Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
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Bonne balade dans le noir !
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dimanche 8 mai 2016

[Festival complètement à l'Ouest] – Le Goéland Masqué, saison 16, du 13 au 16 mai à PENMARC'H

Voilà bien longtemps (2011...) que je ne vous avais pas parlé de ce chouette festival qu'est le Goéland Masqué.
. Et c'est un tort, car c'est l'un des rares salons du polar à faire une aussi belle place à la bande dessinée.

D'abord, en invitant des pointures du genre noir, et c'est encore le cas cette année avec les dessinateurs Germain BOUDIER, qui vient de publier l'étrange et captivant "Insomnies" (Sixto), BRIAC, fabuleux illustrateur, la preuve encore dans "Quitter Brest" (toujours Sixto), Jean-Christophe CHAUZY et son univers urbain inimitable, Benjamin ADAM auteur entre autres de l'étonnant "Lartigues et Prévert", (La Pastèque), et RICA, au trait punchy - voir "Succombe qui doit" ou son dernier album "UCT - Unité Combattant Trudaine (Glénat).

Trois scénaristes seront également présents : Arnaud LE GOUEFFLEC,, Catherine LE GALL et Sylvain RICARD . Vous pourrez retrouver ces derniers le dimanche après-midi dans deux rencontres à la Maison pour Tous de Penmarc'h :

- « La Revue dessinée, invitée du Goéland » – « Finance et bande dessinée : Le bon moyen de rendre accessible un sujet complexe. L’exemple des « emprunts toxiques » Catherine LE GALL et Benjamin ADAM
- « Action Directe : une histoire de l’ultra­gauche » Sylvain RICARD et RICA

Et puis, la bande dessinée au Goéland Masqué, c'est aussi le Prix Mor Vran, décerné depuis 2008, et qui a récompensé successivement Jaime MARTIN ("Ce que le vent apporte" - Dupuis), Christian DE METTER ("Shutter Island" - Casterman), Max CABANES ("La Princesse du Sang" - Dupuis) , Ralph MEYER ("Page Noire"- Futuropolis), Manu LARCENET ("Blast" - Dargaud), ORIOL ("La Peau de l'ours" - Dargaud), et Eric SAGOT ("Paco les mains rouges" - Dargaud).

Cette année, le Prix est décerné à Christian LAX pour "Un Certain Cervantès", chez Futuropolis
La cérémonie de remise aura lieu samedi 14 mai, à 11h30, à la salle Cap Caval, pour l'inauguration du festival.

Bon, évidemment, qui dit festival du roman noir, dit écrivains, et ils seront une quarantaine, et là non plus, pas des moindres : Carlos SALEM, Eric MILES WILLIAMSON, Francesco DE FILIPPO, Gérard ALLE, Marin LEDUN, Hervé LE TELLIER, Elena PIACENTINI, Jean-Bernard POUY, Marc VILLARD... 
 
Et toutes et tous - ou presque - seront à l'affiche d'un des nombreuses tables rondes, rencontres, débats et autres lectures programmés durant ce long week-end. Des rencontres animées par l'équipe du Goéland, mais aussi par Hervé DELOUCHE de la vénérable association 813 et Ida MESPLEDE (Polars sur Garonne).

Si vous voulez tout savoir, un seule solution : un petit tour sur le site du festival... et rendez-vous dès vendredi 13 pour une rencontre d'ouverture : "Le Rock est-il soluble dans le polar" ? 
 
Car j'allais oublier : cette édition est placée sous le signe du binaire, avec trois concerts : SPERNOT (punk rock), les POLAROÏDS ROCKS et MC VIPERS (Street punk).

Alors un seul mot d'ordre : Hey ho, let's go-eland ! 




 

dimanche 15 décembre 2013

[ça va cogner] - Revanche, prénom : Thomas. L'ange purificateur (économique) de Pothier et Chauzy...

