Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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samedi 16 octobre 2010

Smoke city 2 (2010)

Le groupe de choc reconstitué pour un casse de grande envergure, commandité par l'insaisissable ennemi public n°1 de Smoke City, s'est retrouvé à l'issue du premier tome dans un situation pour le moins critique : trahi par l'un des leurs, les cinq autres as de la cambriole se retrouvent au poste, interrogés un par un par des duos de flics qui tentent de comprendre. Mais les braqueurs ne savent plus trop eux-mêmes où ils en sont : la police semble prête à passer l'éponge sur la tentative de casse, si le groupe accepte de collaborer activement et de tendre un piège au commanditaire, véritable cible de l'inspecteur Ruben. Et c'est en fait Valentine Cole, le « traître » du groupe qui va être au coeur du piège... une situation vite inconfortable face à un ennemi qui dispose d'atouts d'une puissance insoupçonnée dans son jeu...Le scénario de Mathieu Mariolle se complexifie dans ce second volume, et Smoke City glisse progressivement dans un fantastique du meilleur goût. En invitant à la table de simples braqueurs un adversaire lié à un démon, l'histoire change de registre. Et c'est là qu'intervient tout le savoir-faire de Mariolle : en fonctionnant par flashbacks, et en installant à la fin de chaque scène/séquence un suspense efficace, la dimension fantastique arrive par touches successives, à l'intensité grandissante. C'est presque un lieu commun d'affirmer que le découpage d'un scénario de bande dessinée est proche de celui d'un film de cinéma, mais c'est loin d'être une vérité absolue. Mais dans le cas de Smoke City, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre le 7ème et le 9ème art. : on se fait littéralement son film et on voit l'histoire, et ses acteurs. L'autre artisan de ce magnifique travail est bien entendu Benjamin Carré : son dessin extraordinaire de réalisme, son usage des couleurs, son utilisation discrète de la photographie dans la composition de ses cases, ses décors somptueux, ses ultra-dynamiques scènes d'action sont autant de qualités affichées dans le premier tome, et qui font de « Smoke city » une des plus belles réussites du genre. A l'instar de certains « comics » qui croisent avec bonheur les univers du polar et des super-héros (je pense à « Incognito » de Brubaker et Philipps ou à « Gotham central » du même Brubaker, avec Rucka et Lark), ce diptyque confirme tout l'intérêt que peut avoir un genre codé comme le récit policier à explorer d'autres territoires. Et même l'une des conditions de sa survie ?

Smoke city 2
Scénario Mathieu Mariolle et dessin Benjamin Carrré
Delcourt, 2010 – 48 p. coul. - Collection Neopolis – 12,90 €

mardi 29 décembre 2009

Smoke city 1 (2007)

Carmen, voleuse rouquine et sexy, tente de reconstituer un gang hors-pair de cambrioleurs, pour le compte d’un mystérieux commanditaire, monsieur Law, qui veut leur faire commettre le vol périlleux d’une momie lui appartenant… Et il tient par dessus-tout à ce que le gang soit celui d’origine. La reconstitution sera difficile, car tous les membres ne sont pas que des amis, mais finalement, seul le maître d’armes japonais manquera à l’appel, remplacé par sa jeune élève, Myako. Il ne reste plus à la bande qu’à applique le plan prévu par Franklin, le psychopathe du groupe. Qui a dit que tout se passerait bien ?

Cette histoire, en deux volumes, commence par une assez longue mise en place où les auteurs ont choisi de s’attarder sur les talents et les caractères de chacun des protagonistes du groupe, sur leurs rapports plus ou moins tendus. Le vol en lui-même, scénaristiquement très bien amené et graphiquement conduit de manière efficace, a presque une importance moindre, et c’est bien entendu la chute, dyptique oblige, qui ouvre sur des perspectives intéressantes. Au-delà de cette intrigue solide égrenant les codes des films de braquage – impossible de ne pas penser à Ocean Eleven – c’est véritablement le dessin de Benjamin Carré qui fait mouche : ses scènes de combat et d’action sont très dynamiques, et par dessus-tout, sa ville de Smoke City, baignant dans une atmosphère de clair-obscur permanente, est une magnifique réussite. Les couleurs, et un sens du détail urbain aiguisé, sont pour également beaucoup dans l’impression visuelle que laisse cet album : celle d’un monde à mi-chemin entre rêve et cauchemar.

Smoke city 1
Scénario Benjamin Carré et Matthieu Mariolle ; dessin Benjamin Carré
Delcourt, 2007. – 48 p. coul. – Collection Néopolis – 12,90 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°42 - Juin 2007]