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dimanche 14 février 2021

[Sciences naturelles] – Champignac, ou une jeunesse trépidante... par BéKa et Etien (Dupuis)

 

Tout le monde connaît ce bon vieux Pacôme, Hégésippe, Adélard, Ladislas, ci-devant Comte de Champignac, et fifdèle compagnon d’aventures de ces deux non moins bons Spirou et Fantasio. Au fil du temps, les amateurs d’inventions auront pu découvrir la joyeuse liste des trouvailles géniales de ce savant un brin cynoque. Des X1, qui donne une force herculéenne – et X2 qui vous file un coup de vieux de 70 ans en 60 minutes, (Il ya un sorcier à Champignac) au X5 inventé pour réduire à néant la jungle qui a envahi Champignac (Alerte aux Zorkons) en passant par le dézorglhommisateur (L’ombre du Z) ou l’Antivirax Panoramex (Virus), rien ne semble échapper au génie créatif de monsieur le Comte… Mais depuis quand cela dure-t-il, sac à papier ??? Le cerveau du jeune Pacôme était il déjà en ébullition, il y a, euh, longtemps ?

Mais bien sûr ! C’est en tout cas ce que nous confirment les deux aventures du déjà comte : Enigma et le Patient A.

Dans la première, le voici en 1940 en Angleterre, dans le petit village de Bletchley, aux côtés de l’équipe d’Alan Turing pour le décryptage de la célèbre machine de chiffrage Enigma, joyau des messages codés allemands. Un défi à la mesure des neurones du jeune savant, et des talents de la sémillante Blair McKenzie, « brillante linguiste championne de mots croisés « … Les voici tous deux désormais membres des services secrets britanniques, parés à entrer dans l’Histoire, et dans une relation amoureuse inattendue, mais néanmoins scientifiquement imparable car comme le déclare (au clair de lune) Pacôme à Blair : «  Je n’ose rien faire de peur d’infléchir l’accroissement de la fonction mathématique qui décrit mon bonheur ».

On retrouve le jeune couple fougueux un an plus tard, pour une mission autrement plus périlleuse : 

 

Disons le tout de suite : ces aventures de Champignac jeune sont excellentes ! Le ton est donné dès le premier tome, et BéKa (duo de scénaristes) trouve immédiatement la bonne formule : imaginer un comte de Champignac jeune, déjà un peu dans la lune, mais aussi fermement humaniste, et le plonger au coeur des méandres de l’Histoire, et de l’Amour, en la personne d’une fougueuse écossaise. Etincelles garanties ! Et bien entendu, tout en gardant une dimension scientifique aux aventures du tandem. Ces deux

premiers tomes sont drôles et dynamiques, et d’une superbe fluidité. Le dessin de David Etien ( Les Quatre de Baker Street) est parfait pour cette série, y compris lorsqu’il s’agit de mettre en scène des personnalités historiques tels que Churchill ou Hitler. 

 Les aventures de Spirou, sont depuis quelques années passées de mains en mains à un rythme parfois déroutant à suivre, et on pouvait se poser la question de l’arrivée, après celle de Zorglub, de ce Champignac dans la bagarre. Il faut en fait le voir comme une nouvelle pierre à l’édifice du monument, et osons-le, une véritable clé de voûte. Souhaitons donc voir le plus possible ce Pacôme moustachu à la crinière noire, et sa douce Blair…


  Et essayez donc de mettre la main sur les boites de pastilles distribuées clandestinement à la sortie des salles de spectacles, musées, bars et autres lieux essentiels : vous verrez, c'est très revigorant.

 


Champignac (Pacôme, Hégésippe, Adélard, Ladislas, Comte de)

Scénario Béka et dessin David Etien

1 – Enigma ****

Dupuis, 2019 – 64 pages couleurs – Paru le 4 janvier 2019 – 14,50 €

2 – Le Patient A ***

Dupuis, 2021 – 48 pages couleurs – Paru le 5 février 2021 – 14,50



dimanche 2 décembre 2012

[Réédition] - SPIROU - La Foire aux gangsters (Franquin et Jidéhem)

 Tout débute par la visite surprise chez Spirou d'un mystérieux japonais, Soto Kiki, qui commence par faire goûter à l'intrépide groom les délices du judo... L'irruption soudaine de Fantasio dans la bagarre ne change rien à l'affaire, et les deux héros sont vite au tapis, et ne doivent leur salut qu'à l'intervention musclée du marsupilami. Le visiteur, calmé, explique alors qu'il ne s'agissait que d'une petite démonstration, et qu'en fait, il a besoin d'eux pour défendre les intérêts d'une famille américaine, persécutée par le gangster Lucky Caspiano. Malgré le récit un peu confus de Soto Kiki, les deux amis acceptent de lui venir en aide et vont vite se trouver au cœur d'une sombre affaire de kidnapping, qui verra son épilogue en pleine fête foraine.