Alors voyons, commençons par ce qui se passe au dos de ces deux albums. Le texte d'accroche est un peu mystérieux :
"Je m'appelle Revanche, Thomas Revanche. Et j'ai deux boulots. Dans la journée je suis l'assistant de la présidente de la plus grosse organisation patronale du pays. Le reste du temps, je restaure la justice sociale. Avec ou sans arme".
Quant au dessin qui accompagne cette entrée en matière, que raconte-t-il ?
On y découvre le dénommé Revanche, bien droit sur le trottoir, une clope à la main, dans un costume bleu impeccable, et une coupe de cheveux qui ne l'est pas moins. Une tête, à lunettes, de premier de la classe : ça, c'est pour le premier boulot. Mais il y a forcément autre chose, et elle se trouve de l'autre côté de la rue, là où le regard de Revanche se pose, : la vitrine du bouquiniste "Les Raisins de la colère".
En fait, c'est la porte de cet endroit chargé de livres, et de sens, que viennent franchir les outragés de la société, celles et ceux qui sont broyés par un patron, un chef de service, un collègue harceleur... et qu'ils viennent prononcer la phrase magique : "Bonjour, je viens prendre ma revanche". Et là, Thomas entre en scène pour son deuxième boulot, celui qui lui permet de se faire un pourfendeur, à coups de poing, d'un monde du travail vraiment trop pourri. Et franchement, on peut se dire que ça fait du bien de voir enfin quelqu'un défendre la cause du peuple d'une manière aussi radicale...
En douze histoires courtes (chaque album en contient six) de huit pages chacune, Nicolas Pothier et Jean-Christophe Chauzy font intervenir son "héros" contre, entre autres, un fabricant de silicone douteux, des exploiteurs de travailleurs sans papiers, un flic harceleur conduisant une collègue au suicide, un patron qui vide son usine le week-end pour la reconstruire en Chine, un marchand de sommeil abusant de la faiblesse d'une vieille dame... N'en jetez plus, on se croirait au 20 heures (enfin, je sais pas, le 20 h, ça fait longtemps que je regarde plus, vu la manière dont sont traités les sujets, mais je m'égare...), en tous cas dans les pages "société" de la presse nationale... ou locale.
Le tour de force du duo est de rendre ces histoires tout à fait crédibles... car tout droit sorties de notre quotidien. L'idée de génie est d'appliquer les codes du récit de super-héros (double identité, volonté de lutter contre le mal, tiraillements psychologiques...) au monde impitoyable du travail, mondialisé, inégalitaire et anxyogène... Et tous ça sans que la lecture de ces scènes de la vie ordinaire, ne poussent le lecteur au suicide. Au contraire ! Les baffes bien senties de Thomas Revanche à ses "victimes", les humiliations qu'il fait sentir aux exploiteurs à la petite semaine, aux chefaillons de tous poils, ont un effet revigorant. Cela fonctionne car c'est intelligent dans la dénonciation du monde de l'entreprise tel qu'il est - et non tel qu'il voudrait nous faire croire qu'il est - et qu'il y a une part d'humour distancié dans les réflexions pour lui-même de Thomas Revanche. Une ironie constante, dont on sent bien que c'est un rempart pour ne pas craquer, lui aussi. Quant au dessin de Chauzy, il est parfait, en particulier quand il s'agit de faire exprimer tous les sentiments par lesquelles passent bourreaux et victimes lorsqu'ils croisent la route de Thomas Revanche... ou avant.
Voilà. C'est bientôt Noël : vous savez ce qu'il vous reste à faire. Appeler Thomas Revanche pour lui dire de faire un tour du côté de ce super marché, pas loin de chez vous, ouvert jusqu'à 22 heures mardi 24 décembre, et de demander au patron comment il paye son Père Noël. Ou lui offrir ces deux tomes de Revanche. Il comprendra peut-être. Ou pas. Mais il ferait bien de se méfier.

Revanche
Texte Nicolas Pothier et dessin Jean-Christophe Chauzy
1 - Raison sociale
2 - Société anonyme
Treize Etrange, 2012 et 2013 – 48 pages couleur chaque - 13,90 €



