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samedi 5 novembre 2016

[Polar Nordique] - Infiltrés, par Olivier Truc, Sylvain Runberg et Olivier Thomas (Soleil)

Danemark, banlieue de Copenhague, juin 2016, la nuit. Deux hommes cagoulés circulent en voiture dans les rues désertes et silencieuses, avec comme objectif, le mitraillage de la façade d'une mosquée, vide à cette heure-là. Ils passent à l'acte... sauf que les lieux sont occupés et qu'un imam sort aussitôt et se précipite vers la voiture des terroristes. Ils le renversent ans leur fuite et le religieux est tué sur le coup. L'affaire fait immédiatement la une le lendemain, et met en ébullition le ministère de la Justice, en particulier sa patronne, la ministre, Stina Rasmussen. Elle veut une arrestation rapide des coupables, des membres du groupuscule "Le Renouveau Danois", qui vient juste de revendiquer l'attentat. Le PET, la brigade antiterroriste Danoise, dirigée par Suzanne Hennings, est justement sur les traces de ce groupuscule depuis plusieurs mois et a réussi à l'infiltrer . Tout ce qu'elle sait à l'heure où elle est pressée d'accélérer le mouvement, c'est que les membres ne sont pas plus de dix, et que leur leader Rolf Lukke, est un adepte de la théorie du grand remplacement : les pays occidentaux se laissent islamiser via l'immigration en échange de barils de pétrole. Et pour lutter contre cela, Lukke trouve que la voie démocratique et politique est trop lente et qu'il faut frapper un grand coup dans le pays. A la manière d'Anders Breivik, l'extrémiste norvégien aux 77 victimes en 2011... Suzanne et ses hommes progressent tout de même et savent qu'une opération de grande ampleur approche à grands pas, et qu'un homme, surnommé "Le Faucon" a été appelé par le Renouveau Danois pour cette opération. Et qu'il vient d'arriver au Danemark...

Les bandes dessinées mettant en scène le terrorisme qui frappe l'Occident depuis les années 2000 sont rares, et ces "Infiltrés" valent le coup de s'y arrêter. Et surtout, autant le dire tout de suite, c'est un diptyque réussi. Le scénario est l'oeuvre commune d'Olivier Truc, un journaliste - et romancier - spécialiste à la fois de l'Europe du Nord (il vit en Suède) et des réseaux d'extrême droite européens, et de Sylvain Runberg, scénariste talentueux (adaptateur, notamment, de "Millenium"). Précise, documentée et minutée comme un compte à rebours, l'intrigue est captivante : on est tout de suite happé par les événements vécus par les différentes protagonistes. Du côté des terroristes, l'arrivée du mystérieux Faucon rend tout le monde nerveux, et l'achat d'armes à des Serbes encore plus dangereux qu'eux est un épisode où la tension monte encore d'un cran. Sans compter sur l'habileté des auteurs pour dévoiler vraiment à la dernière minute l'identité de l'infiltré de la cellule anti-terroriste...
Et du côté des hommes de la dynamique Suzanne Hennings, l'angoisse monte également au fil des heures qui passent, car le Faucon demeure insaisissable. Ajoutez à cela les déboires de Suzanne avec sa fille ado, qui tient absolument à faire ce qu'elle veut du haut de ses 15 ans, et qui n'hésite pas à braver les interdits de la mère, au péril de sa vie... (cela a d'ailleurs un petit côté "24h chrono, saison 1", ce personnage de la fille tête brûlée). Tout est donc réuni pour une réelle bonne histoire, et il restait à trouver le bon dessinateur pour la mettre en images : Olivier Thomas, avec son style réaliste, est celui-ci ,et le choix est judicieux. Déjà à l'aise sur des ambiances plus ou moins lourdes, plus ou moins tendues, comme il en a fait la preuve dans sa trilogie "Sans pitié" ou dans "Dos à la mer"(les deux chez EP), il l'est tout autant pour nous transporter dans les rues, les bars et le port de Copenhague, et de rendre ses personnages extrêmement vivants et expressifs. Réussir à maintenir un suspense visuel n'était pas évident, Olivier Thomas y parvient, et il a toute sa part dans la réussite de ces albums.