Ne cherchez pas dans la longue liste des aventures de Spirou et Fantasio, une trace de cette « Foire aux gangsters » : cette histoire n'existe pas... Ou plutôt si, mais elle était bien cachée puisque publiée après l'aventure « Le Nid du Marsupilami », dans l'album du même nom. Et si les nombreux fans du sympathique Marsu se souviennent bien de cette aventure exotique en pleine jungle palombienne, la première mettant en vedette la créature devenue mythique de Franquin, combien ont encore en mémoire ce récit à l'ambiance policière qui clôt ce douzième volume de Spirou et Fantasio ? « La Foire aux gangsters » mérite pourtant vraiment de figurer dans toute bibliothèque de l'honnête amateur de polar, tant elle appartient vraiment au genre, même si elle est plus proche des Tontons Flingueurs que de Raymond Chandler.


Les éditions Dupuis rendent justice à cette pépite oubliée dans une magnifique réédition commentée par deux spécialistes de la BD franco-belge en général et de Franquin en particulier, José-Louis Bocquet et Serge Honorez. Leur minutieuse exégèse de cet album commence par une première page « La tentation du noir », qui replace La Foire aux gangsters dans le contexte littéraire et cinématographique de l'époque, et c'est fort justement que les auteurs écrivent : « En cette fin des années 50, la fiction aime s'habiller de noir ». Leur analyse rappelle, également avec justesse, que ce récit policier est aussi emprunt d'une atmosphère parodique et relève d'un genre dont le précurseur fut Maurice Tillieux, avec Félix, puis Gil Jourdan. Et les auteurs de conclure cette première page en rappelant que Franquin et Tillieux se sont à un moment rapprochés mais, qu'hélas, aucune collaboration entre ces deux géants n'aboutit... Suivent alors vingt-deux autres pages de commentaire de l'oeuvre, absolument passionnantes, avec, en regard, une reproduction des planches originales du récit, annotées des indications de Franquin.

Mais avant cette copieuse postface planche à planche, il y a bien sûr la réédition de « La foire aux gangsters », et là, franchement, rarement réédition n'aura eu autant d'intérêt. Pour trois raisons au moins : la première est d'avoir opté pour le montage initial des pages de l'histoire, tel qu'il était paru dans le journal de Spirou en 1958, et d'avoir écarté celui figurant dans « Le nid du Marsupilami », paru en 1960 ; la deuxième bonne raison est que les couleurs de cette histoire ont entièrement été revues par Frédéric Jannin, et... c'est le jour et la nuit avec la version de 1960 - voyez donc la différence entre les deux ambiances nocturnes de la fête foraine où tout se dénouera ;

la troisième raison est que cette « Foire aux gangsters » est un authentique bijou tant elle est riche en rebondissements et mêle habilement suspense et humour, avec l'inattendue présence de Gaston au milieu des gangsters... et, cerise sur le gâteau, la véritable fin de cette histoire est enfin rendue au lecteur de 2012, telle que le lecteur du Journal de Spirou a pu la lire en avril 1958... Car la fin qui figure dans l'édition en album n'est pas du tout la même. Bocquet et Honorez , là encore, nous éclairent sur cette fin initiale, disparue lors de son passage à l'album...

Curieusement, Franquin ne semblait pas tenir en haute estime cette « Foire aux gangsters », allant même jusqu'à la qualifier de « pathétique », ou de « moche » ce second avis étant directement lié au démontage du découpage initial... Je me permets de me ranger aux côtés de Bocquet et Honorez, qui, dans leur analyse, démontrent, planche après planche, combien cette histoire est une mécanique implacable, et qu'il faut absolument la redécouvrir, dans cette version originale :  « Relire '' La foire aux gangsters'' en fac-similé, c'est donc découvrir la version director's cut » affirment-ils. C'est exactement cela. Voici un chef d'oeuvre du neuvième art entièrement restauré, dans une très belle édition. C'est Noël avant l'heure.

