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dimanche 24 mars 2024

[Adaptation] – Siniac is back ! Carton blême de Boris Beuzelin et JH Oppel réédité chez Komics Initiative

 

Le superbement pessimiste polar fantastique – et visionnaire ? - de Pierre Siniac paru initialement dans la collection Engrenage en 1985, puis réédité par Jean-Jacques Reboux chez Canaille, et enfin en Rivages/Noir en 2003 avait aussi connu une première adaptation BD, par Jean-Hugues Oppel et Boris Beuzelin. Une version parue dans feue la collection Rivages/Casterman/Noir, et que Mickaël Géreaume et sa maison Komics Initiative reprennent, via une traditionnelle campagne de financement Ulule qui a démarré sur les chapeaux de roue

Interview express de Boris Beuzelin avec comme première question : pourquoi diable ce retour du Carton Blême ?

Boris Beuzelin : C’est moi qui ai proposé à Mickaël ce projet de réédition. J’avais cette idée en tête depuis longtemps et j’attendais un moment favorable pour la concrétiser au mieux. la raison en est que je n’étais pas satisfait de la première version qui ne correspondait pas à l’idée que Jean-Hugues et moi avions de l’album. À cela deux raisons, d’une part l’album est sorti en couleur alors que nous voulions une version noir et blanc au lavis (ce qui était prévu sur le contrat), l’éditeur ayant changé cet aspect au prétexte que les albums noir et blanc de la collection se vendaient moins bien que ceux en couleur. Et d’autre part, un dixième de l’album nous a été « supprimé », cette fois en raison de désaccords avec les directeurs de collection de l’époque. 

L'album était chez Rivages / Casterman / Noir : était il encore dispo ? Cela a-t-il été facile de récupérer les droits ?

Boris Beuzelin  - Cela a été simple de récupérer les droits chez Casterman, la collection n’existant plus depuis longtemps et l’album n’étant plus disponible au catalogue. Il nous a fallu simplement renégocier une nouvelle cession de droit avec Rivage ce qui c’est fait sans difficulté non plus.

Comment as-tu travaillé à cette nouvelle version à paraitre Boris ? En quoi va-t-elle être différente de la précédente : couleurs, pagination, format...

Boris Beuzelin  - Ici j’en reviens à ce que j’évoquais plus haut. L’album à paraître chez Komics Initiative sera une sorte de director’s cut puisque il qu’il sortira donc en noir et blanc, au lavis, tel que je l’avais conçu à l’origine. Nous inclurons également les pages qui avaient été supprimées ainsi que quelques autres modifications qui s’étaient avérées nécessaires suite à la disparition de cette séquence. Cela représente une dizaine de pages supplémentaires. L’album sortira en souple, au format  plus petit que celui de la collection d’origine. L’idée d’une version spécial collector est en réflexion avec un cahier spécial en fin d’album avec des bonus, comme mon découpage et celui écrit de Jean-Hugues, des recherches diverses ainsi que le début si qu’une première version dessinée, car au départ c’est moi qui devait adapter le roman de Siniac, mais ça c’est encore une autre histoire.

As-tu également retravaillé avec Jean-Hugues Oppel ?

Boris Beuzelin - Je me suis débrouillé seul sur cette nouvelle version, mais elle était déjà préexistante en réalité, ce qui ne nécessitait pas de retravaille particulier avec Jean-Hugues, mais il reste bien évidement entièrement associé au projet.

Merci Boris !


La campagne de financement a atteint les 100 % attendus en quelques heures … Carton plein pour Komics Initiative ! Mais il vous reste du temps pour y participer, et choisir entre la version traditionnelle, ou la version collector … ou les deux !

