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dimanche 3 mai 2026

[Vox Polari ] – La sélection 2026 Bande Dessinée des Trophées 813 : un brillant quintette !

 


Depuis plus de quarante ans, 813, l’association des Amis des LittératuresPolicières, décerne ses Trophées, qui viennent couronner cinq catégories : le meilleur polar francophone, le meilleur polar étranger, la meilleure BD, le meilleure recueil de nouvelles et enfin, le meilleur essai (ou travail en ligne) sur le genre.

Les meilleurs, donc… selon les adhérents et adhérentes de l’association, qui sont amenés à s’exprimer en deux tours, sur tout ce qui a été publié l’année passée. 

Pour 2026, choix possibles de un à cinq titres maxi par catégorie, pami les ouvrages parus entre le 1er janvier et le  31 décembre 2025,

Après dépouillement, les cinq œuvres les plus citées au premier tour constituent les sélections finales de chaque catégorie.

 Pour le second tour, pour le Trophée Bande Dessinée, les heureux finalistes sont les albums suivants : 


Krimi de Thibault Vermot et Alex W. Inker (Sarbacane)

Parker La Proie, de Doug Headline et Kieran, d’après Richard Stark (Dupuis - Aire Noire)

Que d’os ! De Doug Headline et Max Cabanes, d’après Manchette (Dupuis - Aire Noire)

Saudade, de Vincent Turhan (Sarbacane)

La Veuve, de Glen Chapron d’après Gil Adamson (Glénat)


Qui de ces cinq albums remportera le Trophées 813 BD 2026 ? 

Verdict en septembre ! 

 

dimanche 30 mars 2025

[Nuit et brouillard] – Krimi, par Thibault Vermot et Alex W. Inker (Sarbacane)

 

- « La femme dans la lune »… vous devez en avoir des histoires à raconter !

-Raconter des histoires c’est ce que je préfère.

- Ce que je préfère moi… ce sont les secrets... »

Les deux hommes qui devisent ainsi, aimablement attablés devant leur bière berlinoise sont « Herr Inspektor » Lohman et le très élégant Fritz Lang, cinéaste désormais renommé en cette année 1930.

 Le flic a alpagué le réalisateur en pleine rue pour lui faire une étrange proposition : son prochain film, c’est lui, Lohman, qui va lui fournir le scénario, ni plus ni moins. 

 

Il lui transmet alors un carnet noir, avec ces quelques mystérieuses paroles : 

 

Pourquoi Lang accepterait-il ? Il a un déjà un film en cours… Mais l’homme est un flic, qui a enquêté sur la mort suspecte de sa première femme, et ses menaces à peine voilées sur les doutes quant au suicide de celle-ci ne sont pas vraiment à prendre à la légère. Et puis… Lohman a l’air certain de détenir quelque chose sur les sombres secrets de l’âme humaine avec son carnet. Et voilà comment Fritz Lang est mis sur la route de son chef d’oeuvre, M. le Maudit. Mais il ne le sait pas encore…

Thibault Vermot et Alex W. Inker ont déjà fait œuvre ensemble, avec l’excellente adaptation du roman Colorado Train du premier par le second. Cette fois, il s’agit d’un scénario original, dans tous les sens du terme ! Imaginer une intrigue mêlant tout à la fois histoire du cinéma, pègre, tueur en série d’époque, amitiés indéfectibles, et j’en passe, le tout sur fond d’Histoire avec un grand H, période montée du nazisme avec une grande Haine, et bien fallait le faire ! On se laisse vite embarquer, intrigués au début par cette scène introductive entre les deux personnages principaux, puis pris par le rythme de cet album, découpés en 24 chapitres de longueurs variables, mais souvent assez courts et percutants. 

 Et sous nous yeux ébahis, le pari du flic Lohman se réalise petit à petit, en même temps que se résoud l’enquête sur le sérial killer nummer eins de l’époque : Peter Kürten, alias le Vampire de Düsseldorf. Le carnet de l’inspecteur était tout entier consacré à cette affaire, et l’homme réussit à emmener Lang avec lui sur les traces du tueur, jusqu’à son arrestation. Pour quoi faire ? Je vous laisse ici le soin de le découvrir… Tout comme la singulière relation qui va se nouer entre les deux hommes, au fil des semaines...

