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dimanche 19 août 2018

Summer Express, part ouane  – Des albums à ne pas manquer (Futuropolis) : Dept H. - Car l’enfer est ici – Avec Edouard Luntz


J’ai lu pas mal d’albums vraiment bons ces derniers mois, sans avoir hélas eu le temps de vous en parler. Petite séance de rattrapage en, voyons, quatre (?) parties pour bien finir l’été.

Commençons par Futuropolis, dont le catalogue propose régulièrement des pépites et n’hésite jamais à prendre des risques, tout en suivant ses auteurs et séries phares.

Dept. H, de Matt Kindt (avec aux couleurs Sharlene Kindt) est directement à faire entrer dans cette catégorie. Sous-titré « Meurtre en grand profondeur », voici un récit captivant, en quatre tomes, dont les deux premiers sont déjà parus. L’histoire ? Un meurtre a été commis en pleine station sous-marine scientifique, à 11 kilomètres de la surface. Et la victime n’est autre que le concepteur de la base, Hari Hardy, un savant un peu rêveur mais à l’optimisme inébranlable. Et c’est Mia, sa fille, qui est envoyée pour essayer de comprendre ce qui s’est passé… Elle va vite se rendre compte que les sept occupants de la base – parmi lesquels figure le coupable – ne sont pas vraiment coopératifs et qu’il va lui être très difficile de faire éclater la vérité, voire tout simplement de survivre dans des abysses… Matt Kindt (dont on a vu tout le talent dans le superbe  Du sang sur les mains ) réussit à croiser plusieurs genres dans ce foisonnant comics : le récit à suspense, bien sûr, avec cette enquête en huis-clos avec ses suspects à la Agatha Christie, aux rebondissements minutés, le récit psychologique, avec ces tranches du passé de chacun qui remontent petit à petit à la surface, et le récit d’espionnage scientifique en toile de fond… Très bien mené du point de vue narratif, Dept. H est aussi une exploration graphique des haut-fonds étonnante… et flippante. Le troisième tome sort le 13 septembre, et on approche donc du dénouement de cette série originale.

C’est justement le tome final de Car l’Enfer est ici  dont le cinquième et dernier volume – intitulé  11 septembre , vient clore un récit qui aura tenu ses fans en haleine depuis… 2011, date de parution du premier album de cette suite du Pouvoir des innocents. Ce second cycle, écrit par Luc Brunschwig et dessiné par le tandem Laurent Hirn-David Nouhaud, met en lumière – si on peut dire – le personnage de Joshua Logan, soupçonné d’être le principal suspect d’un attentat ayant entraîné la mort de plus de 500 enfants et Steve Providence, le boxeur-prophète adulé des foules… Au fil des tomes, rythmé par chapitres chronologiques du 8 mai 1998 au 11 septembre 2001, c’est une assez fascinante tranche de vie américaine – et mondiale – que les auteurs invitent à lire. Un récit choral et politique, qu’il vaut d’ailleurs mieux lire d’un bloc pour en saisir toute la saveur, et qui s’achève donc par le procès de Joshua Logan, à la veille du 11 septembre 2011. Et Brunscwhig boucle de « belle » manière ce second cyle en appliquant réellement son crédo : «  ...le genre de BD que j’ai envie de faire, c'est-à-dire une BD distractive mais avec une totale implication personnelle. Le fond politique n’est pas juste là pour habiller l’histoire. J’ai vraiment essayé de capter « la marche du monde» en écrivant cette histoire, mais pas juste en m’imprégnant des théories des analystes reconnus. J’ai vraiment voulu identifier de mon point de vue les problèmes de la relation entre le pouvoir étatique et l’individu … (propos sur le site de Futuropolis).
Cet ultime tome est dessiné entièrement par Laurent Hirn, sur des décors de Annelise Sauvêtre.

