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samedi 21 janvier 2012

[Chronique] - L'Affaire Seznec revisitée en cases

Certaines histoires judiciaires ont traversé les décennies en conservant leur part de mystère. L'Affaire Seznec est bien entendu de celles qui ont longtemps défrayé la chronique, tant la vérité semble difficile à émerger. Deux albums se sont emparés de cette histoire aux allures de polar : la première parue en 2010 aux éditions De Borée, dans une collection « Les grandes affaires criminelles et mystérieuses », l'autre l'an passé chez Glénat.

Chez de Borée, le choix a été de raconter l'histoire en un seul volume, en prenant du recul sur l'affaire. C'est par la voix d'un couple de narrateurs, un reporter au Quotidien de Paris assisté d'une avocate, que tout est raconté, en commençant par la fin, puisque l'album débute sur l'accident de voiture dont est victime Guillaume Seznec, en novembre 1953. Révillon et Moca, les scénaristes, reviennent sur les grandes étapes de l'affaire, par allers-retours entre la Bretagne des années 20 et le Paris des années 50, entre les faits de l'époque et le reportage du journaliste. C'est assez plaisant à lire, mais le trait de Gérard Berthelot, illustrateur doué, manque un peu de force pour camper le duo Seznec – Quéméneur, et l'album souffre de couleurs un peu ternes et sans nuance.

Chez Glénat le « Seznec » du dessinateur Guy Michel est lui graphiquement plus attrayant, et on est plus vite plongé dans l'ambiance qui a dû régner autour de cette affaire au moment où elle se déroulait. La toute première planche, une pleine page représentant le dépôt des forçats de Saint-Martin de Ré, de nuit et sous la pluie, est d'emblée saisissante. On sent que l'histoire ne sera pas gaie... Elle est co-signée Pascal Bresson, déjà auteur d'un « Guillaume Seznec, une vie retrouvée » et Éric Le Berre, et elle est préfacée par Denis Seznec, le petit fils du bagnard. Le sticker promotionnel apposé sur la couverture annonçant cette préface proclame par ailleurs, « La vérité, enfin ! », laissant entendre que toute autre vision de cette affaire n'est pas la bonne... Toujours est-il que dans cette version chronologique, ce premier tome s'arrête à la veille du procès de 1924, et ce qu'il nous est donné à lire n'est pas loin d'un thriller. La suite et la fin certainement pour très bientôt, ce « Malheur à vous jurés Bretons » étant sorti en janvier 2011.
Pour vous faire une idée des deux styles des dessinateurs, voici la même scène, celle où les deux personnages-clés de l'affaire sont ensemble pour la dernière fois, vue par Berthelot, puis par Michel.
L'Affaire Seznec
Scénario de Luc Révillon et Julien Moca ;
dessins de Gérard Berthelot - De Borée, 2010
– 48 pages couleurs – (Collection les Grandes affaires criminelles et mystérieuses) – 15 €

Seznec, tome 1 – Malheur à vous, jurés Bretons !
Scénario Pascal Bresson et Éric Le Berre ; dessins Guy Michel
Glénat, 2011 – 49 pages couleurs – 9,95 €

vendredi 8 janvier 2010

Léa Graslin 1 - Réveil sanglant (2008)

Léa Graslin est une ex-flic de choc reconvertie en détective privée, dans la ville de Bentown. Entre son assistant puceau et les affaires d'adultères, sa nouvelle vie n'est pas des plu trépidantes. Jusqu'à ce que la femme de son amant vienne à son cabinet, car elle a des soupçons sur la fidélité de son mari (vous suivez ?) : voilà une enquête un peu plus pimentée pour Léa, que la situation amuse. Tout va se corser un peu plus quand la jolie détective va être lancée malgré elle sur la piste d'un serial killer spécialisé dans le meurtre des lapins...

La petite famille des détectives anthropomorphiques s'agrandit : après Canardo et Blacksad, pour ne citer que les plus célèbres, voici donc Léa Graslin, dans un style graphique plus proche du second. Née de l'imagination d'un auteur Français, Julien Moca, et dessinée collectivement par le studio Ji'An, cette collaboration franco-chinoise est une première, pour un éditeur Xiao Pan, qui oeuvre d'arrache-pied pour la découverte de la bande dessinée chinoise. Ce premier volume est assez rondement mené, et si ce démarrage demeure assez classique dans son intrigue, il est un indéniable que le personnage central de Léa a encore bien des atouts à dévoiler et que les « satellites » qui gravitent autour d'elles peuvent devenir autre chose que des faire-valoirs. Il reste à tous à gagner un peu en épaisseur, mais ce premier essai est une réussite.

Léa Graslin, tome 1 - Réveil sanglant
Scénario Julien Moca et dessin Studio Ji'An
Xiao Pan, 2008. - 48 p. coul. - 12 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°45/46, juin 2008]