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lundi 25 décembre 2023

[La montagne ça vous gagne ] – La Neige en deuil (Rue de Sèvres) : Dominique Monféry remporte le Prix Clouzot 2024

 Le jury du Prix Clouzot 2024 de la BD du festival « Regards Noirs » de Niort » présidé cette année par le scénariste Mark Eacersall, a fait son choix, début décembre.

Et après l’excellente adaptation de l’inadaptable et mythique Shibumi de Trevanian par Pat Berna et Jean-Baptiste Hostache c’est Dominique Monféry qui décroche la timbale pour son adaptation de La Neige en deuil un roman de 1952 signé… Henri Troyat.

L’histoire ? En voici le résumé par l’éditeur lui-même :

Isaïe et Marcellin, deux frères, vivent depuis toujours dans leur bergerie familiale au sein de la montagne. Tout semble pourtant les opposer. Isaïe, marqué par un grave accident d'alpinisme lui ayant laissé des séquelles, vit pour s'occuper de ses moutons. À l'opposé, Marcellin rêve de quitter la monotonie de ce quotidien pour rejoindre la ville et ouvrir son magasin. Un jour, un avion s'écrase au sommet de la montagne. On raconte qu'il abrite de l'or. Prêt à tout pour arriver à ses fins, Marcellin propose à Isaïe une dangereuse expédition à la recherche de l'épave, quitte à mettre en péril leur relation fraternelle.

 

Un prix Clouzot original, pour un roman noir d’un auteur dont ce n’était vraiment la spécialité… Henri Troyat, prix Goncourt 1938 (L’Araigne, Plon) était surtout connu ses sagas historiques et ses nombreuses biographies. La Neige en deuil lui avait été inpiré par le crash d’un avion d’Air India, le Malabar Princess sur le glacier des Bozons (Mont Blanc) en novembre 1950. 

 

Le roman de Troyat avait aussi été l’objet d’une adaptation ciné en 1956, par Edward Dmytryk, avec le duo Spencer Tracy-Robert Wagner dans les rôles principaux.

Une idée de projection pour la prochaine édition de Regard Noirs (7 au 9 mars 2024)

 

 En attendant, plongez-vous dans cette tragédie familiale, pour laquelle Dominique Monféry a réalisé de somptueux décors, et où la montagne oppressante et glaciale, vient tendre de plus en plus les relations entre les deux frères. Une vraie découverte !


La Neige en deuil ****

Scénario et dessin Dominique Monféry d’après Henri Troyat

Rue de Sèvres - 80 pages couleurs – 19 € 

Sortie le 27 septembre 2023

dimanche 17 septembre 2023

[Prix] – Le Trophée 813 de la Bande Dessinée 2023 à Joris Mertens pour Nettoyage à sec (Rue de Sèvres)

Déjà en sélection – polar – pour le Prix Mor Vran du Festival du Goéland Masqué, Joris Mertens décroche cette fois la timbale pour son formidable deuxième album paru aux éditions Rue de Sèvres, qui fêtent en ce moment leurs dix ans. Retour sur ce triomphe bien mérité !


LesTrophées 813 sont des prix décernés par les lecteurs de l’association du même nom, qui chaque année vote pour leur roman, français et étranger, leur nouvelle, leur essai ou leur BD préférée de l’année précédente. La remise a eu lieu samedi 9 septembre dernier à Paris, à la BILIPO, la BIbiliothèque des LIttératures POlicières pour les non-initiés, en présence d’un public ravi.

C’est Anthony Simon, assistant éditorial chez Rue de Sèvres qui est venu recevoir le Trophée au nom de Joris Mertens, qui avait envoyé un petit mot, qu’Anthony a lu à l’assistance, et que voici, en V.O : 

Anthony Simon, des éditions Rue de Sèvres
 « Je ne peux malheureusement pas parler personnellement à tout le monde présent ici dans cette magnifique et inspirante bibliothèque, en raison d'engagements personnels. Je tiens néanmoins à remercier tous les membres de l’association 813 qui ont salué mon livre Nettoyage à Sec comme leur polar de l’étranger préféré, une très belle surprise, car je considère ceci comme un grand honneur, d'être apprécié par des lecteurs sans doute déjà très bien lus. C'est aussi une très agréable motivation, lorsque je travaille tout seul dans mon atelier sur l'histoire suivante, que mon deuxième livre mène sa propre vie parfois surprenante et puisse toucher les gens que je ne connais pas, d'autant plus que mon travail se concentre principalement sur des personnages en eux-mêmes, avec leurs sentiments humains universels, et sur la façon dont ils s'organisent dans leurs vies, parfois dans des circonstances moins favorables. Merci beaucoup à vous tous, et bien sûr, j'espère continuer à répondre à vos goûts raffinés avec de futurs travaux. Salutations chaleureuses de Belgique ! »


