Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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Bonne balade dans le noir !
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vendredi 3 octobre 2014

[Festival sudiste] – Villeneuve lez Avignon : 10 ans de polar !

C'est parti pour la dixième festival du polar de Villeneuve-lez-Avignon, placé cette année sous la bannière "Arts et Polar". Une édition qui s'annonce somptueuse, avec un programme riche, et rappelons pour les béotiens - comme moi - qui n'y sont jamais allé, dans un cadre splendide !

Déjà, la ville est chouette, mais les organisateurs ont la bonne habitude d'investir l'historique Chartreuse pour y accueillir projections, tables rondes et dédicaces des auteurs.
Et ça commence dès ce vendredi à 18h30 avec la projection de la sélection des courts-métrage du prix SNCF du polar 2015, suivie de celle de "The Lodger", film muet d'Hitchcok, accompagné par l'Orchestre Régional Avignon Provence. Rien que ça...

 
Coté auteurs invités, y'en a des tas, (un petit clic ici pour avoir la liste) dont Marc Villard, "auteur associé" à cette édition. 

J'aurais la joie de le retrouver autour d'une table ronde avec Miles Hyman (auteur de l'affiche de cette année) Max Cabanes et Jean-Christophe Chauzy, autour du thème "quand les écrivains du polar se mettent en cases". Ce sera dimanche à 14h.

La veille, samedi, à 14 heures, j'aurai passé au grill Anthony Pastor.
 
Et pour la BD, outre ces quatre dessinateurs, comptez sur la présence de Chetville, Sébastien Goethals, Dominique Rousseau et Titwane. 

 Voilà. Ce week-end, une seule chose à faire : foncer plein sud, et commencer à ralentir quand la Cité des Papes est en vue. Et après, comme disait Georges : il suffit de passer le pont.
Et de pousser la grille...

mercredi 14 mars 2012

[Champagne et paillettes] - Chauzy prix Polar-Encontre 2012 !

Le week-end dernier s'est tenue à Bon Encontre, dans le Lot-et- Garonne, la 7ème édition du très réputé festival Polar'Encontre qui a la particularité d'accueillir autant d'auteurs de BD que de romanciers, à quelque chose près.

Tous les ans, les organisateurs décernent un prix BD, parmi une sélection d'une douzaine de titres – ou parfois plus, quand des séries sont retenues – où l'heureux élu, outre une gloire éternelle, gagne aussi le droit de dessiner l'affiche du festival de l'année suivante. La superbe affiche que vous voyez ici est signée Ralph Meyer, qui avait remporté le prix en 2011 pour son album « Pages noires » (Futuropolis) co-scénarisé par Giroud et Lapière.

Et cette année, c'est la nouvelle version du « Rouge est ma couleur », dont je vous avais dit tout le bien que j'en pensais il n'y a pas si longtemps, ici dans ces pages, qui décroche la timbale.
Bravo à Jean-Christophe Chauzy et Marc Villard, et à Casterman. Une récompense assez méritée pour une collection qui réussit régulièrement à surprendre au fil de ses nouveautés.
Et pour Chauzy, dessinateur discret, qui oeuvre depuis pas mal de temps déjà dans le polar (il est notamment le seul à avoir travaillé avec Thierry Jonquet).

A noter que le prix « Calibre 47 » du roman a été décerné à un auteur qui fut dans une autre vie dessinateur : Romain Slocombe, pour son roman «Monsieur le Commandant » (Nil éditions)

dimanche 15 janvier 2012

[Chronique] - Rouge est ma couleur, deuxième version

David Nolane et Carl Weissner sont flics à Barbès, membres de la section des stups du 18ème arrondissement. Au cours d'un flag, Weissner se fait descendre, ce qui n'est pas bon du tout pour le moral de Nolane, qui était son coéquipier depuis des années. C'est presque au même moment que Zoé, sa fille toxicomane, fait son retour au bercail familial : elle a trouvé une salle pour reprendre la musique, la batterie, et elle espère enfin lâcher la dope définitivement grâce à cela, et à sa participation aux réunions des ex-camés de l'association « La Porte Magique ». Mais le patron de l'Utopia ne la laissera jouer dans sa salle qu'en échange d'un marché dangereux : remplacer un de ses dealers défaillants pendant un mois. Zoé accepte, en cachant l'affaire à son père, qui lui, commence à remonter la piste des tueurs de Weissner. Père et fille ne vont pas tarder à se retrouver...

