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lundi 6 avril 2026

[Une saison en enfer] - Printemps à la Charité, par Philippe Pelaez et Alexis Chabert (Bamboo – Grand Angle)

 

 

Paris 1897. Qui peut bien en vouloir à Georges Méliès, ancien prestidigitateur, et converti depuis quelques temps au cinématographe : son tout nouvel atelier où il réalise des films pour cette nouvelle attraction qui attire les curiosités, a été par deux fois l’objet de tentatives de destruction ? Et pourquoi un respectable avocat du barreau de Paris est-il tombé, en pleine nuit, d’un balcon du deuxième étage du muséum d’histoire naturelle ? Le commissaire Gayot envoie ses deux inspecteurs Jules Tissot et Amaury Broyan enquêter sur ces deux affaires, qui vont vite révéler leur point commun possible : l’incendie mortel du Bazar de la Charité, trois semaines plus tôt. Alors que Tissot suit la piste Méliès, Broyan se charge du muséum, où il fait la connaissance de la belle Blanche Dambreville, entomologiste des lieux. Les insectes n’ont pas de secret pour elle, un savoir qui pourrait être bien utile pour éclairer le policier : le voici confronté à une autre mort mystérieuse, celle d’un banquier qui s’est mortellement jeté hors d’un fiacre, se sentant assailli d’une multitude d’araignées… Un banquier, qui comme l’avocat du muséum, était présent lors de l’incendie mortel du Bazar.  

 


On retrouve dans cette troisième saison (après Automne en Baie de Somme et Hiver à l’Opéra), l’inspecteur Broyan, qui, réfugié dans les délices piégeux de l’opium pour tenter d’atténuer la douleur de la mort de sa fille, enquête comme il peut sur cette affaire mystérieuse. « Vous êtes un homme étrange, inspecteur, étrange et inquiétant, car tout en vous respire le pessimisme », lui fait d’ailleurs remarquer Blanche Dambreville. Cette veuve magnétique aux cheveux blancs ne semble pas insensible à sa douleur intérieure, mais jusqu’où pourra-t-elle lui apporter du réconfort ?

C’est ce que le lecteur romantique peut se demander, sans oublier qu’il lit récit d’enquête : et là, le scénario de Philippe Pelaez est tout aussi habile que les deux précédents, et mêle histoire intime et récit policier au coeur de la « grande » Histoire. L’incendie mortel du Bazar de la Charité a marqué durablement son temps, et sert de fil rouge à ce troisième tome, où il est aussi question, un peu des débuts du cinéma, et d’Art Nouveau. Ce dernier aspect visuel fait d’ailleurs tout le charme et l’esthétique de la série qui depuis le début, est l’occasion d’admirer le magnifique travail d’Alexis Chabert, auteur de somptueuses planches en couleurs directes. Dans la postface à cet album, le dessinateur confie le challenge auquel il a été confronté dans cet album : dessiner des arachnides en gros plan. Epreuve réussie haut la main ! Ajoutez-y les références artistiques distillées au fil des pages, et parfaitement intégrées au récit, et vous obtenez un Printemps des plus doux, même si ce qui s’y passe est terrible. Une autre saison splendide, comme les deux autres… Vivement l’été !


Printemps à la Charité***

Scénario Philippe Pelaez et dessin et couleurs Alexis Chabert - Bamboo (Grand Angle)

72 pages couleurs -17,90 € - Parution 25 février 2026

lundi 17 juin 2024

[un scénariste à suivre] - Un hiver à l'opéra ? Quelque chose de froid ! Deux albums de Philippe Pelaez chez Bamboo et Glénat

 Bon, d'accord, je plaide coupable pour le titre en forme de jeux de mots laid mais n'emp^che : depuis une petite dizaine d’années, son nom revient régulièrement sur nombre de couvertures d’albums, dont une bonne poignée de polars : Philippe Pelaez fait désormais partie de ces orfèvres du scénario dont la moindre nouveauté mérite qu’on s’y arrête. Retour sur deux sorties récentes : Hiver à l’opéra (Bamboo – Grand Angle) avec Alexis Chabert  et Quelque chose de froid (Glénat) avec Hugues Labiano. 

 

Deuxième opus d’un cycle qui embrassera les quatre saisons, Hiver à l’opéra reprend là où Automne en Baie de Somme s’était arrêté : à la fin du XIXème, l’inspecteur Broyan, après une affaire politico-industrielle où il a fait tomber quelques têtes dont certaines haut placées, se retrouve près du licenciement. Et le voici, en cette année 1897, à l’Opéra Garnier, où débute une nouvelle affaire qui va émouvoir les foules, qui plus est en direct : un colonel chargé de la sécurité du Président de la République en personne est spectaculairement jeté en pâture au spectateurs, là pour La Damnation de Faust. C’est une autre damnation, et d’autres ombres de son passé auxquelles va être confronté Broyan, qui se lance dans l’enquête malgré sa radiation : qui peut bien être cette mystérieuse tueuse capée de rouge et masquée de blanc qu’il était à deux doigts d’arrêter ? Le scénario de Pelaez à la lisière du fantastique – hommage direct et assumé à Gaston Leroux – est une nouvelle fois magnifiquement mis en image par Alexis Chabert, qui restitue à merveille un Paris en plein Art Nouveau. Ses couleurs directes, au pastel ou à l’aquarelle, et ses décors fascinants (mention spéciale aux sous-sol labyrinthiques de l’Oéra-Garnier!) participent complètement à l’immersion totale dans l’univers créé par son scénariste. Il reste deux saisons à découvrir, alors vivement le Printemps !