« Les circonstances moins favorables » évoquées avec euphémisme par Joris sont, dans Nettoyage à sec, celles qui accablent son héros, François, livreur dans une blanchisserie, et je reproduis ici la courte présentation de l’album que j’avais déjà faite pour la sélection du Prix Mor Vran : 

 

Nettoyage à sec est un vrai choc graphique pour qui ne connait pas le travail de Joris Mertens. Sa ville des années 70, battue par la pluie (il pleut beaucoup dans cette sélection), essentiellement nocturne et néonesque, est complètement fascinante ! On prend un plaisir fou à détailler les enseignes, les véhicules, les tenues des passants… Tout est un piège délicieux pour l’oeil ! Et dans ce décors extraordinaire, l’histoire de François le livreur aux allures lui de chien battu, poissard comme c’est pas permis, ne pouvait que se terminer comme elle se termine : de manière tragico-comique. Ou amère, selon l’humeur de chacun. On peut rire de tant de bêtise ou de naïveté, mais on peut aussi compatir et comprendre cet homme à qui on a certainement ressemblé à un moment ou un autre de notre vie , non ? C’est une histoire cruelle et belle à la fois, et graphiquement, répétons-le époustouflante. Les pleine page et double-page sont de véritables chefs-d’oeuvre qu’on a presque envie d’exposer dans son salon. Du travail d’artiste !

Et c’est ce qu’ont dû également pu constater les personnes présentes à la BILIPO lors de la remise : il a suffi d’ouvrir l’album et de montrer ces pages remarquables pour que tout de suite des murmures d’admiration parcourent la salle… 

 

 Joris Mertens a également publié un album entièrement muet, Béatrice, à découvrir également chez Rue de Sèvres, mais en attendant sa future histoire, sortez votre parapluie et battez le pavé humide sur les traces de François : vous n’êtes pas prêt d’oublier cette filature !

Et si vous êtes à Paris cette semaine, profitez-ans pour vous rendre à l’expo des 10 ans de Rue de Sèvres, et découvrir la sélection en tirage limité de 10 des albums phare de la maison d’édition : un petit tour sur l’excellent site Ligne Claire pour en savoir un peu plus.


Nettoyage à sec ****

Texte et dessin Joris Mertens

Rue de Sèvres, 2022 – 120 pages couleurs – 25 €

 


dimanche 26 mars 2023

[Goéland Masqué] - Le Prix Mor Vran 2023 attribué à ...

 Le jury du Prix Mor Vran du festival du Goéland Masqué (Penmarc’h, Finistère) se réunit ce dimanche pour attribuer son 16ème Prix. Qui pour succéder à Contrapaso, de Teresa Valero (Dupuis) ? Pas facile de jouer les devins tant la sélection est excellente… et éclectique !

Petit tour des cinq albums en compétition (par ordre alphabétique pour ne vexer personne) :

Alex Inker, lauréat en 2021 avec Un travail comme un autre est de retour avec une nouvelle adaptation : Colorado Train (Sarbacane), tirée cette fois d’un livre de littérature young adult de Thibaut Vermot. Il règne sur cet album un esprit semblable à ceux de « teen-movies » et pense aux Goonies (un peu) ou à Stand by me (beaucoup) avec cette histoire d’ados en quête d’un cadavre, point de départ de l’histoire. La suite est plus sombre, et la traque d’un méchant salement méchant de plus en plus flippante. Alex Inker livre ici un de ses meilleurs albums, cette fois-ci entièrement en noir et blanc et blanc, parfaitement adapté à son intrigue. Cela donne une histoire prenante, un récit tout autant noir qu’initiatique, rythmé par une bande-son de vingt titres punk-hardcore-rock du meilleur goût qui sont autant de chapitres percutants. 


