Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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dimanche 13 juillet 2014

[Chronique express] - Angles morts : Le gang des Hayabusa (Bétaucourt et Astier)

C'est l'été, me voici de retour, et je vais en profiter pour vous parler d'un maximum d'albums parus ces trois ou quatre derniers mois, et il y en a eu pas mal, croyez-moi. Des bons, des excellents, des pas terribles (mais ceux-là, ils resteront dans les soutes), des étonnants, des classiques... Bref, de quoi agrémenter le rayon polar de votre bédéthèque.

Et pour commencer sur les chapeaux de roue, direction ce premier tome de la série Angles morts : le Gang des Hayabusas, signé Bétaucourt et Astier. Paquet, l'éditeur; prévient tout de suite sur le dossier de presse : "Enfin une série qui s'adresse aux motards autrement que sur le ton de l'humour !". Voyons cela.
Il y a deux choses dans cette accroche et si on commence par la seconde, on peut dire qu'avec cette histoire de braqueurs mystérieux circulant sur de puissantes Suzuki Hayabusa, on s'éloigne en effet un tantinet de Joe Bar Team et de l'école franco-belge, écurie Franquin. Et c'est plutôt réussi : le scénario de Xavier Bétaucourt tient la route (oui, bon...) et Laurent Astier, qui surprend par sa capacité à passer d'un univers à l'autre (car oui, c'est bien le même que "L'affaire des affaires " de Denis Robert, ou encore du très bon "Cellule Poison", ces deux séries chez Dargaud), donne tout le punch nécessaire à cet album pour qu'il puisse fonctionner. Et être crédible ? Côté motard, je ne m'avancerai pas trop car le terrain est glissant pour moi (oui, bon...) mais, côté intrigue polar, les personnages sont suffisamment bien campés pour que l'amateur du genre se laisse prendre, et un vrai suspense, autour d'un braquage final et audacieux de bijouteries, avec manipulations en prime, est installé. En plus,  le héros est sympathique, mais ne va pas jusqu'à  donner l'impression d'être le gendre idéal... ouf !
Ce qui me fait dire, par rapport à l'accroche de l'éditeur évoquée plus haut ,  "une série qui s'adresse aux motards" : certes, mais pas que. Normal, pour Paquet. (Oui, bon...). Même si vous n'êtes pas un fana des circuits, ni des aventures pétaradantes sur bitume, vous pouvez tout de même tailler la route avec ce gang des Hayabusa , c'est rythmé et dynamique, très plaisant à lire. Un bon démarrage estival, quoi. Et j'oubliais : c'est un one-shot, pas besoin d'attendre la prochaine étape.

Angles morts 1 - Le gang des Hayabusa **
Scénario Xavier Bétaucourt et dessins Laurent Astier
Paquet, 2014 - 48 pages couleurs -  Collection Carénage - 13,50 €

jeudi 20 septembre 2012

[Festival sudiste] – Toulouse polars du Sud, saison 4 (12 – 14 octobre 2012)

La chose est entendue : tout amateur de littérature noire et policière doit faire une halte à Toulouse pour le festival « TPS », qui en est à sa quatrième édition. C'est Laurent Astier qui en a réalisé l'affiche cette année, et vous l'aurez remarquer : le Spirit himself veille sur le festival.
Côtés bandes dessinées, un peu moins de monde que les années passées, mais outre Laurent Astier,
seront présents Frédéric Bézian (auteur des excellents « Aller-Retour » et « Lesgarde-fous ») et Annie Goetzinger , qui entraîne, avec Pierre Christian, au scénario, la détective Edith Hardy dans la France et l'Europe des années 50. Le trait élégant de cette dessinatrice est parfait pour cette série.
Pour connaître le détail du programme, une seule adresse, celle du site entièrement remanié dufestival.

Bon voyage !

samedi 6 mars 2010

Laurent Astier à Polar Encontre : Retour sur L'Affaire des affaires (2009)

Laurent Astier est un des invités du prochain festival Polar Encontre, qui approche à grands pas.
Voici ce que j'écrivais sur son chef d'oeuvre - oui, c'en est un - "L'Affaire des affaires", il y a quelques temps :