 

Quelque chose de froid est l’album inaugural d’une trilogie baptisée Trois touches de Noir. Et l’entrée en matière donne tout à fait le ton… Nous sommes cette fois en 1936 dans l’Ohio, à Cleveland pour être précis où un dénommé Hedgeway, malfrat de son état, est de retour, mais… pour quoi faire ? C’est ce que se demande la police locale, qui décide de le tenir à l’oeil, en attendant de réussir à le faire parler sur des affaires passées : Hedgeway était visiblement bien vu par le parrain local avant de le trahir en emportant bijoux et livres de comptes… Et c’est dans un hôtel où les pensionnaires auraient pu figurer au générique du Freaks de Tod Browning qu’atterrit l’homme de main. Ce camp de base et ses inquiétants locataires est parfait pour la vengeance ourdie par Hedgeway : il lui reste à attendre la suite des événements, qui ne tarderont pas à se précipiter… 

 

C’est cette fois avec Hugues Labiano que Philippe Pelaez s’est associé pour ce qui est un véritable hommage au film noir des années 40-50. Et c’est graphiquement aussi réussi que dans le cycle évoqué plus haut… mais avec une ambiance nettement plus sombre ! Composé en bichromie où dominent le bleu-gris,et où les scènes nocturnes sont éclairées à la lune ou au néon, c’est une plongée au coeur d’une Amérique profonde et poisseuse que nous convient les auteurs. Et qui n’hésitent pas à convoquer la figure mythique d’Elliot Ness le temps de quelques scènes, et surtout de situer leur histoire au moment où la ville est en proie à la psychose du « tueur aux torses » (oui le « Torso » du comics de Brian Michael Bendis). Au-delà de cet aspect historique, c’est aussi tout le côté psychologique qui fait mouche dans le récit de Pelaez : son « héros » ne s’approche-t-il pas dangereusement du côté sombre de l’âme humaine au fur et à mesure que sa vengeance s’accomplit ? Une des nombreuses questions posées par cet album splendide, agrémenté d’un passionnant dossier sur le film noir en fin d’album, par Pelaez lui-même.

Là encore, on attendant la deuxième des Trois touches de Noir avec une impatience  certaine ! 

Et pour connaître en savoir un peu plus sur ce scénariste, rendez-vous cet été dans les pages du prochain numéro de la revue 813 (le n°149) pour un entretien avec Philippe Pelaez...

Ou tout de suite sur son site : De Bruit et de fureur.

(PS : pour cellezetceusses qui croient déjà avoir déjà lu cet article, c'est normal : il est passé dans le numéro 228 de la Tête en Noir. Je suis un bloggueur éco-responsable : je recycle)

 

Hiver à l’opéra ****

Scénario Philippe Pelaez et dessin et couleurs Alexis Chabert - Bamboo (Grand Angle)

72 pages couleurs -16,90 € - Parution octobre 2023

 

Trois touches de Noir - Quelque chose de froid ****

Scénario Philippe Pelaez,dessin Hugues Labiano, couleurs Jérôme Maffre – Glénat

64 pages bichromie -15,50 € - Parution 6 mars 2024

lundi 27 novembre 2023

[Vous m’en direz des nouvelles] – L’Alibi (Philéas), Miséricorde (Dupuis) et Gun Men of the West (Grand Angle) : 3 albums, 31 histoires

 Hasard des calendriers éditoriaux, trois collectifs regroupant la fine-fleur des scénaristes et dessinateurs et trices sont sortis en ce mois de novembre. Polar, Noir et Western : chacun y trouvera son genre préféré...

Je vous avais déjà tout le bien que je pensais du précédent collectif « Le Crime parfait », paru l’année dernière chez Phileas, à la même époque. L’éditeur récidive avec cette fois un autre thème, celui de l’alibi : cela donne dix histoires au coeur desquelles innocents comme coupables tentent de s’en tirer en invoquant toutes les raisons possibles et imaginables pour convaincre qu’ils n’y sont absolument pour rien dans l’affaire dans laquelle ils sont empêtrés… Et cela marche ? Pas sûr… A vous de voir ce que les auteurs de ce nouvel opus ont imaginé pour leurs personnages. Ce qui est certain c’est que vous allez vous retrouver plongé dans différentes époques, et que vous croiserez le KKK, une agence un peu spéciale, un clown, des jumeaux, un voisin trop bruyant et toute une galerie de personnages plus ou moins mémorables. Mon chouchou de ce collectif ? « Contre tout alibi » de Galandon et Blary, où un vieux couple se déteste si cordialement que… Ah ah, à vous de voir !

Un collectif tout aussi réussi que « Le Crime parfait », en attendant un autre ? Le polar ne manque pas de matière pour d’autres volumes…

 

Ce n’est pas une thématique mais un auteur qui fait le lien des sept histoires composant Miséricorde, chez Dupuis, et cet auteur n’est autre que l’illustre Jean Van Hamme (que je ne vous fait pas l’affront de vous présenter). Ce sont en effet sept de ses nouvelles, écrites entre 1968 et 2008, qui sont adaptées ici, sept textes rappelant que Van Hamme a toujours été cet écrivain imaginatif et inventif, roué à l’art de la chute ou à la création de situations à la tension montante. On est ici plus proche des épisodes angoissants de « SOS Bonheur » que des aventures mouvementées de Largo Winch, et on approche même les frontières du réel avec « Les Bretelles » (dessin Munera), une histoire qui aurait très bien pu être un épisode de la Twilight Zone. Mon chouchou de ce collectif ? « Les dents de l’amour » (dessins Christian Durieux) ou la naïveté dans toute sa cruelle splendeur.