Autre genre avec Hoka Hey  de Neyef (Rue de Sèvres), puisqu’il s’agit de western. Et d’un western mémorable, magnifiquement mené de bout en bout. La destinée du petit George, indien Lakota recueilli par un pasteur, qui l’éduque… à sa façon bien sûr. Il faut bien en faire un bon petit citoyen dans le grand creuset américain, n’est-ce pas ? Tout bascule pour Georges quand Little Knife, Lakota comme lui, vient arracher des informations au pasteur, et entraîner le gamin dans une quête de vérité qui n’est pas la sienne… à moins que ? Tout est bon dans cet album : les décors, superbes, les personnages, crédibles à chaque instant, et l’intrigue, qui se déroule patiemment. Hoka hey ouvre en plus des pistes de réflexion sur la négation de la différence, les liens familiaux, la nature, la violence, l’acculturation et j’en oublie… En ne faisant pas des Indiens un peuple exemplaire en toutes circonstances (cf l’histoire de No Moon) ni des Blancs des caricatures de méchants. Somptueux et inoubliable !

Autre album en lice : le récit noir et poignant de la destinée de Lucien, signé Guillaume Carayol et Stéphane Sénégas (Delcourt) Celui qu’on pourrait qualifier de ce qu’on appelait autrefois l’idiot du village est le cantonnier persécuté et incompris par toute une petite cité. Seuls Paul, un enfant et Maria, femme forte (à tous les sens du terme) lui offrent pour l’un son amitié et pour l’autre un semblant de compassion et de compréhension pour l’autre. Ce qui ne va pas empêcher l’homme qui danse avec les feuilles (quel virtuose du balai!) de connaître une tragique trajectoire. La construction de son histoire, en deux parties, avec un trou de 10 ans entre sa mort supposée et son retour devant le théâtre de marionnettes de Paul, donne plus de suspense à l’ensemble : que s’est-il donc passé tout au long de ces années ? Cet album est aussi une réflexion assez poussée sur l’amitié (comme le dit la 4ème de couv) mais également sur la cruauté humaine, la cupidité… et les rapports familiaux. Une barque bien chargée. La mise en page, l’utilisation de différentes techniques du noir et blanc, expriment parfaitement tous les états d’âmes de chacun des personnages. Et les décors sont d’une grande précision. Un album vraiment marquant, là encore...

Avec l’histoire de Ruth Jacob, Romain Renard poursuit son exploration de Melvile et de ses secrets les plus sombres. Voici une autre histoire vraiment chargée émotionnellement, où le « héros » Paul revient dans cette ville où il a vécu un épisode de son adolescence plus que douloureux. Un retour dans une cité au bord du précipice et de l’engloutissement pour être exact, car Melvile se vide de ses derniers habitants avant d’être noyée sous les eaux du barrage. Les déambulations de Paul dans les rues battues par la pluie, éclairée par des incendies qui font figure d’ultimes feux d’un passé peu glorieux pour les autochtones, semble un véritable chemin de croix. L’histoire se démêle au fil de cassettes audio et de révélations des derniers habitants encore sur place. L’atmosphère est sombre du début à la fin de cette histoire de Ruth Jacob, et même la musique qui accompagne les pages vient ajouter une note tragique à ce volume (bonne bande-son au passage : A Forest de Cure, parfait, par exemple!). Pour qui n’a pas lu l’ensemble de la série, voilà qui donne envie de se plonger dans cet univers de Romain Renard, architecte de Melvile depuis des années…

L’ultime album de cette sélection est Nettoyage à sec de Joris Mertens (Rue de Sèvres). Et là : wow : Un vrai choc graphique pour moi qui ne connaissait pas le travail de Joris Mertens. Sa ville des années 70, battue par la pluie (il pleut beaucoup dans cette sélection), essentiellement nocturne et néonesque, est complètement fascinante ! On prend un plaisir fou à détailler les enseignes, les véhicules, les tenues des passants… Tout est un piège délicieux pour l’oeil ! Et dans ce décors extraordinaire, l’histoire de François le livreur aux allures lui de chien battu, poissard comme c’est pas permis, ne pouvait que se terminer comme elle se termine : de manière tragico-comique. Ou amère, selon l’humeur de chacun. On peut rire de tant de bêtise ou de naïveté, mais on peut aussi compatir et comprendre cet homme à qui on a certainement ressemblé à un moment ou un autre de notre vie , non ? C’est une histoire cruelle et belle à la fois, et graphiquement, répétons-le époustouflante. Les pleine page et double-page sont de véritables chefs d’oeuvre qu’on a presque envie d’exposer dans son salon. Du travail d’artiste !


Voilà. Cinq albums denses, touffus, qui prennent leur temps (200 pages minimum chacun!) . Un seul deviendra le 16eme Prix Mor Vran. Verdict très bientôt !


Colorado Train

 Texte et dessin Alex W. Inker d’après Thibaut Vermot . Sarbacane, 2022 – 223 pages noir et blanc – 29 €

Hoka Hey !