La Foire aux gangsters
Scénario et dessin : Franquin et Jidéhem (décors). Couleurs : Frédéric Jannin.
Commentaires : José-Louis Bocquet et Serge Honorez.
Dupuis, 2012  - 86 pages couleur et noir et blanc – 24 €

jeudi 3 novembre 2011

[Collector] - 100 héros disparus du journal Spirou

421, Ginger, Jess Long, Marc Dacier... Des figures quasi mythiques de détectives, reporters et autres aventuriers qui ont fait les beaux jours de Spirou au fil de l'histoire de l'hebdomadaire. Ces quatre-là, vous voyez certainement qui ils sont, car des albums de leurs aventures ont régulièrement été publiés. Mais tous les héros n'ont pas toujours cette chance de la sortie en 44 planches, suite à leur parution dans le magazine... et sont un peu tombés dans l'oubli. Par exemple, connaissiez-vous le journaliste Brice Bolt (Charlier et Puig), les fans d'aéromodélisme les Casseurs de bois (de Mittéïo, Piroton et Carin), ou le duo de flics Garonne et Guitare (Mythic et Hardy) ?
Accompagnant le Spirou numéro 3839, ce petit supplément revient sur 100 personnages « 100 petites perles qui n'ont pas eu la chance de poursuivre leur chemin ». Présentées en une case, avec un court texte, les dates des premières et dernières apparitions dans la revue, l'ensemble est vraiment plaisant et certaines séries donnent franchement envie d'être (re)découvertes. Evidemment, toutes ne relèvent pas du polar, mais il y en a tout de même pas mal. Je ne résiste pas à l'envie de vous montrer un petit extrait de l'opuscule : ces deux gaillards là n'ont-ils pas l'air intrépides ?Un chouette petit livre, uniquement pour les abonnés, comme d'hab... A vos braderies !

100 héros disparus du journal Spirou -
Supplément (32 pages, format 10 x 15 cm) du Spirou n°3839

vendredi 4 février 2011

[Collector Spirou] - 1 cadavre, 79 légistes

Chez vous, je ne sais pas, mais chez nous, on est abonnés au vénérable magazine Spirou, et ça permet de recevoir des cadeaux toute l'année. Celui qui accompagne le numéro 3800, daté du 9 février 2010, est carrément (ou rectanglement, pour être précis) un album à l'italienne qui commence comme ça :Et après ce bal ouvert par Vehlmann et Yoann, c'est Trondheim qui poursuit, puis Tarrin, puis Bercovici... jusqu'à Bodart, pour finir par le duo de départ qui boucle la boucle. C'est, vous l'aurez compris, sur le principe du cadavre exquis, et forcément, ça rebondit toutes les 3 cases...
Cela fonctionne plutôt pas mal, et outre la curiosité de voir comment chacun va rajouter sa couche à une histoire de plus en plus trépidante, le lecteur ne manquera pas de s'amuser à essayer de reconnaître l'auteur de chaque nouveau strip.
Il fallait être abonné du 1er janvier au 31 décembre 2010 pour recevoir cette chouette aventure de Spirou à 158 mains. Bonne chasse ! Un indice, la couverture, c'est ça :

dimanche 5 septembre 2010

Les Héros du peuple sont immortels : Gil Jourdan et Spirou en intégrales

S'il est un éditeur qui traite ses grands anciens avec tout le respect qu'ils méritent, c'est bien Dupuis, dont la politique actuelle de rééditions des classiques de son catalogue est des plus intelligentes, au travers d'intégrales toutes plus soignées les unes que les autres. Non, non je n'exagère pas... Et je vous ai déjà signalé dans ces pages tout le bien dont je pensais de cet important travail patrimonial (notamment à propos de Tif et Tondu).
Mais à ma grande surprise, je me rends compte que je ne vous avais pas encore parlé ici de la somptueuse intégrale de Gil Jourdan, de l'immense Maurice Tillieux. Le tome 3, qui couvre la période 1964-1970 et regroupe « Le gant à trois doigts », « Le chinois à deux roues », « Chaud et froid » et « Pâtée explosive » - soit les albums 9 à 12 de la série - est sorti au début de l'été, clôturant la période où l'intrépide détective est entièrement l'oeuvre du seul Tillieux. Dans son érudit et passionnant dossier de présentation, José-Louis Bocquet, grand connaisseur de l'oeuvre Jourdanesque, resitue chacun des albums dans son contexte, et rappelle toute l'importance du scénariste au sein de la profession à cette époque, et le rôle, presqu'inconscient, qu'il eut alors pour la reconnaissance du métier auprès des éditeurs.
Au delà de cet aspect, José-Louis Bocquet décortique toute la mécanique à l'oeuvre dans ces aventures, et souligne que l'auteur a parfois subi la contrainte des 44 planches – étalon inébranlable alors – le poussant, par exemple, à accélérer la fin d'un récit expérimentalement débuté en temps réel, « Le Gant à trois doigts », qui n'en demeure pas moins extrêmement plaisant au final. Tout comme le reste également « Le Chinois à deux roues », une expédition épique à bord d'un camion, sous une pluie constante. C'est bien là toute la force des aventures de Gil Jourdan : près d'un demi-siècle après leur sortie, elles sont toujours incroyablement lisibles, drôles et ont conservé leur inventivité originelle. On ne dira jamais assez combien Maurice Tillieux était un auteur majeur, du reste de plus en plus sollicité pour des scénarios pour une foule de confrères, ce qui – hélas – le contraindra à abandonner le dessin de sa série phare.

