Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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dimanche 15 mai 2022

[Hollywood] - Movie ghosts 1 – Sunset, et au-delà / Desberg et Futaki (Grand Angle)

 « Hollywood a tenté d’être à la hauteur du sang versé dans tous ses films. Aucune ville n’a jamais autant abrité d’espoirs déçus, de déceptions forcées, de réussites sublimes pour plus encore de déchéances inavouables. Comment croire cela ait pu s’effacer avec le temps. Comment imaginer que personne ne puisse entendre la voix de tous ces movie ghosts ? »

Tels sont les derniers mots de Stephen Desberg dans la post-face à cet album. Et il répond à sa propre question finale par la création du personnage central de ce diptyque, Jerry Fifth, un détective de Los Angeles au talent bien spécial : il peut parler avec les morts. Et tous ces fantômes de l’âge d’or du 7ème art, semblent très décidés à vouloir lui confier une mission. D’abord, il doit retrouver Louise Sandler, une actrice de la MGM, assassinée et disparue il y a des années, en pleine ascension. Retrouver une morte, pour qu’elle puisse regagner le monde des morts en paix. Et à peine a-t-il réussi à mener à bien cette première affaire, qu’une autre starlette se présente à lui : Odette Armstrong, suicidée il y a une soixante d’année. Qui lui pose une question simple dès leur première rencontre : « Pourriez-vous tomber amoureux de moi ? ». La jeune morte est jolie, mais comment étreint-on un fantôme, si tant est qu’on tombe effectivement amoureux  ? Et pourquoi cette question ? Et surtout : pourquoi lui, Jerry Fifth, est-il le destinataire de cette mémoire hollywoodienne que certains voudraient voir préservée dans l’ombre, d’autres révélée ? C’est un des autres mystères de cette histoire assez envoûtante…

Ce scénario imaginé par Desberg est à mon goût l’un de ses plus originaux, et on suit les pas de son enquêteur de l’au-delà avec une certaine fascination, et une vraie curiosité : mais comment cet homme va-t-il se sortir de toutes ces fréquentations fantomatiques ? Assez bien à l’issue de ce premier volume, même s’il ne semble pas toujours comprendre ce qui lui arrive. Il faut dire qu’il évolue dans une ambiance crépusculaire du début à la fin, et que tout l’album est éclairé par des enseignes de commerces aux néons blafards, des ampoules faiblardes de sous-sols d’archives de journaux, des lampadaires fatigués de rues pas très sûres… Tout cela est l’oeuvre du dessinateur hongrois Attila Futaki, qui réussit un Los Angeles parfait pour y faire évoluer des personnages disparus… mais bien présents. Il se dégage une atmosphère toute à la fois puissante et feutrée de ses planches, sa manière à lui de s’emparer de cette histoire de fantômes hollywoodiens. Tout en glissant des hommages à d’autres légendes de notre époque, puisqu’on remarque au détour de cases le Motorhead de feu Lemmy à l’affiche du Rainbow ou plus loin une affiche des Sopranos et de son inoubliable patriarche Tony. Ce premier volume peut se lire seul, mais on attend tout de même avec une grande curiosité le second, pour découvrir comment Jerry va réussir à continuer à vivre au milieu de tout ce monde d’un autre temps… et ce qu’il s’obstine à cacher. 

Et si vous voulez en savoir un peu plus sur Attila Futaki, une petite vidéo sympa

