Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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dimanche 7 février 2021

[Trio de choc] – Atom Agency 2 : Petit Hanneton, par Yann et Schwartz (Dupuis)

 

Le tome 1 de l’Atom Agency  «  Les Bijoux de la Begum » avait vu la naissance d’une équipe d’enquêteurs composée du fringuant Atom Vercorian, fils d’un commissaire parigot-arménien, de sa sémillante assistante Mimi Pinçon, et de Joseph Villain, alias Jojo-La-Toupie, catcheur rangé des rings, mais toujours affûté sous ses costumes trois pièces.

Un trio de choc qui n’est évidemment pas sans en rappeler un autre, bien connu des amateurs de polar en général et des fans de Tillieux en particulier : Gil Jourdan / Queue-de-cerise / Libellule. Un hommage d’autant plus assumé que les enquêtes de l’Atom Agency se déroulent dans les années 50, et qu’on y retrouve la même ambiance que dans les albums de Tillieux… avec la patte Yann, et la ligne claire dynamique dOlivier Scwhartz.

 

Dans ce deuxième opus, Atom est chargé de retrouver Annette, alias Petit Hanneton, ambulancière intrépide de la 2ème DB, véritable héroïne de guerre, comme pourrait en témoigner le père dAtom… C’est d’ailleurs à lui que s’adresse d’abord un camarade de front pour la chasse au Petit Hannneton, mais le désormais commissaire est sur la piste de René la Canne, insaisissable ennemi public numéro 1 du moment. L’agence entre donc en piste, dans une histoire qui n’est pas du cinéma, même si deux Jean vedettes de l’époque sont de la partie : Gabin et Marais… Rien que ça ! Sans oublier la diaspora arménienne en pleine cérémonie de l’Agra Hadig du fils du cousin Chanouk Berberian d’Atom. C’est dire si le cocktail est corsé !

Et bien voici un épisode tout aussi mouvementé que le précédent, avec un petit côté glamour en plus, et un aspect « historique » plus prononcé puisque l’ancrage de l’intrigue trouve son origine à la fin de la seconde guerre mondiale. Cela donne un épisode légèrement moins polar que le précédent, mais tout aussi plaisant à suivre, avec notamment cette immersion dans les traditions arméniennes qui permettent aussi à Yann d’assouvir son goût immodéré et légendaire des bons mots. Quant à Schwartz, ce n’est vraiment pas lui faire offense que de voir en lui le digne héritier de Chaland, notamment lorsqu’il dessine ces grandes cases où se croisent des foules de personnages, et où l’oeil se perd avec délices dans les poses et attitudes de chacun d’entre eux. Et d'ailleurs pour prolonger le plaisir, faites donc un petit tour au Club des amis du dessinateur, vraiment sympa.

L’album s’arrête sur une promesse d’une enquête qui s’annonce plus compliquée pour la famille Vercorian, et où le paternel semble être plus intimement lié… Retour annoncé d’un récit plus sombre ?


 

Atom Agency   – Petit Hanneton ***

Scénario Yann et dessin Olivier Schwartz

Dupuis, 2020 – 56 pages couleurs – 15,95 €

 

Et aussi : Tome 1 - Les Millions de la Begum****

Dupuis, 2018 - 56 pages couleurs - 15,95 €

 

 

 

jeudi 15 septembre 2016

[Hommage] - Spirou n°4093 - Spécial Maurice Tillieux et Gil Jourdan

 
Joie et félicité ! Le prochain numéro de Spirou - que les abonné-e-s ont déjà reçu, et défait de son emballage d'une main tremblante d'émotion - est un numéro Spécial Maurice Tillieux. La superbe couverture d'Olivier Schwarz annonce la couleur : Gil Jourdan a 60 ans, pas question de laisser passer cet anniversaire ! 

Au sommaire, deux récits complets : "Omelette et sables mouvants", 9 pages de Yann et Schwarz, et "L'Héritage de Laville", 4 pages de Baron Brumaire. Et pour rafraîchir les mémoires, la rubrique "Les aventures d'un journal" revient sur le n°962 du 20 septembre 1956, qui annonce sobrement sur sa couverture : "Nouveau ! GIL JOURDAN, un policier signé M. Tillieux". Ah ! Heureux lecteurs et lectrices de l'époque qui allaient découvrir une des plus grandes figures du polar du 9e Art. Et oui, rien que ça... Et qui allaient vite faire la connaissance de l'impayable repris de justice André Libellule, et de l'inénarrable inspecteur Hannibal Crouton. Le trio de choc était né, épigone sublime de Félix, Allume-Gaz et Cabarez...

(Queue-de-) Cerise sur le gâteau (pour les abonné-e-s, vous savez, cellezetceux aux mains tremblantes...), ce numéro est accompagné d'un autre récit complet, détachable comme il se doit, 12 pages de Bibeur-Lu et Fardin : "Le supplicié de Buzenval".


 
Ce numéro est un vrai bonheur pour les fans de Gil Jourdan : ne le ratez pas !