mercredi 13 novembre 2013

[Festival] - La BD à l'honneur à Noir sur la Ville

Ce week-end se déroule du côté nord de la Bretagne, un des plus fameux salon du roman noir de l'année : Noir sur la ville. C'est à Lamballe et c'est la 17ème édition du festival. Et comme tous les ans, quelques auteurs de BD parviennent à se glisser subrepticement parmi la quarantaine d'auteur(e)s invité(e)s. Mais cette année, ils ne réussiront pas à passer inaperçus puisque que je vais les passer à la question au cours d'une table ronde sur la Bande dessinée noire (étonnant, non ?) et cela se passera samedi 16, à 15 heures. Mais qui sont-ce vous dites-vous ? Dans le désordre le plus total : Boris Beuzelin, Anthony Pastor, et Jean-Christophe Chauzy. Trois excellents stylistes, qui seront accompagnés pour la discussion d'Olivier Keraval, éditeur chez les toujours dynamiques éditions Sixto, et par ailleurs scénariste pour ce même éditeur.
Voilà vous savez tout. Ou presque. La suite, c'est à Noir sur la Ville,
qui ouvre ses portes avec le film "Zulu", d'après le roman de Caryl Férey, en avant-première mondiale, dès vendredi soir. 
Come on people ! 

mercredi 16 octobre 2013

[Réclame express] - Fluide Glacial - Spécial Faits Divers

Bon, dès la riante  couv' de ce numéro 448  du vénérable "magazine d'umour & bandessinées",  vous êtes prévenus : ça va saigner ! Les 84 pages de ce mois d'octobre sont entièrement consacrées aux crimes et délits les plus sordides et les plus sombres de la France profonde... mais évidemment, c'est pour de faux. A moins que ???  Les amateurs de récit (d'humour) noir se délecteront particulièrement des histoires de Chauzy & Lindingre, Bouzard (mais Bouzard est un génie, il n'a pas de mérite) Lefred-Thouron, Jake Raynal ou Hugot
Et en plus y a même de la vraie lecture (des lignes avec des mots) pour les intégristes de la littérature.
On est encore en octobre, il reste encore un infime espoir aux retardataires pour se procurer ce numéro qui remet les pendules à l'heure sur l'état de la délinquance dans notre beau pays. Et ose dire la vérité.  Enfin !
Et si on veut, on peut même perdre son temps sur le blog de Fluide, entre deux coups de fil à la police.

mercredi 14 mars 2012

[Champagne et paillettes] - Chauzy prix Polar-Encontre 2012 !

Le week-end dernier s'est tenue à Bon Encontre, dans le Lot-et- Garonne, la 7ème édition du très réputé festival Polar'Encontre qui a la particularité d'accueillir autant d'auteurs de BD que de romanciers, à quelque chose près.

Tous les ans, les organisateurs décernent un prix BD, parmi une sélection d'une douzaine de titres – ou parfois plus, quand des séries sont retenues – où l'heureux élu, outre une gloire éternelle, gagne aussi le droit de dessiner l'affiche du festival de l'année suivante. La superbe affiche que vous voyez ici est signée Ralph Meyer, qui avait remporté le prix en 2011 pour son album « Pages noires » (Futuropolis) co-scénarisé par Giroud et Lapière.

Et cette année, c'est la nouvelle version du « Rouge est ma couleur », dont je vous avais dit tout le bien que j'en pensais il n'y a pas si longtemps, ici dans ces pages, qui décroche la timbale.
Bravo à Jean-Christophe Chauzy et Marc Villard, et à Casterman. Une récompense assez méritée pour une collection qui réussit régulièrement à surprendre au fil de ses nouveautés.
Et pour Chauzy, dessinateur discret, qui oeuvre depuis pas mal de temps déjà dans le polar (il est notamment le seul à avoir travaillé avec Thierry Jonquet).

A noter que le prix « Calibre 47 » du roman a été décerné à un auteur qui fut dans une autre vie dessinateur : Romain Slocombe, pour son roman «Monsieur le Commandant » (Nil éditions)

dimanche 15 janvier 2012

[Chronique] - Rouge est ma couleur, deuxième version

David Nolane et Carl Weissner sont flics à Barbès, membres de la section des stups du 18ème arrondissement. Au cours d'un flag, Weissner se fait descendre, ce qui n'est pas bon du tout pour le moral de Nolane, qui était son coéquipier depuis des années. C'est presque au même moment que Zoé, sa fille toxicomane, fait son retour au bercail familial : elle a trouvé une salle pour reprendre la musique, la batterie, et elle espère enfin lâcher la dope définitivement grâce à cela, et à sa participation aux réunions des ex-camés de l'association « La Porte Magique ». Mais le patron de l'Utopia ne la laissera jouer dans sa salle qu'en échange d'un marché dangereux : remplacer un de ses dealers défaillants pendant un mois. Zoé accepte, en cachant l'affaire à son père, qui lui, commence à remonter la piste des tueurs de Weissner. Père et fille ne vont pas tarder à se retrouver...

