Phil
Perfect is back ! Enfin, au moins à Lamballe, Côtes d'Armor, pour
le festival Noir sur la Ville,
qui se déroulera du 17 au 19 novembre 2017. En attendant, Bédépolar
est fier de vous présenter la carte postale de la 21ème
édition du salon "Noir sur la Ville" de Lamballe, réalisée
par Serge Clerc, et qui sera présent à l'occasion de la
parution de son "intégrale Noire" chez Dupuis... Mais je vous en
reparlerai plus longuement bientôt, avec plus de détails sur les
auteurs invités à Noir sur la Ville...
Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !
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mardi 20 juin 2017
samedi 17 juin 2017
[Gloire aux julots !] - Le Prix SNCF du Polar / BD 2017 à "Apache" d'Alex W. Inker (Sarbacane)
Premier
album, et premier trophée pour Alex W. Inker ! Son
"Apache", à l'histoire gouailleuse et originale dans un
Paris des années 30 remporte le Prix SNCF du polar,
catégorie BD et succède à "Zaï zaï zaï zaï" de
Fabcaro. Un prix encourageant pour une première oeuvre faisant déjà
preuve d'une belle maîtrise (pour mémoire : ma chronique ici).
Félicitations à Alex Inker, dont il faudra suivre avec attention la
suite de la carrière, et pas plus tard qu'à la rentrée de
septembre, avec la parution d'un album sur le boxeur des années
20-30 Panama Al Brown, mais je vous en reparlerai...
Et
bravo à Frédéric Lavabre, patron des éditions Sarbacane, qui deux
ans après "Rouge Kharma", décroche une deuxième
fois le prix.
![]() |
| Alex W. Inker et Fred Lavabre, un auteur heureux et un éditeur ravi |
Pour
les autres catégories, les 35
000 votants - nouveau record
de participation - ont
récompensé
le très bon polar
râpeux et rural
"Grossir le ciel" de
Franc
k Bouysse
(Livre de poche)
et le court-métrage
"Hasta que la celda nos separe",
un huis-clos fortement teinté
d'un humour des
Porto-Ricains Joserro et Mariana Emmanuelli.
Rendez-vous
en septembre pour le lancement du prix 2018 !
En attendant... lisez Apache !
lundi 15 mai 2017
[Festival] – Le Prix Mor Vran du Goéland Masqué à Watertown, de Jean-Claude Götting (Casterman)
Le
jury du Prix Mor Vran a désigné sous la double présidence de
François Bourgeon et d’Alain Goutal le successeur à Lax, lauréat
du prix l'an passé pour "Un certain Cervantès".
Il
s'agit cette année de Jean-Claude Götting pour "Watertown",
un album à l'atmosphère étrange, au personnage principal étonnant,
et à la chute finale vraiment surprenante...
Un prix on ne peut plus
mérité pour cette bande dessinée, encore en lice pour le Prix SNCF
du Polar 2017.
Jean-Claude
Götting ne pourra hélas pas être présent au festival du
Goéland Masqué à Penmac'h (29), mais d'autres auteurs de BD
seront là : Antonio Altarriba (Denoël Graphic, scénariste de
L'Art de voler, entre autres...), Alain Goutal, Julien Lamanda
(Sixto), Jaime Martin (Dupuis), Paco Roca (Delcrout),
Laëtitia Rouxel (Locus Solus).
J'aurai
le plaisir d'accompagner Roger Hélias, pour l'animation de deux
rencontres.
La
première autour des "Mémoires de l’Espagne
franquiste" avec Antonio Altarriba, Angel De La Calle, Paco
Roca et Jaime Martin le samedi 2 à 16h30 et la seconde, ce
même samedi à 18h30, avec Roland Michon et Laëtitia Rouxel pour
leur album"Des femmes sur les barricades ", sur la
figure de Nathalie Lemel, Communarde brestoise.
Et
pour toutes les autres animations et rencontres de ce cette 17ème
édition du festival, qui se déroule du 2 au 5 juin 2017, et pour
avoir la liste complète des auteurs invités une seule adresse,c'est ici !
jeudi 4 mai 2017
[Futur sombre] - Judge Dredd - Democratie, par Wagner et MacNeil (Délirium)
Quoi ? Huit ans de Bédépolar et zéro chronique de Judge Dredd ??? Décidément, ce pays va à vau-l'eau... Alors, vite, avant que les Juges de Mega-City One ne me tombent dessus, je brique leur plaque, cire leurs pompes et passe un petit coup de polish sur leurs monstrueux deux-roues, et vous dit illico tout le bien que je pense du tout dernier recueil publié par les dynamiques éditions Délirium : "Démocratie". Et j'ai intérêt parce que, dans les trois histoires qui composent recueil les Juges sont plutôt du côté obscur de la Loi : ils ont la matraque chatouilleuse, et vous explosent la tête pour un oui ou pour un non. Voire pour un "Heu ???..."
"America" met en scène une jeune femme idéaliste - America, donc, de son prénom - engagée aux côtés des Démocrates, qui luttent contre le pouvoir de plus en plus totalitaire des Juges. Ses parents sont venus en Amérique pour la Liberté... et celle-ci n'existe plus. Dans son combat, elle va recroiser la route de son ami d'enfance, Benny Beeny, devenu chanteur à succès, de gentilles guimauves. Son coeur bat toujours aussi fort pour elle, alors, que ne ferait-on pas pour son amour de jeunesse ?
Ce long récit (plus de 60 pages), paru en 1990-91, est une magnifique et tragique histoire d'amour, avec en toile de fond une société ultra-sécuritaire, et qui se clôt sur une page assez glaçante...
"Terror" (2004) n'incite guère plus à l'optimisme : Zomba Smtih, prof en sciences politiques, se retrouve par hasard, dans un bar, au coeur d'un attentat fomenté par Guerre Totale, un groupuscule de "Dems" (les Démocrates, encore cette sale engeance), et en réchappe de justesse : elle a été sauvée par un homme présent sur place qui lui fait quitter les lieux in extremis. Un homme qui savait forcément que quelque chose se tramait... Interrogée par les Juges, elle réussit - à moitié - à les convaincre qu'elle n'y est pour rien, mais "Gil", son jeune sauveur, tombé amoureux d'elle, la recontacte et lui explique tout ce qu'il sait de cet acte terroriste dans lequel en effet il est impliqué. Il veut tout laisser tomber pour elle, mais les Juges les surveillent de près tous les deux sans qu'ils n'en sachent rien. Comment tout cela va-t-il finir ? Mal...
