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dimanche 21 septembre 2014

[Planque à Luna-Park] - Fun island (Parker 4) par Cooke d'après Stark (Dargaud)

Parker et ses deux complices, Grofield et Laufman, braquent un fourgon, dans le quartier enneigé de Buffalo, à New York. Le coup est parfait mais ils sont repérés dans leur fuite et Laufman, au volant, perd le contrôle de la voiture, qui finit sur le toit, juste en face d'un immense parc d'attraction, Fun Island. Fermé. Parker s'extirpe de l'épave, avec un sac plein de fric, et laisse ses deux acolytes inconscients. Il n'a d'autre solution que de passer par dessus la grille du parc et de courir se planquer à l'intérieur. Il sait qu'il a été repéré et qu'il va devoir faire face à ses poursuivants, tôt ou tard. Mais s'il reste bien une patrouille de deux flics sur les lieux, celle-ci est du genre pourrie, et plutôt de mèche avec Benito Lozini, mafieux local, qui connaît le parc comme sa poche et a commencé à rameuter une dizaine d'hommes pour traquer Parker. Celui-ci a tout juste le temps d'explorer les lieux pour tenter de piéger ses chasseurs...



C'est un formidable huis-clos sous tension que Darwin Cooke a choisi de mettre en scène pour sa quatrième adaptation des romans du dur-à-cuire de Richard Stark. C'est du reste la quatorzième dans la chronologie des aventures du cambrioleur ("Slayground", parue en 1971), mais ce bond dans le temps n'empêche pas du tout de savourer la virtuosité du dessinateur, qui illustre les scènes-clés du roman avec le talent déjà à l'oeuvre dans les trois précédentes histoires. Cette fois, le décor, un parc d'attraction, est un terrain de jeux idéal pour Cooke, qui découpe son récit en quatre partie : le braquage, la prise en main du parc par Parker, l'assaut par ses ennemis, et la fuite. Pour chacune de celles-ci, Fun island, est un personnage à part entière, et dès le début, la virtuosité du dessinateur est en marche : la première partie se conclue avec un Parker disparaissant au loin... derrière les barreaux qui pourraient bien être les siens s'il est rattrapé. Voyez plutôt :


La suite va crescendo et c'est sur un rythme soutenu que l'affaire va se régler. Cet album est plus court que les trois précédents, et l'action est circoncise au parc avec un seul problème à résoudre pour Parker, vital : se tirer de ce guêpier. Je vous laisse découvrir comment...
 

"Fun island" est complété d'un récit court (11 pages), intitulé "le 7ème", en bichromie orange, et qui figurait dans l'édition regroupée américaine des tomes 1 et 2. Bonne idée de la part de Dargaud de nous le proposer ici, même si on l'aurait préféré un peu plus long... Mais "Parker reviendra prochainement" est-il promis à la dernière page. Tant mieux !


Parker 4 - Fun island ****

Scénario et dessin : Darwin Cooke d'après Donald Westlake

Traduction Nicolas Richard

Dargaud, 2014 - 96 pages en bichromie – 16,45 €

dimanche 8 mai 2011

[Chronique] - Parker est de retour !

Parker a changé de visage : une opération de chirurgie esthétique était la seule solution pour échapper à l'Organisation. Mais celle-ci est puissante et elle réussit tout de même à le localiser. Elle lui envoie aussitôt un tueur, qui trouve le moyen de rater une exécution à priori tranquille : la cible était au lit, endormie... Mais Parker, aux réflexes de prédateur, échappe au traquenard et fait vite cracher le morceau au porte-flingue, qui lui donne un premier nom. Grâce à lui, Parker va remonter la filière et entreprendre un nettoyage en règle de la puissante mafia locale. Celle-ci n'a pas l'air de se rendre compte de la rage qui anime leur ennemi, comme en témoigne ce dialogue :
Fairfax (pas loin du sommet dans l'Organisation) : « J'ignore ce que vous espérez en faisant tout ça. Vous continuerez à nous irriter et nous à vous traquer. L'issue est inévitable ».
Parker (calme) : « Erreur. Ce n'est plus vous qui me traquez. C'est moi qui vous traque. Je traque Bronson ».
Et il n'a pas l'air de rigoler...

