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dimanche 3 mai 2026

[Vox Polari ] – La sélection 2026 Bande Dessinée des Trophées 813 : un brillant quintette !

 


Depuis plus de quarante ans, 813, l’association des Amis des LittératuresPolicières, décerne ses Trophées, qui viennent couronner cinq catégories : le meilleur polar francophone, le meilleur polar étranger, la meilleure BD, le meilleure recueil de nouvelles et enfin, le meilleur essai (ou travail en ligne) sur le genre.

Les meilleurs, donc… selon les adhérents et adhérentes de l’association, qui sont amenés à s’exprimer en deux tours, sur tout ce qui a été publié l’année passée. 

Pour 2026, choix possibles de un à cinq titres maxi par catégorie, pami les ouvrages parus entre le 1er janvier et le  31 décembre 2025,

Après dépouillement, les cinq œuvres les plus citées au premier tour constituent les sélections finales de chaque catégorie.

 Pour le second tour, pour le Trophée Bande Dessinée, les heureux finalistes sont les albums suivants : 


Krimi de Thibault Vermot et Alex W. Inker (Sarbacane)

Parker La Proie, de Doug Headline et Kieran, d’après Richard Stark (Dupuis - Aire Noire)

Que d’os ! De Doug Headline et Max Cabanes, d’après Manchette (Dupuis - Aire Noire)

Saudade, de Vincent Turhan (Sarbacane)

La Veuve, de Glen Chapron d’après Gil Adamson (Glénat)


Qui de ces cinq albums remportera le Trophées 813 BD 2026 ? 

Verdict en septembre ! 

 

lundi 16 mars 2026

[Série Noire] - Que d’os ! De Doug Headline et Max Cabanes d’après Jean-Patrick Manchette (Dupuis)

 Etait-il possible de passer à 2026 sans avoir l’air d’y toucher et oublier que 2025 fut l’année du 80ème anniversaire de la Série Noire ? Et que côté BD, l’autre événement fut celui du lancement de la collection Aire Noire chez Dupuis ? Bah non… Et Eugène Tarpon est tout à fait le personnage qu’il nous faut pour ce double événement ! 

  


 « - Fanch Tanguy… Il ne manquait plus qu’un Breton dans ce merdier... »

Gasp ! Nous n’en sommes qu’à la page 21 de cet album et en effet, c’est déjà une sacrée salade (pour rester poli). L’inspecteur Coccioli, auteur de cet aimable résumé de la situation, est pourtant celui par qui tout est arrivé. Essayons de synthétiser. Le flic a envoyé à Tarpon, ex-gendarme reconverti en privé, une cliente pour une affaire à régler fissa. La dame en question est assez âgée et elle confie au détective le soin de retrouver sa fille, Philippine Pigot, une dactylo aveugle, étrangement disparue. Le temps de commencer l’enquête, et déjà un individu vient au bureau de Tarpon lui expliquer que l’affaire n’en est pas une, car Philippine est partie de son plein gré. Pile au moment de cette étonnante révélation, le téléphone sonne : la mère de la disparue veut absolument revoir Tarpon et vite. Notre homme se rend Gare Saint-Lazare, lieu convenu pour le rendez-vous. Mais là, coup de théâtre : la vieille dame est descendue d’une balle dans la tête. Tarpon est entendu par la police et prié de rentrer chez lui, où Cociolli vient sonner quelques jours plus tard, histoire de discuter un peu de cette affaire sommes toutes bien tordue pour le détective. Et là, dans son courrier fraîchement arrivé du jour, une lettre de la revolverisée de Saint-Lazare : elle prévient que si elle n’est pas à St Lazare c’est qu’on aura voulu la faire taire elle aussi… Qui ? Un certain Fanch Tanguy… Le merdier va-t-il le rester ? Faut voir…

 