Rouge est ma couleur est une histoire sombre et magnifique, et on y retrouve la quintessence des thèmes villardiens : la ville, la nuit, la musique, les âmes perdues, la vengeance. Chauzy, auteur dont le style était fait pour rencontrer les univers de Marc Villard, a entièrement repris l'adaptation de ce roman, publiée une première fois par Casterman en 1995 dans la collection « Un monde », en grand format. Cette nouvelle version trouve sa place dans « Rivages Casterman Noir », où les adaptations sont plus denses, et plus proches des romans et il est très intéressant de comparer les deux versions graphiques de ce même roman. Déjà, la réédition compte 27 pages supplémentaires (82 contre 55 pour la précédente), et cette pagination plus longue permet au dessinateur de s'attarder plus sur certaines scènes, ou d'en inclure des nouvelles. Chauzy n'a pas redessiné tout l'album, mais intégré ces scènes dans les planches existantes, un travail certainement délicat, mais qui a été mené sans dommage pour la narration. Un petit exemple.















Il faut ajouter que l'album ne
souffre absolument du changement de format : les cases de Chauzy étaient assez grandes dans la première version, et la réduction des planches n'entraîne aucune difficulté de lecture, comme on aurait pu le craindre par exemple pour le lettrage.
Alors, en conclusion, au-delà de l'intérêt de ces remaniements, Rouge est ma couleur, deuxième titre du duo après La Guitare de Bo Didley , a toute sa place dans la collection car elle est l'oeuvre d'un de nos romanciers les plus sensibles aux interactions entre textes noirs et bande dessinée, et il participe lui-même à l'écriture des adaptations de ses romans. Même si vous aviez déjà la première édition, n'hésitez pas à lire celle-ci, elle lui est supérieure.

Rouge est ma couleur
Texte Marc Villard et dessin Jean-Christophe Chauzy
Casterman, 2011 – 112 pages couleurs – Collection Rivages Casterman Noir



Le roman est disponible aux éditions Rivages

dimanche 14 février 2010

Rivages/Noir/Casterman : deuxième salve

Après un lancement réussi en 2008, avec quatre titres annonciateurs d'une collection de haute tenue, et un Prix des libraires de Bande Dessinée 2009 dès le cinquième titre (« Shutter Island » ou Lehane adapté par De Metter), Rivages/Casterman/Noir s'est enrichie en 2009 de quatre nouveautés, toutes aussi intéressantes que la première salve.

Le duo Villard / Chauzy, qui semble s'entendre comme larrons en foire, s'est donc reconstitué après leur première association pour « Rouge est ma couleur ». Moins sombre – quoique... - « La Guitare de Bo Didley » est définie par Villard himself comme « une cavalcade burlesque » que Chauzy a lui-même dessiné de manière alerte, extrêmement vivante et colorée : il fallait bien cela pour cette histoire de guitare mythique – celle de Bo Didley donc, bleue et rectangulaire – qui passe de mains en mains, chacun de ses éphèmères propriétaires en tirant profit ou... ennuis plus ou moins graves. L'une des difficultés a d'ailleurs été pour le dessinateur de « typer » toute une galerie de personnages, certains disparaissant au bout de quelques pages, le rôle principal étant dévolu à la guitare. Le travail sur le « casting » a donc été important dans cette adaptation, où le quartier cher aux deux auteurs, Belleville, est un autre élément important de l'album. Au final, l'adaptation de ce roman à rebondissements est une réussite tant au niveau du respect de la trame narrative que de l'atmosphère qui s'en dégageait. Il apparaît ici comme une évidence qu'une participation active du romancier à l'adaptation de son propre livre donne une autre dimension à celle-ci.
Marc Villard et Jean-Christophe Chauzy ont brillamment causé de cet album au Point Ephèmère (Paris) lors du 1er festival des Habits Noirs en septembre dernier et vous pouvez les réécouter sur le podcast des mêmes Habits Noirs. José-Louis Bocquet y évoque aussi l'adaptation de la Princesse du Sang de Manchette par Cabanes, un album dont je vous parlerai forcément bientôt.
Et encore plus moderne : ne ratez pas les sémillants Villard et Chauzy en images animées sur bibliosurf, toujours à propos de la "Guitare de Bo Didley".

