Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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lundi 22 novembre 2021

 [Trois pour le prix d’un] - Prix Clouzot de la BD polar (A Fake story) , Trophée 813 BD (New York Cannibals) et Prix Mor Vran (Un travail comme un autre) : trois albums « littéraires »... et américains

 

C’était récemment la saison des prix littéraires, et il en a plu sur les romans et essais à tous les coins de rue. Les bandes dessinées ne sont pas en reste, et trois distinctions ont été décernés pas plus tard qu’il n’y pas très longtemps. Pour trois albums se déroulant tous au pays de l'Oncle Sam. 

Le premier de ces prix a  été attribué  il y a quelques jours à Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx pour A fake Story, d’après le roman de Douglas Burrough (Futuropolis), qui remporte le Prix Clouzot de la BD polar du festival Regard Noirs de Niort. Choix osé car pour ce prix consacrée à une adaptation d’un roman noir ou policier, le jury a choisi de récompenser une bd dont l’auteur du roman reste, voyons, mystérieux. Mais l’histoire n’en demeure pas moins passionnante : à la suite du reportage sur la fausse invasion martienne racontée «en direct » par Orson Welles en octobre 1938, un homme tire sur sa famille avant de se suicider. Un journaliste, Douglas Burroughs, vient enquêter sur cette tragédie. Et c’est une vertigineuse mise en abyme que racontent avec talent Galandon et Pendanx, et qui entre parfaitement en résonance avec notre époque actuelle…

 

Pas d’adaptation pour le Trophée 813 de la BD 2021, décerné lui fin septembre, mais un romancier du noir chevronné au scénario : Jerome Charyn, vainqueur avec François Boucq du trophée pour leur New-York cannibals (Le Lombard). Charyn et Boucq œuvrent ensemble depuis de trente cinq ans, et régulièrement se retrouvent pour des albums empruntant à leurs univers respectifs, avec, depuis « Bouche du diable » (1990), une exploration du genre polar plutôt du côté espionnage ambiance goulag. Mais c’est aussi la cité chère au romancier qu’est New York qui est au coeur de leur deux derniers albums, et on retrouve dans « New York cannibals » les personnages principaux de « Little Tulip.», 20 ans plus tard. Tatouage, culturisme, trafic de sang, désir d’enfants… sont autant de thèmes au coeur de cet album dense où se croisent une incroyable galerie de personnages, tous aussi charynesques que boucquiens. 


Enfin, c’est début septembre qu’a été remis à Alex W. Inker le Prix Mor Vran de la BD 2021 du festival du Goéland Masqué de Penmar’ch (Finistère) , pour  Un travail comme un autre  (Sarbacane). Encore une adaptation, mais de pas de mystère sur l’autrice cette fois, puisqu’il s’agit de Virginia Reeves, dont c’était le premier roman. L’histoire ? Allez, pour une fois, reprenons le résumé de l’éditeur : Alabama, 1920, Roscoe T Martin est fasciné par cette force plus vaste que tout qui se propage avec le nouveau siècle : l’électricité. Il s’y consacre, en fait son métier. Un travail auquel il doit pourtant renoncer lorsque Marie, sa femme, hérite de l’exploitation familiale. Année après année, la terre les trahit.Pour éviter la faillite, Roscoe a soudain l’idée de détourner une ligne électrique de l’Alabama Power. L’escroquerie fonctionne à merveille, jusqu’au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie »

Alex Inker nous replonge donc dans cette Amérique de Caldwell et Steinbeck, et comme il le confie au site ligne claire.info, ce qu’il voulait surtout tirer du roman « c’était avant tout l’histoire d’amour de Roscoe et Mary » (interview complète ici). Mais cela reste aussi un album vraiment noir et tragique, qui là aussi, fait écho à ce que nous vivons ici et maintenant, en 2021

A fake story

Scénario Laurent Galandon et dessin Jean-Denis Pendanx d’après le roman de Douglas BurroughsF uturopolis, 96 pages couleur – 17 € - Paru le 13 janvier 2021

