Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !
Affichage des articles dont le libellé est Matz. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Matz. Afficher tous les articles

mercredi 2 septembre 2015

[ Pas dans les manuels... ] - Julio Popper, le dernier roi de Terre de Feu , par Matz et Chemineau (Rue de Sèvres)

De la Patagonie, l'amateur de bande dessinée connait surtout les carottes chère à Lapinot, tandis que le téléphage se souvient lui d'une émission écolo qui sentait le gel douche ; quant au Thatcherophile il a un poster "Falklands forever" dans sa cuisine. Mais qui connaît Julio Popper, le polyglotte-voyageur, l'ingénieur- explorateur de l'extrême ? Voici un homme au destin extraordinaire, un personnage controversé, un aventurier avant toute chose. Matz et Léonard Chemineau le font ressurgir d'un lointain passé - Popper est né en Roumanie en 1857 - et nous racontent son passage météorique en Terre de Feu, à la recherche d'or pour le compte du gouvernement argentin, mais aussi à la tête de son propre état, faisant fi des populations locales, à la manière des grands conquistadors. A-t-il vraiment été ce génocidaire des tribus amérindiennes Selknams souvent décrit ou plutôt un utopiste toujours en quête de mondes à découvrir ? Les auteurs font clairement le choix d'une certaine réhabilitation de cet homme qu'ils dépeignent plus en défricheur un peu kamikaze qu'en dictateur local. Dans sa postface, Matz le décrit ainsi : "A moitié conquistador, à moitié cow-boy, à moitié Don Quichotte, à moitié homme du monde, à moitié scientifique, à moitié explorateur, à moitié poète, à moitié inventeur...". Cela fait beaucoup de moitiés, mais l'homme était de tout évidence complexe... et entier ! Toujours est-il que les auteurs nous embarquent pour cent pages d'aventures épiques, dans des décors souvent arides, des conditions climatiques rudes, que Chemineau restitue avec talent. Et au coeur de ces paysages grandioses, Julio Poper : un personnage tellement romanesque qu'il semble tout droit sorti de la plume de Jules Verne, comme le suggère Matz. On peut aussi voir en lui quelque chose de Daniel Dravot, cet autre "Homme qui voulut être roi", imaginé par Kipling. On referme en tous cas cet album avec à l'esprit la sensation d'avoir voyagé aux côtés d'un bien étrange individu, dont on ne sait s'il est fascinant ou répugnant. A vous de voir... mais tentez l'expédition : elle ne vous laissera pas indifférent. 


Julio Popper, le dernier roi de Terre de Feu ***
Texte Matz et dessin Léonard Chemineau
Rue de Sèvres, 2015 - 104 pages couleurs – 18 €

vendredi 10 octobre 2014

[Prix] – Le Dahlia noir, adapté par Miles Hyman, Trophée 813 de la Bande Dessinée 2014

C'est la saison des prix, et en attendant le Goncourt des lycéens, ou celui que vous préférez, l'association « 813 » des Amis des littératures policières a décerné ses Trophées, et celui qui récompense la meilleure bande dessinée de l'année, est allé, après le vote des adhérent-e-s, à Miles Hyman et Matz, pour leur adaptation du célébrissime "Dahlia Noir" de James Ellroy
Il s'agit du reste plus d'une adaptation du scénario écrit par David Fincher, que lui même a écrit pour le cinéma, que d'une adaptation du roman d'Ellroy. D'où les quatre noms au générique de ce volume dense, (170 pages, il fallait bien ça) paru comme il se doit dans la collection Rivages/Casterman/Noir.
Un succès attendu, à vrai dire, car même si la concurrence était relevée (Mon ami Dahmer, Blacksad 5, J'aurais ta peau Dominique A, Tyler Cross et Crève Saucisse), il lui a été difficile de lutter contre un album en pleine phase de succès. Et il fallait voir la file d'attente à Villeneuve lez Avignon, le jour même où les Trophées étaient proclamés au festival de Pau : les piles d'albums ont fondu à vitesse grand V... tout comme celle de Max Cabanes, d'ailleurs (son "Fatale" est superbe, mais je me répète).

