Chroniques et infos sur la bande dessinée noire et policière par Fred PRILLEUX
Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs. Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs. Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog. Bonne balade dans le noir !
Paris
1897. Qui peut bien en vouloir à Georges Méliès, ancien
prestidigitateur, et converti depuis quelques temps au
cinématographe : son tout nouvel atelier où il réalise des
films pour cette nouvelle attraction qui attire les curiosités, a
été par deux fois l’objet de tentatives de destruction ? Et
pourquoi un respectable avocat du barreau de Paris est-il tombé, en
pleine nuit, d’un balcon du deuxième étage du muséum d’histoire
naturelle ? Le commissaire Gayot envoie ses deux inspecteurs
Jules Tissot et Amaury Broyan enquêter sur ces deux affaires, qui
vont vite révéler leur point commun possible : l’incendie
mortel du Bazar de la Charité, trois semaines plus tôt. Alors que
Tissot suit la piste Méliès, Broyan se charge du muséum, où il
fait la connaissance de la belle Blanche Dambreville, entomologiste
des lieux. Les insectes n’ont pas de secret pour elle, un savoir
qui pourrait être bien utile pour éclairer le policier : le
voici confronté à une autre mort mystérieuse, celle d’un
banquier qui s’est mortellement jeté hors d’un fiacre, se
sentant assailli d’une multitude d’araignées… Un banquier, qui
comme l’avocat du muséum, était présent lors de l’incendie
mortel du Bazar.
On
retrouve dans cette troisième saison (après Automne en Baie de
Somme et Hiver à l’Opéra), l’inspecteur Broyan, qui,
réfugié dans les délices piégeux de l’opium pour tenter
d’atténuer la douleur de la mort de sa fille, enquête comme il
peut sur cette affaire mystérieuse. « Vous êtes un homme
étrange, inspecteur, étrange et inquiétant, car tout en vous
respire le pessimisme », lui fait d’ailleurs remarquer
Blanche Dambreville. Cette veuve magnétique aux cheveux blancs ne
semble pas insensible à sa douleur intérieure, mais jusqu’où
pourra-t-elle lui apporter du réconfort ?
C’est ce que le lecteur romantique peut se demander, sans oublier qu’il lit
récit d’enquête : et là, le scénario de Philippe Pelaez
est tout aussi habile que les deux précédents, et mêle histoire
intime et récit policier au coeur de la « grande »
Histoire. L’incendie mortel du Bazar de la Charité a marqué
durablement son temps, et sert de fil rouge à ce troisième tome, où
il est aussi question, un peu des débuts du cinéma, et d’Art
Nouveau. Ce dernier aspect visuel fait d’ailleurs tout le charme et
l’esthétique de la série qui depuis le début, est l’occasion
d’admirer le magnifique travail d’Alexis Chabert, auteur
de somptueuses planches en couleurs directes. Dans la postface à cet
album, le dessinateur confie le challenge auquel il a été confronté
dans cet album : dessiner des arachnides en gros plan. Epreuve
réussie haut la main ! Ajoutez-y les références artistiques
distillées au fil des pages, et parfaitement intégrées au récit,
et vous obtenez un Printemps des plus doux, même si ce qui s’y
passe est terrible. Une autre saison splendide, comme les deux
autres… Vivement l’été !
Printemps
à la Charité***
Scénario
Philippe Pelaez et dessin et couleurs Alexis Chabert -
Bamboo (Grand Angle)
72
pages couleurs -17,90 € - Parution 25 février 2026
Bon, d'accord, je plaide coupable pour le titre en forme de jeux de mots laid mais n'emp^che : depuis
une petite dizaine d’années, son nom revient régulièrement sur
nombre de couvertures d’albums, dont une bonne poignée de polars :
Philippe Pelaezfait désormais partie de ces orfèvres du
scénario dont la moindre nouveauté mérite qu’on s’y arrête.
Retour sur deux sorties récentes : Hiver à l’opéra
(Bamboo – Grand Angle) avecAlexis Chabert et Quelque chose de froid (Glénat) avecHugues Labiano.