Rouge est ma couleur est une histoire sombre et magnifique, et on y retrouve la quintessence des thèmes villardiens : la ville, la nuit, la musique, les âmes perdues, la vengeance. Chauzy, auteur dont le style était fait pour rencontrer les univers de Marc Villard, a entièrement repris l'adaptation de ce roman, publiée une première fois par Casterman en 1995 dans la collection « Un monde », en grand format. Cette nouvelle version trouve sa place dans « Rivages Casterman Noir », où les adaptations sont plus denses, et plus proches des romans et il est très intéressant de comparer les deux versions graphiques de ce même roman. Déjà, la réédition compte 27 pages supplémentaires (82 contre 55 pour la précédente), et cette pagination plus longue permet au dessinateur de s'attarder plus sur certaines scènes, ou d'en inclure des nouvelles. Chauzy n'a pas redessiné tout l'album, mais intégré ces scènes dans les planches existantes, un travail certainement délicat, mais qui a été mené sans dommage pour la narration. Un petit exemple.















Il faut ajouter que l'album ne
souffre absolument du changement de format : les cases de Chauzy étaient assez grandes dans la première version, et la réduction des planches n'entraîne aucune difficulté de lecture, comme on aurait pu le craindre par exemple pour le lettrage.
Alors, en conclusion, au-delà de l'intérêt de ces remaniements, Rouge est ma couleur, deuxième titre du duo après La Guitare de Bo Didley , a toute sa place dans la collection car elle est l'oeuvre d'un de nos romanciers les plus sensibles aux interactions entre textes noirs et bande dessinée, et il participe lui-même à l'écriture des adaptations de ses romans. Même si vous aviez déjà la première édition, n'hésitez pas à lire celle-ci, elle lui est supérieure.

Rouge est ma couleur
Texte Marc Villard et dessin Jean-Christophe Chauzy
Casterman, 2011 – 112 pages couleurs – Collection Rivages Casterman Noir



Le roman est disponible aux éditions Rivages

vendredi 14 mai 2010

Festival Polar à la plage du Havre : 10 auteurs BD invités

La toujours dynamique équipe des Ancres Noires organise, au Havre, son désormais très attendu festival « Polar à la plage » les 11,12 et 13 juin 2010.
Le programme est cette année encore des plus alléchants : théâtre avec départ en bus vers une destination inconnue, contes noirs et interventions-surprise, et of course, ce qui fait la patte de ce festival, le concert « Polaroïdes rock », avec les groupes qui ont écrit des morceaux sur des textes des auteurs invités. Sans oublier la présence plus d'une vingtaine de nos plus fines plumes noires hexagonales... et internationales.
Pour tout savoir, une seule adresse : lesancresnoires.com

Mais vous vous en doutez bien, si je vous cause de « Polar à la plage », c'est que l'amateur de cases que vous êtes pourra y rencontrer des dessinateurs dont je vous ai déjà vanté les mérites : Argunas ( ici les chroniques de Missing et Bloody september), Chauzy, Germain et Loustal (pour leurs adaptations Rivages) ou encore Edith (pour, entre autres, Basil et Victoria)

Et seront aussi présents Alep, Deloupy, Douay et Piatzszek, sans oublier Riff, auteur dans les années 90 de trois enquêtes de l'inénarrable Myrtil Fauvette (rééditées en 2005, en noir et blanc et au format « comics » aux éditions Charrette...).

Une seule adresse pour vos premiers élans plagistes de l'année : la digue promenade du Havre !

dimanche 14 février 2010

Rivages/Noir/Casterman : deuxième salve

Après un lancement réussi en 2008, avec quatre titres annonciateurs d'une collection de haute tenue, et un Prix des libraires de Bande Dessinée 2009 dès le cinquième titre (« Shutter Island » ou Lehane adapté par De Metter), Rivages/Casterman/Noir s'est enrichie en 2009 de quatre nouveautés, toutes aussi intéressantes que la première salve.