 Après Morgue pleine, du même duo d’adaptateurs, on retrouve avec un plaisir certain le personnage de Tarpon, détective parfois un peu dépassé par les événements, souvent malmené par des gens fort peu aimables et aux motivations politiques souvent douteuses, pour ne pas dire emprunt d’une bonne vieille dose de fascisme. Il faut dire qu’on est en plein dans cette France des années 70 où les groupuscules des deux bords se rendaient coup pour coup et Tarpon s’en sort à sa façon : en distribuant autant de gnons qu’il en reçoit, et c’est pas facile tous les jours… Ce personnage de Manchette a des côtés attachants, beaucoup plus que ceux de ses autres romans peut-être et il est entouré d’amis du même acabit que ce soit Charlotte, l’actrice qui n’a pas froid aux yeux ou Hayman, vieux juif avec qui il aime jouer aux échecs et qu’il entraine avec lui dans cette affaire. Evidemment, tout cela fleure bon le pompidolisme finissant et le giscardisme naissant, mais on s’y plonge avec autant de délices que dans les autres adaptations car Max Cabanes campe toujours aussi bien ses personnages, son Paris, sa banlieue, sa campagne sont parfaitement… manchettiens. Fidèle à ses planches-gaufrier réglées au millimètre pour les scènes d’action comme d’introspection, Cabanes réussit tout autant à y incorporer dialogues et textes narratifs issus directement du roman, soigneusement choisis par Doug Headline. Un parti-pris adopté depuis les débuts du duo, et qui fonctionne encore ici. De futurs classiques du Noir en cases !


Que d’os !****

Scénario Doug Headline et dessin Max Cabanes d’après la Série Noire de Jean-Patrick Manchette

Dupuis – 104 pages couleur – Collection Aire Noire Sortie le 3 sept. 2025 – 22 €

[Chronique parue initialement dans la Tête en Noir n°238



mercredi 10 septembre 2014

[Bis repetita !] - Fatale, ou Manchette par Cabanes et Headline (Dupuis)

Scène d'ouverture à la campagne. Des chasseurs sont en quête d'une proie, mais ils ne trouvent rien. Ou plutôt si. Une femme. Une belle brune à cheveux long. Mélanie Horst. Ou plutôt : c'est elle qui les trouve. Et les liquide, à coups de fusil. Quelques jours plus tard, elle débarque sur les quais de la gare de Bléville. Elle est blonde à cheveux bouclés et s'installe sous le nom d'Aimée Joubert, à la résidence des Goélands, un hôtel sans charme où il est conseillé à la clientèle de ne pas faire de bruit après 22 heures. Cela tombe bien, Aimée est là pour s'imprégner de la petite cité, et dès ces premiers instants, elle lit "Bléville et sa région". Puis dès le lendemain, elle parcourt les artères de la vieille ville, mémorise la topographie des lieux. Elle achète les journaux locaux, fait l'acquisition d'un vélo, et se rend chez le notaire, à qui elle confie ses projets d'achat de maison. Veuve, elle veut en finir avec sa période de deuil, et aspire à renouer avec ses semblables. Le notaire comprend tout à fait, d'autant qu'il semble persuadé qu'une femme aussi charmante ne tardera pas à se faire des amis. Et, très vite, grâce à lui, à l'inauguration de la nouvelle halle aux poissons, elle fait connaissance avec tous les notables de Bléville. Des hommes bien sous tous rapports. Et leurs femmes, charmantes, sont ravies de trouver une nouvelle partenaire pour leur bridge. Aimée Joubert est vite adoptée par le petit groupe. Mais Aimée Joubert n'a pas vraiment envie de refaire sa vie dans ce trou. Elle a d'autres projets pour Bléville et son élite. Des desseins plus meurtriers...

Après avoir adapté "La Princesse du sang", toujours d'après Manchette, et toujours avec Doug Headline au scénario, Max Cabanes s'est cette fois attaqué à Fatale, ce roman mettant en scène une tueuse autant implacable que mystérieuse... Cette femme fatale, personne ne sait, ni d'où elle vient, ni où elle va, mais tout le monde comprend qu'elle en veut à la société toute entière, tout du moins à la micro-société bourgeoise et possédante de Bléville. Qu'elle va faire payer, au sens propre comme au figuré, mais qui va finalement aussi beaucoup lui coûter. Je n'ai pas lu (hé non) le roman de Manchette dont est tiré cette adaptation, mais j'en ai lu d'autres (hé oui), et ce qui frappe immédiatement, c'est que le ton, le style du romancier, en un mot, sa voix est constamment présente tout au long des cent-trente-deux pages de cet album. Par exemple, cette manière quasi clinique de décrire les objets en citant la moindre marque de cigarette, de téléviseur, d'arme, on la retrouve telle quelle, et elle est accentuée par ce choix d'une typographie style "machine à écrire" pour toute les parties narratives du texte. A la manière d'un reportage, froid et distancié, on suit la machination, car c'en est une, d'Aimée Joubert, en se demandant jusqu'à quel point elle va fonctionner. L'époque - les années 70 - est celle du roman initial (bien sûr ! et il faut ici saluer le choix de la grande fidélité à Manchette) et magnifiquement rendue par Cabanes, tout comme il réussit à merveille à mettre en images certaines phrases du romancier. Ainsi, celle-ci, proche de l'oxymore, page 57. Pour illustrer : "Elle n'était pas certaine que la partie aurait lieu, étant donné la mort du bébé et les autres drames. Elle aimait les crises", Cabanes prend le parti de dessiner une femme radieuse qui passe en vélo devant une brasserie nommée "Le Tout va bien"...
Mais un bon dessin valant mieux qu'une explication embrouillée, voici : 
Des instants de ce genre, il y en a d'autres dans ce "Fatale". Tout comme un nombre de scènes fortes, fascinantes, en particulier le final nocturne sur le port, qui est d'une beauté à couper le souffle. Tout comme la couverture, véritable défi au futur lecteur, invitation inquiétante à entrer dans un album, rouge à plus d'un titre...  Une très très grande réussite !