Les autres lauréats de ces Trophées sont Sandrine Colette, pour "Les Noeuds d'acier" (Denoël), dans la catégorie roman francophone, Sam Millar pour "On the brinks" (Seuil) dans la catégorie roman étranger et Philippe Blanchet pour son livre d'entretien avec François Guérif "Du polar" (Rivages), dans la catégorie Prix Maurice Renault. Tout ça vous parait obscur ? Normal c'est du Noir. Mais, un petit tout sur le blog de 813, et vous serez éclairé(e).

dimanche 29 septembre 2013

[Nouveauté] - Mexicana 1 - Matz, Mars & Mezzomo (Glénat)

Emmett Gardner est flic à la police des frontières, le long du Rio Grande, et surveille le passage des clandestins qui tentent la traversée Mexique - Etats-Unis. Un job stressant, qui met facilement les nerfs en pelote... Et pour en rajouter une couche, Emmett apprend par ses collègues  l'arrestation de Kyle, son fils d'une vingtaine d'années. Le père récupère le rejeton au commissariat, où il a été mis au frais pour une simple bagarre de rue. Intrigué par la situation, Emmett réussit tout de même à faire cracher le morceau au fiston : Kyle s'est en fait mis dans les ennuis jusqu'au cou, en devenant proche d'Angel Moreno, chef d'un cartel local, proche au point de travailler pour lui. Mais lorsque Moreno découvre que Gardner senior est flic, il demande à Kyle d'éliminer un rival pour prouver sa loyauté. Et lorsque le père décide de se mêler de l'affaire sans vraiment en parler à son fils, les ennuis vont prendre une tout autre dimension...

Le talent de Matz pour les intrigues noires et originales (cf sa série phare avec Jacamon "Le tueur") est reconnu. Le tome inaugural de cette nouvelle trilogie, estampillée "à feu et à sang" et  co-écrite avec Steven Marten, alias Mars , démarre assez bien. L'histoire de ce père qui, en cherchant à protéger un fils inconséquent, se retrouve embarqué dans un engrenage qui va vite le dépasser, est assurément l'aspect le plus intéressant de Mexicana. Il est évidemment aussi question de migration, de familles exploitées, de trafic de drogue, mais tout cela demeure - pour l'instant - en filigrane, au profit d'une histoire personnelle et familiale. Au pinceau, on retrouve avec plaisir Gilles Mezzomo - dont le Luka chez Dupuis est à mon avis à redécouvrir tant sa carrière fut discrète - et qui, ici, avec son trait dur et réaliste, réussit à plonger immédiatement son lecteur au coeur de la vie des Gardner. De bons débuts, donc, pour un des bons albums de cette rentrée.


Mexicana 1
Scénario Matz / Mars et dessin Gilles Mezzomo
Glénat, 2013 - 48 pages couleur - 13,90  €