 

A noter : si vous êtes du côté de Lamballe (Côtes d'Armor) vous pourrez rencontrer les deux Olivier de ces "Infiltrés", ils sont dans la liste des nombreux participants à la 20ème édition du festival "Noir sur la Ville". C'est le week-end des 19 et 20 novembre. N'hésitez pas à venir, c'est un excellent festival de polar.



Infiltrés ***
Scénario Olivier Truc et Sylvain Runberg ; dessins Olivier Thomas
Soleil, 2015 - 2016 – 56 pages couleur – (Collection Quadrants) – 14, 95 €
Tome 1 - Le Sourire du Faucon
Tome 2 - Les Larmes de Jolène

dimanche 8 novembre 2015

[Festival] - Vincent Gravé, Jérémy Le Corvaisier et Olivier Thomas à Noir sur la Ville les 14 et 15 novembre

C'est Vincent Gravé qui a illustré la carte postale de la 19ème édition du salon "Noir sur la Ville" de Lamballe (Côtes d'Armor). Ce dessinateur au trait réaliste saisissant a une prédilection pour le Noir puisqu'il a travaillé avec Joseph Incardona ("Fausse route", "Petites coupures") et Marcus Malte ("Il est mort le poète"), et a illustré le Petit polar Le Monde/ SNCF "Bloody Paris" de Tito Topin, paru cet été.
 Principalement publié aux Enfants Rouges, il sera en compagnie à Lamballe d'un autre auteur de cette maison audacieuse, Jérémy Le Corvaisier. Ce dernier a fait paraître l'an passé un "Gros-bois" lynchien en diable, étrange en tous points, et fascinant en définitive. Il faut découvrir ce jeune auteur, qui vient pour la première fois au festival. Olivier Thomas, lui, est de retour, et nous l'avions vu en Côtes d'Armor au moment de la sortie de "Dos à la mer", diptyque qui démarrait dans l'ambiance portuaire de St Nazaire. C'est cette fois dans un Danemark en proie aux agissements de l'extrême droite qu'il nous entraine : "Infiltrés" est une plongée dans le groupuscule "Renouveau Danois", qui s'apprête à frapper un grand coup dans le pays. Un scénario signé Sylvain Runberg, et Olivier Truc, qui sera lui aussi présent à "Noir sur la Ville".
Le festival débute dès le vendredi, avec une rencontre avec John Harvey à la bibliothèque de Lamballe et se poursuit en soirée avec la projection de "A most violent year" de JC Chandor.
Pour tout le reste... une seule adresse : Noir sur la Ville !

mercredi 28 novembre 2012

[Nouveauté] - Dos à la mer, livre II : Sud (Berlion, Varenne et Thomas)

La fuite vers le Sud de la mystérieuse Natacha et du soudeur Henri se poursuit et le couple improbable sait que le bout de la route n'est plus très loin. Pour la jeune femme, le passeport pour une nouvelle vie est bien cette sacoche pleine de dope, subtilisée à ceux pour qui elle devait la livrer. Pour l'ouvrier des chantiers de Saint-Nazaire, qui a tout quitté pour servir de chauffeur à la jeune femme, l'avenir est plus incertain, et « demain sera un autre jour » pourrait bien être la devise qui illustre le mieux son état d'esprit. Natacha guide, Henri pilote. Chacun garde ses pensées secrètes bien au chaud, pendant que dans l'ombre, la meute des poursuivants se tient prête à tomber sur les fugitifs.