Cette fois, dans ce récit, tout aussi long que le précédent (et paru en 2004) l'intrusion du Pouvoir dans le quotidien des citoyens est encore plus forte, et va jusqu'à la violation de leurs corps mêmes... au nom de la lutte contre le terrorisme. Et le peuple vit dans une peur constante et croissante. Tiens donc...
Et quand une citoyenne essaye de dénoncer ce qu'elle découvre, comme dans le troisième et ultime récit "Mega City Confidential" (2014), le prix à payer est incommensurable.
Ces trois histoires d'une noirceur totale sont signées John Wagner, créateur de Dredd himself, et superbement mises en images par Colin MacNeil. Son dessin - "magistrales illustrations peintes" dixit sa courte bio de fin de volume - parfois proche du pastel, aide grandement à avaler les pilules amères du scénario. C'est d'ailleurs une étrange sensation d'avoir sous les yeux des images presque douces pour une ville infligeant une telle violence à ses citoyens. C'est comme si un lent poison s'était mis à courir dans les veines de chacun, anesthésiant tout idée de révolte.
Comme souvent dans Judge Dredd - qui d'ailleurs ne fait souvent que passer dans ces trois histoires - le lecteur et la lectrice sont emmenés sur des terrains glissants, dérangeants, où chacun doit sans cesse se poser la question de qui est bon pour lui, pour elle, et pour les autres. Sur les choix qu'il a à faire dans un monde qui lui déplaît de plus en plus et dont la principale question se résumerait : je me résigne ou je résiste ? Cela ne vous rappelle rien ? Lisez "Démocratie" !
Judge Dredd - Démocratie ****
Scénario John Wagner et dessin Colin MacNeil
Traduction de Philippe Touboul
Delirium, 2017 - 164 pages couleur 25 €
Sortie avril 2017
"America" met en scène une jeune femme idéaliste - America, donc, de son prénom - engagée aux côtés des Démocrates, qui luttent contre le pouvoir de plus en plus totalitaire des Juges. Ses parents sont venus en Amérique pour la Liberté... et celle-ci n'existe plus. Dans son combat, elle va recroiser la route de son ami d'enfance, Benny Beeny, devenu chanteur à succès, de gentilles guimauves. Son coeur bat toujours aussi fort pour elle, alors, que ne ferait-on pas pour son amour de jeunesse ?
Ce long récit (plus de 60 pages), paru en 1990-91, est une magnifique et tragique histoire d'amour, avec en toile de fond une société ultra-sécuritaire, et qui se clôt sur une page assez glaçante...
"Terror" (2004) n'incite guère plus à l'optimisme : Zomba Smtih, prof en sciences politiques, se retrouve par hasard, dans un bar, au coeur d'un attentat fomenté par Guerre Totale, un groupuscule de "Dems" (les Démocrates, encore cette sale engeance), et en réchappe de justesse : elle a été sauvée par un homme présent sur place qui lui fait quitter les lieux in extremis. Un homme qui savait forcément que quelque chose se tramait... Interrogée par les Juges, elle réussit - à moitié - à les convaincre qu'elle n'y est pour rien, mais "Gil", son jeune sauveur, tombé amoureux d'elle, la recontacte et lui explique tout ce qu'il sait de cet acte terroriste dans lequel en effet il est impliqué. Il veut tout laisser tomber pour elle, mais les Juges les surveillent de près tous les deux sans qu'ils n'en sachent rien. Comment tout cela va-t-il finir ? Mal...
Cette fois, dans ce récit, tout aussi long que le précédent (et paru en 2004) l'intrusion du Pouvoir dans le quotidien des citoyens est encore plus forte, et va jusqu'à la violation de leurs corps mêmes... au nom de la lutte contre le terrorisme. Et le peuple vit dans une peur constante et croissante. Tiens donc...
Et quand une citoyenne essaye de dénoncer ce qu'elle découvre, comme dans le troisième et ultime récit "Mega City Confidential" (2014), le prix à payer est incommensurable.
Ces trois histoires d'une noirceur totale sont signées John Wagner, créateur de Dredd himself, et superbement mises en images par Colin MacNeil. Son dessin - "magistrales illustrations peintes" dixit sa courte bio de fin de volume - parfois proche du pastel, aide grandement à avaler les pilules amères du scénario. C'est d'ailleurs une étrange sensation d'avoir sous les yeux des images presque douces pour une ville infligeant une telle violence à ses citoyens. C'est comme si un lent poison s'était mis à courir dans les veines de chacun, anesthésiant tout idée de révolte.
Comme souvent dans Judge Dredd - qui d'ailleurs ne fait souvent que passer dans ces trois histoires - le lecteur et la lectrice sont emmenés sur des terrains glissants, dérangeants, où chacun doit sans cesse se poser la question de qui est bon pour lui, pour elle, et pour les autres. Sur les choix qu'il a à faire dans un monde qui lui déplaît de plus en plus et dont la principale question se résumerait : je me résigne ou je résiste ? Cela ne vous rappelle rien ? Lisez "Démocratie" !
Judge Dredd - Démocratie ****
Scénario John Wagner et dessin Colin MacNeil
Traduction de Philippe Touboul
Delirium, 2017 - 164 pages couleur 25 €
Sortie avril 2017
dimanche 19 mars 2017
[Harry is back] - L'Exécuteur 2 - La Confession, par Wagner et Ranson (Délirium)
"Moi, Henry Kenneth
Exton, communément appelé Harry, rédige ces aveux car j'estime
qu'on cherche à m'assassiner. [...]