Jacques de Loustal n'a pas travaillé avec Dennis Lehane pour « Coronado », et il a adapté seul cette nouvelle parue dans le recueil éponyme. Son choix s'est porté sur un texte sombre, une histoire qui débute par la sortie de prison de Bobby, que son père attend à la sortie du pénitencier, à bord d'un Buick volée et avec une pute sur la banquette arrière... Les retrouvailles vont vite prendre un tour étrange, où père et fils semblent chacun sur la réserve, et jouer au chat et à la souris jusqu'au bout. Découpée en cinq actes, cette bande dessinée porte la marque de fabrique loustalienne : planches de deux grandes cases – voire d'une seule – absence quasi-totale de texte narratif, personnages aux gestes et postures emprunts d'une certaine raideur... Il se dégage de tout cela une force insidieuse, une violence contenue, qui rappellent combien Loustal est doué pour mettre en scène le polar d'une manière originale et parfois déroutante.


Déroutant, et presque dérangeant même, le « Trouille » de Joe G. Pinelli l'est tout autant. Adapté par Oppel, le roman de Marc Behm raconte l'histoire de Joe Egan, joueur de poker professionnel, qui passe son temps à fuir... une femme, blonde, tout de noir vêtue, qui le poursuit depuis son enfance. Persuadé qu'il s'agit de la mort incarnée, Joe est dans un état de panique quasi-permanent, qui le fait aussi quitter du jour au lendemain les femmes dont il est amoureux... Cet état de fuite, Pinelli a choisi de le traiter en faisant lui aussi disparaître – ou presque - une caractéristique essentielle de la bande dessinée : la case. Chacune de ses planches englobe une ou plusieurs scènes, sans que les frontières en soit délilmitées autrement que par la page elle-même. Son album tient ainsi plus du long récit de voyage illustré, un long voyage vers nulle part tant le « héros » semble désemparé. Cet impression de carnet de route vers le néant est accentuée par le trait proche du crayonné choisi par Pinelli pour ses personnages comme pour ses décors, choix artistique parfaitement assumé juqu'à l'ultime planche de cet album. Avec ce « Trouille », la collection s'enrichit d'un titre atypique, et confirme qu'elle peut devenir celle de toutes les audaces et de tous les risques.
Les Habits Noirs, toujours sur la brèche, ont interviewé Joe Pinelli au dernier festival Noir sur la Ville de Lamballe, et là encore, vous pouvez écouter ce podcast fort intéressant en cliquant ici.

C'est un peu confirmé par le dernier titre paru, en octobre : « Brouillard au pont de Bihac ».
Jean-Hugues Oppel – oui, le même – voit ici deux de ses nouvelles adaptées par un nouveau venu, Gabriel Germain, qui publie ici sa première BD. « Brouillard au pont de Bihac » se déroule au cours du conflit en ex-yougoslavie : deux anciens employés de banque décident de s'emparer d'un fourgon oublié au début de la guerre et de se faire passer pour des ambulanciers pour dissimuler leur forfait. Et ils comptent bien profiter du brouillard qui s'est abattu sur la ville pour filer à l'anglaise... Dans « 58 minutes pour mourir », l'autre nouvelle adaptée, un mercenaire a pour mission de faire sauter un avion, et le problème est pour lui de réussir son coup alors que l'aéroport est sous haute surveillance, la police ayant été prévenue du futur attentat...