 

 Enfin, ce rapide tour d’horizon se terminera à cheval, sur les traces des gunfighters du wild wild West : celui des Etats-Unis of course ! Gun Men of the west est le troisième collectif western de Grand Angle (Bamboo) après Go West ! Et Indians !, tous les trois sous la houlette et des scénarios de Tiburce Oger. Je n’ai pas lu les deux premiers, mais je vais me rattraper car ce Gun Men est vraiment excellent ! Oger et Hervé Richez se sont penchés sur la figure certainement la plus mythique de la légende western : le hors-la-loi. Une évidence aux yeux de Tiburce Oger, mais avec une autre approche que celle peut-être attendue en la matière : « Je souhaitais montrer des desperados différents de ceux qui sont connus du grand public. Nous évoquons les trajectoires de certaines figures, comme Billy The Kid, mais je me suis essentiellement intéressé aux oubliés de l’Histoire. Je voulais aussi rappeler que l’on pouvait être un hors-la-loi sans être forcément un homme, ni même un humain... » . Allusion ici à l’histoire la plus originale – et dingue ! - de l’album , « La ville qui pendit un éléphant », dessinée par Jef et Nicolas Dumontheuil. Mon chouchou pour ce collectif-là.Avec « Le Conteur » qui ouvre et clôt l’album, en liant toutes  les histoires par la voix d’ un armurier braqué par un jeune homme, à qui il décrit tout le catalogue des revolvers, carabines et autres armes de l’époque. Très bonne idée !

Trois bons albums, donc, qui ont également tous en commun le fait de faire découvrir – ou retrouver – des dessinateurs et dessinatrices, et d’aller voir le reste de leur œuvre. C’est aussi l’intérêt des collectifs ; susciter la curiosité.


L’Alibi – 10 histoires ****

Textes Galandon, Bétancourt, Lambour et Le Roux – Dessins Astier, Guérineau, Manini, Berlion,Robin, Blary, Springer, Beaulieu, Pujol, Froissard et Labiano

Phileas – 112 pages couleurs – 19,90 € - Sortie le 2 novembre 2023

Et édition Canal BD – 23 €

 

Miséricorde – 7 nouvelles ***

Textes Jean Van Hamme - Dessins Bazin, Bertail, De Jongh, Dijef, Durieux, Efa et Munuera

Dupuis – 96 pages couleur – 16,95€ - Sortie le 3 novembre2023


Gun Men of the West – 14 aventures de gunfighters ****

Scénario Tiburce Oger avec la collaboration d’Hervé Richez- Dessins Bertail, Blasco-Martinez, Carloni, Dumontheuil, Gastine, Hérenguel, Hirn, Jef, Labiano, Meynet, Rossi, Toulhoat et Vatine

Grand Angle – 112 pages couleur – 19,90 € - Sortie le 15novembre 2023

Et édition luxe noir et blanc – 120 pages – 29,90 €

samedi 4 novembre 2023

[Trois coups de Bamboo] – L’Elixir de Dieu, l’inspecteur Balto et 13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter (Grand Angle)

 Ou encore : la nonne trafiquante, le flic retraité et l’agent d’assurance viré. Un tiercé gagnant sous un label, Grand Angle, qui a fêté ses 20 cette année et dont les pages noires du catalogue sont de plus en plus fournies. En piste pour la revue express !

Arrivée en tête – ou la première dans l’ordre chronologique – Soeur Holly et ses amies du couvent Saint-Patrick, Massachusetts, qui dans l’Elixir de Dieu, se livrent à des activités que la morale de l’époque réprouve, et que le Très-Haut n’accepte qu’avec une certaine réticence. Suppose-t-on. Car en effet, le vin de messe étant autorisé pour une communion optimum avec le Corps du Christ, y aurait-il un inconvénient majeur à l’améliorer un peu en distillant soit-même un alcool maison du meilleur goût ? Bon, nous sommes en pleine Prohibition, alors les risques sont tout de même un peu là… Mais c’est la seule solution pour les religieuses de sauver leur couvent, étranglé par la Western Union, menacé par les bootleggers locaux, sans oublier que le KKK est en grande forme dans la région…

Le scénario de Gihef est particulièrement réussi et jubilatoire. Comme il le dit lui-même ; « il y a  un chouia de Sister Act, même si j’ai voulu m’en écarter, difficile de ne pas y penser. Et certainement une dose de Breaking Bad ». Certainement pour le côté débutantes dans le métier des bonnes sœurs. Pour le reste, les ingrédients sont savamment distillés, et les personnages vraiment bien campés. Christelle Galland, la dessinatrice, a su donner corps et esprits à toutes ces âmes en peine, et il y a un petit côté féministes déterminées qui se dégage de la Congrégation tout à fait jubilatoire : ces dames ne sont-elles pas en train de damer le pion aux mâles locaux ? Les scènes d’action – excellentes – montrent en tous cas qu’il faudra compter sur elles pour défendre leur dû. Second tome du diptyque à paraître certainement en début d’année 2024. Allumons un cierge pour qu’il arrive vite !

 

Ce qui arrive vite, et d’un coup, c’est la cascade de tuiles sur la tête de Jonathan Lassiter, en ce mois de septembre 1966, dans la riante cité de Keanway, Nebraska. Ce jeune homme agent dans une compagnie d’assurance touche en effet le gros lot dans la même journée : il se fait licencier, sa petite amie lui annonce qu’elle le quitte et il se fait délester son portefeuille, ce dont il se rend compte au moment de payer le double whisky qu’il vient de s’enfiler pour oublier cette journée poisseuse. Mais dans son malheur, il a une sorte d’ange gardien : un étrange quinquagénaire, élégant, raffiné, le sourire narquois et le bon mot aux lèvres. Edward semble se prendre de sympathie pour le désolé et désolant Jonathan, et commence par lui payer sa consommation. Avant de lui proposer de devenir son chauffeur le temps de cette soirée, où Edward semble fêter un anniversaire, mais lequel ? Jonathan n’hésite pas longtemps à suivre ce dandy providentiel, sans se douter que cela va l’entraîner bien plus loin que la nuit, dans une sarabande d’événements qui vont le dépasser un peu, beaucoup… Et cela va durer 13 heures et 17 minutes…

