Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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dimanche 26 mai 2013

[Nouveauté] - Tueurs de mamans 1 (Zidrou, Ers et Borecki)

Elles sont cinq, plutôt cocottes, des ados bien dans leur peau et dans leur tête, enfin... presque !
Elles ont tout de même des soucis avec leurs mères respectives, à tel point qu'elles ont formé un ordre secret  - les nonnettes - au sein même du collège, pour y discuter de leur quotidien un peu trop difficile à leur goût... La seule condition pour y entrer : ne pas avoir de père. Elles se réunissent régulièrement dans un local bien à elles, une chapelle oubliée de ce collège qui fut catho, dans un autre siècle. Et, au cours d'une séance d'intronisation d'une nouvelle membre, la fougueuse Toronto, Anggun, l'accro de l'ordi, tombe sur un site étrange : Castigo. Il suffirait de désigner une personne   dans un formulaire, d'indiquer un châtiment, de payer.. et d'attendre que la victime reçoive sa punition. Les filles se lâchent et remplissent cinq formulaires, avec des châtiments plus ou moins sévères... Cela va de la claque à... beaucoup plus meurtrier ! Un peu dubitatives, elles se rendent compte que le site n'est pas une arnaque et qu'un curieux exécuteur des peines officie avec efficacité... Mais jusqu'où ira-t-il ?

Première partie d'une histoire-choc signée Zidrou, qui décidément confirme son talent pour le polar (cf : La Peau de l'ours, Le Client), avec en prime ici un sens aiguisé du suspense qui fait entrer ce dyptique dans la catégorie du thriller, le vrai, celui où l'on frissonne . Ses héroïnes ados sont très crédibles, leur quotidien également, et les relations mère-filles sembleront à coup sûr des plus criantes de vérités à plus d'une lectrice... jeune ou pas ! La réussite du scénario tient à la fois dans justement à ce que l'histoire imaginée par Zidrou se déroule dans un cadre solide, familier, et que d'une vengeance virtuelle, ludique presque, on passe à un concret beaucoup plus sordide, froid. Il y a, au-delà de l'aspect thriller annoncé,  une critique claire d'une société numérique qui échappe à l'être humain, et dont il peut devenir le jouet. Le dessin du tandem Ers-Borecki appartient à l'école franco-belge et il reste un soupçon de légèreté au trait du duo, qui crée ce petit décalage avec le propos, au final assez sombre, du scénario. "Tueurs de maman" appartient à cette même famille de bandes dessinées pour la jeunesse, comme le fut ""Bidouille et Violette" (certes dans un autre genre) et l'est actuellement "Seuls", où l'on ose dire des choses importantes sur l'enfance, l'adolescence, en s'adressant directement aux enfants et ados, via un dessin à priori "classique", et inoffensif ... Zidrou a un jour déclaré qu'il était un "scénariste de bande dessinée à gros nez qui a décidé de faire des scénarios un peu plus compliqués" (ici  sur l'excellent blog madmoizelle.com) : il semblerait bien cette fois qu'il ait réussit à allier les deux.
Ce tome 1 est donc une grande réussite, reste à conclure cette histoire aussi bien qu'elle a été entamée : il n' y aura pas longtemps à patienter puisque le tome 2 est annoncé pour juin...


Tueurs de mamans 1 - Castigo
Scénario Zidou ; dessins Ers et Borecki
Dupuis, 2013 - 48 pages - 12 €

samedi 8 décembre 2012

[Chronique] - La Peau de l'ours (Zidrou et Oriol)

Tous les matins, sous le soleil de plomb de l'île de Lipari, le jeune Amadeo grimpe à vélo la côte raide qui mène à la demeure du vieux Don Palermo. Arrivé là-haut, il lit son horoscope au vieillard, qui l'attend patiemment, attablé en terrasse, lunettes noires face à la mer. L'adolescent ne se laisserait pour rien au monde dérouter de sa mission, et s'il est régulièrement en retard, c'est parce que la délurée Silvana l'arrête tous les matins, avec l'espoir qu'Amadeo regarde d'un peu plus près ce qu'elle a sous sa jupe. Mais rien n'y fait, et Don Palermo a droit à sa lecture quotidienne. C'est que lui aussi, il attend quelque chose, depuis si longtemps  : une phrase que celle qu'il a aimée il y a bien des années doit lui laisser, dans ce journal, pour lui signifier son retour. Et le vieil homme commence un jour à dévoiler à Amadeo tout son passé : ces jours lointains où il était encore Téofilio, jeune montreur d'ours, puis bientôt au service d'un des parrains les plus dangereux de la ville de Stonfield, Don Pomodoro. Un parrain, qui a une petite fille, Mietta, belle comme le jour. Un parrain dont Teofilio a décidé secrètement de se venger, un jour.