Cette adaptation des romans de Stark mettant en scène Parker, après « Le Chasseur », est celle du deuxième titre de la série, « Peau neuve » ou « Parker fait peau neuve » selon les différentes éditions françaises (The man with the getaway face, 1963) mais également, et surtout, du troisième titre, "La Clique", dont la BD originale partage le titre : "The Outfit", sorti en 1964.
Après
Benacquista, c'est Doug Headline qui s'est chargé de la traduction de ce tome, en excellent connaisseur des comics qu'il est... et du polar. Et comme pour « Le Chasseur », le travail de Darwin Cooke est tout simplement magnifique, ses choix graphiques sont même encore plus audacieux que pour le premier tome. La meilleure preuve en est le « livre trois » de cette histoire (qui en compte quatre) où, en 30 pages, Cooke utilise quatre style différents pour illustrer les activités illicites de l'Organisation, et comment Parker va à chaque fois arnaquer la société criminelle. Cooke n'hésite ainsi pas à intégrer de grandes parties narratives, issues directement du roman, comme ce « Raid sur le club Cookatoo », qui se lit comme un long reportage à sensation : 6 pages de textes illustrées de 5 dessins qu'on jurerait croqués en direct, dans un impeccable style sixties. Comme pour « Le Chasseur », l'album est en bichromie gris/bleu – blanc, ce qui empêche tout effet inutilement spectaculaire, mais n'empêche en aucun cas de sentir la violence, insidieuse ou réelle, tapie dans l'ombre ou explosant dans les poings du "héros", et qui suinte tout au long des pages. Une vraie leçon aux distributeurs d'hémoglobine. Et comme l'intrigue de ce deuxième Parker est d'une solidité à toute épreuve – et si elle semble avoir été déjà lue, il ne faut pas oublier qu'elle date de 1963 – vous aurez compris que vous devez absolument lire cet album.
Parker, tome 2 - L'Organisation
Scénario et dessin : Darwin Cooke d'après Donald Westlake
Traduction Doug Headline
Dargaud, 2011 - 160 pages en bichromie – 19 €

vendredi 16 avril 2010

Parker - Le Chasseur (2010)

« Dans les illustrés on dit Syndicat. Pour les escrocs et les gangsters, c'est la famille et vous dites l'organisation. Vous pourriez aussi bien vous appeler la Croix-Rouge, ça m'est bien égal. Il va falloir me rendre l'argent que cela vous plaise ou non. »
Celui qui parle ainsi à un ponte de la mafia new-yorkaise ne doute de rien : il s'est fait doubler sur un casse, piégé par sa propre femme. Comme il est plutôt du genre têtu et dur à cuir, et qu'en plus il a fait de la prison suite à cette affaire qui a mal tourné pour lui, peu lui chaut l'importance de ceux qui doivent lui rendre les 45 000 $, petites frappes ou parrains intouchables. Il s'appelle Parker, et ceux qui se retrouvent en travers de son chemin vont vite apprendre à connaître son nom.
Quant à celles et ceux qui le connaissaient déjà, ils peuvent commencer à numéroter leurs abattis : Parker
est en chasse, et il y a fort à parier qu'il se montre sans pitié...