En mars 1991, j'ai été
contacté par Calvin Davies, une connaissance qui remontait à mes
années de service au SAS et en tant que mercenaire. Il m'a proposé
de participer au "jeu mortel" : un jeu de meurtres où l'on
joue gros, un homme contre un autre homme, contrôlés par de
mystérieux commanditaires, les "voix". En y prenant part
on peut devenir très riches... ou très mort. En avril 1991, je suis
devenu un joueur. Un "exécutant". [...]
En mars 1993, grièvement
blessé, j'ai été drogué et enlevé de force de l'hôpital St
Thomas, par des agents dont l'identité demeure pour moi à ce jour
inconnue. Lorsque j'ai repris conscience, j'étais Harold Martin
Elmore, un courtier en bourse anglais en semi-retraite. Marié, sans
enfant, menant une vie tranquille dans le comté de Columbia, New
York.
Ma réputation avait dépassé
les frontières anglaises. J'avais une nouvelle identité et un
puissant commanditaire. J'étais de retour dans le jeu.[...]
Mon nouveau mécène était,
et est toujours à ce jour, le sénateur américain Albert Jacklin.
[...] Il m'a fait une proposition : que je combatte pour lui, que je
devienne son exécutant, pour un an, et, à l'issue de cette année,
je serais libre de m'en aller. Et je partirais très riche. Tout en
faisant partie de ma couverture, ma "femme" Cora gérerait
tous les détails et serait mon contact auprès de Jacklin. Je serais
libre de me concentrer sur ce que je savais faire de mieux : tuer."
[...]
Quoi
de mieux que ces quelques extraits des quatre pages de la confession
d'Harry Exton, qui rythment le récit en autant de "chapitres",
pour vous plonger dans ce superbe deuxième tome de "L'Exécuteur"
? Les premières lignes, la première page, rappellent comment Harry
est entré dans la danse macabre du jeu, et c'est ce qui est raconté
dans les 96 pages du premier tome (pour plus de détails, ma
chronique de "Jeu mortel").
Et donc, on retrouve notre dur-à-cuire de l'autre côté de
l'Atlantique, prêt à reprendre du service, pour ce nouveau
commanditaire, Albert Jacklin, sénateur richissime, qui lui a trouvé
un chaperon idéal en la personne de Cora, rousse incendiaire et
désormais épouse légitime d'Harry... C'est tout cet épisode
américain, qui se déroule deux ans après les débuts anglais de
l'exécutant Henry Exton, qui est raconté dans "La
Confession"... et autant le dire tout de suite : ce deuxième
opus est encore plus réussi que le premier !
D'entrée,
son réveil aux Etats-Unis, avec Cora en femme légitime mais dont il
n'a aucun souvenir de mariage, installe une situation de malaise, un
doute dans l'esprit d'Harry sur les intentions réelles de sa superbe
moitié. (Ce début n'est d'ailleurs pas sans rappeler l'épisode
"The morning after" d'Amicalement Vôtre, où Sinclair se
réveille marié en Suède...). Puis arrivent les scènes de jeu,
avec les exécutants attitrés de chacun des commanditaires, et là,
toute la force du scénario de Wagner se déploie : petit à petit,
le caractère incontrôlable d'Harry se confirme aux yeux du
sénateur, et jusqu'à l'épilogue, époustouflant, il va se rendre
compte qu'il a joué avec le feu. Et en choisissant des lieux
vraiment particuliers pour le déroulement des "parties" -
un muséum d'histoire naturelle bourré de visiteurs, un cinéma
diffusant un film de vampire, un abattoir... - Wagner permet à
Arthur Ranson de dessiner des scènes proprement - salement serait le
mot le plus juste - hallucinantes. Sans oublier un impitoyable duel à
quatre joueurs, véritable hommage au western et à ses scènes de
canardage à tout-va dans des rues désertées et plombées par le
soleil... Ni cette scène, où, une fois de plus, Harry va finir par
comprendre qu'il n'est plus en odeur de sainteté auprès de son
patron. Comme en Angleterre...
Evidemment,
il va s'en tirer - et je vous laisse découvrir comment ! - et on
referme cette "Confession" en se disant "Woaw !" -
ou quelque chose du genre - et aussi : "vivement la suite !".
Car comme prévu, il y aura bien un troisième tome chez Délirium,
et on ne louera jamais assez ce choix d'avoir exhumé cette pépite
qu'est "Button Man" (le titre en VO), injustement méconnue
chez nous, et d'avoir entrepris la traduction de tous les épisodes.
Même 25 ans après sa création, cette série est un des meilleurs
"Crime comics", branche noire, qu'il m'ait été donné de
lire. Ne la ratez surtout pas !
L'Exécuteur 2 - La
Confession *****
Scénario John Wagner et
dessin Arthur Ranson
Traduction de Philippe Touboul
Delirium, 2017 - 128 pages
couleur - 24 €
Sortie
le 21 mars 2017
dimanche 12 février 2017
[Disparition] - Jirô Taniguchi : Trouble is my business, Tokyo Killers, le Sauveteur. Ou quand le Maître broyait du Noir...
Vous
l'aurez remarqué, le manga se fait rare dans les pages de Bédépolar.
Mais il n'était pas possible de passer ce dimanche sans vous parler
un peu de Jiro
Taniguchi,
mort hier à l'âge de 69 ans, et qui était certainement, en France,
le mangaka
le plus connu des amateurs de bandes dessinées "littéraires",
à défaut d'être le plus connu,
tout court. Angoulême lui avait rendu un hommage appuyé en 2015 en
lui consacrant une grande rétrospective. Taniguchi était sans
conteste un maître du manga d'introspection, intimiste,
psychologique... tout ce qu'on voudra, et assez éloigné des
représentations que l'on se fait de la bande dessinée japonaise.
Oui, sauf qu'on l'oublie peut-être, mais Taniguchi a débuté par le
polar, dans la plus pure tradition "hard-boiled". D'abord,
à l'aube des années 80, par une série "Trouble
is my business",
scénarisée par
Natsuo
Sekikawa
(6 tomes parus chez Kana en 2013-14),
mettant en scène un privé, Jôtarô
Fukamachi, plongé
au coeur d'affaires alambiquées, et dénoués non sans un humour...
un peu particulier, et
puis, il y eut ces autres récits
parus dans le milieu des années 1980, et que Kana, l'an passé, a
aussi
eu
la bonne idée de publier dans le recueil "Tokyo
Killers".