 Tout comme tout le reste, car cet album est d’une richesse scénaristique incroyable : des petits secrets des personnages (Lang, son majordome, sa femme…) au recrutement de Peter Lorre, en passant par le tournage un peu spécial de M. le Maudit, l’étonnant interrogatoire par un psychiatre de Peter Kurten ou l’immersion dans un Berlin de plus en plus sombre, l’histoire Thibault Vermot – scénarisée par Alex Inker, un partage des tâches peu commun en bande dessinée – est fascinante.

Et que dire du dessin d’Alex W. Inker, justement ? Qu’il fait plus que participer à nous plonger dans une ambaince lourde de tensions est la première des évidences. Ensuite, et c’est là toute la force de cet album, chaque planche, ou presque, baigne dans une véritable atmosphère charbonneuse ou cotonneuse, ombreuse ou brumeuse… langienne , quoi ! Et nous ne sommes pas en train de lire une BD sur un film mais nous sommes dans ce film ! C’est vraiment remarquable. Alex Inker varie plans et cadrages, à la manière d’un long métrage, cherchant à chaque fois la bonne idée pour mettre en scène chaque passage particulier. Telles ces pages en ombres chinoises qui donnent à voir les crimes – silencieux mais assourdissants – du Vampire de Düsselfdorf. Pages qui évoquent également le passage du muet au parlant, qui sera rappelé un peu plus tard. Car il y a aussi au fil des pages, par petites touches, de régulières allusions à l’histoire du cinéma, qui en est ici à la fin de son âge d’or. Et il est évidemment impossible de ne pas évoquer l’avènement imminent du Troisième Reich, distillée en fil rouge, de manière indirecte, jusqu’à la confrontation brutale de Lang à Goebbels, qui souhaite faire du cinéaste « l’homme du cinéma national-socialiste ». On connaît la suite de l’Histoire… 

 

 Mais celle que vous ne connaissez pas, c’est donc celle de ce Krimi, un des grands albums de cette année, à n’en pas douter. Et une invitation expresse à voir ou revoir M le Maudit !

C’est pour finir un magnifique livre, au dos toilé, de très grand format, à la maquette impeccablement soignée. A ne manquer sous aucun prétexte !

(pardon pour la qualité des planches ici reproduites, c'était histoire de vous donner une petite idée avant tout)

Krimi *****

Ecriture par Thibault Vermot et dessin et scénario Alex W. Inker

Sarbacane – 280 pages noir et blanc, sur beau papier et couverture soignée

Sortie le 2 avril 2025 – 35 €




dimanche 26 mars 2023

[Goéland Masqué] - Le Prix Mor Vran 2023 attribué à ...

 Le jury du Prix Mor Vran du festival du Goéland Masqué (Penmarc’h, Finistère) se réunit ce dimanche pour attribuer son 16ème Prix. Qui pour succéder à Contrapaso, de Teresa Valero (Dupuis) ? Pas facile de jouer les devins tant la sélection est excellente… et éclectique !

Petit tour des cinq albums en compétition (par ordre alphabétique pour ne vexer personne) :

Alex Inker, lauréat en 2021 avec Un travail comme un autre est de retour avec une nouvelle adaptation : Colorado Train (Sarbacane), tirée cette fois d’un livre de littérature young adult de Thibaut Vermot. Il règne sur cet album un esprit semblable à ceux de « teen-movies » et pense aux Goonies (un peu) ou à Stand by me (beaucoup) avec cette histoire d’ados en quête d’un cadavre, point de départ de l’histoire. La suite est plus sombre, et la traque d’un méchant salement méchant de plus en plus flippante. Alex Inker livre ici un de ses meilleurs albums, cette fois-ci entièrement en noir et blanc et blanc, parfaitement adapté à son intrigue. Cela donne une histoire prenante, un récit tout autant noir qu’initiatique, rythmé par une bande-son de vingt titres punk-hardcore-rock du meilleur goût qui sont autant de chapitres percutants. 


Autre genre avec Hoka Hey  de Neyef (Rue de Sèvres), puisqu’il s’agit de western. Et d’un western mémorable, magnifiquement mené de bout en bout. La destinée du petit George, indien Lakota recueilli par un pasteur, qui l’éduque… à sa façon bien sûr. Il faut bien en faire un bon petit citoyen dans le grand creuset américain, n’est-ce pas ? Tout bascule pour Georges quand Little Knife, Lakota comme lui, vient arracher des informations au pasteur, et entraîner le gamin dans une quête de vérité qui n’est pas la sienne… à moins que ? Tout est bon dans cet album : les décors, superbes, les personnages, crédibles à chaque instant, et l’intrigue, qui se déroule patiemment. Hoka hey ouvre en plus des pistes de réflexion sur la négation de la différence, les liens familiaux, la nature, la violence, l’acculturation et j’en oublie… En ne faisant pas des Indiens un peuple exemplaire en toutes circonstances (cf l’histoire de No Moon) ni des Blancs des caricatures de méchants. Somptueux et inoubliable !