Chez Dargaud, un des événements majeurs reste la sortie du premier tome de « L'affaire des affaires », qui n'est ni plus ni moins que la vie tumultueuse de Denis Robert, journaliste libre... et qui en paye le prix. Ce volume revient sur les débuts de Denis Robert, en Lorraine, puis à Libé, sur ses succès de librairie sur les affaires financières qu'il n'a de cesse de dévoiler. L'affaire Clearstream est bien entendu là, en fil rouge, mais c'est bien sur les premières enquêtes du journaliste dans le monde de l'hyper finance que s'attarde ce tome initial, et dresse le portrait d'un homme intègre, pas toujours compris par son entourage. Il est pourtant salutaire de se rappeler, à l'heure où on entend de la bouche de nos gouvernants qu'il est temps de moraliser le capitalisme ou de s'attaquer aux paradis fiscaux, que c'est bien cet homme qui était à l'origine de l'appel de Genève de 1996, sur justement, la lutte contre ces paradis fiscaux.... C'est Laurent Astier, sur un storyboard de Lindingre, qui met en images les affres de la vie de Denis Robert, et il y réussit parfaitement, avec son style nerveux. Il se joue aussi sans encombre d'une des difficultés de ce genre d'entreprise : le dessin de personnes réelles et connues. Son Denis Robert est ainsi criant de vérité, et ses Van Ruymbecke et autres protagonistes sont immédiatement identifiables. Un album à lire absolument en ces temps de crise financière qui n'en finit pas.

En ce mois de mars 2010, je peux aussi vous affirmer que le deuxième volume, "L'enquête", est tout aussi passionnant que le premier. On entre cette fois au coeur de l'affaire avec les révélations d'Ernest Backes à Denis Robert sur la société Cédel, qui deviendra Cleastream... Backes possède une personnalité hors-du-commun et exerce une fascination évidente sur Denis Robert, qui hésite encore sur le jugment à porter sur cet homme qui lui apporte les preuves de l'existence d'un léviathan occulte de la finance internationale : " Soit ce Backes est un dangereux mythomane... soit c'est un génie !?!" peut-on lire dans les pensées de l'auteur. Nous le savons maintenant, Denis Robert s'engouffrera dans la brêche et ne lâchera plus le morceau, quoiqu'il lui en coûte. Porté par une sensation de surpuissance, il n'est pas loin de se voir en chevalier blanc, qui va éradiquer le monde de la finance. Mais l'ennemi est bien entendu trop coriace, trop gros. Si Denis Robert sait, comme dans le premier tome, nous faire toucher du doigt ses états d'âme et ses doutes les plus intimes, c'est aussi encore une fois grâce au travail de Laurent Astier, qui compose pour cette trilogie des planches d'une inventivité remarquable et joue avec la case pour traduire au mieux la psychologie des personnages. Et à plus d'une reprise, il trouve l'image juste, puissamment évocatrice, pour rendre compte de la puissance des forces qui s'opposent à Denis Robert. On sort de la lecture de ce deuxième tome complètement conquis... et remonté. "L'Affaire des affaires" marque un vrai tournant dans la bande dessinée francophone, à mi-chemin entre l'autobiographie et le récit d'investigation.


L'Affaire des affaires, tome 1 – L'Argent invisible
Texte de Denis Robert, dessin de Yann Lindingre et Laurent Astier
Dargaud, 2009
206 p. Noir et blanc - 22 €

L'Affaire des affaire, tome 2 – L'Enquête
Texte de Denis Robert, dessin Laurent Astier
Dargaud, 2009
208 p. Noir et blanc - 22 €

dimanche 7 février 2010

La Crème de la BD Noire à Bon-Encontre les 13 et 14 mars

Le cinquième Salon “Polar’Encontre” de Bon-Encontre se déroulera les samedi 13 et dimanche 14 mars 2010. Cela se passe au Centre Jacques Prévert de Bon-Encontre, dans le Lot-et-Garonne, tout près d’Agen. Si je vous en cause c'est que ce festival est l'un des rares dans le polar - le seul ? - à avoir autant d'auteurs de BD que de romanciers à son menu. Et rien que du beau monde :

Will Argunas, Laurent Astier, Max Cabanes, Jean-Christophe Chauzy, Chetville, Michel Espinosa, Olivier Grenson, Gunt, Horne, Alexis Laumaillie, Gilles Mezzomo, Jean-Philippe Peyraud.

C'est Laurent Astier qui a réalisé l'affiche de ce festival, avec en vedette Claire, la femme-flic de sa série du moment "Cellule Poison". Un série dont je vous ai déjà dit ici tout le bien qu'elle m'inspirait.

Et côté livres avec plein de lignes : Ingrid Astier, Laurence Biberfeld, Jeanne Desaubry, Catherine Diran, Naïri Nahapetian, Anne Secret, Lalie Walker, Marin Ledun, Michel Leydier, Marcus Malte, Claude Mesplède, Benoît Séverac, Marc Villard. (Sous réserve : Doug Headline).
Quand je vous dit qu'il y aura du beau monde.