Marc
Fernandez, dans sa post-face, resitue clairement les choses, et
prévient tout de suite : " (...)
Quant aux fans de polars et de romans noirs, cette lecture les ravira
tant Jirô Taniguchi et son complice scénariste des débuts, Natsuo
Sekikawa,
ont emprunté aux codes du genre, tout en réussissant le tour de
force de le renouveler (...) ".
Un recueil étonnant, qui s'ouvre sur "Good
luck city",
récit inachevé, découpé en scène comme au cinéma, et mis en
pages en longues cases verticales, sans texte, si ce n'est celui de
la narration, en bas, un peu à la manière de "Chandler,
La Marée Rouge"
de Jim Steranko. Puis
trois autres récits constituent le coeur de "Tokyo Hôtel"
où un tueur et une tueuse à gage sont les personnages centraux
d'histoires bien noires, dures, violentes, et enfin, "Meurtre
tokyoïte"
vient conclure le livre. Un autre récit étonnant où un Français,
parti travailler au Japon, en découvre les mystères, y compris les
plus sombres puisqu'il demande à comprendre le fonctionnement des
yakuzas. Cette histoire est l'adaptation d'une nouvelle d'Alain
Saumon, et elle avait été publiée en 1985 dans Metal Hurlant... ![]() |
| Good luck city... Vraiment ? |
Casterman, qui
avait été le premier éditeur à éditer Taniguchi, avait
publié un autre polar, en 2007, un récit dense, Le Sauveteur. Un
retour aux sources , un peu pour l'auteur, mais pas de yakuza, ni de serial killer à
la mode nippone dans cette longue histoire, plutôt une plongée au
coeur des sentiments, derrière une enquête solitaire : Shiga,
gardien d'un refuge dans les Alpes japonaises, est contacté par
Yoriko, une vieille amie, morte d'inquiétude pour sa fille Megumi,
15 ans, qui a passé la nuit hors de chez elle et ne donne plus signe
de vie. Tenant sa promesse de veiller sur celle qui est la fille de
son meilleur ami mort en montagne, Shinga part à l'assaut de la
capitale, et entreprend de mener une enquête en marge de celle de la
police. Ses premiers pas le conduisent auprès d'une amie de Megumi
qui lui affirme que la jeune disparue n'était pas la fille modèle
que sa mère croyait... D'emblée captivante, l'intrigue de Taniguchi
réussit à mêler introspection et action, et insiste sur les
rapports d'amitié liant les différents personnages. Elle est aussi
l'occasion d'une découverte de l'envers du décor d'un Japon méconnu
(les « souteneurs » et leur relation avec les jeunes
filles). C'est en tous cas une histoire forte qui est contée, et on
ne lâche pas l'album avant la toute dernière page.
Voilà.
Je ne suis pas assez connaisseur de l'oeuvre immense de Taniguchi
pour savoir si elle recèle d'autres pépites noires, mais vous
pouvez déjà aller jeter un oeil du côté de ces trois titres, tous
excellents.
Le
Sauveteur - Casterman2007, collection Sakka - 340 pages
Trouble
is my business; Kana 2013-2014 - 6 volumes Entre 215 et 300
pages -
Tokyo
Killers - Kana, 2016 - 200 pages en noir et blanc et en couleurs
lundi 6 février 2017
[Art volcanique] - Le Retour, par Bruno Duhamel (Bamboo - Grand Angle)
Cristobal,
l'enfant du pays, l'artiste international revenu trente ans
auparavant sur son île natale pour en faire un havre de culture
préservé de la rapacité des promoteurs et la protéger du tourisme
de masse, trouve la mort dans un accident de voiture.
Une
mort qui encombre un peu les autorités du continent, car elle
survient peu avant des élections... et que l'autre véhicule, celui
qui a vraisemblablement percuté la voiture de la gloire locale, a
purement et simplement disparu. Pourtant, l'île n'est pas bien
grande, et son caractère inhospitalier - elle est constituée sur
les deux-tiers de lave solidifiée - ne pourra guère dissimuler
longtemps le véhicule fantôme... Mais qui aurait bien pu en vouloir
à cet homme, qui, au service de "son" île, a dépensé sa fortune, apporté son talent et a
mis sa réputation mondiale en jeu ? Des ennemis écartés un peu
trop brutalement par Cristobal dès son retour ? Des amis, jaloux ou
aigris, qui trouvent que l'homme qui a façonné l'île à son image
leur fait trop d'ombre ? Jusqu'où l'inspecteur Claudio Ramirez,
envoyé sur place pour éclaircir le mystère de cette mort peut-être
pas si accidentelle, va-t-il devoir creuser ? Il ne le sait pas
lui-même lorsqu'il arrive sur les lieux, où le moindre espace est transformé en véritable
oeuvre d'art...
"Le
Retour" - premier album solo de Bruno Duhamel (dessinateur, côté polar, de la pittoresque série "Harlem"
mettant en scène Mose et Lennox, deux bras-cassés un brin
losers...) est original à plus d'un titre. D'abord par le choix du
sujet, ambitieux : le pouvoir de l'Art face à la marchandisation à
outrance, en l'occurrence, face à la prolifération bétonnière des
endroits sauvages, à seule fin de gagner du fric. Cette lutte est
personnalisée via Cristobal, gloire internationale, colosse
irascible, sûr de son Art, qui va tout mettre en oeuvre pour
contrecarrer les rêves de tourisme de masse de la municipalité.
Dont le maire n'est autre qu'une vieille connaissance de l'artiste :
petit, Gaspard jetait à la figure de Cristobal que celui-ci ne
savait que peindre des trucs moches... Et le principal "truc
moche" en question, et qui fascine le gamin, n'est autre que "Le
Dragon", ce volcan en sommeil qui domine toute l'île de son
ombre menaçante. Duhamel réussit parfaitement à faire passer cette
fascination exercée par la nature, hostile, sur Cristobal, et sa
façon d'essayer de la dompter, à travers ses créations. Tout comme
il met parfaitement en scène tous les protagonistes de son histoire,
qu'on découvre petit à petit, à travers une construction habile,
par flashbacks, après avoir démarré sur le point mystérieux de
l'album : la mort de Cristobal.