C’est par ici :

https://fr.ulule.com/carton-bleme-pierre-siniac-boris-beuzelin/

Carton blême ****

Scénario Jean-Hugues Oppel et dessin Boris Beuzelin d’après Pierre Siniac

112 pages - Sortie mai 2024

mardi 21 janvier 2020

[Best of 2019] – Les héros du peuple sont immortels : Dans la tête de Sherlock Holmes (Ankama), Tif et Tondu Blutch (Dupuis) et Les Sanson et l’Amateur de souffrances (Vents d’Ouest)

Les continuateurs, repreneurs, pasticheurs, imitateurs, et autres admirateurs de Sherlock Holmes sont légion. Benoit Dahan et Cyril Lieron débarquent à leur tour et leur Dans la tête de Sherlock Holmes les place d’emblée tout en haut de la liste des meilleurs hommages au personnage de Conan Doyle. Double réussite que cette Affaire du ticket scandaleux : narrative, car on croirait cette intrigue à base de disparitions suite à un mystérieux spectacle chinois tout droit sortie du canon holmésien et graphique, avec cette extraodinaire mise en pages et en images de l’enquête. Chaque page est source d’émerveillement tant l’inventivité visuelle saute aux yeux, et surtout, tant elle fait véritablement sens : on suit, fasciné, réellement (car il est matérialisé de page en page) le fil rouge des pensées du détective et chaque observation, chaque réflexion, chaque déduction, chaque étape du périple dans les rues de Londres, chaque interrogation de témoins, sont illustrés par une mise en page en rapport direct avec l’ébullition des cellules grises de Holmes. D’entrée, son cerveau fertile est présenté en coupe, comme une planche d’anatomie ou le schéma d’une mécanique complexe. Cela donne un premier tome – car il faut bien deux volumes pour résoudre cette affaire – étonnant, foisonnant, déroutant, rafraîchissant… en un mot : brillant. Et assurément un des albums de l’année (Ankama).

Et du côté des reprises, impossible de passer à côté de Mais où est Kiki ? Non, ce n’est pas la voisine qui a perdu son Pékinois à poil ras, ni un remix par David Guetta du Youki de Gotainer, mais bien la nouvelle aventure des vétérans Tif et Tondu, et quelle aventure ! Ce retour signé Blutch, sur un scénario de son frère Robber, est clairement un hommage à une série qui a les a marqués, et leur reprise est ébouriffante. Au coeur des années 70, on découvre, subjugué, le chaînon manquant et inédit entre  Tif rebondit , de Rosy, et L’ombre sans corps , de Tillieux. Ou mieux, juste après la première apparition de Kiki, dans  Tif et Tondu contre le Cobra, puisque la délicieuse comtesse Amélie d’Yeu, alias Kiki, est la vedette de cette reprise. Vedette invisible, car enlevée, disparue, évanouie… Dupuis n’a pas hésité sur les éditions pour ce Tif et Tondu hors-norme : une première version en trois « cahiers Tif et Tondu », puis version noir et blanc en décembre pour Angoulême 2020, la version couleurs… Que demande le peuple ? Un supplément ? Le voici, en guise de cerise sur le gâteau : une novella  L’antiquaire sauvage , qui met en scène les deux héros, « justi-romanciers » comme ils s’autoproclament, dans une enquête échevelée dans le milieu de l’Art et des faussaires… Et s’il fallait d’ailleurs commencer par quelque chose, c’est bien par ce court roman : il met immédiatement dans le bain car l’esprit et le ton « Tif et Tondu » sont bien là et l’intrigue est digne de Tillieux Suprême délice : l’épilogue n’est ni plus ni moins que ce qui se passe dans les premières pages dessinées par Blutch. La boucle se boucle et il n’y a plus qu’à se laisser entraîner dans l’aventure (Dupuis)