L’oeuvre d’Eric Stalner est dense, riche et passionnante, et fait souvent des haltes du côté du polar (j’ai un faible pour la Liste 66, parue chez Dargaud de 2006 à 2010) et ce one-shot qu’il situe à nouveau aux Etats-Unis en est un de la meilleure facture. Son duo de personnages Edward-Jonathan est assez fascinant, et on se demande jusqu’au bout de quoi va accepter d’aller Jonathan, pris dans un engrenage assez infernal, où il va faire plus d’une rencontre qui vont l’amener à autant de choix, de réactions, de décisions. Car c’est toute la subtilité de son mentor d’un soir : Lassiter a souvent le choix, histoire de rappeler que la vie n’est pas destinée à être subie à chaque instant. Restera-t-il le Jonathan un peu apeuré de la couverture (très réussie elle aussi) ? Réponse dans cet album noctambule et crépusculaire, tout en nuances de gris teinté de rouge vif. Celui du sang qui ne fait qu’un tour dans les veines, ou qui coule quand c’est trop tard… Excellent récit à l’ambiance noire, 13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter vient rappeler au cas où on l’aurait oublié tout le savoir-faire d’Eric Stalner dans le genre. 

 Tenez, une petite vidéo sympa à l'occasion justement des 20 ans de Grand Angle : 



 

Aurélien Ducoudray fait lui aussi partie des scénaristes qu’on ne présente plus et à la biblio polar assez importante et le plus souvent originale (Mort aux vaches et La Faute aux chinois, avec Ravard, Bekame avec Pourquié… et aussi la reprise modernisée et avortée de Bob Morane avec Brunschwig et Armand…) et c’est cette fois avec Damien Geffroy qu’il met en scène un policier forcément particulier : L’inspecteur Balto. Particulier car tout simplement à la retraite, mais toujours au boulot bénévolement… Alors évidemment, comme il n’a plus vingt ans, son affaire en cours se fait plus dans la douceur et la discrétion que dans le déluge de feu et de plomb. Cela vient directement de l’envie de Ducoudray de « dialogues plus que d’action et de répliques « à la Audiard » dans un monde passé devenu désuet qui ne se reconnaît plus aujourd’hui, un monde avec des vieux quoi ! » Alors évidemment, quand Balto se charge de retrouver une disparue qui officie secrètement comme cam-girl, cela fait un peu choc des mondes et des époques. Et c’est bien là l’intérêt principal de cette histoire (un one-shot), de voir évoluer ce flic à l’ancienne dans une société dont les codes lui échappent peu ou prou, mais qui a encore des réflexes et des méthodes à l’ancienne qui peuvent parfois se révéler efficaces. Et puis il y a tout ce passé qui pèse sur Balto, en lien direct avec sa femme, dont on va découvrir petit à petit la place dans sa vie de flic et d’amoureux. Les aller-retours présents-passés fonctionnent très bien et Damien Geffroy a su parfaitement mettre en scène cette partie du scénario, tout comme le reste, où son style est tout à fait adapté aux états d’âmes du vieux flic solitaire, et aux personnages imaginés par son scénariste. Mention spéciale à Brenda, passagère et effcace garde du corps de Balto. Encore un truc qu’il n’aurait pas vu de son temps, tiens ! Espérons le retrouver pour une autre enquête, comme le laisse présager la dernière case de cet album…


L’Elixir de Dieu Tome 1 ****

Scénario Gihef, dessins et couleurs Christelle Galland

Grand Angle – 64 pages couleur – 16,90 € - Sortie le 1er Février 2023


13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter ****

Scénario et dessin Eric Stalner

Grand Angle – 104 pages couleur – 19,90 € - Sortie le 31 mai 2023


Inspecteur Balto ***

Scénario Aurélien Ducoudray, dessins Damien Geffroy et couleurs Mathilde D’Alençon

Grand Angle – 64 pages couleur – 16,90 € - Sortie le 28 juin 2023

lundi 28 août 2023

[Sauvés des eaux] - Ange Leca et Automne en Baie de somme : meurtres à la Belle Epoque chez Bamboo (Grand Angle)

 

Vous connaissez la différence entre une énigme et un mystère ?

- Non…

- Qui a tué cette pauvre femme ? C’est une énigme… Mais pourquoi un corse a-t-il quitté son île pour cette ville sordide ? Ça, c’est un mystère ! »

Cette devinette est posée à Ange Leca, journaliste corse récemment viré de son boulot à la rédaction parisienne du Quotidien, par le détective Goron, alors que tous deux enquêtent sur une énigme aussi mystérieuse que sordide : le corps démembré et décapité d’une jeune femme a été retrouvé dans les eaux de la Seine en crue, en ce mois de janvier 1910 qui restera gravé à jamais dans les mémoires de la capitale.

Leca, impétueux et fougueux, amateur d’absinthe et autres plaisirs, dont ceux de la chair avec la femme de son patron, la sublime Emma, va se plonger dans ce Paris de la Belle Epoque et tenter d’aller au bout d’une affaire qui ressemble tout droit à une impasse. A moins que le flair de son chien Clémenceau, fidèle compagnon, soit plus efficace que le sien et celui de la police ?


Quelques années plus tôt, c’est un autre cadavre découvert à l’Automne en baie de Somme et à bord d’une goélette échouée sur la plage, qui va mobiliser un autre limier parisien, dépêché sur place pour enquêter sur cet assassinat. Il ne faut pas moins qu’un prestigieux inspecteur pour cette affaire, car la victime n’est autre qu’un riche industriel à la tête d’un immense empire… dont hériterait sa veuve ? C’est le coeur de l’affaire qui va conduire les enquêteurs au coeur du Paris de Montmartre et de ses cabarets, un Paris où il y a encore des moulins et des artistes dont la légende est en marche, en particulier Mucha.