Le duo Villard / Chauzy, qui semble s'entendre comme larrons en foire, s'est donc reconstitué après leur première association pour « Rouge est ma couleur ». Moins sombre – quoique... - « La Guitare de Bo Didley » est définie par Villard himself comme « une cavalcade burlesque » que Chauzy a lui-même dessiné de manière alerte, extrêmement vivante et colorée : il fallait bien cela pour cette histoire de guitare mythique – celle de Bo Didley donc, bleue et rectangulaire – qui passe de mains en mains, chacun de ses éphèmères propriétaires en tirant profit ou... ennuis plus ou moins graves. L'une des difficultés a d'ailleurs été pour le dessinateur de « typer » toute une galerie de personnages, certains disparaissant au bout de quelques pages, le rôle principal étant dévolu à la guitare. Le travail sur le « casting » a donc été important dans cette adaptation, où le quartier cher aux deux auteurs, Belleville, est un autre élément important de l'album. Au final, l'adaptation de ce roman à rebondissements est une réussite tant au niveau du respect de la trame narrative que de l'atmosphère qui s'en dégageait. Il apparaît ici comme une évidence qu'une participation active du romancier à l'adaptation de son propre livre donne une autre dimension à celle-ci.
Marc Villard et Jean-Christophe Chauzy ont brillamment causé de cet album au Point Ephèmère (Paris) lors du 1er festival des Habits Noirs en septembre dernier et vous pouvez les réécouter sur le podcast des mêmes Habits Noirs. José-Louis Bocquet y évoque aussi l'adaptation de la Princesse du Sang de Manchette par Cabanes, un album dont je vous parlerai forcément bientôt.
Et encore plus moderne : ne ratez pas les sémillants Villard et Chauzy en images animées sur bibliosurf, toujours à propos de la "Guitare de Bo Didley".

Jacques de Loustal n'a pas travaillé avec Dennis Lehane pour « Coronado », et il a adapté seul cette nouvelle parue dans le recueil éponyme. Son choix s'est porté sur un texte sombre, une histoire qui débute par la sortie de prison de Bobby, que son père attend à la sortie du pénitencier, à bord d'un Buick volée et avec une pute sur la banquette arrière... Les retrouvailles vont vite prendre un tour étrange, où père et fils semblent chacun sur la réserve, et jouer au chat et à la souris jusqu'au bout. Découpée en cinq actes, cette bande dessinée porte la marque de fabrique loustalienne : planches de deux grandes cases – voire d'une seule – absence quasi-totale de texte narratif, personnages aux gestes et postures emprunts d'une certaine raideur... Il se dégage de tout cela une force insidieuse, une violence contenue, qui rappellent combien Loustal est doué pour mettre en scène le polar d'une manière originale et parfois déroutante.


Déroutant, et presque dérangeant même, le « Trouille » de Joe G. Pinelli l'est tout autant. Adapté par Oppel, le roman de Marc Behm raconte l'histoire de Joe Egan, joueur de poker professionnel, qui passe son temps à fuir... une femme, blonde, tout de noir vêtue, qui le poursuit depuis son enfance. Persuadé qu'il s'agit de la mort incarnée, Joe est dans un état de panique quasi-permanent, qui le fait aussi quitter du jour au lendemain les femmes dont il est amoureux... Cet état de fuite, Pinelli a choisi de le traiter en faisant lui aussi disparaître – ou presque - une caractéristique essentielle de la bande dessinée : la case. Chacune de ses planches englobe une ou plusieurs scènes, sans que les frontières en soit délilmitées autrement que par la page elle-même. Son album tient ainsi plus du long récit de voyage illustré, un long voyage vers nulle part tant le « héros » semble désemparé. Cet impression de carnet de route vers le néant est accentuée par le trait proche du crayonné choisi par Pinelli pour ses personnages comme pour ses décors, choix artistique parfaitement assumé juqu'à l'ultime planche de cet album. Avec ce « Trouille », la collection s'enrichit d'un titre atypique, et confirme qu'elle peut devenir celle de toutes les audaces et de tous les risques.
Les Habits Noirs, toujours sur la brèche, ont interviewé Joe Pinelli au dernier festival Noir sur la Ville de Lamballe, et là encore, vous pouvez écouter ce podcast fort intéressant en cliquant ici.