Movie ghosts 1 – Sunset, et au-delà ***

Scénario Stephen Desberg et dessin Attila Futaki

Bamboo (Grand Angle) - 72 pages couleurs – 16,90 € - Sortie le 27 avril 2022



samedi 24 août 2013

[Chronique] - Miss Octobre (Desberg et Queirex) - Le Lombard

Los Angeles, 1961. Un tueur en série commence à semer la terreur à la CIté des Anges, surtout parmi la les jeunes et jolies filles de la ville : l'assassin a décidé de faire des victimes des playmates qu'il photographie post-mortem, dans des poses que ne renierait pas Playboy. Il commence par miss Janvier, et il en est en ce moment à miss Mars, et semble bien parti pour réaliser un calendrier complet tant la police, en la personne du lieutenant Clegg Jordan, patauge. Ce flic d'élite n'arrive pas à retrouver son flair habituel sur cette affaire, ce qui arrange bien son collègue Ariel Samson, qui se verrait bien dans la peau du héros qui met sous les verrous l'assassin. Dans le même temps, Viktor, une jeune femme blonde, fille d'un des familles les plus fortunées de la ville, se remet d'une agression qui l'a laissée en partie amnésique et sourde, et mène sa propre enquête sur celui qui a bien failli la tuer. Elle a reçu de mystérieuses lettres lui laissant entendre que leur rédacteur sait qui est son agresseur... Aidée par Juanita Jones, une détective privée, elle n'hésite pas à prendre des risques pour tendre un piège à ce mystérieux corbeau qui lui réclame 100 000 dollars en échange de la vérité....

Stephen Desberg et Alain Queirex, duo formé pour la série "IRS - All watchers", signe avec "Miss Octobre" un intéressant thriller en trois parties, dans la lignée des scénario "américains" de Desberg. Son histoire, racontée par la double voix d'une jeune héroïne sourde, au passé dissimulé par sa famille, et d'un flic renommé mais rongé par le doute jusqu'au sein de son couple, est assez originale. On suit les péripéties de l'enquête officielle et celles de Viktor avec intérêt, d'autant que l'identité du tueur - évidemment clou du spectacle dans ce genre de BD, reste soigneusement dissimulée par les auteurs. Queirex parvient à dévoiler par bribes le physique du tueur, sans jamais que le lecteur devine lequel des nombreux personnages déjà croisés il pourrait bien s'agir (car on l'a forcément déjà vu...). Son Los Angeles façon sixties est également une réussite - décors, voitures, atmosphère - et ... ses femmes sont belles (le contraire eut été dommage). Ce dessinateur, au trait réaliste, est dans la lignée des Vance / Francq / Bourgne, devenus au fil des albums des références dans ce genre encombré qu'est maintenant le thriller ,en cases ou pas. Cette série, au final assez élégante, nonobstant son côté sanguinolent (les mises en scène façon Miss sont assez explicites), se lit avec plaisir et sa conclusion prochaine attendue avec un intérêt certain.

Miss Octobre
Tome 1 - Playmates, 1961 (2012)
Tome 2 : La morte du mois (2013)
Scénario Stephen Desberg et dessin Alain Queireix
Le Lombard - 48 pages couleurs - Collection Troisième Vague

lundi 23 avril 2012

[Chronique délocalisée] - Tif et Tondu presque au bout de la route

J'ai déjà eu dans ces pages l'occasion de dire combien j'appréciais la réédition en intégrale des inaltérables Tif et Tondu, immortalisés par les pinceaux de Will, et le talent de ses scénaristes successifs : Rosy, Tillieux, Desberg et Lapière. Le onzième et avant-dernier volume de cette intégrale, paru il y a peu, est un peu particulier, puisqu'il regroupe les toutes dernières aventures dessinées par Will, qui allait alors pouvoir se consacrer à son " jardin des désirs", dans un registre beaucoup plus sensuel. Mais cela ce sont d'autres histoires, et en attendant de les redécouvrir elles aussi, lisez donc "Sortilèges et Manipulations", dont je vous parle plus longuement dans les pages de k-libre, juste ici 

lundi 25 avril 2011

[Chronique] - Tif et Tondu menacés ! Desberg et Will vous disent tout !