Fatale****
D'après le roman de Jean-Patrick Manchette
Adaptation de Max Cabanes et Doug Headline
Dupuis, 2014 - 132 pages couleur - Collection Aire Libre - 22 €


lundi 19 novembre 2012

[Prix] – La Princesse du Sang 2 (Dupuis) Trophée 813 de la Bande Dessinée 2012

L'association« 813 » des Amis des littératures policières décerne chaque année depuis 1981 ses Trophées, qui récompensent les ouvrages (romans, essais) préférés des adhérents. La proclamation des résultats 2012 a eu lieu hier au cours du festival Sang d'Encre, à Vienne. Après une éclipse de plusieurs années, la bande dessinée figure à nouveau au palmarès, et pour ce grand retour c'est la seconde partie de la « La princesse du sang » qui l'emporte. Retrouvez ici ma chronique de cette très réussie adaptation du dernier roman de Manchette. 

Cet album devance deux autres adaptations : « L'homme squelette » de Hillerman, par Will Argunas (Casterman) et « Parker - L'organisation » de Stark par Darwyn Cooke (Dargaud).

Bravo à Doug Headline et Max Cabanes et aux éditions Dupuis, pour ce prix, le quatrième pour ce dyptique, après le Prix Polar 2010 du Festival de Cognac, le Prix Mor Vran 2010 du festival du Goéland Masqué et le Prix Polar Encontre 2010 du festival dumême nom à Bon-Encontre.

mercredi 19 octobre 2011

[Chronique] - La Princesse du Sang, seconde partie

A l'issue de la première partie, nous avions laissé le trio Ivy Pearl, Negra (alias Alba Black) et leur protecteur Maurer en plein coeur de la jungle cubaine, avec à leurs trousses, un commando mené par l'impitoyable Guido, assisté du pisteur Richard Cheyenne. La mission de Guido est simple : il s'agit purement et simplement d'éliminer la jeune Alba, et le commanditaire de cette chasse à mort n'est autre que le propre oncle d'Alba, Aaron Black, trafiquant d'armes international. Mais tous les acteurs ne sont pas encore entrés dans la danse, et surtout, aucun n'a encore joué son vrai rôle...

L'ultime roman de Manchette était resté inachevé et c'est son fils, Doug Headline, qui a entrepris de terminer la palpitante aventure d'Alba Capra, dans cette version graphique dessinée par Max Cabanes. Cette Princesse du sang définitive, en quelque sorte, est plus qu'une simple adaptation, non seulement car on en connaît désormais le dénouement, mais aussi parce que c'est un véritable maelstrom de 160 planches, un cocktail réussit mixant plus d'un genre : action, polar, aventure, géopolitique... Sans oublier une dimension psychologique surprenante, traduite dans ce jeu d'influence que se livrent les différentes factions alors que la traque bat son plein, dans une forêt à la fois hostile et protectrice. C'est tout simplement fascinant, et c'est une des facettes les plus surprenantes de ce diptyque. Pour le reste, les décors de Cabanes sont somptueux et on sent littéralement les odeurs de sa Sierra Maestra, cette jungle pour laquelle il a également réalisé des couleurs superbes. Quant à sa galerie de personnages, inutile de chercher l'erreur de casting, tant il a su camper des hommes et des femmes avec un réalisme tout manchettien et leur prêter des silhouettes et des visages que le romancier n'aurait certainement pas renié. Le travail de Doug Headline sur les notes de son père n'est certainement pas étranger à la réussite totale de cet album, nettement à part dans la longue liste des bandes dessinées inspirées des oeuvres de nos grands écrivains du Noir.