Et bien… Je retrouve ce début de chronique au fin fond des entrailles de Bédépolar et je vois que je ne l’avais laissée en sommeil, et pas encore mise en ligne… Alors, je le fais maintenant, car même si ces deux albums Bamboo datent un peu, ils restent à lire pour tout amateur du genre et nous replongent dans le Paris fascinant de la Belle Epoque, chacun à leur manière, mais avec tous deux des femmes, fortes ou fatales, coupables mais le plus souvent victimes, au coeur d’intrigues palpitantes et habilement menées…

Je n’en dis pas plus, si ce n’est qu’on appréciera, dans le premier, le Paris sous les eaux de Graffin, Ropert et Leconte, un événement qui a marqué les esprits , dont Hervé Bourhis avait donné une intéressante interprétation dans Hélas ! (Dupuis) et on admirera dans le second les splendides décors en couleur directe de Chabert, et son extraordinaire sens du détail pour reconstituer ce Paris de 1896. Et comme le scénario de Pelaez est tout aussi prenant… n’hésitez pas à remonter le temps !


Ange Leca ***

Scénario Tom Graffin et Jérôme Ropert, dessins et couleurs Victor Lepointe

Bamboo, 2023 – 72 pages couleurs – Collection Grand Angle

Sortie le 1er mars 2023 – 15,90 €


Automne en baie de somme****

Scénario Philippe Pelaez, dessins et couleurs directes Alexis Chabert

Bamboo, 2022 – 62 pages couleurs – Collection Grand Angle

Sortie le juin 2022 – Sortie le 25 mai 2022 – 15,90 €

 

dimanche 15 mai 2022

[Hollywood] - Movie ghosts 1 – Sunset, et au-delà / Desberg et Futaki (Grand Angle)

 « Hollywood a tenté d’être à la hauteur du sang versé dans tous ses films. Aucune ville n’a jamais autant abrité d’espoirs déçus, de déceptions forcées, de réussites sublimes pour plus encore de déchéances inavouables. Comment croire cela ait pu s’effacer avec le temps. Comment imaginer que personne ne puisse entendre la voix de tous ces movie ghosts ? »

Tels sont les derniers mots de Stephen Desberg dans la post-face à cet album. Et il répond à sa propre question finale par la création du personnage central de ce diptyque, Jerry Fifth, un détective de Los Angeles au talent bien spécial : il peut parler avec les morts. Et tous ces fantômes de l’âge d’or du 7ème art, semblent très décidés à vouloir lui confier une mission. D’abord, il doit retrouver Louise Sandler, une actrice de la MGM, assassinée et disparue il y a des années, en pleine ascension. Retrouver une morte, pour qu’elle puisse regagner le monde des morts en paix. Et à peine a-t-il réussi à mener à bien cette première affaire, qu’une autre starlette se présente à lui : Odette Armstrong, suicidée il y a une soixante d’année. Qui lui pose une question simple dès leur première rencontre : « Pourriez-vous tomber amoureux de moi ? ». La jeune morte est jolie, mais comment étreint-on un fantôme, si tant est qu’on tombe effectivement amoureux  ? Et pourquoi cette question ? Et surtout : pourquoi lui, Jerry Fifth, est-il le destinataire de cette mémoire hollywoodienne que certains voudraient voir préservée dans l’ombre, d’autres révélée ? C’est un des autres mystères de cette histoire assez envoûtante…

Ce scénario imaginé par Desberg est à mon goût l’un de ses plus originaux, et on suit les pas de son enquêteur de l’au-delà avec une certaine fascination, et une vraie curiosité : mais comment cet homme va-t-il se sortir de toutes ces fréquentations fantomatiques ? Assez bien à l’issue de ce premier volume, même s’il ne semble pas toujours comprendre ce qui lui arrive. Il faut dire qu’il évolue dans une ambiance crépusculaire du début à la fin, et que tout l’album est éclairé par des enseignes de commerces aux néons blafards, des ampoules faiblardes de sous-sols d’archives de journaux, des lampadaires fatigués de rues pas très sûres… Tout cela est l’oeuvre du dessinateur hongrois Attila Futaki, qui réussit un Los Angeles parfait pour y faire évoluer des personnages disparus… mais bien présents. Il se dégage une atmosphère toute à la fois puissante et feutrée de ses planches, sa manière à lui de s’emparer de cette histoire de fantômes hollywoodiens. Tout en glissant des hommages à d’autres légendes de notre époque, puisqu’on remarque au détour de cases le Motorhead de feu Lemmy à l’affiche du Rainbow ou plus loin une affiche des Sopranos et de son inoubliable patriarche Tony. Ce premier volume peut se lire seul, mais on attend tout de même avec une grande curiosité le second, pour découvrir comment Jerry va réussir à continuer à vivre au milieu de tout ce monde d’un autre temps… et ce qu’il s’obstine à cacher. 