lundi 24 octobre 2011

[Chronique] - Rivages/Casterman/ Noir : Adios Muchachos

La technique d'Alicia est bien huilée. Elle roule en pleine ville, et repère dans la circulation celui qui sera son prochain pigeon. Il circule en général à bord d'une grosse bagnole et affiche l'air suffisant du touriste plein aux as. Elle, elle circule à vélo, dans une tenue des plus légères : t-shirt en haut, jupe mini comme pas permis. Et c'est bien là que se trouve le noeud de l'arnaque, dans cet accoutrement destiné à aller à la pêche au gogo : une fois sa future proie choisie, Alicia se porte d'abord à sa hauteur, histoire qu'il la repère bien, puis le dépasse et pédale tranquillement devant lui, histoire qu'il voit bien ce qu'il y a sous la jupe. Et à un moment, crac, c'est la chute ! La jeune femme se retrouve à terre, le conducteur pile juste à temps, il est confus, il sort pour porter secours à la pauvresse, mais il ne sait plus s'il doit regarder la culotte d'Alicia ou jeter un oeil au vélo... Le pédalier semble foutu, et Alicia ne se fait pas prier pour se faire raccompagner chez sa mère, avec qui elle vit encore, et là, après l'avoir attiré dans sa chambre, la jeune femme ferre définitivement le poisson, qui succombe à ses charmes et la voici à l'abri du besoin pour un petit moment. La mère est dans la combine, car il faut bien vivre, à la Havane, en ce début de 21ème siècle. Le petit numéro, bien rôdé, fonctionne à merveille et semble même atteindre la perfection lorsqu'Alicia prend dans ses filets Juanito, un beau gosse au physique d'Alain Delon. Mais le play-boy n'est pas dupe, et il décide de proposer à Alicia de passer à la vitesse supérieure, côté arnaque par la séduction. Reste à savoir si ces deux-là peuvent tous les deux gagner sur tous les tableaux...
C'est Matz lui-même – co-directeur de la collection avec François Guérif – qui s'est chargé de l'adaptation de ce roman de Daniel Chavarria, publié à Cuba en 1995, et Paolo Bacilieri qui oeuvre aux pinceaux. Ce qui frappe dans cette version, c'est sa dimension sensuelle. Dès le début, bien entendu, avec le manège aguicheur de « l'héroïne », puis un peu plus loin, dans les cènes de jeux érotiques entre Alicia et Juanito, mais aussi dans des scènes moins explicites : l'air est sérieusement moite dans ces pages... C'est en fait en raison du trait de Bacilieri, étonnamment proche dans certaines planches, de celui du vénérable Georges Pichard, un des maîtres français de la bande dessinée polissonne (Ah, « Paulette » et « Blanche Epiphanie »... ). On en oublierait presque que cette BD est un polar, mais on aurait tort : le roman de Chavarria ménageait un vrai suspense que Matz réussit à transposer, tout en maintenant une atmosphère lourde, de celle où le lecteur se dit : « ça va mal finir... ». Mais ça, je vous laisse le découvrir.

Adios Muchachos
Scénario Matz et dessin Paolo Bacilieri
d'après le roman de Daniel Chavarria
Casterman, 2011 - 124 pages couleurs.
Collection Rivages/Noir/Casterman - 18 €

jeudi 31 décembre 2009

Le Tueur 6 - Modus vivendi (2007)

Après quatre ans d'inactivité, le Tueur reprend du service. Comme d'habitude il ne sait grand chose de ses commanditaires, et il ne cherche pas à en savoir plus. Il exécute. Un courtier international en pétrole, dont il maquille l'assassinat en suicide, et un sous-directeur de la banque nationale vénézuelienne, qu'il renverse dans la circulation dense de Caracas. Mais quand il apprend le nom de la troisième cible de la liste, voici le Tueur avec un cas de conscience sur les bras : va-t-il devoir éliminer froidement Madre Luisa, la plus célèbres des religieuses du moment, idole des pauvres de toute l'Amérique hispanique ? Une femme dont toute la vie a été consacrée à faire le bien, au contraire des victimes habituelles du Tueur ? C'est en général quand il commence à se poser ces questions que les ennuis commencent pour lui...

On retrouve dans ce nouveau cycle du personnage de Jacamon et Matz tout ce qui a fait l'intérêt et le succès de la série : un personnage de tueur à gages beaucoup plus complexe que son statut ne le laisse présager, et nettement moins cynique qu'il n'y paraît au premier contact. Voici un homme lettré, qui laisse son esprit vagabonder du côté de Gabriel Garcia Marquez ou d'Octavio Paz, quand il ne prend pas un Thé en Amazonie avec Chavarria : résultat, ses introspections n'en sont que plus profondes, et ses pensées, en voix off dans l'histoire laissent la place pour un minimum d'humanité chez cet homme qui a délibérément choisi son « métier » pour échapper au quotidien morne et sans avenir de ses semblables. Faut-il l'approuver ? Le scénario de Matz nous laisse seul juge. Jacamon quant à lui opte toujours pour la mise en scène de grandes cases où la lumière vénézulienne, de la ville comme de la jungle, est consatamment présente. Le retour du Tueur est une très bonne nouvelle, et cette série une des meilleures de la collection Ligne Rouge.