La Princesse du Sang, seconde partie
Scénario Doug Headline d'après Jean-Patrick Manchette
Dessin Max Cabanes - Dupuis, 2011 - 80 pages couleur - Collection Aire Libre - 15,95 €

Le roman de Jean-Patrick Manchette est disponible aux éditions Rivages

mercredi 2 mars 2011

[Festival] - Tous à Bon' Encontre !

S'il est un festival de polar qui met à l'honneur les auteurs de bandes dessinées, c'est bien Polar Encontre, à Bon Encontre, dans le Lot-et-Garonne...
Pour sa sixième édition, le 12 et 13 mars prochain, le salon a invité une sacrée bande dont une partie concoure au prix Polar'Encontre 2011, remporté par Cabanes l'an passé pour son adaptation de la « Princesse du sang » de Manchette.

Les sept dessinateurs en compétitions sont Olivier BERLION pour le tome 1 de « La comedia des ratés », Philippe BERTHET pour les tomes 1 et 2 de "Nico", Alexis CHABERT pour le one-shot "Taxi Molloy", JEF pour les tomes 1 et 2 de "Une balle dans la tête", MAKO pour le one-shot "Dernière sortie avant l'autoroute », Ralph MEYER pour le one-shot "Page noire", Guy MICHEL pour le tome 1 de "Seznec" et Nicolas OTERO pour le tome 7 de "Amerikkka "

Le choix des jurés va pas être simple, moi je vous le dis !

Sinon, vous pourrez aussi croiser à Bon Encontre Eric CORBEYRAN, parrain de cette 6ème édition, Max CABANES, qui a réalisé l'affiche cette année, ESPE, Joe G. PINELLI et Jean-Louis THOUARD... sans oublier les douze auteurs et auteures du Noir, dont vous trouverez ici la liste, ainsi que le programme des réjouissances.

samedi 20 mars 2010

"La Princesse du Sang" de Cabanes et Manchette primé à Bon Encontre


Depuis 2007, le festival de Bon Encontre décerne, le Prix Calibre 47, qui couronne un roman et le Prix Polar'Encontre, qui consacre lui une bande dessinée. Pour ce dernier prix, le jury, constitué d'experts BD et du lauréat de l'année précédente, a élu « La Princesse du sang », de Max Cabanes d'après le roman de Jean-Patrick Manchette. Une adaptation publiée aux éditions DUPUIS, qui n'ont pas spécialement décidé de suivre le vent porteur en la matière, en ne créant pas de collection spécifique, par exemple, comme l'a fort bien expliqué José-Louis Bocquet lors du premier festival des Habits Noirs en novembre dernier.

Cette adaptation est la seconde de l'oeuvre de Manchette, après celle de Tardi pour Le Petit bleu de la côte ouest (actuellement chez Futuropolis), sans oublier le Griffu du même duo, à la fin des années 70, une histoire originale. C'est Doug Headline, fils de Manchette, et lui-même scénariste, qui a adapté le roman de son père. Sur le choix du dessinateur, il s'explique dans le dossier de presse de l'époque :

« Pour s'attaquer à cette histoire, surprenante de la part de Manchette, s'imposait en écho le choix d'un dessinateur que personne n'aurait attendu sur ce terrain, mais capable de saisir l'essence et la complexité de l'univers du romancier : c'est-à-dire un auteur grand par son imprévisibilité, délicat et précis, doué d'une force jamais envahissante, mais capable de jaillir sans avertissement à chaque page. Et j'ai avancé le nom de Max Cabanes, dont la sensibilité singulière, le trait unique, élégant et souple, et l'incroyable talent étaient restés gravés dans ma mémoire depuis de longues années. Je ne connaissais pas Max, je ne savais pas où il en était dans sa vie de créateur d'images. Mais je ne sais pourquoi, je ne voyais personne d'autre que lui pour dessiner cette histoire... »

Avec ce prix, Cabanes succède à Erwan Le Saëc (Mafia Story, Delcourt), Damien Vanders (Welcome to hope, Bamboo), et Laurent Astier (Cellule Poison, Dargaud)

dimanche 14 février 2010

Rivages/Noir/Casterman : deuxième salve

Après un lancement réussi en 2008, avec quatre titres annonciateurs d'une collection de haute tenue, et un Prix des libraires de Bande Dessinée 2009 dès le cinquième titre (« Shutter Island » ou Lehane adapté par De Metter), Rivages/Casterman/Noir s'est enrichie en 2009 de quatre nouveautés, toutes aussi intéressantes que la première salve.