Et si vous voulez en savoir un peu plus sur Attila Futaki, une petite vidéo sympa

Movie ghosts 1 – Sunset, et au-delà ***

Scénario Stephen Desberg et dessin Attila Futaki

Bamboo (Grand Angle) - 72 pages couleurs – 16,90 € - Sortie le 27 avril 2022



jeudi 8 juillet 2021

|Rétro été] - Dans mon village on mangeait des chats, par Pelaez et Porcel (Bamboo – Grand Angle)

 

Que se passe-t-il quand on est gamin et au courant des petits traficotages du maire de village ? On risque d’y laisser sa peau, surtout quand le maire en question est le boucher local, au propre comme au figuré. Mais quand on est gamin, on peut aussi être un petit dur qui sait encaisser les coups

Et c’est bien le cas du jeune Jacques : voilà un minot qui n’a pas froid aux yeux, et qui ne craint pas non plus les beignes de son père, routier violent et absent. Non seulement il ne les sent pas, les coups, grâce à son analgésie congénitale (« Anagésie congénitale ça s’appelle, même si avec le mot congénitale ça fait un peu taré ») mais il les affronte, pour pouvoir protéger sa petite sœur adoré de ce père indigne. Alors, quand tous les deux découvrent que « Charon la charogne », boucher-maire de la commune capture des chats dans la forêt pour son paté de foie qui s’arrache à prix d’or (parce que la recette est secrète et ancienne…), l’aîné n’hésite pas à venir narguer le commerçant, voire à le menacer. Cela finira mal, pour le boucher, et par ricochet, pour Jacques qui en plus de la mort du boucher, provoque celle de son père. Début d’un séjour en institution, où le destin de Jacques va prendre une autre trajectoire…

Il est assez rare, osons le dire, d’être happé autant par une histoire (en bande dessinée entendons-nous) que par son style, sa langue. Les mots de Philippe Pelaez sonnent vraiment justes dans la bouche de Jacques, et font sa personnalité, gouailleuse et dure à la fois, autant que le trait de Porcel le dessinateur. Ainsi pour décrire la capacité d’adaptation à son environnement du jeune Jacques, voici ses pensées « Mettez-moi avec les esquimaux, et je suis sûr qu’au bout de quelques semaines, je pourrai parler leur langue et chasser le phoque en pissant des glaçons ». Un peu pllus loin, quand Jacques et ses trois potes d’institution se retrouvent dans une entreprise de soudure mais vont commencer à avoir d’autres activités : « Et après avoir soudé, nous avons commencé à dessouder ». Et c’est tout un parcours dans la pègre, qui est décrit, dans un récit un peu à la Henry Hill des Affranchis de Martin Scorcese. Pelaez avoue aimer cette technique du « narrateur homodiégétique , qui est le héros de son propre récit et interpelle le lecteur constamment » … et force est de constater qu’elle fait mouche dans cet album aussi touchant que sombre.

L’intrigue se déroule dans les années 70 et c’est aussi un regard rétrospectif sur les ISES, les Institutions spécialisées d’éducation surveillée, crées dans les années 50 pour des jeunes délinquants jugés inéducables, des établissements basés plus sur le suivi psychologique individuel et que sur la matraque de gardien…

Le passage de Jacques en ISES ne l’empêchera de poursuivre sa trajectoire de futur caïd du Milieu, jusqu’à la chute finale. Rien de nouveau, dans ce fil rouge , mais Dans mon village on mangeait des chats dégage une puissance et une humanité absentes de bien des albums sur les mêmes sujets.

[Chronique précédemment parue chez les excellents amis de la Tête en Noir, dans le numéro 205 pour être précis]

Dans mon village, on mangeait des chats ****

Scénario de Philippe Pelaez et dessin de Porcel - Bamboo (Grand Angle)

56 pages couleurs -16,90 € - Parution juin 2020

lundi 6 février 2017

[Art volcanique] - Le Retour, par Bruno Duhamel (Bamboo - Grand Angle)

Cristobal, l'enfant du pays, l'artiste international revenu trente ans auparavant sur son île natale pour en faire un havre de culture préservé de la rapacité des promoteurs et la protéger du tourisme de masse, trouve la mort dans un accident de voiture.
Une mort qui encombre un peu les autorités du continent, car elle survient peu avant des élections... et que l'autre véhicule, celui qui a vraisemblablement percuté la voiture de la gloire locale, a purement et simplement disparu. Pourtant, l'île n'est pas bien grande, et son caractère inhospitalier - elle est constituée sur les deux-tiers de lave solidifiée - ne pourra guère dissimuler longtemps le véhicule fantôme... Mais qui aurait bien pu en vouloir à cet homme, qui, au service de "son" île, a dépensé sa fortune, apporté son talent et a mis sa réputation mondiale en jeu ? Des ennemis écartés un peu trop brutalement par Cristobal dès son retour ? Des amis, jaloux ou aigris, qui trouvent que l'homme qui a façonné l'île à son image leur fait trop d'ombre ? Jusqu'où l'inspecteur Claudio Ramirez, envoyé sur place pour éclaircir le mystère de cette mort peut-être pas si accidentelle, va-t-il devoir creuser ? Il ne le sait pas lui-même lorsqu'il arrive sur les lieux, où le moindre espace est transformé en véritable oeuvre d'art...

"Le Retour" - premier album solo de Bruno Duhamel (dessinateur, côté polar, de la pittoresque série "Harlem" mettant en scène Mose et Lennox, deux bras-cassés un brin losers...) est original à plus d'un titre. D'abord par le choix du sujet, ambitieux : le pouvoir de l'Art face à la marchandisation à outrance, en l'occurrence, face à la prolifération bétonnière des endroits sauvages, à seule fin de gagner du fric. Cette lutte est personnalisée via Cristobal, gloire internationale, colosse irascible, sûr de son Art, qui va tout mettre en oeuvre pour contrecarrer les rêves de tourisme de masse de la municipalité. Dont le maire n'est autre qu'une vieille connaissance de l'artiste : petit, Gaspard jetait à la figure de Cristobal que celui-ci ne savait que peindre des trucs moches... Et le principal "truc moche" en question, et qui fascine le gamin, n'est autre que "Le Dragon", ce volcan en sommeil qui domine toute l'île de son ombre menaçante. Duhamel réussit parfaitement à faire passer cette fascination exercée par la nature, hostile, sur Cristobal, et sa façon d'essayer de la dompter, à travers ses créations. Tout comme il met parfaitement en scène tous les protagonistes de son histoire, qu'on découvre petit à petit, à travers une construction habile, par flashbacks, après avoir démarré sur le point mystérieux de l'album : la mort de Cristobal. 
Le cadeau qui va tout déclencher...
 "Le retour" est de ce fait très bien rythmé, et le choix d'avoir "inversé" les couleurs, en optant pour la quadrichromie pour le passé, et la bichromie (aux tons variables) pour le présent est judicieux. Il donne ainsi à voir les oeuvres monumentales disséminées partout sur l'île de manière plus spectaculaire et de mieux mesurer l'ambition folle de Cristobal, sur cette terre peu accueillante, fut elle natale...
Bruno Duhamel ne cache pas, dans une introduction à l'album, s'être inspiré du parcours de l'artiste Cesare Manrique sur l'île de Lanzarote (aux Canaries) pour imaginer son histoire. Mais, au-delà de ce point de départ - un rêve d'artiste, pas loin d'être utopique - Duhamel aborde bien d'autres choses, dont les rapports humains (père-fils, mari-femme, artiste(s)-artiste(s), artiste-politique...) ne sont pas les moindres. Et comme c'est traité avec finesse, et, qu'en guise de cerise sur le gâteau, le suspense est ménagé jusqu'au bout, il n'est pas besoin de chercher bien loin : voici un des premières grandes réussites de cette année.