Neuvième tome – sur douze annoncés - de l'édition de l'intégrale des aventures des infatigables Tif et Tondu, Innombrables menaces regroupe quatre albums signés Stephen Desberg et Will, parus entre 1979 et 1983 et s'achève sur trois autres récits complets : Dangereuse programmation (8 pages), la fin de Tif et Tondu (7 pages, inédit en album) et Perforations (18 pages). Bon, voyons cela de plus près.

Métamorphoses : Une météorite tombée en Afrique provoque d'étranges mutations sur les bêtes de la savane, et les transforme en créatures difformes et agressives. Ce n'est que dans le zoo où elles ont été vendues que le phénomène se déclenche, au bout d'un certain temps. Et évidemment, les hommes qui ont approché la météorite sont eux aussi touchés par le phénomène, et deviennent à leur tour des monstres sanguinaires. Tif et Tondu vont intervenir pour que tout rentre dans l'ordre, bien sûr.

Pour cette 28 ème aventure, qui a un petit côté Jekyll et Hyde, Desberg, dont c'est le premier scénario en solitaire, l'avoue sans hésiter dans le dossier qui ouvre ce tome : « … Je ne sais pas encore très bien ce qu'on attend de moi. Will et moi n'avons jamais parlé de l'avenir. […]. Je cherche surtout à aller dans le sens de ce que Will a envie de dessiner. Ce sont des situations que j'essaie de rendre le plus amusantes possible. Ce sont des scénarios à la carte ».
Technique qui est aussi appliquée pour le tome suivant :


Le Sanctuaire oublié : En Bretagne, le groupe de chasseurs de trésors « Paradise hunters », mené par une femme à la poigne de fer, Candice, emploie tous les moyens (y compris la séduction du pauvre Tif...) pour mettre la main sur un stock d'or caché dans la région. Une fois récupéré, les lingots sont transportés au Yutacan, où ils sont assemblés pour constituer la porte d'un sanctuaire ouvrant sur les légendaires cités d'or...

Encore un album à l'atmosphère fantastique, avec les civilisations précolombiennes en toile de fond, pour une histoire de chasse au trésor pleine de rebondissements. A noter que Tondu roule en Visa, dont il bénit la tenue de route (ce qui ne l'empêchera pas d'être précipité du haut d'une falaise...) : les aventuriers des années 80 ont des destriers pour le moins surprenants...

Echec et matchs
Tif et Tondu sont soudain sans le sou, et obligé de travailler.... Impensable pour des héros, surtout Tif, qui est vite exténué par le travail de bureau, et prend la direction du sud pour des vacances méritées. A peine arrivé, il se retrouve embarqué dans une histoire de voiture commandée à distance par des ordinateurs, et pour aider l'inventeur de ce système révolutionnaire, il accepte de prendre le volant d'une Formule un pour le Grand Prix de Monaco. Mais un margoulin du sport va tout faire capoter, et Tif et Tondu vont le retrouver sur leur route, et mettre fin à ses agissements à New York, en plein tournoi de tennis international.

Une histoire teintée des avancées technologiques de l'époque (on est en 1981, ce sont les premiers PC, l'informatique reste nimbée d'un certain mystère pour ne pas dire d'une certaine magie) . Ce côté « nouveau » a pris un coup de vieux et cette aventure est un peu dépassée de ce côté-là. Par contre, le personnage du méchant, qui fabrique littéralement des sportifs de haut niveau pour les exploiter jusqu'à la corde, reste tout à fait d'actualité.

Swastika
Alors, là, attention : Hitler n'est pas mort ! Il est réfugié en Amérique du Sud, mais à la veille de son 90ème anniversaire, il est un peu gâteux... Ses partisans ne désespèrent cependant pas de lui faire retrouver sa splendeur passée – et eux la puissance du 3ème Reich – grâce à un elixir de jeunesse, le Tor Kal Yash. Il faut juste récupérer un peu de venin du serpent de Crojada, une bête extrêmement rare. Tif et Tondu vont bien entendu se retrouver au coeur de l'affaire, qui les conduira des forêts amazoniennes jusqu'à Venise.