Le Tueur, tome 6 - Modus vivendi
Scénario Matz et dessin Luc Jacamon
Casterman, 2007 - Collection Ligne Rouge - 56 pages couleur (9,80 €)

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°44, décembre 2007]

mercredi 30 décembre 2009

Du plomb dans la tête 3 - Du bordel dans l’aquarium (2006)

Après la pêche aux petits et gros poissons des deux premiers volumes, Matz et Wilson nous invitent à contempler ce que peut donner l’association improbable d’un flic new-yorkais et d’un truand, contraints à s’associer depuis que leurs co-équipiers respectifs sont restés sur le carreau, victimes co-latérales d’un complot au plus haut niveau politique. Le résultat ? Du bordel dans l’aquarium, en effet, puisque le tandem survivant va tout faire pour que les plus hauts responsables payent leurs crimes. Fin d’un cycle de trois volumes, cet album conclut de manière efficace une histoire, somme toute assez courante, de politique-fiction où un gouverneur ambitieux élimine tous les obstacles qui pourraient l’empêcher d’atteindre son but, ici de devenir le numéro deux du ticket républicain aux élections présidentielles. Alors évidemment, ça flingue pas mal et la loi appliquée est plus celle du Talion qu’une autre, mais là où Matz se démarque de ses confrères, c’est dans cet humour distillé tout au long de la trilogie. En particulier dans des dialogues assez surréalistes entre Jimmy Marvel le tueur, un brin philosophe, et Carlisle le flic, d’abord dérouté, puis qui se prend au jeu de son « compagnon ». Cela donne un petit côté Pulp fiction à la série, appuyé par le dessin dynamique de Wilson. On ne sait ce que vont devenir les deux héros après cet épisode mouvementé de leur vie, mais lorsque le truand, oublié par la justice, propose au flic, suspendu, de « démarrer quelque chose ensemble, un truc peinard, une petite affaire, quoi… », on se dit que ça pourrait avoir de la gueule. Affaire à suivre ?

Du plomb dans la tête, tome 3 - Du bordel dans l’aquarium
Scénario Matz et dessin Colin Wilson
Casterman, 2006 - Collection Ligne Rouge – 56 p. coul. - 10,40 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°37/38, juillet 2006]

Retour sur cette chronique
Casterman a publié dans sa collection "Haute densité", l'intégrale de cette trilogie. Le parti-pris de la collection est celui du petit format mais aussi celui du petit prix...

Du plomb dans la tête, intégrale
Casterman, 2008
168 pages couleur - 16 €


jeudi 6 août 2009

Mirage Hôtel (2006)

Albert, le gardien de nuit aurait-il des hallucinations ? Voici qu’un soir il voit entrer dans son hôtel une femme superbe au regard de braise. Il la reconnaît aussitôt : c’est la fille de l’affiche, là, de l’autre côté de la rue, éclairée magnifiquement par l’unique réverbère du trottoir… Subjugué par sa beauté, il se laisse séduire par son discours et ses promesses de vie rêvée vénézuélienne, loin de la grisaille de son quotidien. Pour ce nirvana avec elle, pas grand-chose à faire, il n’a qu’à liquider cet autre client qu’elle sait plein aux as et s’emparer de la valise pleine de billets qui leur tend les bras… Albert ne peut résister à l’appel de la belle et le voici vite à Caracas… en rêve. Et le réveil est douloureux : il y a bien un cadavre dans son hôtel, mais il manque une belle fille et une valise.

Voilà ce que c’est quand on doit travailler de nuit au « Mirage hôtel » ! On perd un peu les pédales, et la nuit, les démons arrivent au triple galop. Matz a imaginé pour Pourquié cinq tranches de vie nocturnes peuplées d’un client aveugle, d’une mythomane, d’un blessé, d’un peintre à moitié fou et d’autres personnages tout aussi réjouissants, et au milieu de tout ce beau monde, Albert, jeune propriétaire-veilleur de nuit. On sent bien une certaine nostalgie, le souvenir d’un Paris un peu canaille, manouche, disparu, avec ces filles à robes à fleurs, ces loulous à fines moustaches et chapeaux mous… Une ambiance de polar à l’ancienne, un peu, auquel Pourquié rend un hommage émouvant et sensible. Cette publication en album des toutes premières planches d’un de nos grands dessinateurs est une excellente initiative de Six Pieds sous terre, qui offre en prime deux pages autobiographiques de Pourquié resituant avec pudeur et humour l’importance de cette bande dessinée initialement – et partiellement – parue dans (Asuivre). Un bel album.

Mirage Hôtel
Scénario Matz et dessin Jeff Pourquié
Six Pieds sous Terre, 2006 – 80 p. coul. - Collection Monotrème

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°39 - Octobre 2006]