Le Retour ****
Texte et dessin Bruno Duhamel
Grand Angle, 2017 - 96 pages couleur et bichromie - 18,90 €


samedi 16 avril 2011

[Chronique] - Dans mes veines : les dessous de la mode

Un matin de juin, à Paris. Barbara se réveille, avec la gueule de bois. Elle ne se souvient plus trop de la veille, mais elle sait bien qu'elle s'est endormie devant sa télé, seule. Le problème, c'est qu'elle découvre dans sa cuisine le cadavre d'une belle blonde, gisant dans une mare de sang. Et la belle blonde n'est pas une inconnue pour Barbara : c'est Jill Savil, mannequin au firmament de la profession et des médias, il y a encore deux ans... Une époque dorée pour Barbara : Jill était sa petite amie, et elle-même était encore flic. Une relation hors-norme que la hiérarchie de « Barbie » a vite fait d'exploiter en lui faisant infiltrer un milieu où, si les nuits sont blanches, c'est souvent que la cocaïne n'est pas loin. Mais tout cela est du passé : Barbara n'est plus flic depuis longtemps. L'arrivée impromptue de son ex en poupée morte devant son frigo lui fait retrouver d'anciens réflexes : Barbara va désormais tout faire pour savoir qui lui renvoie son passé à la figure. Et pourquoi...Damien Marie est un scénariste qui n'a pas peur de sortir des sentiers battus, et ceux qu'il arpente sont généralement assez sombres, comme en témoigne son très faulknerien « Welcome to Hope » (dessiné par Wanders). Dans cette nouvelle série, pas d'Amérique profonde peuplée par des âmes tordues, mais une immersion dans le clinquant des défilés de mode... tout aussi sordides côté backrooms que certaines granges du Kansas.
« Dans mes veines » met en scène deux femmes aux personnalités fortes, en s'attardant bien entendu sur Barbara, femme-flic à la dérive depuis la fin de son histoire avec Jill la top model. Sur un scénario construit par allers-retours constants entre cette histoire passée de l'héroïne, et la quête de la vérité sur l'assassinat de son ex, Sébastien Goethals réussit à alterner scènes d'action et plongées au coeur de la nuit. Ce premier tome, raconté à la première personne, est rythmé, et on s'attache réellement à Barbara, à ce qui lui arrive, et à ses efforts pour découvrir la vérité. A noter une couverture très réussie, qui réunit tous les ingrédients de l'histoire tout en demeurant assez mystérieuse. Le dénouement au prochain tome.

Dans mes veines, tome 1
Scénario Damien Marie – Dessin et couleurs Sébastien Goethals
Bamboo, 2011 – 48 p. couleur - Collection Grand Angle – 13,50 €

dimanche 18 avril 2010

Le Chineur 1 - Tu es poussière (2010)

Gabin Kashenko est brocanteur, et écume la France profonde à la recherche de la pièce rare oubliée dans une grange ou un grenier. Ses pérégrinations le conduisent en Charente, à Dain sur Souzon, où il tente de convaincre les habitants de se séparer de vieilles choses inutiles, à quelques jours de la grande brocante de la région. Technique éprouvée, plus ou moins efficace, mais comme l'homme est plutôt avenant, les portes s'ouvrent sans trop de difficultés. Mais elles donnent parfois sur des objets qui gardent la mémoire d'histoires familiales intimes et souvent secrètes. Le Chineur va vite s'en rendre compte en récupérant un étrange cahier écrit de la main d'un enfant mort quinze auparavant.

Xavier Bétaucourt, nouveau venu parmi les scénaristes – et dont l'arrivée est saluée par Alain Dodier en personne dans une courte préface – a choisi le monde la « chine » pour sa première histoire. Il est vrai qu'il y a matière, entre les objets eux-mêmes, qui pourraient être à eux seuls sources d'intrigues les plus originales, et les personnages gravitant autour, acheteurs et vendeurs.
Quiconque a fréquenté la moindre braderie retrouvera en Kashenko le brocanteur pro tel qu'il existe dans la réalité, avec ses petites manies, son vocabulaire, et ses techniques d'approche du poisson à ferrer. Ce chineur-là est d'ailleurs assez sympathique, ce qui n'est pas le cas de tous ses concurrents comme il le dit lui même à propos d'un confrère qui arrive juste après lui au village, dont il réprouve les méthodes qui font du tort à la profession.
Et le mystère dans tout cela ? Déjà présent en filigrane dans les premières prospections de Kashenko, où le comportement de certains autochtones est pour le moins étrange, il s'épaissit avec la découverte du cahier. Mais il ne devient important que dans le dernier quart de l'album, qui s'accélère sur la fin. Bétaucourt a en fait pris le temps d'exposer situation et personnages, ce qui évidemment nous mène tout droit à une histoire en deux volumes. Didier Pagot, qui avait oeuvré entre autres sur le premier et le dernier tomes de la série « Pandora box » chez Dupuis, réussit à trouver les images justes pour cette nouvelle série. A suivre, donc.


