Il
y a bien longtemps que j’aurais dû vous parler de Lazarus, du duo
Rucka-Lark, ne serait-ce qu’à leur sortie en VF en… 2015 chez
Glénat Comics. Je profite de la reprise de la série chez Urban
comics pour revenir sur ce polar dystopique – ou prophétique ? -
fascinant.
Vous
connaissez maintenant mon amour immodéré des crime comics, y
compris quand ceux-ci débordent un peu des cases du genre. Et
Lazarus est justement à la frontière du polar noir et du
thriller futuriste… pour faire court !
Greg
Rucka et Michael Lark ont imaginé un monde futur contrôlé non par des Etats
souverains mais par de grandes familles richissimes, qui se sont
partagé la planète pour leur seul profit. A la tête des
entreprises les plus lucratives du marché mondial, ils maintiennent
leur place en asservissant économiquement les populations –
puisqu’ils décident qui a le droit de travailler ou non – et
évidemment, en matant toute forme de révolte à l’aide de leurs
puissantes armées privées. Bien sûr, les conflits entre familles
existent, comme les bonnes vieilles guerres d’antan entre nations,
mais une autre pièce est venue s’ajouter à l’échiquier, bien
plus terrifiante que la très crainte Reine des échecs : le
Lazare.
Chaque
famille a son Lazare, un homme ou une femme, sur-entraînés, de
véritables machines à protéger et punir humaines, à la pointe de
ce que la technologie du moment peut donner. Et carrément conçus
pour survivre à tout, voire de revenir d’entre les morts. Et
toute l’histoire de Lazarus est construite autour du
Commandant Forever Carlyle, fille du patriarche Malcom Carlyle, et
Lazare de la famille. En suivant la vie de Forever, c’est tout ce
monde de demain, sombre et pas vraiment réjouissant, que Rucka et
Lark nous invitent petit à petit à découvrir. Et à assister aux petits secrets, mensonges et manipulations d'une famille aussi prête à en découdre avec elle-même qu'avec ses pires ennemis...
Ce
premier volume s’ouvre par une scène absolument spectaculaire et
mémorable… que je je ne dévoile pas ici (bah non) et qui plonge
immédiatement dans le vif du sujet. Il faut ensuite un peu de temps
pour comprendre ce qu’est devenu le monde, qui a redémarré en
l’an X, le jour où je cite la chronologie présente en fin de
volume : « les seize familles les plus puissantes
financièrement au monde se réunissent à Macao pour établir les
règles visant à solidifier leurs positions et à éviter autant que
possible les « chevauchements malheureux » comme celui
qui était survenu en Indonésie. Ces négociations permettent les
« Accords de Macao » mettant fin par le fait au contrôle
des gouvernements ».

C’est
– outre le fait de faire (re)découvrir une œuvre majeure des
comics – tout l’intérêt de cette réédition par Urban : a été ajoutée toute une partie permettant de complètement
s’immerger dans Lazarus. Une carte du monde « actuel »,
une présentation détaillée des seize familles, et donc, une frise
chronologique extrêmement précise. Le travail de Greg Rucka pour
construire « sa » Terre est fascinant, d’autant plus
qu’il n’est après tout peut-être pas si loin de ce qui nous
attend.
Le scénariste dévoile un peu son processus d’écriture
dans la postface « Construire un monde » :
« Les
Seize Familles devaient avoir un côté plausible, si ce n’est
complètement crédible. Le chemin est étroit, c’est clair, mais
il est crucial, tout du moins à mes yeux. Je ne veux pas du réel
pur – c’est une histoire de science-fiction après tout – mais
de la plausibilité. Je veux que ce monde que nous construisons ait
une qualité tactile, une réactivité, qu’il soit vivant. Et
surtout dans lequel on puisse croire, ne serait-ce que le temps de la
lecture ... »
Et
on y croit ! Et encore plus grâce au dessin de Michael Lark «
un des dessinateurs les plus organiques, dont les personnages
respirent sur la page, et dont la technique a toujours un côté
tactile, brut et réel », dixit Warren Ellis dans sa préface.
Alors,
vous l’aurez compris : ne passez pas à côté de ce retour de
Lazarus, et attendez-vous à un vrai choc ! Et si vous aviez
déjà la version publiée chez Glénat Comics (7 tomes parus)
sachez que ce tome 1 chez Urban regroupe, dans un plus grand format,
les 2 premiers de Glénat, et que le volume 8 Urban qui paraît en
même temps reste lui au format Glénat pour que les fans de la
première heure pour assurer la continuité de l’alignement sur
leurs étagères...
Une délicate et esthétique attention pas si courante !
Et en bonus un petit quizz amusant :
à quelle famille appartenez-vous ?
Lazarus
intégrale - volume 1 - (Lazarus #1-9) *****
Scénario
Greg Rucka, dessins et encrage Michael Lark et Brian Level, couleurs
Santi Argas. Traduction Alex Nikolavitch
Urban – 264 pages couleur - 28 €- Sortie
le 7 juillet 2023
Lazarus
volume 8 - (Lazarus #27-28 et Lazarus Risen #5-7) *****
Scénario
Greg Rucka, dessins Michael Lark avec Tyler Boss, couleurs
Santi Argas. Traduction Alex Nikolavitch
Urban indies – 220pages couleur - 21 €- Sortie
le 7 juillet 2023