Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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jeudi 20 septembre 2012

[Festival sudiste] – Toulouse polars du Sud, saison 4 (12 – 14 octobre 2012)

La chose est entendue : tout amateur de littérature noire et policière doit faire une halte à Toulouse pour le festival « TPS », qui en est à sa quatrième édition. C'est Laurent Astier qui en a réalisé l'affiche cette année, et vous l'aurez remarquer : le Spirit himself veille sur le festival.
Côtés bandes dessinées, un peu moins de monde que les années passées, mais outre Laurent Astier,
seront présents Frédéric Bézian (auteur des excellents « Aller-Retour » et « Lesgarde-fous ») et Annie Goetzinger , qui entraîne, avec Pierre Christian, au scénario, la détective Edith Hardy dans la France et l'Europe des années 50. Le trait élégant de cette dessinatrice est parfait pour cette série.
Pour connaître le détail du programme, une seule adresse, celle du site entièrement remanié dufestival.

Bon voyage !

vendredi 25 mai 2012

[Chronique] - Aller-retour (Bézian)


Basile Far arrive dans un petit village non loin de Carcassonne pour y mener une enquête. Pour une agence d'assurance. Avec sa silhouette de géant, l'homme pourrait être facilement repéré par l'autochtone.
 Mais « Pourtant, Basile Far a l'élégance de certains personnages massifs, plutôt Hardy que Sergent Garcia  : il sait habiter le décor au point de passer inaperçu. D'ailleurs, c'est un don héréditaire. Dans sa famille, chacun sait disparaître avec un talent consommé. Une véritable prédisposition à l'impermanence ».

  Voilà. Tout le noeud de l'intrigue – mais ici, le terme intrigue est presque inapproprié – tient dans ces quelques lignes de la page 17. Basile est de retour sur des terres qu'il l'ont vue grandir, pour y éclaircir un passé – le sien - empli de zones d'ombres. Tout le reste n'est que prétexte.
Le premier personnage croisé dans son enquête est le photographe, qui lui parle lumière et faux-semblants. Basile va naviguer entre clarté et obscurité, dans un de ces nombreux allers – retours que le titre de l'album, au singulier, ne laisse pas immédiatement présager. 

On fait avec lui un bond dans le temps et nous voici à arpenter à ses côtés des rues où une Dauphine fait figure de voiture moderne, et où De Gaulle discourt à la radio. Où l'on Belmondo n'est pas encore Bébel mais la joue plutôt moderato cantabile, et où il partage l'affiche avec le Gabin de l'Affaire Saint Fiacre. Un Maigret qui n'est pas là par hasard : c'est dans cette affaire que le commissaire revient sur les chemins de son enfance. Tout comme Basile, qui lui, croise régulièrement des gamins au fil des pages. L'enfance, clé de toute cette histoire ? Une piste possible, quasi-certaine, mais...

Le lecteur pourrait perdre pied dans ces méandres, et se retrouver comme le spectateur de cet autre Maigret, « La nuit du Carrefour », où « la pluie et le brouillard, qui ont gagné la bande-son et rendent l'histoire pratiquement incompréhensible ». Mais non. Le lecteur suit les errances de Basile et même s'il se pose la même question que le médecin - autre personnage important de l'album – ce « qu'est-ce que vous cherchez ? », il finit par boucler la boucle, comme Basile. 

Vous l'aurez compris, cet album de Bézian – auteur de l'admirable « Les Garde-fous » - est un périple aux multiples étapes, un voyage mémoriel destiné à dénouer un mystère personnel, et que formellement, l'auteur illustre avec virtuosité. Après trois planches en couleur, suivent soixante-dix pages où Bézian cadre et éclaire tel un chef-opérateur au sommet de son art. Ses planches sont des merveilles, et « Aller-retour » est un album d'une richesse graphique exceptionnelle. Il fait partie de ces livres qui marquent, vers lesquels on revient, certain d'y découvrir une autre interprétation de l'histoire, ou de ressortir avec une différente vision de la précédente lecture. Les livres intriguant. Les livres captivant. Les livres de Bézian !

Aller-retour
Texte et dessin de Frédéric Bézian
Delcourt, 2012 – 80 pages couleur et noir et blanc
16,95 €

jeudi 31 décembre 2009

Les Garde-fous (2007)

Boris Lentz, jeune patron des éditions “Point de fuite”, et sa femme Alice ont organisé chez eux un cocktail pour la sortie du deuxième tome des Ames Rouges, best-seller du moment, un thriller de Magda Meckenheim. L'arrivée des invités est exotique au possible : il n'est possible d'atteindre la villa ultra-moderne du couple, située sur une île, qu'à bord d'une barque. Il y a bien entendu un tunnel, mais celui-ci est privé, et n'était pas ouvert pour la soirée. Le lendemain matin, un inspecteur, Fédor Fix, débarque pour apprendre au couple la possible proximité d'un tueur en série dont l'existence n'a à ce jour pas été révélée aux médias. Le serial killer, surnommé Boone, prend toujours le soin de prévenir la police suite à ses meurtres, et les prévient même par e-mail pour le prochain. Ses mots sont énigmatiques mais laissent un os à ronger à ses chasseurs : “Toutes mes victimes ont fini dans des eaux douces ou mortes. La prochaine subira le même sort, près du Gard, et ce sera la dernière”. Et l'étrange inspecteur Fix pense qu'Alice a le profil type pour endosser le costume de l'ultime cadavre. Sans oublier la somptueuse villa sur l'eau, lieu idéal pour le meurtrier pour finir en beauté...

Voici un des plus belles réussites de l'année, tous genres confondus. Frédéric Bézian, auteur assez rare, a placé cet album sous le signe de Jacques Tati “au moins pour Playtime” comme le précise une discrète dédicace. Et il est vrai que, pour le décor, la somptueuse demeure du couple, toute en lignes épurées, assemblage parfois menaçant, selon les angles, de blocs aux arrêtes tranchantes, n'aurait pas juré dans l'univers un peu froid du chef d'oeuvre de Tati. Au delà de cet aspect, Bézian avoue avoir suivi l'avis du cinéaste selon lequel “trop de couleur nuit au spectateur”. Résultat, l'album fonctionne beaucoup sur le jeu de bichromies soigneusement étudiées selon le rythme de l'action, les moments de la journée, ou l'état d'esprit des personnages. Mais l'utilisation des couleurs n'est pas le seul aspect ludique à ce “Garde-fous” : Bézian, usant du cadrage panoramique avec discernement, joue aussi de l'opposition ordre impeccable de la villa / désordre de la forêt toute proche. Aux murs, et mobilier, rectilignes répondent les troncs impurs de la nature. Mais ces notions d'ordre et de désordre semblent alors s'inverser dès qu'entrent en scène les personnages : le chaos serait plutôt à l'intérieur de ceux qui restent entre les murs de béton. Sans oublier qu'amenés à jouer leur partition, les protagonistes de cette histoire le font le plus souvent chacun en solo, laissant une part d'interprétation au lecteur qui assiste, ébahi et décontenancé, au spectacle. Il y a plus d'une façon de d'entrer dans cette oeuvre extrêmement riche et fascinante, au scénario subtil et au dessin hyper inventif. Et une chose est certaine avec ces Garde-fous : une fois la dernière page tournée, une seule envie vous taraude, c'est celle d'y replonger.

Les Garde-fous
Scénario et dessin Frédéric Bézian
Delcourt, 2007 – 80 pages couleurs – 16,50 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°44, décembre 2007]