Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !
Affichage des articles dont le libellé est Hyman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hyman. Afficher tous les articles

vendredi 21 octobre 2022

[Piscines, espions et gentlemen] - Une romance anglaise / Hyman et Fromental (Dupuis)

« La justice poétique demandait qu’on entende au moins une fois sa voix, imaginée, certes, recrée à partir de fragments de réalité et c’est à cela que s’emploie ce livre ».

Cette voix évoquée par le scénariste Jean-Luc Fromental dans sa postface, c’est celle de Stephen Ward, « improbable ostéopathe-portraiste-ordonnateur des plaisirs de la Gentry », au coeur de cet album et du scandale qui ébranla l’Angleterre des Sixties : l’affaire Profumo. Une affaire qui a donné lieu à de nombreux ouvrages depuis l’année où elle a éclaté, 1963, et que cet album vient rappeler à notre époque hautement conspirationniste. Les faits ? Un ostéopathe de la bonne société londonienne, Stephen Ward, ami des puissants de l’époque, partage avec eux leur goûts des rencontres mondaines, raffinées et sensuelles. Il fait un jour la connaissance de Christine, jeune danseuse au charme éblouissant, et l’installe vite chez lui. Non pour en devenir l’amant, contrairement à ce que tout le monde semble penser, mais pour en être son mentor, celui qui l’aidera à gravir les échelons d’un monde inaccessible pour elle. Et c’est lui qui lui fera rencontrer Ivanov, attaché naval de l’ambassade d’URSS, et un peu plus tard, John Profumo, ministre de la Guerre. Tout cela en la laissant continuer à retrouver les boites de jazz moins huppées et plus populaires, et plus dangereuses au final pour elle : ses amants d’un soir peuvent vite devenir des tyrans dont elle peine à sortir des griffes. La belle finit par connaître tant de choses des différents monde qu'elle fréquente que tout cela peut exploser d’un moment à l’autre au visage d’un Stephen Ward, qui voit le danger trop tard, et d’un gouvernement qui va payer le prix fort… 

 Toujours aussi doué pour les intrigues complexes mêlant en scène de nombreux personnages, Fromental réussit réussit à nouveau son coup, comme celui de Prague paru dans la même collection, et toujours avec son complice, le grand Miles Hyman. Le dessinateur restitue à sa manière sensuelle et sensible les après-midi récréatifs au bord de piscines débordant de naïades, les soirées libertines de la bourgeoisie, et les nuits plus ou moins feutrées des clubs de jazz. Et fait parfaitement passer les états d’âme d’un Stephen Ward désabusé au moment où il enregistre sa version de l’affaire. Une mélancolie diffuse plane tout au long des pages de cette histoire tragique et noire. Une romance anglaise, oui, mais pas une bluette.


Une romance anglaise ****

Scénario Jean-Luc Fromental et dessins Miles Hyman

Dupuis (Aire Libre) – 102 pages couleur – 23 €

Sortie le 7 octobre 2022

 

Et pour mémoire : 



dimanche 25 octobre 2015

[Illustration] - Deux maîtres du Noir en couleur : Robert E. McGinnis et Miles Hyman (chez Urban Comics et Glénat)

 


Deux magnifiques livres sur l'oeuvre de deux maîtres de l'illustration viennent de paraître. 
 
Le premier - honneur aux anciens - revient sur la longue carrière de Robert E. McGinnis, et est sorti chez Urban Comics. Il est sous-titré "Crime et séduction", et on ne pouvait guère faire mieux comme accroche : voici un artiste qui a passé plus d'un demi-siècle à mettre en scène des femmes sublimes, d'abord sur les couvertures des romans policiers dont certains sont devenus des classiques (Pop. 1280 de Jim Thompson, par exemple), puis sur des affiches de cinéma (James Bond première époque, entre autres, mais aussi Il était une fois la révolution, Barbarella...), des publicités.... 
L'auteur, Art Scott, a également recueilli la parole de McGinnis, un artiste qui se confie rarement, et dont les images sont beaucoup plus célèbres que lui. A bientôt 90 ans, l'homme peint toujours, et ne semble pas prêt de vouloir s'arrêter : "Mon envie de peindre est plus forte de jour en jour. J'ai tant à faire, et j'ai parfois du mal à me décider. Par quoi commencer ? Tout m'inspire. Je vois tant de beauté autour de moi... Je me mets dans l'embarras en voulant tout peindre". Belle confession, et en attendant de voir les futures nouvelles toiles de Mc Ginnis, il faut se plonger dans ce livre, pour découvrir d'autres facettes de son immense talent, qui fait de lui un de ces grands peintres des Etats-Unis, capables non seulement de revisiter le mythe américain, mais également d'y contribuer avec son propre univers.