Autre album en lice : le récit noir et poignant de la destinée de Lucien, signé Guillaume Carayol et Stéphane Sénégas (Delcourt) Celui qu’on pourrait qualifier de ce qu’on appelait autrefois l’idiot du village est le cantonnier persécuté et incompris par toute une petite cité. Seuls Paul, un enfant et Maria, femme forte (à tous les sens du terme) lui offrent pour l’un son amitié et pour l’autre un semblant de compassion et de compréhension pour l’autre. Ce qui ne va pas empêcher l’homme qui danse avec les feuilles (quel virtuose du balai!) de connaître une tragique trajectoire. La construction de son histoire, en deux parties, avec un trou de 10 ans entre sa mort supposée et son retour devant le théâtre de marionnettes de Paul, donne plus de suspense à l’ensemble : que s’est-il donc passé tout au long de ces années ? Cet album est aussi une réflexion assez poussée sur l’amitié (comme le dit la 4ème de couv) mais également sur la cruauté humaine, la cupidité… et les rapports familiaux. Une barque bien chargée. La mise en page, l’utilisation de différentes techniques du noir et blanc, expriment parfaitement tous les états d’âmes de chacun des personnages. Et les décors sont d’une grande précision. Un album vraiment marquant, là encore...

Avec l’histoire de Ruth Jacob, Romain Renard poursuit son exploration de Melvile et de ses secrets les plus sombres. Voici une autre histoire vraiment chargée émotionnellement, où le « héros » Paul revient dans cette ville où il a vécu un épisode de son adolescence plus que douloureux. Un retour dans une cité au bord du précipice et de l’engloutissement pour être exact, car Melvile se vide de ses derniers habitants avant d’être noyée sous les eaux du barrage. Les déambulations de Paul dans les rues battues par la pluie, éclairée par des incendies qui font figure d’ultimes feux d’un passé peu glorieux pour les autochtones, semble un véritable chemin de croix. L’histoire se démêle au fil de cassettes audio et de révélations des derniers habitants encore sur place. L’atmosphère est sombre du début à la fin de cette histoire de Ruth Jacob, et même la musique qui accompagne les pages vient ajouter une note tragique à ce volume (bonne bande-son au passage : A Forest de Cure, parfait, par exemple!). Pour qui n’a pas lu l’ensemble de la série, voilà qui donne envie de se plonger dans cet univers de Romain Renard, architecte de Melvile depuis des années…

L’ultime album de cette sélection est Nettoyage à sec de Joris Mertens (Rue de Sèvres). Et là : wow : Un vrai choc graphique pour moi qui ne connaissait pas le travail de Joris Mertens. Sa ville des années 70, battue par la pluie (il pleut beaucoup dans cette sélection), essentiellement nocturne et néonesque, est complètement fascinante ! On prend un plaisir fou à détailler les enseignes, les véhicules, les tenues des passants… Tout est un piège délicieux pour l’oeil ! Et dans ce décors extraordinaire, l’histoire de François le livreur aux allures lui de chien battu, poissard comme c’est pas permis, ne pouvait que se terminer comme elle se termine : de manière tragico-comique. Ou amère, selon l’humeur de chacun. On peut rire de tant de bêtise ou de naïveté, mais on peut aussi compatir et comprendre cet homme à qui on a certainement ressemblé à un moment ou un autre de notre vie , non ? C’est une histoire cruelle et belle à la fois, et graphiquement, répétons-le époustouflante. Les pleine page et double-page sont de véritables chefs d’oeuvre qu’on a presque envie d’exposer dans son salon. Du travail d’artiste !


Voilà. Cinq albums denses, touffus, qui prennent leur temps (200 pages minimum chacun!) . Un seul deviendra le 16eme Prix Mor Vran. Verdict très bientôt !


Colorado Train

 Texte et dessin Alex W. Inker d’après Thibaut Vermot . Sarbacane, 2022 – 223 pages noir et blanc – 29 €

Hoka Hey !