Aventure complètement échevelée, où Tif va même jouer les « étalons », au sein d'une tribu amazonienne, où les mâles sont tous morts, et où il va avoir du travail (trop, même... il est obligé de fuir, comme le montre la couverture, lui, le tombeur de ces dames...). Mais c'est évidemment le sujet même qui reste le plus intéressant dans cet album : le nazisme – même s'il est ici plus esquissé qu'autre chose - avait plus rarement droit de cité dans la littérature pour la jeunesse au début des années 80, et encore moins dans la BD. Il y a d'ailleurs eu une certaine incompréhension autour de cet album, puisqu'un membre de la communauté juive de Belgique écrit aux éditions Dupuis pour se plaindre d'une scène où un personnage (aux traits de Gainsbourg, d'ailleurs) fait montre de cette cupidité attribuée trop souvent aux juifs. Et il est vrai que certains des gags auraient encore plus de mal à passer maintenant, il faudrait demander à Desberg s'il réécrirait ce scénario à l'identique en 2011... Toujours est-il que cet album reste malgré plus qu'intéressant, et on sent bien que Desberg s'empare de plus de ses personnages, pour les emmener sur des chemins encore inexplorés par les précédents scénaristes. Une certaine conscience politique pointe le bout de son nez, et cela sera encore plus net dans les aventures suivantes.

Tif et Tondu, intégrale tome 9 – Innombrables menaces
Scénario Stephen Desberg et dessin Will
Dupuis, 2011- 240 pages couleurs - 24 €

Vous pouvez aussi m'entendre parler de cet album sur Agora FM, chez les amis d'Ondes Noires.

jeudi 11 février 2010

Chetville à Polar Encontre : Retour sur Sienna 1 (2008)

Alors qu'elle rentre de quatre missions nocturnes à La Paz pour la CIA – agrémentées la journée par la présentation d'un plan de restructuration présenté pour le compte de Brain Capital entraînant trente-sept mille licenciements - Sienna Mandeville manque de surprendre son mari, le très respecté Charles Mandeville, en pleine séance de manquement à sa fidélité conjugale. Elle a vite fait d'identifier la coupable, Gabrielle Chevalier, croisée quelques années plus tôt à la fac. Elles ont une explication plutôt musclée, et tout semble devoir en rester là quand survient l'assassinat de leur mentor à toutes les deux, Roberto Solis, doyen de l'Université de Yale...

Cette nouvelle série est bâtie autour d'un duo féminin chic et choc, assemblé sur le principe des deux pôles de la pile électrique et d'où les étincelles ne peuvent que jaillir... ce qui ne manque pas de se produire. Le démarrage de cette histoire est assez alambiqué, en tous cas juste ce qu'il faut pour qu'on se pose des questions, qui pourraient se résumer à une seule : qui manipule qui ? Desberg et Filmore ont situé leur scénario dans le contexte d'une Amérique post-bushienne, ce qui en fait tout le sel, à un moment où ce pays semble avoir décidé de s'être choisi une direction nouvelle avec Obama. En situant leur intrigue dans le milieu univesitaire et en y injectant une dose de mystère via la société secrète « Skull and Bones », les deux frères apportent une nouvelle pierre à l'édifice du thriller en cases. Chetville y apporte sa contribution en campant deux héroïnes assez pimpantes, et en maintenant un trait vif pour les scènes de poursuites et de combat. Ce premier tome fonctionne assez bien et s'inscrit parfaitement dans le registre action/suspense affiché par la collection Focus.

Le deuxième tome est annoncé en mars, je vous en reparlerai à sa sortie.
En attendant, voici la couverture,

et une petite-bande annonce du premier tome, pour vous mettre dans l'ambiance...