Pour ces deux adaptations, Gabriel Germain a opté pour un noir et blanc tout en ombres et lumières, choix assez judicieux au regard des lieux de l'action des deux nouvelles, tout particulièrement pour la première. Les moindres recoins des espaces confinés de Bihac sont ainsi mis en valeur : la cachette du sniper, l'intérieur du camion militaire, le sous-sol de la banque... Les ombres s'étendent bien entendu aux hommes, dont seuls des demi-visages sont visibles, avec des trous noirs en guise d'yeux. Véritables zombies survivants d'une guerre aveugle, ou flics aux abois dans la seconde histoire, aucune rondeur ne vient adoucir les figures, au contraire : des traits anguleux viennent accentuer la dureté des situations. Ce parti-pris d'un noir et blanc qui n'est pas sans rappeler le travail de Miller sur Sin City ou celui de certains dessinateurs de la série « Queen and Country », fait mouche pour ces adaptations et on pardonnera volontiers à Gabriel Germain quelques maladresses sur certains personnages : voici une première oeuvre prometteuse, et la première véritable incursion dans le noir et blanc du côté de Rivages/Casterman... Noir.

La Guitare de Bo Didley
Scénario Marc Villard d'après son roman et dessin Jean-Christophe Chauzy
Casterman, 2009. - 92 p. coul. - (Collection Rivages/Casterman/Noir) - 17 €
Coronado
Scénario et dessin Loustal d'après Dennis Lehane.
Casterman, 2009. - 94 p. coul. - (Collection Rivages/Casterman/Noir) - 17 €
Trouille
Scénario Jean-Hugues Oppel, d'après Marc Behm. Dessin Joe G. Pinelli.
Casterman, 2009. - 94 p. coul. - (Collection Rivages/Casterman/Noir) - 17 €
Brouillard au pont de Bihac
Scénario Jean-Hugues Oppel, d'après ses nouvelles. Dessin Gabriel Germain.

lundi 4 janvier 2010

Quand j'étais star (2008)

Marc Villard a écrit des poètes traversés par le souffle beatnik. Marc Villard a tenu avec hargne les fûts d'un groupe météorique sobrement baptisés « Les Comètes ». Marc Villard est capable d'en appeler aux syndicats pour le retour des barres de Nuts dans le distributeur de son boulot. Marc Villard brandit des 13,7 cm règlementaires dès qu'on met en doute sa virilité. Marc Villard a même essayé la technique du Flamby pour se débarrasser de Tatie. Il y eut, comme pour beaucoup de mâles, un jour béni pour Marc Villard : celui où il fut enfin admis au club des fameux baiseurs. Marc Villard aime bien aller prendre la température des festivals de polar, où il est attendu comme un Dieu, mais c'est la sienne, de température, qui monte dès qu'approche l'heure fatidique du départ.
La vie de Marc Villard est pleine de rebondissements qui lui sont autant de sujets d'inquiétude. Et c'est ainsi que Marc Villard est grand.

Vous l'aurez deviné, les épisodes évoqués ci dessus sont tous issus des recueils parus à l'Atalante, dans lesquels notre grand nouvelliste du noir, se dévoile sans vergogne depuis 1995 (« J'aurais voulu être un type bien »), et que Jean-Philippe Peyraud a mis en image avec brio. On retrouve dans ses adaptations tout ce qui fait le charme de ces moments villardiens intimes : une tendresse à peine cachée, un humour pas loin de vous glacer, une angoisse assumée face au quotidien tyrannique, et derrière tout cela, une joie de vivre communicative. Entre autres, car le Villardus commun est un être qui se jette en patûre pour mieux se protéger. Peyraud réussit l'exploit de camper un Villard du 21ème siècle extrêmement proche du vrai et du coup, toutes ses représentations du Villard plus jeune, à différentes étapes de sa vie, inconnu du public anonyme, semblent aller de soi. Le parti-pri de ne pas avoir respecté d'ordre chronologique à ces flashs autobiographiques – comme dans les recueils – renforce d'ailleurs cette réussite. Bref, même si nous ne sommes bien entendu plus sur les routes du noir avec cet album, nous n'en sommes pas moins sur un de ces chemins de traverses qu'il vous faut absolument emprunter tant ces nouvelles adaptées sont une superbe réussite.

Quand j'étais star
Scénario Marc Villard et dessin Jean-Philippe Peyraud
Casterman, 2008. - 232 pages, bichromie. - Collection écritures - 12,95 €
[Chronique parue dans l'Ours Polar n°45/46, juin 2008]