Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !
Affichage des articles dont le libellé est Benacquista. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Benacquista. Afficher tous les articles

dimanche 2 mars 2014

[Chronique] - Les Cobayes, de Benacquista et Barral (Dargaud)

Daniel, Moira et Romain ont été retenus par le laboratoire Scott-Dumaz pour tester les effets d'un nouvel anxiolytique avant sa mise sur le marché. Tous trois ont des raisons bien à eux de se lancer dans cette expérience qu'il n'ont encore jamais tentée. Le protocole de test est strict et sévère : trois semaines d'isolement au centre du labo, avec batteries d'examen pendant 21 jours. Au bout de l'expérience, 3500 euros attendent les cobayes, mais l'argent suffira-t-il à leur bonheur ? Et surtout : les effets indésirables seront-ils si secondaires que cela ?

Le récit de Tonino Benacquista est construit en trois parties : "Ceci est un médicament", "Effets indésirables" et "Si les symptômes persistent". Pour résumer, avant/pendant l'expérience pour les cinquante premières pages et après celle-ci pour les cinquante suivantes. Dans la première partie, la plus longue;la personnalité du trio de cobayes est dévoilée, leur histoire personnelle, aussi, tout comme leurs motivations profondes, suggérées par des scènes de flashbacks très bien menées graphiquement. Tout se met en place pour la suite, où le lecteur se trouve en observateur de cette  nouvelle vie qui démarre pour les trois volontaires, et où il attend avec curiosité - et là, il y a une vraie forme de suspense mis en oeuvre - où tout cela va mener...
Je ne dévoilerai ici rien des effets secondaires en question sous peine de gâcher l'idée-maîtresse du scénariste, mais au moins peut -on dire que c'est une trouvaille vraiment sympa.

 "Les Cobayes" n'est pas à proprement parler une attaque frontale des labos pharmaceutiques, mais trouve le moyen de dénoncer leurs pratiques et une certaine irresponsabilité de la part des médecins de tout poil. C'est fait avec une certaine ironie, typique de l'écriture et du style de l'auteur de romans, du raconteur d'histoire qu'est Tonino Benacquista. Cette distance, on la retrouve dans le dessin de Nicolas Barral, sa manière de camper les personnages, en particulier celui de Romain, "obsédé sexuel le plus lamentable du monde". Sa mise en page dynamique achève de faire de cet   album une bande dessinée alerte et intelligente.


Les Cobayes

Scénario Tonino Benacquista et dessin Nicolas Barral
Dargaud, 2014 –  96 pages  couleur
17,95 €

jeudi 14 avril 2011

[Chronique délocalisée] - Berlion et Benacquista, deuxième !

Après "Coeur Tam-Tam", adaptation de la nouvelle de Tonino Benacquista "La culture de l'elaeis au Congo Belge", Olivier Berlion s'attaque à l'une des trois Série Noire du même auteur : La Commedia des ratés, une formidable histoire d'arnaque sous le soleil de l'Italie. Le premier tome de cette adaptation prévue en deux volumes est sorti en février, et vous pouvez retrouver ma chronique sur le k-libre.fr, en cliquant ici.

Et n'hésitez pas non plus à vous (re)plonger dans le roman original de Benacquista, un des meilleurs polars des années 90, par un des plus brillants stylistes du Noir.


La Commedia des ratés, première partie
Scénario et dessin Olivier Berlion
Dargaud, 2011 - 76 pages couleur - 14,95 €

lundi 30 août 2010

BANG ! Olivier Berlion adapte Elmore Leonard pour Rivages / Casterman / Noir. Interview-express !

Deux nouveaux coups de feu dans la chaleur de l'été : les adaptations de "Dernière station avant l'autoroute" et "Le Kid de l'Oklahoma", dans la très classieuse collection Rivages/Casterman/Noir. La première est signée Mako et Daeninckx, d'après le roman d'Hugues Pagan, et la seconde d'Olivier Berlion, d'après l'oeuvre d'Elmore Leonard.
Je reviendrai très bientôt sur ces deux albums, mais en attendant, je ne résiste pas à vous livrer un extrait d'une interview d'Olivier Berlion, à paraître en octobre dans la vénérable revue "813".
Extrait où il est bien entendu question de littérature noire et de bande dessinée...

