Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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dimanche 1 mai 2022

[Festival] – Le Prix Mor Vran 2022 du Goéland Masqué à Contrapaso de Teresa VALLEJO (Dupuis -Aire Libre)

 Le FC Goéland Masqué (voir la photo de l’équipe ci-dessous) a décerné mi-avril son Prix Mor Vran de la BD a Teresa Valero pour  les enfants des autres, premier tome de sa série  Contrapaso . Un album graphiquement superbe qui se déroule dans le Madrid franquiste des années 50 et où il est question tout aussi bien de journaux clandestins écrits par des femmes en prison, de liberté de presse étouffée par une censure terrible, de pratiques médicales proche de l’eugénisme, ou encore une grève universitaire… entre autres !


 Cet album faisait partie de ma sélection annuelle de 2021 et c’est un plaisir de le voir remporter ce Prix Mor Vran, placé cette année encore sous la double présidence d’Arnaud Le Gouëfflec et Pierre Malma.

Ce sera aussi un plaisir de rencontrer l’autrice, Teresa Valero, présente à au prochain Festival du Goéland Masqué à Penmac'h (29), du 4 au 6 juin 2022.

Elle sera en compagnie d’autres auteurs BD : Maud BEGON (Dargaud), Zac DELOUPY (Casterman), Alain GOUTAL, Alex W. INKER (Sarbacane – Lauréat du Prix Mor Vran 2021), Corentin ROUGE (Glénat)… sans oublier le duo présidentiel LE GOUËFFLEC/MALMA… Du beau monde, donc !

Tous les détails ici : sur la page du festival.


samedi 8 septembre 2012

[Chronique] - Juarez, de Sergeef et Rouge (Glénat)

Gaël arrive au Mexique, à Ciudad Juarez, avec l'espoir d'y retrouver sa sœur Gabriela, disparue depuis plusieurs mois ; sur place, il se rend chez Emilio, propriétaire d'une blanchisserie, le dernier endroit où travaillait Gabriela. Gaël y fait la connaissance d'Almania, fille d'Emilio, elle aussi morte d'angoisse depuis la disparition de Gabriela, avec qui elle avait sympathisé. Elle se souvient lui avoir dit de ne pas trop traîner avec Esperanza, une femme courageuse et obstinée, à la tête d'une association qui lutte pour faire éclater la vérité et la justice sur les centaines de femmes assassinées à Juarez. Gaël mène une enquête difficile, où ses pas lui font frôler un danger quotidien, en particulier lorsqu'il suit la trace d'Horacio Del Castillo, puissant chef de cartel. Mais c'est auprès de cet homme que la piste est la plus sérieuse pour retrouver la trace de Gabriela...

Sur fond d'une série de faits divers authentiques et d'une noirceur abyssale, Nathalie Sergeef et Corentin Rouge ont construit un polar assez original par son scénario à rebondissement final. La difficulté de leur entreprise était de ne pas simplement se « servir » de la situation dramatique des femmes de Juarez – situation qui perdure depuis presque vingt ans – comme simple décor à une intrigue, aussi judicieuse soit-elle. Il fallait réussir à faire passer autre chose qu'un bon moment au lecteur, lui faire prendre conscience de certaines réalités, sinon... à quoi bon ? Les deux auteurs s'en tirent assez bien, et ils réussissent à assurer une certaine gravité de ton à leur histoire. L'apport du dessinateur est à ce titre essentiel : Rouge, qui dans le dossier de presse confesse « … impossible d'échapper à quelques images un peu difficiles... » , a une justesse de trait dans tous les visages qu'il dessine, et réussit à faire passer toutes les émotions vécues par les personnages. Une réelle tension court par ailleurs tout au long des pages, et elle émane à la fois de la progression de l'enquête de Gaël et de l'environnement de corruption et de suspicion dans lequel il est plongé.
Cet album n'est évidemment pas un documentaire sur ce qui se passe à Ciudad Juarez depuis si longtemps, et n'a pas la force de l'immense roman de Patrick Bard « La Frontière » (exactement sur le même sujet), mais « Juarez » a le grand mérite d'être à la fois une bande dessinée au  scénario  très prenant et une fenêtre ouverte sur un drame de notre siècle.

Juarez
Scénario  Nathalie Sergeef et dessins Corentin Rouge
Glénat, 2012 – 72 pages couleur – Collection Grafica
14,95 €