L'autre Américain qui a l'honneur de voir une partie de son oeuvre rassemblée, chez Glénat, pour le plaisir de nos yeux et de nos sens n'est autre que Miles Hyman, plus connu en France, notamment par les amateurs de polar, puisqu'il est l'auteur de toutes les couvertures de la série "Le Poulpe", dont on retrouve une sélection de 22 sur les plus de deux-cents parus. Jean-Bernard Pouy, dans les pages consacrées au Poulpe de ce livre, revient sur la genèse des célèbres visuels de la collection. Il s'agissait alors de "[...] proposer de belles couvertures, des illustrations qui ne soient pas des gourdonnades ou des aslaneries, ces femmes à poil sur des frigos qui avaient les beaux jours de cette littérature "populaire" que nous envisagions de rénover radicalement. [...] Nous avons osé demander à Miles Hyman, un artiste amateur de polars, qui, à l'époque, était un Napoléon qui perçait sous Bonaparte. A nos immenses surprise et satisfaction, il a tout de suite accepté. Good grief ! Hallelujah. Avec le recul, je pense qu'il n'est pas étranger au succès immédiat de la collection". 
 
C'est même une évidence, si je puis me permettre : ses images pour "Le Poulpe" donnent immédiatement envie de voir ce qui se cache derrière les ambiances mystérieuses, parfois oniriques, qu'elles suscitent.
Mais Miles Hyman n'est évidemment pas l'auteur de cet unique travail, c'en est même une toute petite partie, il suffit de tourner les deux-cents pages de ce livre pour s'en rendre compte. Il a lui aussi oeuvré pour la presse, mais également pour l'édition jeunesse, des festivals de polar. Et depuis peu, revient à la BD. De celle-ci il dit : "La bande dessinée occupe une place de plus en plus importante dans mon travail depuis quelques années. J'y découvre un terrain d'expression riche et nuancé... c'est un carrefour entre mes passions graphiques et littéraires". Michel Rime, l'auteur des textes, rappelle à point nommé qu'en matière de neuvième art, c'est sous le pseudo de Milo Daax que Miles Hyman a publié en 1987 "L'homme à deux têtes", chez Futuropolis.
Le chemin parcouru depuis est immense, et comme pour McGinnis, c'est un bonheur de contempler ses oeuvres, avec qui il partage aussi cet art de dessiner des femmes fortes et décidées. D'ailleurs, Glénat ne s'y est pas trompé : au dos de la jaquette de se "Miles Hyman, drawings", une femme au bord d'une piscine est prête à jouer les pin-up dans votre bureau.Ou votre cuisine. Ou votre chambre. S'exposer, quoi.
Et justement : jusqu'au 14 novembre, ne manquez pas l'exposition Miles Hyman à la galerie Champaka - Paris , au 67 rue Quincampoix - Paris (3ème)


Robert Mc Ginnis, crime & séduction ****
Texte d'Art Scott - Urban comics, 2015 - 176 pages couleurs - 29 €

Miles Hyman, drawings ****
Textes de Michel Rime (avec participation de Fromental, Robial, Matz, Charyn, Guérif, Pouy, Villard et Muri) - Glénat, 2015 - 200 pages couleurs - 39 €

vendredi 10 octobre 2014

[Prix] – Le Dahlia noir, adapté par Miles Hyman, Trophée 813 de la Bande Dessinée 2014

C'est la saison des prix, et en attendant le Goncourt des lycéens, ou celui que vous préférez, l'association « 813 » des Amis des littératures policières a décerné ses Trophées, et celui qui récompense la meilleure bande dessinée de l'année, est allé, après le vote des adhérent-e-s, à Miles Hyman et Matz, pour leur adaptation du célébrissime "Dahlia Noir" de James Ellroy
Il s'agit du reste plus d'une adaptation du scénario écrit par David Fincher, que lui même a écrit pour le cinéma, que d'une adaptation du roman d'Ellroy. D'où les quatre noms au générique de ce volume dense, (170 pages, il fallait bien ça) paru comme il se doit dans la collection Rivages/Casterman/Noir.
Un succès attendu, à vrai dire, car même si la concurrence était relevée (Mon ami Dahmer, Blacksad 5, J'aurais ta peau Dominique A, Tyler Cross et Crève Saucisse), il lui a été difficile de lutter contre un album en pleine phase de succès. Et il fallait voir la file d'attente à Villeneuve lez Avignon, le jour même où les Trophées étaient proclamés au festival de Pau : les piles d'albums ont fondu à vitesse grand V... tout comme celle de Max Cabanes, d'ailleurs (son "Fatale" est superbe, mais je me répète).

Les autres lauréats de ces Trophées sont Sandrine Colette, pour "Les Noeuds d'acier" (Denoël), dans la catégorie roman francophone, Sam Millar pour "On the brinks" (Seuil) dans la catégorie roman étranger et Philippe Blanchet pour son livre d'entretien avec François Guérif "Du polar" (Rivages), dans la catégorie Prix Maurice Renault. Tout ça vous parait obscur ? Normal c'est du Noir. Mais, un petit tout sur le blog de 813, et vous serez éclairé(e).