Le second volet de ce diptyque mouvementé est cette fois centré sur le personnage féminin de l'histoire de Varenne et Berlion, comme le laisse d'ailleurs fortement penser la couverture. Natacha est l'objet de l'attention des mafieux qui veulent récupérer leur marchandise, mais « Sud » voit aussi l'entrée en scène d'un second groupe d'acteurs dans la sarabande, les militants basques, qui sont eux en chasse de la jeune femme pour d'autres raisons, politiques. Et c'est Christine qu'ils veulent eux retrouver, la compagne de leur leader, qu'elle a dénoncé aux autorités. Une double identité qui la place dans un double faisceau d'ennuis. Le scénario s'étoffe donc avec cette nouvelle dimension politique, sans jamais perdre en efficacité dans sa narration, au contraire : les croisements des  intérêts des différents protagonistes font tout le piment de  « Dos à la mer ». A tout moment on se demande comment ce duo, formé par un couple que tout semble éloigner, va réussir à s'en sortir. Cette seconde partie tient donc toutes ses promesses, et Olivier Thomas réussit tout autant que dans le premier tome à transporter ses lecteurs, avec des décors toujours aussi soignés et des personnages solidement campés. Ce second aspect n'est pas anodin, car pour la meute de mâles dans laquelle Christine/Natacha se retrouve plongée, il fallait un coup de crayon sûr, pour faire passer les caractères de chacun. Sans oublier Henri, qui, lui, représente un point d'ancrage à la fois solide et doux pour l'héroïne. Bref, « Dos à la mer » est une des réussites de cette année 2012, une histoire noire teintée d'espoir, derrière laquelle on sent aussi bien la patte de l'écrivain qu'est Antonin Varenne que celle du créateur de Tony Corso, Olivier Berlion.
Vous pourrez lire bientôt dans ces pages une interview d'Olivier Thomas, sur son travail avec ces deux auteurs.


Dos à la mer, livre 2 – Sud
Scénario Olivier Berlion et Antonin Varenne
Dessins Olivier Thomas
EP, 2012 – 56 pages couleur – (Collection Atmosphères) – 15,50 €

dimanche 11 mars 2012

[Chronique] - Dos à la mer, ouest

Henri Coutôt est soudeur sur les chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire. C'est un homme simple, discret, qui n'aime pas faire de vagues, même quand il sait qu'il a raison. Ainsi, quand il fait remarquer à son chef de chantier qu'un alliage est trop pourri pour tenir le choc... et que ledit chef lui conseille de s'occuper de soudure et pas de faire de belles phrases, Henri obéit. Mais lorsque, la même journée, au resto populaire où il a ses habitudes, un homme frappe une femme devant toute la clientèle... et qu'il est à la table voisine, cette fois, il se lève. La tête pleine d'images de son enfance où cette même scène entre son père et sa mère se reproduisait sans cesse... Mais quand on n'est pas habitué à la violence, ceux qui en ont fait une manière de vivre vous ramènent vite à la réalité et Henri se retrouve à terre. Et à peine debout, il reçoit dans l'après-midi un second coup qui le laisse tout aussi groggy : il est mis en congé par sa direction après un accident lié à sa soudure, et qui a envoyé un technicien dans le coma... Alors, sans trop savoir pourquoi, il appelle Natacha, la femme qu'il avait tenté de défendre, avec le téléphone oublié par son agresseur au resto. Sans le savoir, il vient de mettre le doigt dans une autre forme d'ennuis.

Cette histoire en deux volumes, co-scénarisée par Antonin Varenne et Olivier Berlion, démarre fort. Axée sur le personnage d'Henri, elle raconte une double fuite. Celle du soudeur qui pressent que sa vie est en train de prendre une mauvaise tournure, mais aussi celle de Natacha, plongée elle au cœur d'une opération de livraison de dope. S'appuyant sur la trame éprouvé des récits d'action mettant en scène les acteurs du trafic de drogue (le commanditaire, le chauffeur, les hommes de mains...), les deux scénaristes vont un peu plus loin que le simple divertissement vitaminé, avec coups de force et poursuites en voiture. Leur personnage de soudeur est un homme qui a des comptes à régler avec son passé, ce qui donne une autre dimension, plus psychologique, à cette première partie, dont la dimension sociale est également omniprésente, avec les conditions de travail sur le chantier, et la vie des hommes et femmes qui y sont liés. Olivier Thomas, déjà auteur de la passionnante trilogie « Sans pitié » chez le même éditeur, rend bien compte de ce quotidien grâce à un dessin minutieux dans ses décors. Ses scènes sur les friches industrielles sont particulièrement réussies, tout comme l'est sa couverture. Il y aurait bien d'autres richesses à évoquer pour ce tome « Ouest », notamment le mystère entourant « Natacha », la femme qui va faire basculer la vie simple de l'ouvrier anonyme vers... vers quoi ? Nous le saurons dans quelques mois, et dans la seconde partie "Sud".Dos à la mer, livre 1 – Ouest
Scénario Olivier Berlion et Antonin Varenne ; dessins Olivier Thomas
EP, 2012 – 56 pages couleur – (Collection Atmosphères) – 15,50 €