Et pour finir cette sélection, place aux « immortels » annoncés das le titre de cette chronique… Les Sanson et l’Amateur de souffrances s’inspire de l’histoire des Sanson, la dynastie de bourreaux la plus célèbre de l’Histoire de France et qui débute en 1675, quand Charles Sanson épouse Marguerite Jouënne, elle-même fille de bourreau. Une union assortie d’un double couperet : Charles hérite du métier de son beau-père, mais aussi d’une malédiction terrible, qui prend elle la forme d’un homme sinistre mystérieux, l’ Amateur de souffrances. Un individu dont personne ne connaît le nom, mais dont Charles mesure très vite l’étendue des pouvoirs : en se nourrissant des douleurs intenses des suppliciés, par la simple vision du spectacle des châtiments et exécutions publics, l’Amateur rajeunit littéralement de plusieurs dizaines d’années…
Depuis ce point de départ original, Patrick Mallet et Boris Beuzelin se sont lancés dans une étonnante et passionnante saga, à la fois historique (les Sanson ont existé) et fantastique, avec ce personnage de l’Amateur de souffrances, tenant à la fois du vampire, de l’ogre et du sorcier. Original par son méchant hors-norme, cette trilogie l’est aussi par son scénario, qui étale la lutte contre le mal sur plusieurs générations de Sanson. Boris Beuzelin réussit le tour de force de nous plonger dans les antres des bourreaux – charmants instruments, et délicates missions à accomplir pour le compte de la justice royale … - sans donner la nausée avec juste ce qu’il faut de détails pour comprendre que le métier n’était pas facile tous les jours… Et en faisant saisir toute la fascination et la répulsion qu’il pouvait exercer sur les foules. (Vents d’Ouest).


Dans la tête de Sherlock Holmes : L’affaire du ticket scandaleux 1 **** / Liéron et Dahan – Ankama – 60 pages coul.

Tif et Tondu : Mais où est Kiki ? **** Scénario Robber et dessins Blutch – Dupuis – 88 pages noir et blanc
 L’antiquaire Sauvage ***: un roman de Tif et Tondu / Robber et Blutch – 92 p. - Dupuis

Les Sanson et l’amateur de souffrances tomes 2 et 3 ***/ Mallet et Beuzelin – Vents d’Ouest – 95 p. coul.

mercredi 13 novembre 2013

[Festival] - La BD à l'honneur à Noir sur la Ville

Ce week-end se déroule du côté nord de la Bretagne, un des plus fameux salon du roman noir de l'année : Noir sur la ville. C'est à Lamballe et c'est la 17ème édition du festival. Et comme tous les ans, quelques auteurs de BD parviennent à se glisser subrepticement parmi la quarantaine d'auteur(e)s invité(e)s. Mais cette année, ils ne réussiront pas à passer inaperçus puisque que je vais les passer à la question au cours d'une table ronde sur la Bande dessinée noire (étonnant, non ?) et cela se passera samedi 16, à 15 heures. Mais qui sont-ce vous dites-vous ? Dans le désordre le plus total : Boris Beuzelin, Anthony Pastor, et Jean-Christophe Chauzy. Trois excellents stylistes, qui seront accompagnés pour la discussion d'Olivier Keraval, éditeur chez les toujours dynamiques éditions Sixto, et par ailleurs scénariste pour ce même éditeur.
Voilà vous savez tout. Ou presque. La suite, c'est à Noir sur la Ville,
qui ouvre ses portes avec le film "Zulu", d'après le roman de Caryl Férey, en avant-première mondiale, dès vendredi soir. 
Come on people ! 

samedi 17 août 2013

[Rattrapage] - Mako, de Beuzelin et Marty (Treize Etrange, 2012)


Roman, nom de code Mako, est en mission pour un mystérieux employeur, la Boîte Noire. Recruté pour son profil d'ex-agent de la DGSE, il est envoyé, en compagnie d'Ultra, un ancien collègue de la section "les loups", dans un bunker désaffecté, à la recherche d'une puce électronique précieuse. La mission se déroule sans encombre jusqu'à ce qu'Ultra vole la puce, en laissant Mako sur place, dans les vapes, prêt à se laisser cueillir par les services de sécurité des lieux. Cinq ans de prison plus tard, à sa sortie, il retrouve Marie, soeur d'un compagnon de cellule, Roger, qui lui affirme pouvoir retrouver Fia, la femme qui a l'envoyé dans le bunker... et derrière les barreaux. Mais pour arriver jusqu'à  celle qui l'a trahi, Mako doit accepter auparavant de mener un casse des plus périlleux, au service de Marie...