C'est un peu confirmé par le dernier titre paru, en octobre : « Brouillard au pont de Bihac ».
Jean-Hugues Oppel – oui, le même – voit ici deux de ses nouvelles adaptées par un nouveau venu, Gabriel Germain, qui publie ici sa première BD. « Brouillard au pont de Bihac » se déroule au cours du conflit en ex-yougoslavie : deux anciens employés de banque décident de s'emparer d'un fourgon oublié au début de la guerre et de se faire passer pour des ambulanciers pour dissimuler leur forfait. Et ils comptent bien profiter du brouillard qui s'est abattu sur la ville pour filer à l'anglaise... Dans « 58 minutes pour mourir », l'autre nouvelle adaptée, un mercenaire a pour mission de faire sauter un avion, et le problème est pour lui de réussir son coup alors que l'aéroport est sous haute surveillance, la police ayant été prévenue du futur attentat...

Pour ces deux adaptations, Gabriel Germain a opté pour un noir et blanc tout en ombres et lumières, choix assez judicieux au regard des lieux de l'action des deux nouvelles, tout particulièrement pour la première. Les moindres recoins des espaces confinés de Bihac sont ainsi mis en valeur : la cachette du sniper, l'intérieur du camion militaire, le sous-sol de la banque... Les ombres s'étendent bien entendu aux hommes, dont seuls des demi-visages sont visibles, avec des trous noirs en guise d'yeux. Véritables zombies survivants d'une guerre aveugle, ou flics aux abois dans la seconde histoire, aucune rondeur ne vient adoucir les figures, au contraire : des traits anguleux viennent accentuer la dureté des situations. Ce parti-pris d'un noir et blanc qui n'est pas sans rappeler le travail de Miller sur Sin City ou celui de certains dessinateurs de la série « Queen and Country », fait mouche pour ces adaptations et on pardonnera volontiers à Gabriel Germain quelques maladresses sur certains personnages : voici une première oeuvre prometteuse, et la première véritable incursion dans le noir et blanc du côté de Rivages/Casterman... Noir.

La Guitare de Bo Didley
Scénario Marc Villard d'après son roman et dessin Jean-Christophe Chauzy
Casterman, 2009. - 92 p. coul. - (Collection Rivages/Casterman/Noir) - 17 €
Coronado
Scénario et dessin Loustal d'après Dennis Lehane.
Casterman, 2009. - 94 p. coul. - (Collection Rivages/Casterman/Noir) - 17 €
Trouille
Scénario Jean-Hugues Oppel, d'après Marc Behm. Dessin Joe G. Pinelli.
Casterman, 2009. - 94 p. coul. - (Collection Rivages/Casterman/Noir) - 17 €
Brouillard au pont de Bihac
Scénario Jean-Hugues Oppel, d'après ses nouvelles. Dessin Gabriel Germain.

dimanche 7 février 2010

La Crème de la BD Noire à Bon-Encontre les 13 et 14 mars

Le cinquième Salon “Polar’Encontre” de Bon-Encontre se déroulera les samedi 13 et dimanche 14 mars 2010. Cela se passe au Centre Jacques Prévert de Bon-Encontre, dans le Lot-et-Garonne, tout près d’Agen. Si je vous en cause c'est que ce festival est l'un des rares dans le polar - le seul ? - à avoir autant d'auteurs de BD que de romanciers à son menu. Et rien que du beau monde :

Will Argunas, Laurent Astier, Max Cabanes, Jean-Christophe Chauzy, Chetville, Michel Espinosa, Olivier Grenson, Gunt, Horne, Alexis Laumaillie, Gilles Mezzomo, Jean-Philippe Peyraud.

C'est Laurent Astier qui a réalisé l'affiche de ce festival, avec en vedette Claire, la femme-flic de sa série du moment "Cellule Poison". Un série dont je vous ai déjà dit ici tout le bien qu'elle m'inspirait.

Et côté livres avec plein de lignes : Ingrid Astier, Laurence Biberfeld, Jeanne Desaubry, Catherine Diran, Naïri Nahapetian, Anne Secret, Lalie Walker, Marin Ledun, Michel Leydier, Marcus Malte, Claude Mesplède, Benoît Séverac, Marc Villard. (Sous réserve : Doug Headline).
Quand je vous dit qu'il y aura du beau monde.

Alors pour le week-end du 13/14 mars : votez Polar, liste Bon-Encontre !