New York Cannibals 

Scénario Jerome Charyn et dessin François Boucq -Le Lombard, 141 pages couleur –24,50 €- Paru le 11 septembre 2020

Un travail comme un autre

Scénario et dessin Alex W. Inker d’après le roman de Virginia Reeves Sarbacane 173 pages couleur – 26 € - Paru le 27 mai 2020

vendredi 1 juin 2018

[Des bulles et des planches] - 6e édition du Festival BD6Né



 En attendant de vous reparler polar en cases incessamment sous peu, je vous transmets ici le programme du festival BD6Né, qui se déroule à la capitale dans le 13ème et le 20ème.
N'hésitez pas à aller y faire un tour, le programme est prometteur. Le voici, tel qu'annoncé par les organisateurs :

Entièrement dédié aux liens entre Bande Dessinée et Cinéma, le Festival BD6Né vous invite à célébrer sa 6e édition ! Au programme des rencontres, expositions, projections et animations autour d’une idée simple et originale : explorer les liens entre Bande Dessinée et Cinéma. Pour découvrir les nombreux talents que partagent ces deux univers, rendez-vous les 2 et 3 juin 2018 à la Médiathèque Marguerite Duras (Paris 20e) et le 3 juin à Petit Bain (Paris 13e) !

Cette 6e édition débutera, le samedi, par des rencontres et dédicaces avec les auteurs de bandes dessinées Philippe Pochep, Hugues Micol et Sylvie Fontaine. Une séance documentaire vous plongera dans l'univers créatif d'Emmanuel Guibert (La Mémoire d'Alan) et Jack Kirby (La Guerre de Kirby), tous les deux marqués par la Seconde Guerre Mondiale. Véritable Maître du 9e art, nous consacrerons une séance spéciale à François Boucq (présence sous réserve), avec la projection du documentaire d'Avril Tembouret, La Journée durant laquelle Boucq réalise une planche entière d'un album du Bouncer, une performance artistique fascinante qu'il est l'un des rares dessinateurs à pouvoir pratiquer. Elle sera suivie par une compétition de courts métrages pour découvrir les nouveaux talents du cinéma, en présence des membres du Jury: Liam Engle, Sylvie Fontaine, Hugues Micol, Pochep, Jessica Rispal et Céline Wagner. Le public sera aussi invité à voter pour son court métrage préféré !

Le dimanche, une sélection de courts métrages jeune public réunira toute la famille, avant la toute première représentation parisienne du Grand Méchant Renard,  exceptionnel solo de théâtre et marionnettes de la Compagnie Jeux de Vilains,  inspiré de la bande dessinée de Benjamin Renner.

Pour sa clôture, le Festival vous invite à embarquer sur la péniche Petit Bain (Paris 13e), sur les quais de Seine, où un Village BD regroupera de nombreux auteurs et maisons d'éditions indépendants et où vous pourrez profiter d’un concert dessiné inédit de F/LOR et Céline Wagner. Enfin les concerts de WE INSIST ! et An Albatross accompagneront les dernières festivités sous un déluge de décibels !


▬ SAMEDI 2 JUIN ▬
Médiathèque Marguerite Duras
14h – Rencontre avec Pochep
14h – Séance Documentaires  (La Mémoire d'Alan, La Guerre de Kirby)
15h – Rencontre avec Hugues Micol
16h – Séance spéciale François Boucq
16h – Rencontre avec Sylvie Fontaine
18h – Compétition de courts métrages

▬ DIMANCHE 3 JUIN ▬
Médiathèque Marguerite Duras 
14h – Projection de courts métrages Jeune Public
15h – Solo de Théâtre et marionnettes Le Grand Méchant Renard - Inspiré de la BD 
de Benjamin Renner © Éditions Delcourt - 2015 