Et pour finir ce petit tour du côté de chez Futuro, une vraie curiosité : Avec Edouard Luntz, le cinéaste des âmes inquiètes. de Nadar et Julien Frey. Le bandeau promo joue bien son rôle, et intrigue avec cette accroche : « Pour Michel Bouquet, c’est un des plus grands cinéastes français. Pourtant, personne ne le connaît ». Le cinéaste en question c’est donc Edouard Luntz, et Julien Frey lui rend un bel hommage en tentant de le faire sortir de l’oubli. Lui-même avait presque oublié qu’il avait rencontré le réalisateur, et il faut qu’il retombe sur un 45t de Gainsbourg,  Les coeurs verts, musique d’un film de Luntz, pour que tout lui revienne en mémoire. A l’époque de leur rencontre, Luntz avait affirmé au jeune homme, alors étudiant en cinéma, que sa carrière avait été brisée par Daryl Zanuck, qui avait fait disparaître son film, Le Grabuge. Et bien des années après cette rencontre, Julien Frey constate qu’aucun des films de Luntz n’est visible. Il part donc à leur recherche...
On le comprendra : cet album n’est pas à ranger dans la case polars, car il s’agit plus d’une quête personnelle que d’une enquête à proprement parler. Mais elle est tout autant prenante, car elle est semée d’embûches – quel périple, par exemple, pour réussir à voir  Le Grabuge  ! - et elle plonge son lecteur au coeur de l’histoire du cinéma en général et de celle d’un auteur singulier en particulier. Une fois la dernière page tournée, l’envie est grande d’essayer de voir à son tour Le Dernier saut, les Coeurs verts, ou encore L’humeur vagabonde, ce film où Michel Bouquet interprète une vingtaine de rôles !
L’hommage est donc réussi, et Nadar, dessinateur espagnol (auteur des très bons Papiers froissés et Salud !, chez Futuro aussi) apporte grandement sa pierre à l’édifice avec son dessin souple et précis, dans un élégant noir et blanc.

Next stop : Delcourt (James Bond, Kill or be Killed, Le vendangeur de Paname)

Dept. H, tomes 1 et 2 ****
Scénario et dessin Matt Kindt, couleurs Sharlene Kindt
Traduction de Sidonie Van Den Dries.
Futuropolis, 2018 - 160 pages couleurs – 22 €

Car l’enfer est ici – Tome 5 – 11 septembre ***
Scénario Luc Brunschwig et dessin Laurent Hirn
Futuropolis , 2018 – 80 pages couleur – 17 €

Avec Edouard Luntz, le cinéaste des âmes inquiètes ****
Scénario Julien Frey et dessin Nadar
Futuropolis, 2018 – 182 pages noir et blanc – 23 €

lundi 28 décembre 2009

Makabi 4 - Juke-Box (2007)

« La chanson douce » est un tueur en série d’un genre un peu spécial : il laisse une poupée chantante dans les bras des femmes qu’il martyrise. Celles-ci sont choisies en raison de leur grande beauté, fatale pour elles puisque «la chanson douce » n’a jamais laissé aucune survivante… jusqu’à cette dernière victime, Patsy, qui a réussi à lui échapper. Mais la jeune femme, défigurée et enfermée dans sa douleur, refuse de parler et de donner la moindre piste à la police. Le FBI décide alors de faire appel à Makabi pour essayer de débloquer la situation. Ce dernier accepte, tout comme il finit par céder à l’amicale pression de son ami La Bianca, qui le verrait bien quitter ses fonctions de directeur financier du FBI et devenir enfin un véritable agent du Bureau. Mais pour cela, Makabi doit faire ses classes au centre de formation des agents de Quantico, et là, il comprend vite qu’il n’est pas le bienvenu. Entre sa mission pour renouer le contact avec Patsy et les brimades du centre, Makabi va vite s’apercevoir que la vie n’est pas une chanson douce…

Deuxième cycle pour Makabi, pour lequel Brunschwig a construit une intrigue à plusieurs niveaux. Alors que la toile de fond est la traque d’un serial killer (dont la personnalité est assez bien trouvée et laisse présager une partie enquête assez captivante), le récit s’attache aussi au personnage de Makabi, entre dans les méandres de ses réflexions et revient sur ce sentiment d’injustice à son encontre qu’il endure depuis sa jeunesse. La construction par flashbacks successifs participe à ce tourbillon qui semble emporter Makabi à la fois vers la réussite – avec la victime du tueur – et l’échec – avec ses collègues du centre de formation. Encore un début dont la suite promet d’être intéressante, avec en tous cas, un « héros » assez ordinaire, mais plus complexe que ses congénères.