![]() |
| Le cadeau qui va tout déclencher... |
"Le
retour" est de ce fait très bien rythmé, et le choix d'avoir
"inversé" les couleurs, en optant pour la quadrichromie
pour le passé, et la bichromie (aux tons variables) pour le présent
est judicieux. Il donne ainsi à voir les oeuvres monumentales
disséminées partout sur l'île de manière plus spectaculaire et de
mieux mesurer l'ambition folle de Cristobal, sur cette terre peu
accueillante, fut elle natale...
Bruno
Duhamel ne cache pas, dans une introduction à l'album, s'être
inspiré du parcours de l'artiste Cesare Manrique sur l'île de
Lanzarote (aux Canaries) pour imaginer son histoire. Mais, au-delà
de ce point de départ - un rêve d'artiste, pas loin d'être
utopique - Duhamel aborde bien d'autres choses, dont les rapports
humains (père-fils, mari-femme, artiste(s)-artiste(s), artiste-politique...) ne sont
pas les moindres. Et comme c'est traité avec finesse, et, qu'en
guise de cerise sur le gâteau, le suspense est ménagé jusqu'au
bout, il n'est pas besoin de chercher bien loin : voici un des
premières grandes réussites de cette année.
Le Retour ****
Texte et dessin Bruno Duhamel
Grand Angle, 2017 - 96 pages
couleur et bichromie - 18,90 €
dimanche 5 février 2017
[Chouchous] : La sélection Bédépolar 2016
Bon,
j'y ai mis le temps, mais voici mes 10 albums polar de l'année
2016... choix entièrement subjectif, of course ! Et comme je suis
aussi un peu fainéant, ce que vous allez lire est exactement ce que
j'ai écrit pour le dernier numéro de la revue "813", des
Amis des littératures policières. Avec le lien vers mes
chroniques intégrales en plus... sauf pour les deux premiers albums de cette
liste, pour lesquels je n'avais pas rédigé de billet sur Bédépolar.
Ce qui est un tort, car ils sont excellents. Comme tous les autres de
cette sélection 2016.
Pour
commencer, c'est aux Etats-Unis, fin de 19ème siècle, que nous
transporte le dessinateur hollandais Erik Kriek dans son splendide
Dans les pins (Actes Sud / L'an 22). Sous-titré 5 ballades
meurtrières, il s'agit ni plus ni moins de la mise en image
de... murders ballads, des chansons issues de la tradition
américaine, mettant en scène de pauvre bougres qui finissent le
plus souvent au bout d'une corde, ou avec une balle dans la tête. De
ces chansons, Kriek a tiré des histoires sombres, rurales,
maritimes... peuplées d'amants, de maris jaloux, d'évadés,
d'alcooliques... toute une Amérique sous la coupe de la violence des
armes et des sentiments refoulés. Le talent du dessinateur pour
dépeindre ces vies sinistrées est grand : ses personnages sont des
plus expressifs, quant aux décors dans lesquels ils évoluent, ils
sont saisissants. Qu'il s'agisse d'un voilier pris en pleine tempête
("La belle Polly et le charpentier de marine") des instants
ultimes d'un condamné ("Le grand voile noir"), de la fuite
d'un Noir terrorisé par ses agresseurs ("Taneytown") d'un
viol en pleine forêt ("Caleb Meyer") ou de l'exécution
sommaire d'un fugitif dans une rivière ("Là où poussent les
roses sauvages"), toutes ces scènes sont glaçantes de
réalisme. Et la bichromie, différente à chaque histoire, choisie
pour ces ballades, vient, par ses jeux d'ombres renforcer le côté
noir de "Dans les pins". Une vraie découverte.
De
l'autre côté de l'Atlantique, en France, presque à la même
période, la vie de l'auteur d'un célèbre agitateur du tout début
du 20ème siècle ferait presque figure de divertissement...
N'exagérons pas, mais il est vrai que Alexandre Jacob, journal
d'un anarchiste cambrioleur, signé Vincent et Gaël Henry
(Sarbacane) restitue bien la vie tumultueuse, risquée et
provocatrice, avec une bonne dose d'humour, de celui qui fut - et est
encore ? - considéré comme le "modèle" d'Arsène Lupin.
Une thèse que conteste Jean-Marc Delpech, un des cinq biographes de
Jacob, dans la postface de cet album, tout en expliquant que la vie
d'Alexandre Marius Jacob demeure pleine d'interrogations. Les auteurs
de la bande dessinée, eux, choisissent de débuter son histoire à
la veille du procès de l'anarchiste, en mars 1905, au moment où
parait en une de "Germinal, journal du peuple", une
déclaration de Jacob : "Pourquoi j'ai cambriolé". Et de
terminer par la conclusion du procès et la condamnation de Jacob
pour le bagne. Entre ces deux chapitres, c'est toute sa jeunesse qui
est racontée, de ses jeunes années de mousse sur les paquebots,
jusqu'aux cambriolages audacieux signés "Attila", et bien
sûr, sa conversion aux idées anarchistes, et la formation de sa
bande. Les dialogues de Vincent Henry parviennent parfaitement à
rendre vivante la pensée Jacobienne sur la société, et les
épisodes-clés de son parcours de cambrioleur sont racontés avec
verve. Et Gaël Henry - au style graphique de la famille Blain - Sfar
- dessine avec un dynamisme entraînant toutes ces années où
Alexandre Jacob dérangeait tout le monde avec son "illégalisme
pacifique"...