Petit Bain
16h – Village BD (stands d’auteurs  et maisons d’éditions indépendants)
16h - Exposition Le Cinéma Français c'est de la merde (en partenariat avec Distorsion)
19h - Soirée de Clôture avec Remise des prix 
20h - Concert Dessiné de Céline Wagner et F/LOR
21h - Concert WE INSIST!
22h - Concert An Albatross



INFOS PRATIQUES 

Médiathèque Marguerite Duras 
115 rue de Bagnolet  75020 Paris 
Métro Alexandre Dumas – Gambetta - Porte de Bagnolet 
ENTREE LIBRE

Petit Bain 
7 Port de la Gare 75013 Paris 
Métro Quai de la Gare
ENTREE LIBRE POUR LE VILLAGE BD & L'EXPOSITION / TARIF POUR LES CONCERTS : 13 € en prévente / tarif réduit, 16 € sur place 


Et en prime, la bande-annonce du festival : 

Hop ! 
A bientôt !

vendredi 25 février 2011

[Chronique] - Les Morsures du passé ou quand le Janitor remonte le temps...

A Rio de Janeiro, un couple de retraités passe une journée tranquille dans un établissement où leur fortune permet visiblement de bons traitements. Ils vivent pourtant leurs derniers instants, et vont être sauvagement assassinés, par un couple curieusement assorti : une jeune fille au look punkoïde et un septuagénaire sec comme un coup de trique. Dans une autre vie, le couple de paisibles vieillards a servi un certain docteur Mengele, et leur passé les a rattrapés, et les chasseurs de nazis aussi... Pendant ce temps, au Vatican, on s'interroge sur la présence du cardinal Di Origio sur le yacht du Nouveau Temple, une société secrète qui inquiète le Saint-Siège. Vince, alias Trias, le Janitor, est envoyé aux basques du cardinal, ce qui lui permettra peut-être de résoudre un autre mystère : la réapparition soudaine de son frère, supposé mort, sur ce même yacht du Nouveau Temple...On avait laissé le Janitor en pleine surprise lors du tome 3 (Les Revenants de Porto Cervo), avec ce face à face avec son frère, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce tome 4 apporte des éclaircissements sur le passé de notre James Bond papal. Son histoire personnelle va entrer de plein fouet avec celles des traqueurs de nazis, et du coup, la série prend tout de suite une autre dimension. Il faut certainement y voir la patte de Boucq, qui confie, dans le dossier de presse : « Je suis fasciné par l'incidence que peut avoir la Seconde Guerre mondiale sur notre monde actuel. C'est un thème totalement intégré à la série, même si, jusqu'à ce quatrième tome, il n'était pas encore très visible ».
En effet. Le Janitor donnait plus l'impression d'une série d'espionnage très originale, avec ces improbables et ultra-modernes services secrets du Vatican, et ce personnage secret de Trias. Cela reste vrai, mais les scénaristes ont donné comme un coup de fouet, au niveau de l'action, à une oeuvre déjà captivante, l'enrichissant d'une couleur supplémentaire. Bon, d'accord, le coup du frère jumeau, on nous l'a déjà fait. Mais rarement pour un affrontement, encore à venir, aussi « dramatique ». L'affrontement aura-t-il lieu, d'ailleurs ? Et quelle est la réelle puissance de la société secrète du Nouveau Monde ? Sente et Boucq nous donneront les réponses dans le prochain volume, qui clôturera le cycle. En attendant, replongez-vous dans une lecture des quatre tomes, ils ont tous une saveur particulière, et font du Janitor une série particulièrement goûteuse.
Le Janitor, tome 4 : Les Morsures du passé
Scénario Yves Sente François Boucq. Dessin François Boucq
Dargaud, 2011 - 56 p. coul. - 13,50 €

Ma chronique du tome 1 c'est ici, celle du tome 2, et celle du tome 3 ici-là. Eh oui, j'aime bien...

mardi 5 janvier 2010

Le Janitor 2 - Week-end à Davos (2007)

