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mardi 29 décembre 2009

Spaghetti brothers 14 (2007)

Etats-Unis, 1929. Les frères et sœurs Centobucchi traversent ces temps troublés comme ils peuvent, avec leurs talents respectifs. Amérigo a embrassé sans trop de scrupules le costume de gangster, Tony a préféré l’uniforme du flic, et Franck a rencontré Dieu et s’est fait curé. Quant aux deux soeurs, l’une, Caterina, est partie à l’assaut d’Hollywood sous le nom de Gipsy Boone, tandis que l’autre, Carmela arrondit ses fins de mois en jouant de la gâchette pour le plus offrant. Les réunions de famille ne sont pas des plus calmes chez les Centobucchi…

Après une première édition en noir et blanc en 1995-96, Vents d’Ouest réédite progressivement depuis 2004 l’intégralité de cette série truculente des argentins Trillo et Mandrafina, dans une version en couleur, à raison de 6 tranches de vie centobucchiennes par volume. Ce tome 14 est centré sur le personnage de Franck, qui a fort à faire entre des paroissiens qui cèdent trop vite aux mauvaises tentations et sa famille aux affaires pas toujours très catholiques… Cette saga familiale est réglée comme une horloge et c’est toujours avec une certaine jubilation que l’on retrouve la famille Centobucchi, parce qu’il va forcément se passer quelque chose, au coin de la rue, à l’Eglise, ou dans les studios de cinéma… Carlos Trillo est un scénariste brillant, et, au delà des frasques souvent drôles de la fratrie, il est aussi possible de lire les Spaghetti Brothers comme une chronique douce et amère de l’Amérique de la grande Dépression. Douce et amère, mais aussi dure et impitoyable, comme le pays l’a sûrement été avec les plus faibles. Une réédition en tous cas bienvenue, pour une série qui mérite d’être (re)découverte.

Les Spaghetti Brothers, tome 14
Scénario Carlos Trillo et dessin Domingo Mandrafina
Vents d’Ouest, 2007. – 52 p. coul. – Collection Turbulences – 9,40 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°42 - Juin 2007]

lundi 3 août 2009

Chicanos 1 - Pauvre, laide, détective privée (2005)

Un miracle serait-il en train de se produire ? Un éditeur se déciderait-il enfin à éditer l’intégralité de l’excellent Chicanos, une des bandes les plus originales du duo argentin ? Après une publication partielle par Vents d’Ouest en 1997 (Chicanos, 192 pages) et par Albin Michel en 2002 (Tabasco blues, 84 pages), il semblerait que cette fois-ci soit la bonne, et qu’Erko s’attaque vraiment aux quelques 400 pages de la vie tumultueuse d’Alejandrina Yolanda Jalisco, détective privée absolument hors norme. Hors norme car comme l’indique justement le titre de ce premier volume, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre une privée, qui plus est difforme, pauvre et mexicaine. Trillo et Risso ont créé là un personnage qui n’est pas loin d’être l’archétype du souffre-douleur, de la pauvre fille dont personne ne veut, cible de toutes les moqueries. Et que tout le monde prend plus facilement pour la femme de ménage que pour une pro de la détection… ce qui peut avoir certains avantages pour passer inaperçu pour mener ses enquêtes ! Au-delà des affaires, le plus souvent sordides, et qui ne rapportent que plaies et humiliations en guise de paiement à la pauvre Jalisco, il est aussi permis de lire Chicanos comme un regard sur la condition mexicaine - et celle de la femme - aux Etats-Unis. Mais ne croyez pas vous coltiner un pensum à la lecture de cette remarque : il s’agit bien de polar, du plus noir qui soit, par un autre grand du noir et blanc. Et Trillo a insufflé suffisamment d’humour à ses petites tranches de vie – l’album est découpé en 8 épisodes de 12 planches – pour faire de cette série une œuvre tout à fait à part dans le genre et de Jalisco un personnage qui marque durablement la mémoire.



Août 2009 - Retour sur cette chronique
Pas de miracle pour Jalisco ! A peine commencée, la série s'arrête au n°1, fautes de ventes suffisantes. Il ne reste plus au fan qu'à se procurer le tome 2 paru chez IDW, en anglais, pour suivre les déboires de cette détective pas comme les autres.

Chicanos, tome 1 - Pauvre, laide, détective privée Scénario Carlos Trillo et dessin Eduardo Risso Erko, 2005 – 98 p. N&B – 15 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar 37/38 - Juillet 2006]