C'est
à travers toute l'Europe que se déroulent les aventures de Silas
Corey, de Nury et Alary (Glénat). Le tome deux du Testament Zarkoff clôt un diptyque qui
lance le héros sur les
traces de l'héritier unique, et fils naturel, de la comtesse
Zarkoff, une femme à la tête d'une fortune colossale construites
sur les cendres de la première
guerre
mondiale. Les
aventures de Silas
Corey, mi-détective,
mi-espion,
croisent plus d'un genre
: après un point de départ
de facture policière, (le
meurtre d'un détective)
l'intrigue tourne vite à
une course
contre la montre géo-politique, teintée de .... romantisme. En
plaçant leurs personnages au coeur de l'Histoire - l'Europe de
l'immédiat après-14-18 - Fabien Nury et Pierre Alary, donnent à
lire tout à la fois un formidable récit d'aventures, parsemé de
scènes spectaculaires assez époustouflantes (duel sur des toits en
plein incendie,
courses-poursuites dans les rue Munichoises,
embuscade en forêt...) et un récit historique, où les peuples sont
emportés par le tourbillon des événements, et peuvent s'inquiéter
pour leur avenir commun. Et le romantisme dans tout cela ? Il est
personnifié par les relations que Silas entretient avec les deux
personnages féminins,
forts, du diptyque
: Nina, la femme de l'héritier, pour lequel il joue le chevalier
servant et protecteur, et Marthe,
espionne pour le compte du Deuxième Bureau français. Deux
femmes qui le font vaciller, mais pour lesquelles il ne renoncera
pas à sa vie solitaire... Au final,
de cet alchimie des genres est
né un personnage
les plus attachants du
moment, intrépide et
flegmatique à la fois, humaniste
dans l'âme. Un héros
presque "vernien"
comme il ne s'en fait plus beaucoup de nos jours...
Il
est aussi question d'espions, mais dans l'Europe des années 50,
cette fois. Kaplan et Masson forment
eux un duo original, dont l'apparition remonte déjà à 2009 (dans
"La théorie du chaos") et c'est un vrai plaisir de les
retrouver dans cet ahurissant "Il faut sauver Hitler".
Jean-Christophe
Thibert, y
reprend le mythe du
Führer ayant échappé à la mort dans son bunker en avril 1945, et
dont les adorateurs, eux, dans le secret, préparent le retour. Pas
vraiment original, se dit-on, sauf que très vite, on voit l'habileté
de l'auteur : il ne s'agit pas du vrai Hitler mais d'un sosie, un
Français, Jules Lantier, germanophone distingué et acteur... Une
trouvaille des services secrets français, pour enfumer les pays
adverses, où Lantier est le personnage-clé de l'opération "Piège
à cons". Cela marche si bien que le pauvre Hitler de pacotille
(mais au demeurant très crédible) est devenu l'homme à abattre de
tout le monde.... Il faut donc le tirer des griffes d'innombrables
ennemis. Ce que font Kaplan, Masson et le facétieux japonais Watabe,
dans une succession de scènes hyper-spectaculaires où les coups de
poing pleuvent, les mitraillettes arrosent à gogo, les murs de
chambres d'hôtel sont pulvérisés au bazooka, et des véhicules de
toutes sortes finissent en amas de tôles informes. Le tout avec une
précision, une élégance et une efficacité dans le trait qui
forcent le respect. C'est même carrément du grand art ! Il y a
évidemment une dimension parodique à tout cela, et ce second tome
franchi un palier dans ce domaine. Et donne fortement envie de
retrouver plus vite ces grands malades...
Mais
il y a encore plus malade qu'eux, puisque entre en piste l'inénarrable
Scott
Leblanc, qui a
l'immense honneur de croiser sur sa route
Sa
Majesté le Roi des Belges. Notre sympathique reporter,
qui travaille pour le magazine "Bien en vue",
où il tient avec une foi et un enthousiasme chevillés au corps la
rubrique "Des animaux et des stars",
est
tout fier d'avoir obtenu une interview du roi Baudouin, car,
comme il le dit : "
J'ai le sentiment qu'un homme aussi charismatique doit avoir des
choses passionnantes à dire sur le monde animal"...
Sauf qu'il ignore qu'il va servir d'appât à une odieuse
substitution d'altesse...
et qu'il va tout simplement se faire enlever. Et sa brave maman,
folle d'inquiétude va supplier le professeur Moleskine, habituel
compagnon de route (mais qui se passerait bien de ce fardeau) de
Leblanc. Les voici donc tous deux sur les traces du pauvre reporter,
aux mains de méchants qui ont pour simple ambition de rayer de la
carte URSS, Etats-Unis et Europe et d'installer un ordre nouveau...
"Echec
au roi des Belges",
est déjà la quatrième aventure de Scott Leblanc et il faut dire
sans détour : c'est toujours aussi débile... mais qu'est ce que
c'est roboratif ! Voilà un pur pastiche de Tintin : c'est évident
graphiquement, Devig dessinant
dans un style tout hergéen ces aventures débridées, et cela se
confirme au niveau des textes, écrits par
Geluck.
On ne compte plus les "diaboliques machinations", "sinistre
forfait" et autre expressions surannées qui parsèment les
conversations et récitatifs. La cerise sur le gâteau étant bien
entendu la naïveté simplette du héros, toujours là pour poser les
questions les plus stupides aux moments les plus délicats. Et en
plus, sa mère est cette fois de la partie...
Au secours !
Toujours
les années 60, mais retour aux Etats-Unis pour le
Watertown de Jean-Claude
Götting -
(Casterman). Philip
Whiting travaille pour le cabinet d'assurances Barney & Putnam,
dans la petite ville de Watertown. Dans sa vie terne et bien réglée,
il y a ce passage quotidien et matinal par la pâtisserie Clarke, où
il achète un muffin, servi par Maggie Laegger, l'employée que
Whiting a toujours vue ici. Et voici qu'un jour, en réponse à son
"à demain" habituel, Maggie répond "Non. Demain je
ne serai plus là". Et le lendemain, en effet, la jeune femme
n'est plus là. Mais son patron, n'y sera plus non plus,
définitivement : il est mort, écrasé par une lourde étagère de
sa cuisine... et personne ne revoit plus Maggie à Wattertown.
Whiting se met en chasse... mais comment s'y prendre quand on est un
simple agent d'assurance ?