En 2003, vous adaptez une nouvelle de Tonino Benacquista « La Culture de l'elaeis au Congo Belge », sous le titre « Coeur tam tam ». Comment s’est passée cette rencontre avec Tonino Benacquista ?
Comme un rêve. Je dis à mon éditeur que j'adorerais travailler avec lui d'autant que sa première incursion dans la BD, "L'Outremangeur", était pour moi une réussite. 15 jours plus tard il organise un rendez-vous. Tonino me propose une nouvelle de son recueil "La machine à broyer les petites filles" chez Rivages, dont-il aimerait profiter de l'adaptation en BD pour développer davantage son idée de départ. Ce fut un an de plaisir pur. On était comme des gosses e
n train de fabriquer un récit totalement rocambolesque, improbable. J'envoyais mes propositions de découpage à Tonino revenait dessus, ajoutait, retirait des éléments. Beaucoup de fous rires, et un vrai respect l'un pour l'autre.
Il y a depuis quelques années un engouement éditorial évident pour les adaptations de polars en BD. Etes-vous à nouveau tenté par une autre incursion dans le domaine ?
Je suis en plein dedans car je viens de terminer pour Rivages noir/Casterman l'adaptation du Kid de l'Oklahoma d'Elmore Léonard (autre auteur adulé...). Une sorte de western sans cheval, ambiance Bonnie and Clyde. un nouvel univers pour moi et beaucoup de plaisir. J'ai choisi un angle d'adaptation particulier, celui d'un journaliste qui relate le récit de Carl Webster, marshall des Etats-Unis en passe de devenir une légende et son affrontement avec Jack Belmont, un fils de bonne famille, devenu braqueur de banque par vice. Cet angle docu-fiction s'est imposé à moi à la lecture, car Elmore Leonard s'évertue tout au long du roman à faire des clins d'oeils aux mythes américains de l'époque (Lindbergh, Ford, Dilllinger, le Ku klux klan...), le tout étant très documenté pour donner une impression de réalité quand à l'existence de son héros. Je m'aperçois à l'occasion de la sortie qu'Elmore Leonard est très connu et apprécié par les auteurs de BD et cela ne m'étonne pas. Son écriture rythmée, décalée, parsemée de personnages originaux et souvent haut en couleur développe automatiquement un fort potentiel visuel.Je reviens du festival de Sollies Ville présidé cette année par Art Spiegelman, où la collection Rivage/Casterman vient de recevoir un prix collectif pour l'ensemble de la production (un magnifique trophée dessiné par Bilal himself). Actuellement je suis sur l'adaptation de « La commedia des ratés » de Tonino Benacquista, mon roman préféré de lui. De plus j'ai découvert que mon beau-père est originaire de la ville de Sora où se déroule une grande partie du récit et dont est originaire Tonino. Du coup pour les répérages ce fut du beurre et j'ai pu totalement m'immerger dans l'ambiance. Adapter ces romanciers (je suis seul aux commandes) me permet de comprendre un peu mieux les mécanismes et le génie de ces auteurs pour parvenir à les servir au mieux tout en y apportant ma sensibilité et ma propre rythmique. C'est une expérience très enrichissante pour moi. Merci à eux pour leur confiance en espérant qu'ils ne seront pas déçus.

Moi, je vous le dis tout net : franchement, Olivier Berlion a un talent fou, et son trait réaliste est parfait pour le polar. Je vous en recause très vite !