Alors pour le week-end du 13/14 mars : votez Polar, liste Bon-Encontre !

mardi 29 décembre 2009

Cellule Poison 2 - Qui suis-je ? (2007)

L’histoire de Claire, agent de la cellule Poison, devenue Clara pour sa mission d’infiltration des réseaux de prostitution ancrés en Europe de l’Est, reprend à Lyon en 2004. C’est dans cette ville qu’elle noue les premiers contacts avec les macs qui permettront à la cellule de remonter la filière. Et six mois plus tard, Clara se retrouve avec Zoran, autre agent infiltré, en Albanie, au cœur du système mafieux : elle s’apprête à acheter des filles et l’affaire se déroule bien, jusqu’à ce que Zoran reconnaisse sa sœur parmi les filles qui officient dans la boîte de nuit où a lieu la transaction…

Ce tome poursuit ce qui s’apparente comme une lente descente aux enfers pour Claire, qui a choisi de lutter contre l’abjection, et il lui faut un cœur bien accroché pour faire face aux marchands de chair humaine avec qui elle traite. Cette deuxième tranche de vie de la cellule s’attarde aussi sur le recrutement de Zoran Ludic, personnage-clé de l’histoire. Comme pour le premier volume, Laurent Astier a conservé le mode allers et retours dans le temps pour raconter son histoire, et le récit de la mission d’infiltration est entrecoupé de flashbacks sur Claire et Zoran. Sans oublier le suspense grandissant sur le sort réservé à Claire dont on sait qu’elle a tiré sur un albanais en plein Pigalle. Graphiquement, cela se traduit comme dans le premier tome par un traitement en bichromie pour chaque nouveau chapitre, et ce choix se révèle toujours efficace. Cette série originale – qui au passage a légèrement changé de titre avec l’adjonction de « Cellule » à « Poison » - est certainement l’une des plus modernes du moment, au sens où elle met en scène des réalités contemporaines sur lesquelles il devient difficile de fermer les yeux.

Cellule Poison, tome 2 - Qui suis-je ?
Scénario et dessin Laurent Astier
Dargaud, 2007 – 96 pages couleur – 11 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°42 - Juin 2007]

lundi 28 décembre 2009

Poison 1 - Immersion (2006)

Pigalle, 2007. Clara la prostituée fait son boulot. Elle monte les escaliers d’un immeuble anonyme. Elle est seule. Elle parle toute seule. Enfin, pas vraiment : elle décrit tous ses faits et gestes, à distance, à Zoran, faux sdf mais vrai flic comme elle, car Clara n’est autre qu’un agent de la Poison, cellule de lutte contre les réseaux de prostitution en Europe… Paroles rassurantes et ironiques, puis silence radio, jusqu’au coup de feu qui vient déchirer le tympan de celui qui écoute. Cette mission d’infiltration serait-elle en train de mal tourner ?

"Immersion" est à l’image de tous les premiers tomes des cycles introduisant une nouvelle histoire, de nouveaux personnages : il s’agit avant tout de bien poser protagonistes et décors. De ce côté, c’est réussi, et d’emblée, on s’intéresse au destin de Claire Guillot, jeune femme-flic brillante, qui choisit les mœurs à la sortie de l’école de police, et accepte la proposition qui lui est faite d’intégrer à ce qui s’apparente à une branche secrète des forces de l’ordre. Laurent Astier a construit son histoire en optant pour des allers et retours dans le temps qui laissent suffisamment de questions en suspens à un lecteur de plus en plus curieux. Graphiquement, le style lorgne sans complexe à la fois vers le manga, et les comics, c’est très net, jusque dans un choix de couleurs assez basique : de la bichromie, correspondant aux chapitres de l’album, qui sont autant d’épisodes-clés de la vie de l’héroïne. Cela peut paraître une option simpliste, mais le récit s’en trouve en fait renforcé, par une la création de réelles ambiances, propres à chaque lieu, et la sensation d’une véritable connivence avec les états d’âme de Claire/Clara. Un personnage central de femme, beaucoup de zones d’ombre à explorer, un album dynamique… pas besoin d’antidote pour rentrer dans l’univers de la Poison !

Poison, tome 1 - Immersion
Scénario et dessin Laurent Astier
Dargaud, 2005 – 96 pages couleur – 11 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°37-38, juillet 2006]