Le Chineur, tome 1 – Tu es poussière
Scénario Xavier Bétaucourt et dessin Didier Pagot
Bamboo, 2010. - 48 p. coul. - Collection Grand Angle
12,90 €

dimanche 4 avril 2010

Mars 2010 : 19 nouveautés et rééditions


Chaque début de mois vous trouverez la liste la plus exhaustive possible des sorties polar, tous genres confondus, (R)ééditions comprises. En attendant de retrouver mes chroniques pour certains de ces titres, vous pouvez toujours aller faire un tour sur les sites des éditeurs pour plus de détails sur ces albums. En bas de liste, un clic sur "sorties du mois" permettra de retrouver l'ensemble des messages sur les sorties mensuelles.

Rendez vous début mai pour les sorties d'avril !

AKILEOS
Clues 2 : Dans l'ombre de l'ennemi - (Mara) - 14 €

BAMBOO
Sienna 2 - (Chetville, Desberg et Fillmore) - 10,40 €

LA BOITE A BULLES
Braquage et bras cassés - (Van Linthout et Fisher) - 17 €

CASTERMAN
Dolor – (Catel et Paringaux) – 17 €
Happy slapping - (Peyraud et Villard) - 17 €

DARGAUD
Naja 4 - (Bengal et Morvan et Savoia) – 13,50 €
Narvalo 2 - Mysteriosa Banks - (Juszezak et Yann) - 10,95 €
Chambre obscure - (Bonin) - 13,50 €
Parker 1 : Le chasseur - (Cooke et Stark) - 19 €
Paulette Comète, justicière à plein temps - (Rossi et Sapin) - 10,95 €

DELCOURT
Vents contraires 1 : Moisson rouge - (Hautière et Ullcer) - 14,95 €
Black kiss (Chaykin) - 14,95 €
Le Casse 2 : Le troisième jour - (Guérineau et Meunier) - 14,95 €



DUPUIS

(R) - Largo Winch, dyptique 3 - (Francq et Van Hamme) - 23 €

EP
(R) - Amérikkka, vol 1. - (Otero et Martin) - 29,90 €
3 instincts (Parra) - 14,95 €

LOMBARD
Alpha première armes 1 : Baptêmes du feu - (Herzet et Loutte) - 10,95 €

QUADRANTS
Aspic, détectives de l'étrange 1 : La Naine aux ectoplasmes (Gloris et Lamontagne) - 14,30 €

SARBACANE
Travelling Square District - (Shaw) - 23 €

dimanche 28 février 2010

Février 2010 : 23 nouveautés et rééditions


Chaque début de mois vous trouverez la liste la plus exhaustive possible des sorties polar, tous genres confondus, (R)ééditions comprises. En attendant de retrouver mes chroniques pour certains de ces titres, vous pouvez toujours aller faire un tour sur les sites des éditeurs pour plus de détails sur ces albums.
En bas de liste, un clic sur "sorties du mois" permettra de retrouver l'ensemble des messages sur les sorties mensuelles. Rendez vous début avril pour les sorties de mars.

BAMBOO
La Main du singe 2 - (Laumaillé) – 12,90 €

DARGAUD
Al' Togo 5 : Cissie M'Natogo - (Morvan et Savoia) – 10,95 €

DELCOURT
La Madone de Pellini 1 : Lamb House - (Riviere et Federici) - 12,90 €

DES RONDS DANS L'O
Tueuse – (May) – 15,50 €

DUPUIS
Jour de grâce – (Jakupi et N'Guessan) – 14,50 €
(R) – Jessica Blandy (Intégrale 1) – Renaud et Dufaux – 19 € (Petit format)
(R) – Jerome K. Jerome Bloche (Intégrale 1) – Dodier, Le Tendre et Makyo – 19 € (Petit format)
(R) – Le Choucas (Intégrale 1) – Lax – 18 € (Petit format)
(R) – Ethan Ringler (Intégrale) – Filippi et Mezzomo – 19 € (Petit format)

EP
Agatha Christie 19 - La Maison du péril - (Quella-Guyot et Jollet) - 11 €

GLENAT
Le Narval 1 : L'Homme de fond - (Supiot et Beuzelin) – 9,90 €
Havank 2 : L'Ombre perd pied - (Danier) – 9,40 €
H.H. Holmes 2 : White city – (Fabuel et Le Hénanff) – 13 €
(R) – De silence et de sang : intégrale 2 – (Corteggiani et Mitton) – 15 €

LOMBARD
Rubine 12 : le lac Wakanala – (Mythic et Di Sano) – 9,45 €
All watcher 2 : La Nébuleuse Roxana – (Desberg et Koller) – 10,40 €
Les Carnets de Darwin 1 : l'oeil des Celtes – (Runberg et Ocana) – 13,50 €

MILADY
Grandville – (Talbot) – 15,90 €

MOSQUITO
Di Cazzo contre les maîtres du monde - (Coutelis et Fioretto) - 13 €

PANINI comics
The loosers 1 – La Main du mort (Digle et Jock) – 29 €

SOLEIL
Sherlock Holmes et les vampires de Londres 1 - (Cordurié et Laci) - 13,50 €
Leo Loden 19 – Speculoos à la plancha
- (Arleston et Carrere) - 9,95 €
Le Saigneur de Tiffauges – (Corbeyran et Horne) – 12,90 €