Mélodie du bonheur
Scénario Philippe Nihoul et dessin Xavier Lemmens
Delcourt, 2010 – 48 p. coul. - Collection Machination – 12,90 €