Bon récit d'aventures à l'ancienne, avec plan de haut vol pour récupérer un paquet de fric, femmes fatales et coups tordus, dans une ambiance espionnage très fifties. Le scénario de Boris Beuzelin et Lionel Marty est riche en rebondissements et même si tout s'enchaîne un peu trop facilement, il ne faut pas faire la fine bouche : l'ensemble est rythmé par une mise en page dynamique, agrémentée d'idées originales (comme la présentation du casse sous forme de pictogrammes par exemple) et tout cela permet de belles scènes d'action. La palme revient au combat sous-marin, digne d'un 007, ce qui n'étonnera pas les lecteurs de Beuzelin, auteur d'une série - Le Narval - où il déjà montré son goût et son talent pour les profondeurs maritimes. Ajoutons à cela un sens du dialogue bienvenu, des personnages bien campés - en particulier le héros, adepte de Marc-Aurèle et ses "Pensées pour moi-même" qui égrènent le premier tome au fil de l'action. Premier tome, car même si le sous-titre "ça ne sera pas pire avant d'être mieux" n'apparait pas sur la couverture, nul doute qu'on retrouvera l'aventurier-philosophe dans d'autres missions, comme le laisse entendre la toute dernière case de l'album. Et c'est tant mieux, car voici un petit nouveau prometteur dans la longue liste des aventuriers du neuvième art. 
Depuis cet album, sorti en octobre 2012, Beuzelin a publié (après "La nuit des chats bottés" en 2006 ) une adaptation réussie du "Carton blême" de Pierre Siniac, avec Oppel au scénario, dans la belle collection Rivages-Casterman Noir. Je vous en reparlerai dans quelques temps, mais en attendant, un petit tour sur son blog Black Luna, vous donnera une petite idée de l'étendue des talents de ce dessinateur. 


Mako
Scénario Boris Beuzelin et Lionel Marty - Dessin Boris Beuzelin
Treize Etrange, 2012 - 48 pages couleurs - 13,90 €

vendredi 7 août 2009

La Nuit des chats bottés (2006)

« Chez Boris, la performance tient aussi que le dessin réussit tout à la fois à être expressionniste, exigeant dans l’esthétique sans être pour autant précieux et d’un romantisme évident… ». Tels sont les mots de Frédéric H. Fajardie dans la postface de cette adaptation d’un roman qui fit beaucoup pour la renommée de son auteur. Et c’est vrai qu’il fallait une certaine dose de romantisme, présente dans la trame originale, pour transposer en cases cette histoire de deux ex-militaires pris d’une frénésie dynamitière et qui font tout sauter dans un Paris giscardien pour les beaux yeux d’une femme, la mystérieuse Jeanne. Quant à l’expressionnisme souligné par Fajardie, on en trouve surtout des traces dans des visages aux traits durcis par des ombres. Beuzelin réussit en tout cas parfaitement ses personnages cagoulés – les Chats Bottés du titre – et à en faire des jusqu’au-boutistes crédibles. Lire cette histoire en 2006 est du reste assez étrange : elle est à la fois datée, par l’époque précise à laquelle elle se déroule mais aussi par les cibles choisies, et intemporelle, par les motivations des protagonistes, animés d’une certain esprit de révolte. Et c’est peut-être bien ça l’important, ce petit parfum libertaire qui se dégage au fil des pages. Une vraie bouffée d’air frais en ce début de 21ème siècle grisâtre.

La Nuit des Chats Bottés
Scénario et dessin Boris Beuzelin, d’après Frédéric H. Fajardie
Casterman, 2006 – 140 p. n&b – Collection Ecritures - 12,95 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°40 - Décembre 2006]