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dimanche 8 novembre 2015

[Festival] - Vincent Gravé, Jérémy Le Corvaisier et Olivier Thomas à Noir sur la Ville les 14 et 15 novembre

C'est Vincent Gravé qui a illustré la carte postale de la 19ème édition du salon "Noir sur la Ville" de Lamballe (Côtes d'Armor). Ce dessinateur au trait réaliste saisissant a une prédilection pour le Noir puisqu'il a travaillé avec Joseph Incardona ("Fausse route", "Petites coupures") et Marcus Malte ("Il est mort le poète"), et a illustré le Petit polar Le Monde/ SNCF "Bloody Paris" de Tito Topin, paru cet été.
 Principalement publié aux Enfants Rouges, il sera en compagnie à Lamballe d'un autre auteur de cette maison audacieuse, Jérémy Le Corvaisier. Ce dernier a fait paraître l'an passé un "Gros-bois" lynchien en diable, étrange en tous points, et fascinant en définitive. Il faut découvrir ce jeune auteur, qui vient pour la première fois au festival. Olivier Thomas, lui, est de retour, et nous l'avions vu en Côtes d'Armor au moment de la sortie de "Dos à la mer", diptyque qui démarrait dans l'ambiance portuaire de St Nazaire. C'est cette fois dans un Danemark en proie aux agissements de l'extrême droite qu'il nous entraine : "Infiltrés" est une plongée dans le groupuscule "Renouveau Danois", qui s'apprête à frapper un grand coup dans le pays. Un scénario signé Sylvain Runberg, et Olivier Truc, qui sera lui aussi présent à "Noir sur la Ville".
Le festival débute dès le vendredi, avec une rencontre avec John Harvey à la bibliothèque de Lamballe et se poursuit en soirée avec la projection de "A most violent year" de JC Chandor.
Pour tout le reste... une seule adresse : Noir sur la Ville !

dimanche 22 février 2015

[Vie à la campagne] - Gros Bois, de Jérémy Le Corvaisier (Les Enfants Rouges)

- Moi, je préfèrerais me mettre direct une balle dans la tête. Blam !
- Nan. J'aurais trop peur de me louper. Je me jetterais plutôt sous le train. C'est plus sûr.
- Ouais. Mais il n'y a pas de train dans la région...
- Y'a que dalle dans cette région de toute façon...

A Gros Bois, la jeunesse locale s'emmerde ferme. Et ce n'est pas l'événement annuel, la fête du jambon, qui va faire tourner les têtes. La bourgade, vue de loin, ressemble à n'importe quelle autre, avec son épicier, sa coiffeuse, son maire, ses cultivateurs, ses policiers municipaux... Des gens normaux. Ou presque. L'épicier est un grand sensible, adepte du tour à bois à ses heures perdues. La coiffeuse - et ses employées - se font shampouineuses topless dans un club privé. Le maire aime à déféquer en plein champ. Les cultivateurs sont des skinheads férus de mode, et spécialisés dans le pavot. Quant au chef de la police,il préfère s'occuper de ses petits trafics que d'enquêter sur ces morts suspectes qui viennent lui gâcher la vie. Car il se passe tout de même quelque chose dans la contrée : un jeune homme vient d'être retrouvé au fond d'un ravin de la forêt de Gros Bois. Le troisième depuis le début de l'année. De quoi perturber la faune locale ? Faut voir...

Etrange ambiance que celle qui règne dans cet album de Jérémy Le Corvaisier, et une fois le livre fermé, on se dit presque qu'on vient de suivre un épisode inédit de Twin Peaks. La mise en page, et certains choix de cadrage de l'auteur sont aussi audacieux qu'ont pu l'être ceux de Lynch dans sa série. Mais une autre référence frappe aussi, d'entrée, c'est la couverture, hommage direct aux "crimes comics" de l'âge d'or, où les fictions se voulaient tirées de faits réels, d'histoires vraies. 
Et, à y regarder de près, Gros Bois c'est cela : le récit d'un fait divers. Mais avec une narration complètement originale, puisque ce qui pourrait servir de fil conducteur à une enquête traditionnelle - et donc d'accroche au lecteur - les trois morts du ravin évoqués dès le début, sont rapidement, et presque complètement, évacués. C'est donc autrement que par la résolution d'un mystère que le récit captive : en fait, le récit est mystérieux en lui-même, par ses conversations bizarroïdes (ma préférée allant à cette discussion entre les trois virils cueilleurs de fleurs hallucinogène sur les avantages et inconvénients des vêtements en lin), par ses tranches de vie villageoises aux portes de la folie. Et bien entendu, par le dessin de Jérémy Le Corvaisier, précis, inventif, et suggestif, comme par exemple, cette vue aérienne et schématisée du village : est-ce un plan géographique ou une vue microscopique de cellules et vaisseaux sanguins ? Ajoutez à tout cela une étonnante palette de couleurs (ah, ces chevelures pétaradantes !) qui ne tombe jamais dans le mauvais goût mais s'en approche parfois avec délice. Bref, un album de la même famille que le "Oceania boulevard" de Mario Galli : tout en inquiétude. Mais avec sérénité.


Gros bois ***
Scénario et dessin Jérémy Le Corvaisier
Les Enfants Rouges, 2014 - 100 pages couleur - 20,50 €