Le duo Villard / Chauzy, qui semble s'entendre comme larrons en foire, s'est donc reconstitué après leur première association pour « Rouge est ma couleur ». Moins sombre – quoique... - « La Guitare de Bo Didley » est définie par Villard himself comme « une cavalcade burlesque » que Chauzy a lui-même dessiné de manière alerte, extrêmement vivante et colorée : il fallait bien cela pour cette histoire de guitare mythique – celle de Bo Didley donc, bleue et rectangulaire – qui passe de mains en mains, chacun de ses éphèmères propriétaires en tirant profit ou... ennuis plus ou moins graves. L'une des difficultés a d'ailleurs été pour le dessinateur de « typer » toute une galerie de personnages, certains disparaissant au bout de quelques pages, le rôle principal étant dévolu à la guitare. Le travail sur le « casting » a donc été important dans cette adaptation, où le quartier cher aux deux auteurs, Belleville, est un autre élément important de l'album. Au final, l'adaptation de ce roman à rebondissements est une réussite tant au niveau du respect de la trame narrative que de l'atmosphère qui s'en dégageait. Il apparaît ici comme une évidence qu'une participation active du romancier à l'adaptation de son propre livre donne une autre dimension à celle-ci.
Marc Villard et Jean-Christophe Chauzy ont brillamment causé de cet album au Point Ephèmère (Paris) lors du 1er festival des Habits Noirs en septembre dernier et vous pouvez les réécouter sur le podcast des mêmes Habits Noirs. José-Louis Bocquet y évoque aussi l'adaptation de la Princesse du Sang de Manchette par Cabanes, un album dont je vous parlerai forcément bientôt.
Et encore plus moderne : ne ratez pas les sémillants Villard et Chauzy en images animées sur bibliosurf, toujours à propos de la "Guitare de Bo Didley".

Jacques de Loustal n'a pas travaillé avec Dennis Lehane pour « Coronado », et il a adapté seul cette nouvelle parue dans le recueil éponyme. Son choix s'est porté sur un texte sombre, une histoire qui débute par la sortie de prison de Bobby, que son père attend à la sortie du pénitencier, à bord d'un Buick volée et avec une pute sur la banquette arrière... Les retrouvailles vont vite prendre un tour étrange, où père et fils semblent chacun sur la réserve, et jouer au chat et à la souris jusqu'au bout. Découpée en cinq actes, cette bande dessinée porte la marque de fabrique loustalienne : planches de deux grandes cases – voire d'une seule – absence quasi-totale de texte narratif, personnages aux gestes et postures emprunts d'une certaine raideur... Il se dégage de tout cela une force insidieuse, une violence contenue, qui rappellent combien Loustal est doué pour mettre en scène le polar d'une manière originale et parfois déroutante.


Déroutant, et presque dérangeant même, le « Trouille » de Joe G. Pinelli l'est tout autant. Adapté par Oppel, le roman de Marc Behm raconte l'histoire de Joe Egan, joueur de poker professionnel, qui passe son temps à fuir... une femme, blonde, tout de noir vêtue, qui le poursuit depuis son enfance. Persuadé qu'il s'agit de la mort incarnée, Joe est dans un état de panique quasi-permanent, qui le fait aussi quitter du jour au lendemain les femmes dont il est amoureux... Cet état de fuite, Pinelli a choisi de le traiter en faisant lui aussi disparaître – ou presque - une caractéristique essentielle de la bande dessinée : la case. Chacune de ses planches englobe une ou plusieurs scènes, sans que les frontières en soit délilmitées autrement que par la page elle-même. Son album tient ainsi plus du long récit de voyage illustré, un long voyage vers nulle part tant le « héros » semble désemparé. Cet impression de carnet de route vers le néant est accentuée par le trait proche du crayonné choisi par Pinelli pour ses personnages comme pour ses décors, choix artistique parfaitement assumé juqu'à l'ultime planche de cet album. Avec ce « Trouille », la collection s'enrichit d'un titre atypique, et confirme qu'elle peut devenir celle de toutes les audaces et de tous les risques.
Les Habits Noirs, toujours sur la brèche, ont interviewé Joe Pinelli au dernier festival Noir sur la Ville de Lamballe, et là encore, vous pouvez écouter ce podcast fort intéressant en cliquant ici.