Sienna 1
Scénario Stephen Desberg et Filmore, dessin Denis Chetville
Grand angle (Bamboo), 2008 - 48 p. couleurs - Collection Focus
10,40 €

samedi 9 janvier 2010

IRS 10 - La Loge des assassins (2008)

La Banque Notario a versé pendant des années une rente à l'ancien officer SS Reittmann, avec la complicité de la banque du Vatican. L'IRS ayant découvert ses agissements, ainsi que le passé nazi de Reitmann, elle envoie à Naples son agent de choc Larry Max à la rencontre de Paliacci, directeur de la Notario. Mais celui-ci est éliminé avant d'avoir pu révéler quoi que ce soit à Max. Mais l'agent est pugnace et, de Rome à Nairobi, il va dérouler l'écheveau des secrets du Vatican, ou plutôt ceux de la loge qui tire les ficelles en coulisses.

Qui a dit que le métier de contrôleur des impôts était peinard ? Cette cinquième enquête (les histoires sont à chaque fois sous forme de dyptique) de l'agent spécial de l'Internal Revenue Service vient une fois de plus apporter la preuve du contraire. La balade italienne de Larry est loin d'être une promenade romantique, et ses ennemis sont plutôt du genre coriace ; il faut dire qu'ils ont le Seigneur à leurs côtés. Construit par flashbacks pour l'histoire de Reittmann, le récit de Desberg et Vrancken est vif et rythmé pour la partie enquête, et pimenté par les appels à distance de Gloria, la star de cinéma qui ne peut oublier Larry... et qui sera vraisemblablement au coeur de la prochaine affaire de Max. Petit à petit, I.R.S s'impose comme une série importante, et parvient à dépasser son statut initial de thriller économique, une voie pas mal encombrée ces dernières années.

IRS, tome 10 - La Loge des assassins
Scénario Stephen Desberg et dessin Bernard Vrancken
Le Lombard, 2008 - Collection Troisième Vague - 48 pages couleur - 9,80 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°47/48, Février 2009]

jeudi 31 décembre 2009

Cassio 1 - Le Premier assassin (2007)

En 145 après JC, Lucius Aurélius Cassio, jeune et riche romain, devenu en peu de temps un puissant de la cité, est assassiné par quatre comploteurs masqués. Des siècles après, de nos jours, Ornella Grazzi, une jeune archéologue, découvre en Turquie un sanctuaire décoré du portrait de Cassio, et des parchemins retraçant toute son histoire, une véritable tragédie antique. Mais plus troublant, Ornella se rend compte que Cassio est mentionné dans des récits postérieurs à sa mort, et qu'il semble avoir survécu à ses assassins. Et la jeune archéologue n'est pas au bout de ses surprises....

Desberg a conservé intact tout son talent de conteur, et ce « thriller historique » au coeur de l'Antiquité en est une belle illustration. D'emblée, il installe le mystère de manière originale dans le récit lu par l'archéologue : « Le premier de mes assassins est un des mes plus vieux amis »... Rarement les morts ont l'occasion de faire de tels récits, non ? Et puis, en dévoilant progressivement les voiles de son intrigue via la lecture de la belle Ornella, il embarque le lecteur dans des bonds dans le temps du 2ème au 21ème siècle avec une facilité, et une clarté déconcertante. Il est en cela très bien épaulé par Reculé, qui articule parfaitement les transitions entre les époques, comme en témoigne une planche au début de l'album, où une rue d'Ephèse arpentée par les touristes est fréquentée par la foule romaine la case d'après... Mais le talent de Reculé ne se limite pas à cela, et il réussit à créer une véritable ambiance romaine, garantie antique. Au final, le lecteur ne se retrouve pas avec un énième enigme où le contexte historique l'emporte, mais bel et bien dans un thriller de la plus belle eau.