Watertown,
vaut
tout autant par cette obsédante quête de la vérité menée par
Whiting, qu'il mène avec difficultés car... détective, ce n'est
pas son métier : "J'étais
sûr qu'un auteur de roman policiers saurait trouver ici vingt
scénarios possibles. Mais pour l'instant, je séchais",
que pour les raisons intimes qui le poussent dans cette quête : "
De modeste employé subalterne, je m'étais promu détective, tentant
de confondre une meurtrière à laquelle personne ne semblait
s'intéresser. J'avais peut-être une chance de devenir une
personnalité considérée de Watertown Une célébrité locale dont
on parlerait dans la gazette, et pourquoi pas jusqu'à Boston..."
Un
double intérêt dans la lecture, servi par le style Götting, celui
de ses débuts, qui s'accompagne pour la première de la couleur.
Résultat : une Amérique des années 60, un brin vintage, et une
véritable atmosphère, digne des romans et films noirs de l'époque.
Avec une chute qui est loin d'être celle attendue au bout du chemin
de Philip Whiting...
L'Eté Diabolik, de
Smolderen et Clérisse (Dargaud),
est lui encore plus étrange...
et difficile à raconter. L'éditeur fait dans la sobriété : "Un
agent secret sorti de nulle part, un accident dramatique, une fille
troublante et la disparition de son père, le tout en deux jours...
Pour Antoine, 15 ans, l'été 1967 sera celui de toutes les
découvertes. " Cette
tentative de mise en appétit rend difficilement justice à
l'extraordinaire jubilation qui s'empare du lecteur de l'Eté
Diabolik : voici une bande dessinée d'une immense richesse. Déjà,
dans sa construction - les 100 premières pages sont un flash back
sur le fameux été - cet album ménage admirablement le suspense sur
ce qui s'est réellement déroulé au cours de cet été 67. Tous les
éléments sont bien là, mais,
à l'instar du
narrateur, il nous manque les clés pour saisir quelles forces sont à
l'oeuvre sous nos yeux. Clés qui nous sont données dans la seconde
partie, plus de vingt ans plus tard, alors qu'Antoine est devenu
écrivain, et qu'il a fait de cet épisode fondateur de sa vie un
livre libérateur. Autre richesse du scénario de Thierry Smolderen,
et non la moindre, cette magnifique idée d'introduire le célèbre
personnage de Diabolik en toile de fond, et de réussir le tour de
force d'en faire un personnage à part entière de l'histoire... sans
être là "en chair et en os". Car c'est bien l'esprit de
Diabolik qui plane sur toute ces pages, symbole parfait de la menace
qui rôde, de l'homme insaisissable... Et si cet Eté Diabolik
transporte autant ses
lecteurs, c'est aussi
grâce au dessin
époustouflant d'Alexandre Clérisse.
Ce qui frappe immédiatement, c'est évidemment les couleurs choisies
par le dessinateur pour cet album, qui, tout en semblant provenir
d'époques aussi
variées que celle des Spoutniks, de Warhol ou encore de Pellaert,
aboutissent finalement à une impression de lecture éminemment
contemporaine.. et audacieuse. Une audace récompensée déjà par quelques prix, dont Le Fauve Polar SNCF 2016.
C'est
dans une Angleterre des années quatre-vingt dix que se déroule
L'Exécuteur de
Wagner et Ranson (Délirium). Harry Exton, ancien mercenaire
rangé des missions, est tiré de sa retraite par un vieil ami, Carl,
qui lui parle d'un moyen assez spécial de se faire un maximum de
fric. Un jeu, pas vraiment légal, mais vraiment dangereux : les
participants doivent éliminer une cible, dont ils ne savent rien, si
ce n'est qu'elle leur a été désignée par une mystérieuse "voix".
Chaque victoire rapporte un beau pactole à l'exécuteur... tout
comme à sa Voix. Harry refuse dans un premier temps, mais quand il
est lui même pris pour cible, et qu'il parvient à éliminer son
tueur, le voici d'office dans la ronde infernale du jeu. Il devient à
son tour un des exécuteurs en compétition, jusqu'à ce qu'il décide
de sortir du jeu. Mais on ne quitte pas le jeu de son propre chef. Et
si on le quitte, c'est les pieds devant. Harry n'est pas tout à fait
d'accord...
Excellente
chose que cette nouvelle édition par Delirium du "Button
man" (le titre en vo) de John Wagner et Arthur Ranson.
Quelle histoire prenante, et quel dessin ! Le scénariste John Wagner
plonge son personnage dans une chasse à l'homme froide, où la
violence n'a rien de fascinant. Et où, comme il l'écrit dans la
préface "... il n'y a pas de gentil. Des tueurs sans pitié,
oui, ça plein.... Et Harry lui-même est un être humain glacial et
implacable comme on en voit peu". Certes, c'est un peu
l'archétype de la figure du tueur à gages, sauf que là, il y a ce
jeu, où les puissants de ce monde jouent avec la vie de autres, avec
toute l'arrogance qui peut caractériser certains riches. Et,
surtout, tout cela est sublimement découpé, et mis en images, par
Arthur Ranson, dont le trait ultra-réaliste subjugue dès la
première planche. Et ses décors, que ce soit sa campagne, qui
suinte littéralement d'angoisse, ou sa ville, nappée d'un
brouillard mortel pour qui s'y perd, le tout dans une ambiance
nocturne, tout est réuni pour un thriller, un vrai, qui fait
flipper.
L'Homme qui ne disait jamais non, par
Tronchet et Balez (Futuropolis)
ne suscite,lui,
guère l'angoisse... bien au contraire ! Voici l'histoire d'Etienne
Rambert, amnésique dès sa
descente
de l'avion à Lyon, après un long voyage en provenance de l'Amérique
du Sud. Violette, une hôtesse de l'air qui avait déjà repéré
l'énergumène dans l'avion, lui vient en aide, ravie de rencontrer
son premier amnésique, un sujet parfait dans le cadre de ses études
de psychologie. Sur le chemin qui les mène vers le domicile supposé
d'Etienne, elle lui demande même si elle peut prendre des notes pour
sa thèse, sur cet état qui la fascine. Le jeune homme, encore
déboussolé par son état, accepte et voici l'improbable couple aux
portes de la luxueuse maison moderne du dénommé Etienne Rambert.