Texte et dessin Neyef.  Rue de Sèvres, 2022 - 224 pages couleurs – Collection Label 619 – 22,90 €

Lucien

Textes et dessin : Guillaume Carayol et Stéphane Sénégas. Delcourt, 2022 – 264 pages noir et blanc – Collection Mirages – 27,95 €

Melvile – L’histoire de Ruth Jacob

Texte et dessin Romain Renard. Le Lombard, 2022 – 396 pages couleurs – 29,90 €

Nettoyage à sec

Texte et dessin Joris Mertens. Rue de Sèvres, 2022 – 120 pages couleurs – 25 €

dimanche 1 mai 2022

[Festival] – Le Prix Mor Vran 2022 du Goéland Masqué à Contrapaso de Teresa VALLEJO (Dupuis -Aire Libre)

 Le FC Goéland Masqué (voir la photo de l’équipe ci-dessous) a décerné mi-avril son Prix Mor Vran de la BD a Teresa Valero pour  les enfants des autres, premier tome de sa série  Contrapaso . Un album graphiquement superbe qui se déroule dans le Madrid franquiste des années 50 et où il est question tout aussi bien de journaux clandestins écrits par des femmes en prison, de liberté de presse étouffée par une censure terrible, de pratiques médicales proche de l’eugénisme, ou encore une grève universitaire… entre autres !


 Cet album faisait partie de ma sélection annuelle de 2021 et c’est un plaisir de le voir remporter ce Prix Mor Vran, placé cette année encore sous la double présidence d’Arnaud Le Gouëfflec et Pierre Malma.

Ce sera aussi un plaisir de rencontrer l’autrice, Teresa Valero, présente à au prochain Festival du Goéland Masqué à Penmac'h (29), du 4 au 6 juin 2022.

Elle sera en compagnie d’autres auteurs BD : Maud BEGON (Dargaud), Zac DELOUPY (Casterman), Alain GOUTAL, Alex W. INKER (Sarbacane – Lauréat du Prix Mor Vran 2021), Corentin ROUGE (Glénat)… sans oublier le duo présidentiel LE GOUËFFLEC/MALMA… Du beau monde, donc !

Tous les détails ici : sur la page du festival.


lundi 22 novembre 2021

 [Trois pour le prix d’un] - Prix Clouzot de la BD polar (A Fake story) , Trophée 813 BD (New York Cannibals) et Prix Mor Vran (Un travail comme un autre) : trois albums « littéraires »... et américains

 

C’était récemment la saison des prix littéraires, et il en a plu sur les romans et essais à tous les coins de rue. Les bandes dessinées ne sont pas en reste, et trois distinctions ont été décernés pas plus tard qu’il n’y pas très longtemps. Pour trois albums se déroulant tous au pays de l'Oncle Sam. 

Le premier de ces prix a  été attribué  il y a quelques jours à Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx pour A fake Story, d’après le roman de Douglas Burrough (Futuropolis), qui remporte le Prix Clouzot de la BD polar du festival Regard Noirs de Niort. Choix osé car pour ce prix consacrée à une adaptation d’un roman noir ou policier, le jury a choisi de récompenser une bd dont l’auteur du roman reste, voyons, mystérieux. Mais l’histoire n’en demeure pas moins passionnante : à la suite du reportage sur la fausse invasion martienne racontée «en direct » par Orson Welles en octobre 1938, un homme tire sur sa famille avant de se suicider. Un journaliste, Douglas Burroughs, vient enquêter sur cette tragédie. Et c’est une vertigineuse mise en abyme que racontent avec talent Galandon et Pendanx, et qui entre parfaitement en résonance avec notre époque actuelle…

 

Pas d’adaptation pour le Trophée 813 de la BD 2021, décerné lui fin septembre, mais un romancier du noir chevronné au scénario : Jerome Charyn, vainqueur avec François Boucq du trophée pour leur New-York cannibals (Le Lombard). Charyn et Boucq œuvrent ensemble depuis de trente cinq ans, et régulièrement se retrouvent pour des albums empruntant à leurs univers respectifs, avec, depuis « Bouche du diable » (1990), une exploration du genre polar plutôt du côté espionnage ambiance goulag. Mais c’est aussi la cité chère au romancier qu’est New York qui est au coeur de leur deux derniers albums, et on retrouve dans « New York cannibals » les personnages principaux de « Little Tulip.», 20 ans plus tard. Tatouage, culturisme, trafic de sang, désir d’enfants… sont autant de thèmes au coeur de cet album dense où se croisent une incroyable galerie de personnages, tous aussi charynesques que boucquiens. 