Parker est, avec Dortmunder, l'un des principaux personnages récurrents du grand romancier américain Donald Westlake. Publiées dès 1962 sous le pseudo de Richard Stark, les 22 romans mettant en scène ce cambrioleur sans prénom, froid et implacable, ont donné lieu à une dizaine d'adaptations cinématographiques, pour lesquelles Westlake n'avait jamais autorisé l'utilisation du nom de son personnage. Parker est ainsi devenu Macklin, MacClain, Stone, Porter... ou Walker, comme dans « Pointblank » de John Boorman, adaptation (en 1967) de « The Hunter », premier titre de la série, que les lecteurs français ont découvert en 1963 à la Série Noire sous le titre... « Comme une fleur » (ah, ces titres...).
C'est pour cette même première aventure que le dessinateur Darwyn Cooke a été autorisé à utiliser le véritable nom du héros, pour une superbe version graphique, qui arrive chez Dargaud, avec une traduction de Tonino Benacquista.
Cooke a opté pour une adaptation en « noir/gris et blanc » du meilleur effet, avec un jeu permanent sur la mise en lumière de ses cases, et un trait parfois épuré donnant à cet album, de temps à temps, des allures de story board. Mais il ne faut pas s'y tromper : Cooke montre tout le talent de conteur en images qui est le sien dès l'ouverture de l'album, dans une très longue séquence quasi-muette, où nous suivons le retour de Parker à la vie, et aux affaires. En une vingtaine de pages, grâce à des scènes minutieusement décrites (comme la confection d'un faux permis de conduire) ou racontées par ellipse (la visite aux banques pour les escroquer) le personnage est campé, sa détermination et son caractères posés. Du grand Art !
Par ailleurs, Cooke a pris le parti d'un usage subtil du texte : soit il nous le donne à lire dans les traditionnelles bulles, soit il opte pour de longs passages narratif illustré, avec de temps à autre un dessin pleine page. Et c'est bien ce mode de narration en alternance qui renforce l'impression de lire un vrai « roman graphique ».
C'est toujours un peu la même chose avec les adaptations : soit vous connaissez le roman originel, et là, très souvent, une comparaison s'opère, avec ce qui reste de l'oeuvre littéraire, soit vous découvrez l'histoire et voyez l'ensemble d'un oeil neuf. Dans ce second cas, si en plus du plaisir de lecture de la bande dessinée, vous avez envie d'aller voir à quoi ressemble le roman, c'est que le dessinateur aura réussi à vous ouvrir les portes de l'univers d'un romancier. Pour moi qui n'ai jamais lu un seul Richard Stark – oui j'avoue ! - ce « chasseur » fonctionne exactement comme cela : j'ai désormais furieusement envie d'aller faire un tour du côté des romans. Et aussi des trois autres titres signés Cooke annoncés par IDW, l'éditeur américain. Dargaud annonce la traduction du deuxième.
Après l'adaptation réussie de Lax (« Pierre qui roule » chez Rivages/noir Casterman), cette autre version graphique de Westlake/Stark est un vrai bonheur. Si la vogue actuelle des adaptations vous laisse de marbre, laissez-vous emmener par ce Chasseur. Vous ne le regretterez pas.

Parker : Le Chasseur
Texte et dessins de Darwin Cooke, d'après Richard Stark
Traduction de Tonino Benacquista
Dargaud, 2010
140 pages en bichromie, 19 €

dimanche 10 janvier 2010

Pierre qui roule (2008)

A peine sorti de prison, John Dortmunder, plutôt que de se lancer dans la vente d'encyclopédies au porte à porte, préfère suivre son pote Andy Kelp, qui le branche sur un coup à priori sans trop de risque. Il s'agit tout simplement de voler une émeraude, exposée à New York, et appartenant à la tribu africaine Azinki, mais que convoite une autre tribu, les Talabwo. Leur commanditaire, le major Iko, fait partie de cette seconde tribu, et ils se mettent d'accord tous les trois sur les honoraires de la prestation. Dortmunder et Kelp recrutent alors un trio d'élite pour mener à bien leur petite affaire, mais très vite, la précieuse pierre va se révéler récalcitrante et avant les dollars, ce sont les ennuis qui vont s'accumuler.

Des malfrats doués mais pas vernis, des adversaires retors, des rebondissements farfelus : voici une aventure dortmunderesque type là encore parfaitement adaptée. Auteur du texte, pour lequel il a retenu des dialogues percutants et drôles, et du dessin, où les personnages ont tous la trogne de l'emploi, Lax est tout à fait à l'aise avec l'univers de Donald Westlake, et les péripéties de Pierre qui roule ne sont pas loin de rappeler celles de son Choucas, autre looser magnifique. Bonne pioche que ce duo Lax / Dortmunder, dont on espère sincèrement d'autres cambriolages de haut vol : cette adaptation correspond au premier roman mettant en scène le cambrioleur de Westlake, il n'y pas de raison de s'arrêter en si bon chemin.

Pierre qui roule
Scénario et dessin Lax, adapté du roman de Donald Westlake
Casterman, 2008 - 93 p. couleur - Collection Rivages/Casterman/Noir – 15,95 €