Violette décide d'arrêter là son rôle de chaperonne, persuadée
que son passager va retrouver les siens, et forcément, les souvenirs
qui vont avec, mais personne ne vient ouvrir au coup de sonnette
d'Etienne. Violette décide de rester avec lui et tous deux entrent
dans la maison. C'est le début d'une drôle d'aventure pour tous les
deux...
Après
bien d'autres, Didier Tronchet et Olivier Balez s'emparent du thème
de l'amnésie et nous embarquent dans une histoire mouvementée, de
Lyon à Quito. L'habileté du scénariste est double : réussir à ne
pas lâcher son lecteur avant le dénouement tout en éliminant ce
qui a déjà été fait sur le thème de
celui-ou-celle-qui-a-perdu-la-mémoire-et-qui-se-demande-quand-tout-cela-va-s'arrêter
(non ce n'est pas un titre de Hillerman). Et c'est grâce au
formidable personnage de Violette, hôtesse de l'air "mais pas
que" que le pari est réussi. Car c'est elle qui, au fil des
pages, énumère les cas déjà rencontrés dans les polars, et leur
règle leur compte définitivement : "Ne me faites pas le
coup du jumeau, qui est l'autre grosse ficelle des intrigues
policières". Par exemple. Il est d'ailleurs clair que cet
album a comme fil rouge un hommage au récit policier, qu'il soit
littéraire, ou cinématographique, et que certaines scènes ont un
petit accent hitchcokien très agréable.
Et
pour finir, Mort aux vaches, de
Ducoudray et Ravard (Futuropolis).
Un quatuor de braqueurs vient de réussir
son coup : un beau magot prélevé sans heurts à l'agence BK, de
Clermont l'Abbaye. Mais pas question de claquer tout le fric sans
précaution. Non : rien ne vaut une bonne mise au vert, à la
campagne, donc, histoire de se faire oublier un peu de la flicaille
et d'attendre tranquillement que les choses se tassent. C'est en tous
cas l'avis - et les ordres - du chef de la bande, Ferrand. C'est le
cerveau du casse, et il est de tendance un peu anar. Ses trois
acolytes sont eux aussi un peu typés : José, est le compagnon de
route, et de plumard, du chef. Un Espagnol aux allures de vieux beau.
Romuald, alias Romu, est le préposé aux biceps. C'est l'armoire à
glace du groupe, mais sans la glace, car le garçon a tendance à
oublier de réfléchir. Quant à l'élément féminin du gang, c'est
Cassidy, grande gueule et délurée, qui n'hésite pas à jouer de la
langue, ou autres attributs qui font tourner certaines têtes, quand
les situations deviennent délicates...
Tout
ce petit monde se replie donc dans la ferme d'un oncle de Ferrand, et
de son fils, le cousin Jacky, et espère qu'un mois suffira à faire
tomber le braquage dans l'oubli. Mais nous sommes en 1996, et se
planquer dans une ferme en plein crise de la vache folle, c'était
peut-être pas la meilleure des idées...
Déjà
associés sur l'excellent "La Faute aux Chinois", où ils
donnaient leur vision, teintée d'humour noir, du capitalisme
mondialisé, François Ravard et Aurélien Ducoudray nous amènent
cette fois sur un terrain plus rural, mais non moins drôle, avec cet
album digne des meilleurs polars français des seventies... Ce qui
frappe très vite, ce sont ces dialogues gouailleurs et percutants,
réussis de bout en bout, et qui constituent un véritable hommage à
Audiard. On croise une foule de personnages, légèrement abrutis,
tout au long des pages, de l'oncle taiseux et du cousin sanguin, à
une filière de Roumaines à marier, en passant - évidemment - par
des gendarmes gentils mais un peu concons... Tout ce monde tourne
autour du quatuor, qui lui non plus ne brille pas toujours par sa
sagacité, et on tourne les pages en se demandant avec délectation
comment tout cela va finir. Côté dessin, c'est également un
plaisir de retrouver le trait de François Ravard, qui est tout aussi
à l'aise dans ce registre, plutôt léger, que dans son travail,
plus sombre, sur "Les mystères de la Cinquième République".
Il y a parfois des airs de faux-frères entre Ferrand, et Paul Verne,
le commissaire de sa série chez Glénat. Bon, Ferrand est tout de
même plus un cousin de Lino Ventura... y compris dans le caractère.
Vous l'aurez compris : voici un polar qui sort des sentiers battus,
intelligent, bien construit, où l'humour règne avec une légèreté
inversement proportionnelle au poids d'Attila, le taureau de
compétition omniprésent dans " Mort aux vaches ". Donc
pas d'hésitation : foncez à la campagne !
lundi 30 janvier 2017
[Roooar] - Le Fauve Polar SNCF 2017 à "L'Eté Diabolik" de Smolderen et Clérisse (Dargaud)
C'était samedi soir, à
Angoulême, et dimanche sur l'espace polar SNCF : le Fauve polar 2017
a bondi dans les bras du duo Thierry Smolderen (scénariste) /
Alexandre Clérisse (dessinateur), pour leur excellent "L'été
Diabolik", dont je vous avais déjà dit le plus grand bien (oui,
appuyez ICI).
Une récompense
méritée, donc, mais qui aurait tout aussi bien pu aller à Maggy
Garrisson, qui a certainement souffert d'être le troisième tome
d'une série. Peut-être la véritable Maggy va-t-elle s'insurger -
ou se réjouir, elle est tellement imprévisible - mais en attendant,
félicitations aux heureux lauréats... qui voient leur palmarès
pour cet album s'enrichir d'un prix supplémentaire, après le Prix
Ouest-France Quai des Bulles à Saint-Malo 2016 et le Prix BD Fnac
2017.
En prime, un mini reportage spécial de notre envoyé spécial sur
place, excellent photographe comme on le voit sur ces images.| Le suspect est facile à reconnaître, même dans l'ombre... |
| Benoit Lanciot, de la SNCF, bête de scène |
![]() |
| Les deux auteurs en version originale sur-titrée |
![]() |
| Les mêmes, tranquilles, face au public à l'espace polar SNCF |
| Bon, ben, à l'année prochaine, hein ? |
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