Enfin, c’est début septembre qu’a été remis à Alex W. Inker le Prix Mor Vran de la BD 2021 du festival du Goéland Masqué de Penmar’ch (Finistère) , pour  Un travail comme un autre  (Sarbacane). Encore une adaptation, mais de pas de mystère sur l’autrice cette fois, puisqu’il s’agit de Virginia Reeves, dont c’était le premier roman. L’histoire ? Allez, pour une fois, reprenons le résumé de l’éditeur : Alabama, 1920, Roscoe T Martin est fasciné par cette force plus vaste que tout qui se propage avec le nouveau siècle : l’électricité. Il s’y consacre, en fait son métier. Un travail auquel il doit pourtant renoncer lorsque Marie, sa femme, hérite de l’exploitation familiale. Année après année, la terre les trahit.Pour éviter la faillite, Roscoe a soudain l’idée de détourner une ligne électrique de l’Alabama Power. L’escroquerie fonctionne à merveille, jusqu’au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie »

Alex Inker nous replonge donc dans cette Amérique de Caldwell et Steinbeck, et comme il le confie au site ligne claire.info, ce qu’il voulait surtout tirer du roman « c’était avant tout l’histoire d’amour de Roscoe et Mary » (interview complète ici). Mais cela reste aussi un album vraiment noir et tragique, qui là aussi, fait écho à ce que nous vivons ici et maintenant, en 2021

A fake story

Scénario Laurent Galandon et dessin Jean-Denis Pendanx d’après le roman de Douglas BurroughsF uturopolis, 96 pages couleur – 17 € - Paru le 13 janvier 2021

New York Cannibals 

Scénario Jerome Charyn et dessin François Boucq -Le Lombard, 141 pages couleur –24,50 €- Paru le 11 septembre 2020

Un travail comme un autre

Scénario et dessin Alex W. Inker d’après le roman de Virginia Reeves Sarbacane 173 pages couleur – 26 € - Paru le 27 mai 2020

samedi 17 juin 2017

[Gloire aux julots !] - Le Prix SNCF du Polar / BD 2017 à "Apache" d'Alex W. Inker (Sarbacane)

Premier album, et premier trophée pour Alex W. Inker ! Son "Apache", à l'histoire gouailleuse et originale dans un Paris des années 30 remporte le Prix SNCF du polar, catégorie BD et succède à "Zaï zaï zaï zaï" de Fabcaro. Un prix encourageant pour une première oeuvre faisant déjà preuve d'une belle maîtrise (pour mémoire : ma chronique ici). Félicitations à Alex Inker, dont il faudra suivre avec attention la suite de la carrière, et pas plus tard qu'à la rentrée de septembre, avec la parution d'un album sur le boxeur des années 20-30 Panama Al Brown, mais je vous en reparlerai...
Et bravo à Frédéric Lavabre, patron des éditions Sarbacane, qui deux ans après "Rouge Kharma", décroche une deuxième fois le prix.
Alex W. Inker et Fred Lavabre, un auteur heureux et un éditeur ravi
Pour les autres catégories, les 35 000 votants - nouveau record de participation - ont récompensé le très bon polar râpeux et rural "Grossir le ciel" de Franc k Bouysse (Livre de poche) et le court-métrage "Hasta que la celda nos separe", un huis-clos fortement teinté d'un humour des Porto-Ricains Joserro et Mariana Emmanuelli.



Rendez-vous en septembre pour le lancement du prix 2018 ! 
En attendant... lisez Apache !  

dimanche 16 octobre 2016

[Prix SNCF du Polar 2017] : C'est parti pour un nouveau tour !


Le 17ème prix SNCF du polar a été lancé officiellement ce mercredi 12 octobre, à Paris, au Patio Opéra, et les trois sélections romans, bandes dessinées et court-métrages ont été dévoilées.


Et une fois de plus, ami-e-s du Noir et des bulles, les albums en compétition pour cette sixième sélection (oui, les prix BD et court-métrages ont 6 ans d'âge, et le prix romans a plus de bouteille, avec ses 17 années...) , ont cette année encore, une sacrée gueule.