Trias, dernier arrivé des douze Janitores, ces agents super secrets au service du Vatican (cf tome 1), atterrit à Zurich pour servir de garde du corps à deux ecclésiastiques haut placés au Saint Siège. Direction Davos, où sa vraie mission est d'avoir un oeil sur les tractations secrètes qui peuvent se dérouler dans le dos de Rome, en marge du désormais célèbre forum économique. A peine le sommet est-il commencé que l'armée suisse interrompt le premier séminaire boursier et apporte de terribles nouvelles : des missiles nucléaires tombent aux quatre coins de la planète et la troisième guerre mondiale est en marche. Obéissant à son gouvernement, l'armée a coupé toutes les communications entre l'hôtel où sont réunis les éminences grises des marchés financiers pour mieux les protéger. Le nouveau Janitor ne compte pas attendre tranquillement que la situation s'apaise et trouve le moyen d'échapper à la vigilance des militaires.

Après un premier tome étonnant, la conclusion de ce scénario atypique n'en est pas moins originale et cette histoire de services secrets à la solde du Vatican tient la route jusqu'au bout. Le personnage de Vince – alias Trias, le Janitor – a une force intérieure qui lui permet de renverser les montagnes et Boucq en a fait un agent très spécial, compromis entre l'homme d'action à la forme olympique et l'homme d'introspection aux silences éloquents. Homme très attachant, il reste à espérer que le Janitor vive d'autres missions ici-bas, ne serait-ce que pour éclairer les quelques zones d'ombre du passé de Trias. Et côté scénario, Sente est visiblement très à l'aise avec la géo-politique, ce qui se ressent dans le dessin de Boucq qui réussit à recréer des ambiances digne de l'excellent « Bouche du diable ».

Le Janitor, tome 2 - Week end à Davos
Scénario Yves Sente et dessin François Boucq
Dargaud, 2007 – 48 pages couleur - 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°45/46, juin 2008]

mardi 29 décembre 2009

Le Janitor 1– L’Ange de Malte (2007)

Vince, beau gosse plein de vitalité, exerce un métier hors du commun : il est agent du service de protection et des renseignements extérieurs de la Curie romaine. Après une mission particulièrement réussie sur l’île de Malte, il est convoqué par ses supérieurs, le Père Soffranello, et l’archevêque John Blackrose, deux membres haut placés du Vatican, qui lui proposent d’intégrer le corps des janitores, cellule ultra-secrète du Vatican chargée de « protéger l’Eglise contre ses membres qui succombent aux mauvaises tentations »… Vince accepte l’offre et devient Trias, un des douze janitores qui parcourent le monde. Sa première mission l’envoie à Davos, en marge du forum économique mondial, où deux cardinaux en charge des finances au Vatican doivent participer à un forum annexe où les choses importantes de ce bas-monde se décident…

Eh bien voici une série comme on a peu l’habitude d’en lire et qui inaugure une nouvelle branche de l’arbre déjà bien fourni de la bande dessinée polar : le thriller religio-financier… Mais ici, pas de livres interdits qui viennent bouleverser l’ordre du monde, ni de formules cabalistiques sorties tout droit des enfers, non, il s’agirait plutôt de pragmatisme et d’adaptation de l’Eglise au XXIème siècle. La tonalité de l’album rappelle plus celle des romans de Ian Flemming que celle du Da Vinci Code. Le personnage du Janitor inventé par Yves Sente serait ainsi plutôt un confrère de James Bond – les gadgets en moins - avec ce même charme auprès des dames, qu’il exerce en oubliant facilement son engagement auprès du Tout Puissant. Boucq en a fait un homme discret, efficace, et le réalisme de son trait donnerait presque l’impression que tout cela existe vraiment. Suite et fin de cette première mission dans « Week end à Davos »

Le Janitor, tome 1 – L’Ange de Malte
Scénario Yves Sente et dessin François Boucq
Dargaud, 2007 – 48 p. coul. – 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°42 - Juin 2007]