Spirou n°4093 - Daté du 21 septembre 2016 
Editions Dupuis - 52 pages - 2,40 €

dimanche 20 juin 2010

Bill Baroud et Bob Marone : la rencontre !

Amis et amies de la Grande Bande Dessinée, vous allez dans quelques instants, grâce à « Bédépolar », vivre un moment de haute félicité : la rencontre - exclusive ! - entre deux de nos plus grandes gloires nationales, deux aventuriers dans l'âme, Bob Marone et Bill Baroud. Au prix de mille ruses et deux consommations originales, j'ai pu réunir à la terrasse d'un café breton nos deux stars du neuvième art, pour une – hélas trop brève - conversation sur leur carrière. Avec en ligne de mire la réponse à la question finale : mais alors, c'est qui le vrai héros de tous les temps ?

Bédépolar – Messieurs, j'imagine qu'il n'est pas besoin de faire les présentations...

Bob Marone (haussant les sourcils) – Eh bien, j'imagine que monsieur est le représentant de la ligue des Alcooliques Repentis, avec un nez pareil... Rouge, qui plus est...

Bill Baroud (plissant les paupières) – T'es qui, toi, là, le nabot ? Sache que je suis connu sous le sobriquet de « sauveur du monde libre », et que sans moi, tu serais en train siroter une vodka russe et non cette excellente Budweiser.

Bob Marone (sourire en coin) – Ce breuvage est du pipi de chat, et si votre vue n'était pas si basse, vous constateriez que je bois un thé aux herbes antédiluviennes. Ramenées de l'ère jurassique. Mais j'imagine que ce mot vous est étranger...

Bill Baroud (énervé) – Ouah, l'autre, là ! Moi aussi j'ai voyagé dans le temps ! J'ai même testé un prototype de machine révolutionnaire. Avec ça j'ai presque sauvé Elvis, alors pas la peine de faire le malin avec ta boisson de bonne femme.

Bédépolar – Justement, messieurs, vous avez vécu tous les deux les aventures plus fantastiques les unes que les autres. Qu'est-ce qui vous a permis de vous en sortir ?

Bill Baroud – Une bonne dose de testostérone, un bon flingue et surtout un sixème sens à tout épreuve. Grâce à lui, j'ai débusqué plus d'une fois le communiste qui se terrait derrière le trader, croyez-moi. Au FBI, on est sur-entraîné.

Bob Marone : Je pratique la gymnastique,alliée à une stricte hygiène de vie. J'évite les boissons fortes qui empêchent d'analyser clairement les situations critiques et mange du poisson tous les vendredis. Mais j'ajouterai que tout cela ne serait rien sans ce sixième sens qui nous caractérise, nous autres héros, et qui nous permet de faire face au danger en toutes circonstances.

Bill Baroud – Affirmatif ! Je suis d'accord avec le nabot. Moi j'appelle cela le flair, et c'est ce qui nous démarque, nous autres aventuriers des temps modernes, de l'homme de la rue, qui entre nous, si on le cuisine un peu, ne tardera pas à avouer qu'il est communiste.

Bob Marone – Ah ça, vous m'énervez à la fin ! Qu'est ce que cette manie de voir des communistes partout ? Vous ne saviez pas que l'espèce est en voie de disparition, et qu'elle est protégée ?

Bill Baroud (outré) – Protéger les rouges ? Mais qu'est-ce-que c'est que ce Jean-foutre ? Je crois que tu n'as pas tout à fait compris les missions qui sont les tiennes, old boy. Je sens que je vais bientôt être récompensé pour ta rééducation.

Bob Marone (sur ses gardes) – Attention, gredin, bas les pattes ! Tu ne sais pas à qui tu as affaire...

Bédépolar – Messieurs, messieurs, calmons-nous. Monsieur Baroud, vous parliez à l'instant de récompense. J'imagine que vos aventures vous apportent toutes sortes de satisfactions ?

Bill Baroud – C'est vrai. J'ai oublié de vous le dire, mais un autre de mes petits noms, c'est le « gravement couillu ». C'est aussi parce que j'ai un certain succès auprès des femmes. C'est la rançon du guerrier. J'imagine que vous voyez ce que je veux dire, Bob.

Bob Marone – Un peu, oui. Mais chacun ses goûts . Figurez-vous, c'est d'ailleurs amusant, que j'ai un très bon ami qui s'appelle Bill. Nous partageons beaucoup de moments ensemble, y compris les plus... intimes. Nous avons une vision assez personnelle du repos du guerrier.


Bill Baroud (choqué) – Mais alors... mais alors... Dois-je bien comprendre ? Vous êtes la honte de notre caste ! Je crois que je vais être obligé de vous ramener dans le droit chemin.

Bob Marone (ricanant) – Je crois que tu vas comprendre ta douleur, stupid boy ! Avec Bill, nous partageons tout... y compris les raclées que nous donnons aux malpolis.
(appelant vers une voiture garée non loin) – A moi, mon vieux Bill ! Je crois que tu vas devoir corriger un malotru...