On y retrouve cinq histoires fortes, graphiquement ou narrativement, ou les deux mongénéral, et dont je vous ai déjà parlé dans Bédépolar (sauf une... mais pas pour longtemps). Les cinq heureux élus sont donc :

- Apache, d'Alex W. Inker (Sarbacane).
Paris,1934 : un magot inattendu tend les bras à un patron de bar mélancolique et revanchard. Mais il va falloir partager avec une fille facile et un mauvais garçon...
Ma chronique de cet album ICI

- Chaos debout à Kinshasa, de Barutti et Bellefroid (Glénat)
Kinshasa, 1974 : les embrouilles diplomatiques s'invitent sur le ring du combat du siècle.
Ma chronique de cet album ICI

- L'Eté Diabolik, de Smolderen et Clérisse (Dargaud)
Sud de la France, été 1967 : les vacances romantiques d'un jeune ado tournent au récit d'espionnage, dans une ambiance pyschédélique.
Ma chronique de cet album ICI

- Homicide, une année dans les rues de Baltimore, de Philippe Squarzoni d'après le livre de David Simon (Delcourt)
Baltimore, 1988 : Janvier n'a même pas vingt jours, mais c'est déjà le treizième cadavre pour la brigade des homicides de la cité. Et les flics qui font face à cette violence quotidienne sont loin de leurs homologues hollywoodiens...
Ma chronique de cet album .... bientôt !

Watertown, par Götting - (Casterman)
Massachusetts, années 60 : un agent d'asurance ) la vie terne et réglée comme du papier à musique, se prend pour un détective et traque une vendeuse de muffins au comportement étrange.
Ma chronique de cet album ICI

Comme d'habitude, pour tout savoir sur cette 17 ème édition, rendez-vous ici, surle site du prix polar SNCF, vous saurez tout, y compris comment voter.

Bonnes bulles ferroviaires !




dimanche 13 mars 2016

[Paris Canaille] - Apache, d'Alex W. Inker (Sarbacane)



 Paris, 1934. Un julot bien en chair et sa poule, cocotte, tombent en panne de voiture dans le quartier de la Bastille. Juste en face d'un troquet tenu par un tenancier tatoué, ex-bagnard. Pendant que Raoul, le chauffeur, répare l'auto récalcitrante, Eddy, sue lui aussi toutes les larmes de son corps : il s'est précipité sur le poste TSF du café pour écouter les courses à Longchamps. C'est qu'il a misé gros... Pendant ce temps, sa jeune et jolie "fiancée", une métisse qui n'a pas froid aux yeux, fait la conversation au patron du bar, qui ne résiste pas à lui raconter sa jeunesse tumultueuse, que racontent presque tous ses tatouages... Et voilà que le gros Eddy crise cardiaque à l'écoute de l'arrivée des courses. Aurait-il gagné une fortune ? C'est ce que se dit la jeune femme, mais aussi Raoul, qui n'est pas fâché de voir son patron rejoindre le paradis des pourris. Mais comment faire pour récupérer l'argent du ticket gagnant ? Le patron du café a une idée...


Cet album est étonnant. Déjà, formellement, c'est un très bel objet : format à l'italienne, papier épais et couverture "à empreinte" (le titre est en creux), avec un trio de personnages assez étonnant. Tout de suite, on a envie d'ouvrir et de voir ce qui va se passer. Et en fait, tout - ou presque - va se passer dans ce bar un peu oublié, et tout va tourner autour du patron du bar. Petit à petit, il va se rendre compte, et nous avec lui, qu'avec ce gros client désagréable et répugnant qui vient échouer dans son rade, que c'est tout son passé qui lui revient à la figure. Et pour lui, le passé de 1934, c'est celui de la Grande Guerre, et de son frère qui y est resté. Et autour de ce passé, les trois autres personnages gravitent, et bientôt, l'action va s'emballer, et vengeance, coup-fourrés et rebondissements vont conclure ce qui était jusqu'alors un huis clos assez étouffant. L'ambiance et le ton voulus par Alex W. Inker, avec cet usage de l'argot et ces personnages aux visages et corps marqués, font clairement penser aux univers de Carco, Simonin un peu. Du polar avec mauvais garçons et filles gouailleuses, petites frappes et femmes fatales. Du côté du dessin, c'est aussi surprenant, avec une bichromie maîtrisée, et un vrai talent pour camper des personnages immédiatement expressifs et attachants. La mise en page est quant à elle inventive, et ne se laisse pas brider par le format à l'italienne : à chaque fois Inker varie les propositions selon les scènes qu'il a à traiter : le flashback sur les deux soldats pris dans un trou d'obus et découverts par un troisième - clé de voute de tout l'album - est remarquable. Il n'y a pas à dire : voici un premier album qui ne donne vraiment pas l'impression d'avoir affaire à un débutant !

Apache ****
Scénario et dessin Alex W. Inker 
Sarbacane, 2016 - 128 pages - 2 couleurs - 22,50 €