Le Kid de l'Oklahoma
Texte et dessins d'Olivier Berlion,
d'après le roman d'Elmore Leonard
Casterman, 2010. - 120 p. coul. -
Collection Rivages/Casterman/Noir 18 €


vendredi 16 avril 2010

Parker - Le Chasseur (2010)

« Dans les illustrés on dit Syndicat. Pour les escrocs et les gangsters, c'est la famille et vous dites l'organisation. Vous pourriez aussi bien vous appeler la Croix-Rouge, ça m'est bien égal. Il va falloir me rendre l'argent que cela vous plaise ou non. »
Celui qui parle ainsi à un ponte de la mafia new-yorkaise ne doute de rien : il s'est fait doubler sur un casse, piégé par sa propre femme. Comme il est plutôt du genre têtu et dur à cuir, et qu'en plus il a fait de la prison suite à cette affaire qui a mal tourné pour lui, peu lui chaut l'importance de ceux qui doivent lui rendre les 45 000 $, petites frappes ou parrains intouchables. Il s'appelle Parker, et ceux qui se retrouvent en travers de son chemin vont vite apprendre à connaître son nom.
Quant à celles et ceux qui le connaissaient déjà, ils peuvent commencer à numéroter leurs abattis : Parker
est en chasse, et il y a fort à parier qu'il se montre sans pitié...

Parker est, avec Dortmunder, l'un des principaux personnages récurrents du grand romancier américain Donald Westlake. Publiées dès 1962 sous le pseudo de Richard Stark, les 22 romans mettant en scène ce cambrioleur sans prénom, froid et implacable, ont donné lieu à une dizaine d'adaptations cinématographiques, pour lesquelles Westlake n'avait jamais autorisé l'utilisation du nom de son personnage. Parker est ainsi devenu Macklin, MacClain, Stone, Porter... ou Walker, comme dans « Pointblank » de John Boorman, adaptation (en 1967) de « The Hunter », premier titre de la série, que les lecteurs français ont découvert en 1963 à la Série Noire sous le titre... « Comme une fleur » (ah, ces titres...).
C'est pour cette même première aventure que le dessinateur Darwyn Cooke a été autorisé à utiliser le véritable nom du héros, pour une superbe version graphique, qui arrive chez Dargaud, avec une traduction de Tonino Benacquista.
Cooke a opté pour une adaptation en « noir/gris et blanc » du meilleur effet, avec un jeu permanent sur la mise en lumière de ses cases, et un trait parfois épuré donnant à cet album, de temps à temps, des allures de story board. Mais il ne faut pas s'y tromper : Cooke montre tout le talent de conteur en images qui est le sien dès l'ouverture de l'album, dans une très longue séquence quasi-muette, où nous suivons le retour de Parker à la vie, et aux affaires. En une vingtaine de pages, grâce à des scènes minutieusement décrites (comme la confection d'un faux permis de conduire) ou racontées par ellipse (la visite aux banques pour les escroquer) le personnage est campé, sa détermination et son caractères posés. Du grand Art !
Par ailleurs, Cooke a pris le parti d'un usage subtil du texte : soit il nous le donne à lire dans les traditionnelles bulles, soit il opte pour de longs passages narratif illustré, avec de temps à autre un dessin pleine page. Et c'est bien ce mode de narration en alternance qui renforce l'impression de lire un vrai « roman graphique ».
C'est toujours un peu la même chose avec les adaptations : soit vous connaissez le roman originel, et là, très souvent, une comparaison s'opère, avec ce qui reste de l'oeuvre littéraire, soit vous découvrez l'histoire et voyez l'ensemble d'un oeil neuf. Dans ce second cas, si en plus du plaisir de lecture de la bande dessinée, vous avez envie d'aller voir à quoi ressemble le roman, c'est que le dessinateur aura réussi à vous ouvrir les portes de l'univers d'un romancier. Pour moi qui n'ai jamais lu un seul Richard Stark – oui j'avoue ! - ce « chasseur » fonctionne exactement comme cela : j'ai désormais furieusement envie d'aller faire un tour du côté des romans. Et aussi des trois autres titres signés Cooke annoncés par IDW, l'éditeur américain. Dargaud annonce la traduction du deuxième.
Après l'adaptation réussie de Lax (« Pierre qui roule » chez Rivages/noir Casterman), cette autre version graphique de Westlake/Stark est un vrai bonheur. Si la vogue actuelle des adaptations vous laisse de marbre, laissez-vous emmener par ce Chasseur. Vous ne le regretterez pas.

Parker : Le Chasseur
Texte et dessins de Darwin Cooke, d'après Richard Stark
Traduction de Tonino Benacquista
Dargaud, 2010
140 pages en bichromie, 19 €