Texte et dessin Neyef.  Rue de Sèvres, 2022 - 224 pages couleurs – Collection Label 619 – 22,90 €

Lucien

Textes et dessin : Guillaume Carayol et Stéphane Sénégas. Delcourt, 2022 – 264 pages noir et blanc – Collection Mirages – 27,95 €

Melvile – L’histoire de Ruth Jacob

Texte et dessin Romain Renard. Le Lombard, 2022 – 396 pages couleurs – 29,90 €

Nettoyage à sec

Texte et dessin Joris Mertens. Rue de Sèvres, 2022 – 120 pages couleurs – 25 €

lundi 23 avril 2018

[Goéland Masqué] - Le Prix Mor Vran de la bande dessinée 2018 à Prado pour Proies faciles


Le festival de littérature populaire du Goéland Masqué a son prix BD depuis 2008, présidé par François Bourgeon et Alain Goutal, et c’est Jaime Martin qui avait inauguré le palmarès avec l’excellent  Ce que le vent apporte (Dupuis). Pour la dixième édition, de ce Prix Mor Vran, c’est un autre dessinateur espagnol qui est couronné par le jury  : Miguelanxo Prado. 
 
Son album  Proies faciles , publié aux éditions Rue de Sèvres, est un polar social qui plonge un duo d’enquêteurs au coeur d’une série de meurtres dans le milieu bancaire. Une histoire assez glaçante dans une société impitoyable pour les plus faible et les plus naïfs… (une critique détaillée de l’album ici, sur le site actuaBD). 

Alain Goutal, au presque centre, et quelques heureux membres
 
Prado, dont l’immense talent avait été récompensé dès 1991 par un Alph Art à Angoulême (pour Manuel Montano), sera présent les 19 et 20 mai prochain à Penmac’h pour la 18ème édition du Goéland Masqué. Il y retrouvera les lauréats des deux années passées : Lax (Un certain Cervantès) et Götting (Watertown). Je reviendrai dans un prochain billet sur les auteurs BD présents au festival.

mercredi 2 septembre 2015

[ Pas dans les manuels... ] - Julio Popper, le dernier roi de Terre de Feu , par Matz et Chemineau (Rue de Sèvres)

De la Patagonie, l'amateur de bande dessinée connait surtout les carottes chère à Lapinot, tandis que le téléphage se souvient lui d'une émission écolo qui sentait le gel douche ; quant au Thatcherophile il a un poster "Falklands forever" dans sa cuisine. Mais qui connaît Julio Popper, le polyglotte-voyageur, l'ingénieur- explorateur de l'extrême ? Voici un homme au destin extraordinaire, un personnage controversé, un aventurier avant toute chose. Matz et Léonard Chemineau le font ressurgir d'un lointain passé - Popper est né en Roumanie en 1857 - et nous racontent son passage météorique en Terre de Feu, à la recherche d'or pour le compte du gouvernement argentin, mais aussi à la tête de son propre état, faisant fi des populations locales, à la manière des grands conquistadors. A-t-il vraiment été ce génocidaire des tribus amérindiennes Selknams souvent décrit ou plutôt un utopiste toujours en quête de mondes à découvrir ? Les auteurs font clairement le choix d'une certaine réhabilitation de cet homme qu'ils dépeignent plus en défricheur un peu kamikaze qu'en dictateur local. Dans sa postface, Matz le décrit ainsi : "A moitié conquistador, à moitié cow-boy, à moitié Don Quichotte, à moitié homme du monde, à moitié scientifique, à moitié explorateur, à moitié poète, à moitié inventeur...". Cela fait beaucoup de moitiés, mais l'homme était de tout évidence complexe... et entier ! Toujours est-il que les auteurs nous embarquent pour cent pages d'aventures épiques, dans des décors souvent arides, des conditions climatiques rudes, que Chemineau restitue avec talent. Et au coeur de ces paysages grandioses, Julio Poper : un personnage tellement romanesque qu'il semble tout droit sorti de la plume de Jules Verne, comme le suggère Matz. On peut aussi voir en lui quelque chose de Daniel Dravot, cet autre "Homme qui voulut être roi", imaginé par Kipling. On referme en tous cas cet album avec à l'esprit la sensation d'avoir voyagé aux côtés d'un bien étrange individu, dont on ne sait s'il est fascinant ou répugnant. A vous de voir... mais tentez l'expédition : elle ne vous laissera pas indifférent. 


Julio Popper, le dernier roi de Terre de Feu ***
Texte Matz et dessin Léonard Chemineau
Rue de Sèvres, 2015 - 104 pages couleurs – 18 €