Cassio, tome 1 - Le Premier assassin
Scénario Stephen Desberg et dessin Henri Reculé
Lombard, 2007 – 48 p. coul. – 9,80 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°43, septembre 2007]

lundi 28 décembre 2009

Les Héros du peuple sont immortels : Mic Mac Adam

Quelle destinée que celle de Mic Mac Adam ! Apparu en 1978 dans les pages de Spirou, le jeune détective écossais, en kilt of course, a d’abord été le héros d’histoires étranges et humoristiques, où les créatures qu’il croisait sur son chemin provoquaient plus de sourires que de réels tremblements de peur : un dinoshomme cracheur de feu mais à la bonne bouille, un fantôme incapable de se souvenir de son texte, un « nabot maudit »… Sans compter les bourdes du suffisant Daydream, gaffeur et pétochard inspecteur de Scotland Yard. Pourtant, et c’est bien là tout le charme de cette série, André Benn réussissait dans le même temps à installer un certain climat d’angoisse dans ses planches. Et petit à petit, les intrigues de Desberg sont devenues plus inquiétantes, plus sombres, et les démons combattus par l’Ecossais nettement moins avenants. Dargaud propose une excellente réédition de ce Mic Mac Adam première période, en deux volumes à la présentation impeccable : épisodes dans l’ordre chronologique, reproduction de couvertures du magazine Spirou, intégration des contes de Desberg, préfaces de Pessis et Rivière replaçant parfaitement l’importance de la série… bref, une occasion unique de (re)découvrir un personnage hors-norme.
Seul petit regret : l’absence de l’aventure Les 5 miroirs, parue initialement chez Fleurus, mais on se consolera en lisant le quatrième tome des Nouvelles aventures de Mic Mac Adam, l’Amazone des ténèbres. Luc Brunschwig, au scénario depuis 2001, a fait évoluer le personnage vers un univers nettement plus grave, et entamé un cycle ayant pour cadre la première guerre mondiale, où humains et êtres fantastiques sont impliqués dans le conflit. Il faut lire l’ensemble des volumes pour apprécier cette histoire surprenante, qui prendra fin dans le cinquième tome. En tous cas, une seconde vie pour Mic Mac Adam tout à fait revigorante.

Mea culpa ! Moi qui déplorais dans un des derniers numéros de l’Ours, l’absence des Cinq miroirs dans les deux volumes parus l’an passé de cette très belle réédition des « Premières aventures de Mic Mac Adam », eh bien, pan sur le bec ! Dargaud avait bien entendu programmé cette ultime enquête signée du tandem Desberg et Benn pour figurer au sommaire du troisième et dernier volume, en compagnie de quatre autres histoires courtes d’excellente facture : Diableros, ou comment des drogues hallucinogènes permettent d’étranges transferts, Chantier macabre, ou comment deux vieilles nounous préparent amoureusement des petits dîners un peu spéciaux au cœur d’un quartier insalubre, Nocturne en cauchemar majeur ou comment un infirmier terrorise les internés d’un asile et Carnaval, ou comment un tueur veut absolument achevé un travail commencé vingt ans plus tôt. Quatre histoires qui donnent le frisson, juste assez longues – elles font entre 11 et 26 planches – pour servir d’apéritif aux Cinq miroirs, la dernière aventure, à l’issue cruelle, du détective en kilt. Agrémenté par quelques crayonnés et dessins pleine page, et conclu par une postface d’Alain de Kuyssche, ce troisième volume est à la hauteur des deux précédents et l’ensemble constitue un vrai hommage à un personnage un peu oublié. C’est le moment de le redécouvrir ; tout comme cet univers mystérieux et merveilleux unique, qu’avait su créer le duo Benn-Desberg dans cette première période de la vie de papier de Mic Mac Adam.

Mic Mac Adam - Intégrale : Le livre Noir (tome 1) - Le Livre de sang (tome 2) - Le livre de soufre (tome 3)
Scénario Stefan Desberg et dessin André Benn
Dargaud, 2005-2006 – 134 p. coul chaque volume - 16 €

L’Amazone des Ténèbres
Scénario Luc Brunschwig et dessin André Benn
Dargaud, 2006 - 48 p. coul. – 11 €