Voici un polar qui sort des sentiers balisés du genre. Ou plutôt, qui réinvente un itinéraire avec les étapes auxquelles l'amateur est habitué : l'ascension du jeune protégé, la rencontre avec la femme, fatale,  car elle change la destinée de l'homme, la vengeance dans un coin de la tête, la violence et la cruauté du chef mafieux. Il y a tout cela, dans «  La peau de l'ours  », des ingrédients pour le moins classique  ; mais le scénario de Zidrou, est construit de manière à s'interroger jusqu'au bout, par aller-retours entre les années 40, celles où Don Palermo était encore le naif Téofilio, et maintenant, où il est ce vieillard fatigué s'accrochant à l'espoir de revoir un jour celle qui a marqué sa vie à jamais. Et le lecteur de s'inquiéter au fil des pages, sur ce qui a bien pu se passer dans ces années où Téofilio était au service du terrifiant Don Pomodoro, l'homme qui ne supporte les tâches de sang sur son costume blanc que si il les fait lui-même... De la tension, il y en a dans ce récit, même si  :
« 
Inutile de faire durer le suspense, Don Palermo ! Vous n'êtes pas mort puisque vous êtes là pour me raconter l'histoire  » lâche, à la moitié de l'album, Amadeo au vieil homme  ».
Réponse :  «
  Tu crois ça ? Et si je te disais que je suis mort un 13 décembre 1938   ?  »
Et voilà comme on relance toute la machine en plein milieu de la narration. Et au service de ce scénario subtil et prenant, il y a le superbe dessin d'Oriol, anguleux et chaleureux à la fois, terrifiant et rassurant en même temps. Tout un art de rendre cette histoire sombre particulièrement lumineuse, notamment grâce à l'emploi de couleurs chaudes.
L'album porte un autocollant «  Coup de coeur  » - on ne sait de qui, d'ailleurs – mais, il devrait plutôt faire figurer «  Coup au coeur  » : il y a autant d'amour que de haine dans «  La peau de l'ours  », de tendresse que de violence, de douceur que de dureté. Et des personnages y sont tout autant touchés dans leur âme et leurs sentiments que dans leur chair. Vraiment un des plus beaux albums de cette année.

A noter : "La peau de l'ours"  figure dans la sélection du Prix SNCF du polar BD 2013.

La peau de l'ours
Scénario Zidrou et dessin Oriol
Dargaud, 2012 – 64 pages couleur
- Collection Long courrier - 14,99 €

lundi 28 décembre 2009

ProTecto 2 - Madame (2007)

Cela ne vous est jamais arrivé de vous prendre à rêver qu’une bonne fée veillait à ce qu’il ne vous arrive rien de bien méchant dans la vie, histoire d’aller le plus loin possible ici-bas ? C’est exactement le service qu’offre la société ProTecto : une vigilance de tous les instants pour que vous puissiez atteindre votre fabuleux destin sans encombre. Une seule condition : ce destin doit être exceptionnel, au point de pouvoir prétendre faire partie des « Elites », ces personnages clés de l’humanité qui changent la face du monde. Et si vous ne faites pas partie des élites en question, alors là ce n’est plus la bonne fée qui va croiser votre route mais la redoutable et terriblement efficace « Madame », toujours accompagnée de son assistant Curiculum, qui d’un clin d’œil vous font passer dans l’autre monde. C’est justement le combat de Kim, élite majeure, contre ce duo diabolique que Zidrou et Mattéo achèvent de nous raconter dans ce second tome d’une série vraiment originale. Après s’être acharnée sur la famille de la jeune femme dans le premier volume, Madame s’en prend cette fois directement à son bébé, usant de tous ses pouvoirs pour faire croire à tous que la jeune mère aimante n’est rien d’autre qu’une abjecte infanticide. Et elle n’est pas loin d’y parvenir.
Il faut lire cette série étonnante, en commençant par La Genèse (réédition en seul volume des deux albums Mèches rebelles parus initialement dans la collection Repérages), pour goûter à toutes les saveurs de ProTecto. L’univers crée par les auteurs fourmille d’idées (une, au hasard : tous les membres de ProTecto sont des suicidés. Etre au service des vivants, telle est leur rédemption…), et les personnages croisés sont profondément humains, leurs relations très crédibles. Et comme la série est éditée dans une magnifique collection (Empreintes), il ne faut pas hésiter à plonger dans ce thriller aux accents fantastiques

ProTecto, tome 2 - Madame
Scénario Zidrou et dessin Matteo
Dupuis, 2007 – Collection Empreintes – 48 p. coul. – 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°41, mars 2007]