Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !
Affichage des articles dont le libellé est Salch. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Salch. Afficher tous les articles

jeudi 3 février 2022

Mes albums préférés de l’année 2021 [3/3] – Commissaire Kouamé et L’Echelle de Richter (Gallimard) / Clapas (Sarbacane) / Impact (Casterman) et Les Misérables (Glénat)

Bon, 2022 est déjà passé à 11 mois, alors je termine vite ce petit tour de mes chouchous 2021, avec une étape Dakar-Paris

Petite descente en Côte d’Ivoire, où on retrouve avec un immense plaisir le Commissaire Kouamé de Marguerite Abouet et Donatien Mary pour une deuxième aventure : un homme tombe avec son ombre. L’enquête confiée au bouillonnant et dégingandé commissaire et à son fidèle assistant Arsène consiste cette fois à retrouver la fille d’un grand industriel français, une adolescente qui a disparu en plein jour. Mais faut-il suivre la piste de l’enlèvement crapuleux ou celle plus mystérieuse de la sorcellerie : la jeune fille est albinos, un détail qui pourrait mener à d’autres affaires en cours… Ce qui avait fait tout le sel de Un si joli jardin (Prix Sncf du Polar 2019) est bien là : une Afrique vivante et authentique, des personnages mémorables, une intrigue solide, un rythme effréné, et … un humour à l’épreuve de tout maraboutage ! Le dessin nerveux de Donatien Mary est parfait pour le scénario rocambolesque de Marguerite Abouet, et leur jubilation à donner vie à leur commissaire est communicative : on ressort de cet album épuisé, mais ravi.

Retour au pays pour finir et direction la Drôme et sa spectaculaire région du Claps, tout en rochers et sauvagerie. Un décor naturel idéal pour Isao Moutte, et son Clapas qui, dès sa couverture, intrigue : sous un ciel noir de nuages, six personnages enjambent un éboulis de pierres énormes qui barrent complètement une route sinueuse, à flanc de montagne rocheuse. Minuscules humains pris dans la majesté presque menaçante de la nature. Au loin dans un virage, un bus. Tout est déjà posé et il ne reste plus qu’à aller à la rencontre de ce mystérieux groupe de voyageurs. Leur histoire est simple : tous en route pour différentes destinations, ils se retrouvent contraints de poursuivre à pied leur périple, à défaut de pouvoir téléphoner dans cette région où les ondes ne passent pas… Bientôt recueillis par des frères revenant d’une partie de chasse, leur soulagement va être de courte durée quand ils vont découvrir l’ambiance pesante qui règne dans la maison familiale où ils doivent faire halte. Et c’est l’inquiétude puis la peur qui vont les gagner au fil des minutes qui s’écoulent, interminables… Clapas est une histoire sacrément dérangeante, où des gens ordinaires perdent pied car confrontés à un monde psychologique qui n‘est pas le leur, à des semblables aux comportements irrationnels et primaires. Et comme la nature leur semble tout à la fois protectrice et hostile, quelle issue pour chacun de ces naufragés de la route ?

Je rajoute à cette sélection 2021 trois albums dont je vous ai déjà parlé ici  : la version tout en poésie des Misérables de Salch, Impact le récit noir à double voix de Rochier et Deloupy et le fascinant Echelle de Richter de Frydman et Desportes.

A vos librairies et bibliothèques et médiathèques (c’est pareil) si vous avez raté ces albums. Et place à 2022 !

Commissaire Kouamé : un homme tombe avec son ombre

Scénario Marguerite Abouet, dessins Donatien Mary

Gallimard Bande Dessinée – 120 pages couleur – 22 €

Clapas - Scénario et dessin Isao Moutte

Sarbacane – 150 pages couleur – 25 €

Les Misérables - Scénario et dessins Salch, d’après Victor Hugo

Glénat – 192 pages couleur – 29 €

Impact

Scénario Gilles Rochier et dessin Deloupy

Casterman – 104 pages couleurs – 18 €

L’Échelle de Richter

Scénario Raphaël Frydman,et dessins Luc Desportes

Gallimard BD, 2021 - 496 pages noir et blanc - 29 €. 



 

dimanche 29 août 2021

[Rétro été] - Les Misérables, par Salch (Glénat) et une vie d’huissier par Dav Guedin (Actes Sud BD)

 Misère, misère ! C'est toujours sur les pauvres gens, que tu t'acharnes obstinément... Coluche avait raison et Victor Hugo avant lui . Deux albums brillants, aux tonalités bien différentes, viennent nous rappeler combien est l’Homme est un animal. Fragile...

Bon, le quignon de pain de Jean Valjean, le bagne qui s’ensuivit, l’errance à la sortie, l’acharnement de l’inspecteur Javert, le sauvetage de Cosette des griffes des odieux Thénardier, etc… tout le monde connaît l’histoire des Misérables, quoique… Si vous n’avez pas lu ce classique de notre Littérature Nationale Populaire (ouais, avec des majuscules), un bonne vieille adaptation en bande dessinée peut faire l’affaire, surtout à la manière iconoclaste mais respectueuse de l’esprit hugolien, d’Erich Salch. Mais attention les yeux (et les oreilles) : sa version à lui lorgne toutefois plus du côté du Professeur Choron que de l’Académicien Victor. D’ailleurs, Victor, c’est le prénom du rat qui se présente comme narrateur de cette histoire intemporelle, dès la première page, et c’est parti pour près de deux cents pages pleine de rage, de fureur et … d’humour noir ! Graphiquement, on est en plein dans la famille Reiser – Vuillemin – Crumb – Schlingo , et si la trame narrative est fidèle à l’originale, elle est transposée à notre 21ème siècle pourri à nous, surtout dans ses dernières pages, où on s’attend presque à voir surgir Didier Raoult. Tout ça fonctionne à merveille et voilà un album mémorable de cette année 2021.

Le quotidien parfois misérable des gens est également au coeur de l’album Une vie d’huissier mais cette fois… tout est vrai puisqu’il s’agit de l’histoire authentique de Gilbert, cousin du père du dessinateur. Dav Guedin apprend un jour le décès de ce lointain membre de la famille, et découvre qu’il a laissé une trace manuscrite de sa vie entière, depuis l’enfance normande et rurale, jusqu’à ses derniers jours de cancéreux, en passant par ses années à exercer, donc, le métier d’huissier dans les années 80-90. Le récit alterne les séquences familiales et personnelles, moments intimistes forts, avec les interventions du « trio infernal »  serrurier, commissaire de police et huissier de justice, chez les débiteurs. Ce sont les passages les plus saisissants et les plus poignants de cet album, ceux où l’humanité, la rage de vivre, celle d’en finir aussi, transpirent dans chaque planche. Le dessin en noir et blanc de Dav Guedin est d’un réalisme fort, dans la veine d’un Di Marco, en particulier dans ses gros plans, et particulièrement expressif, et inventif dans la composition des planches. Et il réussit aussi à rendre un très bel hommage à un homme qui exerçait une profession marqué chaque jour un peu plus par ce métier très difficile. Une vraie découverte et un autre album majeur de cette année.


Les Misérables - Scénario et dessin Eric Salch, d’après Victor ***
Glénat, 2021 - 192 pages couleurs –29 €

Une vie d’huissier - Scénario et dessin Dav Guedin ****
Actes Sud BD - 112 pages noir et blanc – 19,90 €

  [Chronique précédemment parue chez les excellents amis de la Tête en Noir, dans le numéro 211 pour être précis]