C'est un peu confirmé par le dernier titre paru, en octobre : « Brouillard au pont de Bihac ».
Jean-Hugues Oppel – oui, le même – voit ici deux de ses nouvelles adaptées par un nouveau venu, Gabriel Germain, qui publie ici sa première BD. « Brouillard au pont de Bihac » se déroule au cours du conflit en ex-yougoslavie : deux anciens employés de banque décident de s'emparer d'un fourgon oublié au début de la guerre et de se faire passer pour des ambulanciers pour dissimuler leur forfait. Et ils comptent bien profiter du brouillard qui s'est abattu sur la ville pour filer à l'anglaise... Dans « 58 minutes pour mourir », l'autre nouvelle adaptée, un mercenaire a pour mission de faire sauter un avion, et le problème est pour lui de réussir son coup alors que l'aéroport est sous haute surveillance, la police ayant été prévenue du futur attentat...

Pour ces deux adaptations, Gabriel Germain a opté pour un noir et blanc tout en ombres et lumières, choix assez judicieux au regard des lieux de l'action des deux nouvelles, tout particulièrement pour la première. Les moindres recoins des espaces confinés de Bihac sont ainsi mis en valeur : la cachette du sniper, l'intérieur du camion militaire, le sous-sol de la banque... Les ombres s'étendent bien entendu aux hommes, dont seuls des demi-visages sont visibles, avec des trous noirs en guise d'yeux. Véritables zombies survivants d'une guerre aveugle, ou flics aux abois dans la seconde histoire, aucune rondeur ne vient adoucir les figures, au contraire : des traits anguleux viennent accentuer la dureté des situations. Ce parti-pris d'un noir et blanc qui n'est pas sans rappeler le travail de Miller sur Sin City ou celui de certains dessinateurs de la série « Queen and Country », fait mouche pour ces adaptations et on pardonnera volontiers à Gabriel Germain quelques maladresses sur certains personnages : voici une première oeuvre prometteuse, et la première véritable incursion dans le noir et blanc du côté de Rivages/Casterman... Noir.

La Guitare de Bo Didley
Scénario Marc Villard d'après son roman et dessin Jean-Christophe Chauzy
Casterman, 2009. - 92 p. coul. - (Collection Rivages/Casterman/Noir) - 17 €
Coronado
Scénario et dessin Loustal d'après Dennis Lehane.
Casterman, 2009. - 94 p. coul. - (Collection Rivages/Casterman/Noir) - 17 €
Trouille
Scénario Jean-Hugues Oppel, d'après Marc Behm. Dessin Joe G. Pinelli.
Casterman, 2009. - 94 p. coul. - (Collection Rivages/Casterman/Noir) - 17 €
Brouillard au pont de Bihac
Scénario Jean-Hugues Oppel, d'après ses nouvelles. Dessin Gabriel Germain.

dimanche 7 février 2010

La Crème de la BD Noire à Bon-Encontre les 13 et 14 mars

Le cinquième Salon “Polar’Encontre” de Bon-Encontre se déroulera les samedi 13 et dimanche 14 mars 2010. Cela se passe au Centre Jacques Prévert de Bon-Encontre, dans le Lot-et-Garonne, tout près d’Agen. Si je vous en cause c'est que ce festival est l'un des rares dans le polar - le seul ? - à avoir autant d'auteurs de BD que de romanciers à son menu. Et rien que du beau monde :

Will Argunas, Laurent Astier, Max Cabanes, Jean-Christophe Chauzy, Chetville, Michel Espinosa, Olivier Grenson, Gunt, Horne, Alexis Laumaillie, Gilles Mezzomo, Jean-Philippe Peyraud.

C'est Laurent Astier qui a réalisé l'affiche de ce festival, avec en vedette Claire, la femme-flic de sa série du moment "Cellule Poison". Un série dont je vous ai déjà dit ici tout le bien qu'elle m'inspirait.

Et côté livres avec plein de lignes : Ingrid Astier, Laurence Biberfeld, Jeanne Desaubry, Catherine Diran, Naïri Nahapetian, Anne Secret, Lalie Walker, Marin Ledun, Michel Leydier, Marcus Malte, Claude Mesplède, Benoît Séverac, Marc Villard. (Sous réserve : Doug Headline).
Quand je vous dit qu'il y aura du beau monde.

Alors pour le week-end du 13/14 mars : votez Polar, liste Bon-Encontre !