Un grand type roux en kilt s'est alors pointé, et à partir de ce moment, l'entretien a un peu dégénéré, et c'est le moment que j'ai choisi pour m'éclipser, bien content d'avoir réussi à récolter la parole de nos deux gaillards. Avec tout ça, je n'ai pas eu le temps de savoir qui était le vrai héros de tous les temps. Je vous laisse libre de vous faire votre propre opinion, en lisant ces deux formidables albums racontant les exploits de Bob et Bill. Deux sommets, assurément.




Bob Marone - Le Dinosaure blanc
Texte Yann et Lucie, dessin Conrad
Dargaud, 2010 - 98 p. coul., 25 €



Bill Baroud - L'intégrale
Texte et dessin Manu Larcenet
Fluide Glacial, 2010 - 216 p. noir et blanc.
- Collection Or - 14 €

vendredi 8 janvier 2010

Tiffany 2 - Célestine (2008)

Le notaire de feu le général Sylvestre Icare de Sassy est bien embêté : un héritier invité à la dernière minute sur le testament de l'illustre militaire va toucher le pactole... à moins qu'il ne soit un imposteur. C'est ce que cherche à savoir le notaire, et il confie à Tiffany le soin de retrouver cet homme dont personne ne soupçonnait l'existence. L'enquête de la jeune femme et de son duo de collaborateurs commence fort : l'héritier est déjà froid quand ils arrivent à son domicile. Un message sur son répondeur les lance sur une piste possible mais curieuse, celle d'un expert en météorites du muséum d'histoire naturelle.

Avec cette deuxième enquête de leur élégante descendante de Jeanne la Pucelle et de ses deux assistants de choc, les auteurs font une mouche une nouvelle fois : voici une série originale, une comédie policière où Yann retrouve toute la verve de ses meilleures créations. Ses personnages secondaires sont haut en couleurs, et le trait fin et les couleurs presque douces de Herval apportent à Tiffany un charme évident. L'intrigue de ce deuxième opus est certes classiques, mais avec une héroïne capable de capter certaines pensées fugaces, cela change un peu la donne et Tiffany progresse plus vite que d'autres dans son enquête. Cet aspect fantastique est très léger, comme le ton de cette série vraiment très plaisante à lire.

Tiffany, tome 2 - Célestine T 1867
Scénario Yann et dessins Herval
Delcourt, 2008 – 48 p. couleur - 12,90 €
[Chronique parue dans l'Ours Polar n°45/46, juin 2008]

lundi 28 décembre 2009

Basil et Victoria 5 - Ravenstein (2007)

Branle-bas de combat au château de Balmoral où la reine Victoria apprend une terrible nouvelle : les six corbeaux de la Tour de Londres ont disparu ! Car si l’on prête foi à la prophétie de l’astrologue de Charles II, cette disparition signifie la chute de la Tour et bientôt celle de l’Empire lui-même. La reine, très fâchée, ordonne donc au Ravenmaster, l’homme chargé de leur surveillance, de retrouver les volatiles envolés. Pour mener à bien cette mission délicate, il introduit Basil au sein d’une bande de petits ramoneurs, une bande où Victoria (pas la reine, of course !) a déjà été admise après avoir triomphé de trois épreuves initiatiques. Mais elle, c’est plus pour les beaux yeux de l’intrépide Félix, chef de la petite troupe, que pour pister le mystérieux Ravenstein qu’elle a laissé choir le pauvre Basil, un peu déboussolé. C’est pourtant lui qui réussira à remettre la main sur les corbeaux et à démasquer Ravenstein au terme d’une aventure riche en péripéties.

Edith et Yann ont réactivé cette série originale l’an passé en sortant un quatrième volume («Pearl ») 11 ans après le troisième… et ils ont bien fait ! Créée en 1990, cette série peuplée de gamins frondeurs et attachants luttant pour leur survie dans les bas-fonds londoniens, mérite de sortir du relatif oubli dans lequel elle semblait s’être enfoncée (malgré un Alph-Art du meilleur album en 1993 pour « Jack » et une adaptation en dessin animée sous le nom d’Orson et Olivia). Ce cinquième tome est rondement mené, avec cette fois-ci une Victoria un peu plus en avant qu’à l’accoutumée. Pour le reste, on retrouve ce qui fait le charme de la série : un humour omniprésent dans les dialogues de Yann et la « patte » d’Edith, dont l’usage de différentes techniques pour les couleurs fait toujours merveille. Les scènes sous la neige sont particulièrement réussies, tout comme celles où domine la brume, et le passage à un plus grand format depuis la reprise de la série rend justice à cet univers propre à la dessinatrice. Tiens, on se croirait parfois dans des paysages de Turner ! Si ! Bref, en attendant le sixième tome qui promet « encore plus de pathos tragique, davantage de drame social et de misère humaine », dixit les auteurs, lisez ce « Ravenstein », que vous ayez 9, 19 ou 99 ans !

Basil et Victoria, tome 5 - Ravenstein
Scénario Yann et dessin Edith
Les Humanoïdes Associés, 2007. – 48 p. coul. – 12,90 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°41, mars 2007]