C'est à cette époque où Tillieux lâche les rênes de Gil Jourdan que Fournier s'empare de celles de Spirou et Fantasio, tout juste lâchées par Franquin.
Là encore, le premier volume de ces premières « années Fournier » (1969-1972) est présenté par José-Louis Bocquet, qui retrace les débuts d'un jeune auteur, tout surpris de se voir proposer la série reine de l'hebdomadaire, alors que son «Bizu » traîne en queue de peloton des impitoyables référendums du magazine... Extrait de la conversation rapportée par Bocquet, entre Charles Dupuis et Jean-Claude Fournier :

« ça va, monsieur Fournier, vous êtes content de votre carrière ? »
« Oui »
« Les résultats sont pas terribles »
« Pas terribles... En effet... »
« Aussi, on a pensé à vous pour reprendre les aventures de Spirou et Fantasio ! »
Je me dis « C'est une blague ? »....

Mais ce n'en était pas une, et Fournier restera aux commandes de la série jusqu'en 1979 , et l'album « Des haricots partout ». Ce premier tome contient les trois albums « Le Faiseur d'or », « Du glucose pour Noémie » et « L'abbaye truquée ». Si la présence de Franquin se fait sentir dans le « Faiseur d'or », ne serait-ce que parce qu'il y dessine une dernière fois le Marsupilami, avant de le garder rien que pour lui, Fournier s'émancipe du Maître dès les albums suivants, en particulier en créant des personnages bien à lui, et qui marqueront à leur tour la série, comme Itoh Kata, le prestidigitateur nippon, ou l'organisation de malfaisants « Le Triangle ». La Bretagne chère à l'auteur est également présente et le demeurera tout au long de ces années « Spirou ».
Ce tome est agrémenté d'histoires courtes parues dans la revue, et jamais rééditées depuis. Il ne faut pas hésiter à relire ce Spirou-là, à qui Fournier a su, au fil des albums, donner une personnalité plus forte qu'on ne le croit.

Intégrale Gil Jourdan – Tome 3
Texte et dessins Maurice Tillieux
Dupuis, 2010
240 pages couleur – 24 €

Intégrale Spirou et Fantasio – Tome 9
Texte et dessins Jean-Claude Fournier
Dupuis, 2010
240 pages couleur – 19 €

samedi 12 juin 2010

Spirou et Fantasio : alerte au Zorkons !

Amis du monde entier, réjouissons-nous : Spirou is back ! Le numéro 3766 - daté du 16 juin 2010 le proclame haut et fort : en route pour de molles aventures ! C'est le duo Vehlmann / Yoann qui reprend en mains les destinées de la série phare de Marcinelle, et, à la lecture des onze premières planches parues dans ce numéro, il y a effectivement de quoi se réjouir.

C'est un retour au bercail pour les héros, puisque les voici à Champignac, où il se passe - évidemment - des choses plus que bizarres. On y retrouve des vieilles connaissances, et l'épisode démarre fort. Mais je ne vous en dis pas plus, si ce n'est que Fabrice Vehlmann commente en guise de préface à cette nouvelle aventure chaque période de la vénérable série, de Rob-Vel à Morvan et Munuera. Intéressant !

Je ne peux m'empêcher de constater avec une légère pointe de déception que Chaland a été oublié dans la liste... Même s'il n'a jamais été officiellement dessinateur de la série, son Spirou à lui, hommage direct à Franquin, était loin d'être anecdotique. Il a même fait la une du journal à l'époque.
Pas grave ! Vehlmann et Yoann sont eux bien là, alors rendez-vous dans les prochains numéros du magazine pour voir si cette nouvelle aventure est aussi réussie que leur convaincant coup d'essai de 2006 ("Les Géants pétrifiés").