Makabi, tome 4 - Juke-Box
Scénario Luc Brunschwig et dessin Olivier Neuray
Dupuis, 2007 – Collection Repérages - 56 p. coul. – 12,90 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°41, mars 2007]

Les Héros du peuple sont immortels : Mic Mac Adam

Quelle destinée que celle de Mic Mac Adam ! Apparu en 1978 dans les pages de Spirou, le jeune détective écossais, en kilt of course, a d’abord été le héros d’histoires étranges et humoristiques, où les créatures qu’il croisait sur son chemin provoquaient plus de sourires que de réels tremblements de peur : un dinoshomme cracheur de feu mais à la bonne bouille, un fantôme incapable de se souvenir de son texte, un « nabot maudit »… Sans compter les bourdes du suffisant Daydream, gaffeur et pétochard inspecteur de Scotland Yard. Pourtant, et c’est bien là tout le charme de cette série, André Benn réussissait dans le même temps à installer un certain climat d’angoisse dans ses planches. Et petit à petit, les intrigues de Desberg sont devenues plus inquiétantes, plus sombres, et les démons combattus par l’Ecossais nettement moins avenants. Dargaud propose une excellente réédition de ce Mic Mac Adam première période, en deux volumes à la présentation impeccable : épisodes dans l’ordre chronologique, reproduction de couvertures du magazine Spirou, intégration des contes de Desberg, préfaces de Pessis et Rivière replaçant parfaitement l’importance de la série… bref, une occasion unique de (re)découvrir un personnage hors-norme.
Seul petit regret : l’absence de l’aventure Les 5 miroirs, parue initialement chez Fleurus, mais on se consolera en lisant le quatrième tome des Nouvelles aventures de Mic Mac Adam, l’Amazone des ténèbres. Luc Brunschwig, au scénario depuis 2001, a fait évoluer le personnage vers un univers nettement plus grave, et entamé un cycle ayant pour cadre la première guerre mondiale, où humains et êtres fantastiques sont impliqués dans le conflit. Il faut lire l’ensemble des volumes pour apprécier cette histoire surprenante, qui prendra fin dans le cinquième tome. En tous cas, une seconde vie pour Mic Mac Adam tout à fait revigorante.

Mea culpa ! Moi qui déplorais dans un des derniers numéros de l’Ours, l’absence des Cinq miroirs dans les deux volumes parus l’an passé de cette très belle réédition des « Premières aventures de Mic Mac Adam », eh bien, pan sur le bec ! Dargaud avait bien entendu programmé cette ultime enquête signée du tandem Desberg et Benn pour figurer au sommaire du troisième et dernier volume, en compagnie de quatre autres histoires courtes d’excellente facture : Diableros, ou comment des drogues hallucinogènes permettent d’étranges transferts, Chantier macabre, ou comment deux vieilles nounous préparent amoureusement des petits dîners un peu spéciaux au cœur d’un quartier insalubre, Nocturne en cauchemar majeur ou comment un infirmier terrorise les internés d’un asile et Carnaval, ou comment un tueur veut absolument achevé un travail commencé vingt ans plus tôt. Quatre histoires qui donnent le frisson, juste assez longues – elles font entre 11 et 26 planches – pour servir d’apéritif aux Cinq miroirs, la dernière aventure, à l’issue cruelle, du détective en kilt. Agrémenté par quelques crayonnés et dessins pleine page, et conclu par une postface d’Alain de Kuyssche, ce troisième volume est à la hauteur des deux précédents et l’ensemble constitue un vrai hommage à un personnage un peu oublié. C’est le moment de le redécouvrir ; tout comme cet univers mystérieux et merveilleux unique, qu’avait su créer le duo Benn-Desberg dans cette première période de la vie de papier de Mic Mac Adam.

Mic Mac Adam - Intégrale : Le livre Noir (tome 1) - Le Livre de sang (tome 2) - Le livre de soufre (tome 3)
Scénario Stefan Desberg et dessin André Benn
Dargaud, 2005-2006 – 134 p. coul chaque volume - 16 €

L’Amazone des Ténèbres
Scénario Luc Brunschwig et dessin André Benn
Dargaud, 2006 - 48 p. coul. – 11 €