Deuxième
opus d’un cycle qui embrassera les quatre saisons, Hiver à
l’opéra reprend là où Automne en Baie de Somme s’était
arrêté : à la fin du XIXème, l’inspecteur Broyan, après
une affaire politico-industrielle où il a fait tomber quelques têtes
dont certaines haut placées, se retrouve près du licenciement. Et
le voici, en cette année 1897, à l’Opéra Garnier, où débute
une nouvelle affaire qui va émouvoir les foules, qui plus est en
direct : un colonel chargé de la sécurité du Président de la
République en personne est spectaculairement jeté en pâture au
spectateurs, là pour La Damnation de Faust. C’est une autre
damnation, et d’autres ombres de son passé auxquelles va être
confronté Broyan, qui se lance dans l’enquête malgré sa
radiation : qui peut bien être cette mystérieuse tueuse capée
de rouge et masquée de blanc qu’il était à deux doigts
d’arrêter ? Le scénario de Pelaez à la lisière du
fantastique – hommage direct et assumé à Gaston Leroux – est
une nouvelle fois magnifiquement mis en image par Alexis Chabert,
qui restitue à merveille un Paris en plein Art Nouveau. Ses couleurs
directes, au pastel ou à l’aquarelle, et ses décors fascinants
(mention spéciale aux sous-sol labyrinthiques de l’Oéra-Garnier!)
participent complètement à l’immersion totale dans l’univers
créé par son scénariste. Il reste deux saisons à découvrir,
alors vivement le Printemps !
Quelque
chose de froid est l’album inaugural d’une trilogie
baptisée Trois touches de Noir. Et l’entrée en matière
donne tout à fait le ton… Nous sommes cette fois en 1936 dans
l’Ohio, à Cleveland pour être précis où un dénommé Hedgeway,
malfrat de son état, est de retour, mais… pour quoi faire ?
C’est ce que se demande la police locale, qui décide de le tenir à
l’oeil, en attendant de réussir à le faire parler sur des
affaires passées : Hedgeway était visiblement bien vu par le
parrain local avant de le trahir en emportant bijoux et livres de
comptes… Et c’est dans un hôtel où les pensionnaires auraient
pu figurer au générique du Freaks de Tod Browning
qu’atterrit l’homme de main. Ce camp de base et ses inquiétants
locataires est parfait pour la vengeance ourdie par Hedgeway :
il lui reste à attendre la suite des événements, qui ne tarderont
pas à se précipiter…
C’est
cette fois avec Hugues Labiano que Philippe Pelaez s’est
associé pour ce qui est un véritable hommage au film noir des
années 40-50. Et c’est graphiquement aussi réussi que dans le
cycle évoqué plus haut… mais avec une ambiance nettement plus
sombre ! Composé en bichromie où dominent le bleu-gris,et où
les scènes nocturnes sont éclairées à la lune ou au néon, c’est
une plongée au coeur d’une Amérique profonde et poisseuse que
nous convient les auteurs. Et qui n’hésitent pas à convoquer la
figure mythique d’Elliot Ness le temps de quelques scènes, et
surtout de situer leur histoire au moment où la ville est en proie à
la psychose du « tueur aux torses » (oui le « Torso »
du comics de Brian Michael Bendis). Au-delà de cet aspect
historique, c’est aussi tout le côté psychologique qui fait
mouche dans le récit de Pelaez : son « héros » ne
s’approche-t-il pas dangereusement du côté sombre de l’âme
humaine au fur et à mesure que sa vengeance s’accomplit ? Une
des nombreuses questions posées par cet album splendide, agrémenté
d’un passionnant dossier sur le film noir en fin d’album, par
Pelaez lui-même.
Là
encore, on attendant la deuxième des Trois touches
de Noir avec une impatience certaine !
Et pour connaître en savoir un peu plus sur ce scénariste, rendez-vous cet été dans les pages du prochain numéro de larevue 813 (le n°149) pour un entretien avec Philippe Pelaez...
(PS : pour cellezetceusses qui croient déjà avoir déjà lu cet article, c'est normal : il est passé dans le numéro 228 de la Tête en Noir. Je suis un bloggueur éco-responsable : je recycle)
Hiver
à l’opéra ****
Scénario
Philippe Pelaez et dessin et couleurs Alexis Chabert -
Bamboo (Grand Angle)
72
pages couleurs -16,90 € - Parution octobre 2023
Trois
touches de Noir - Quelque chose de froid ****
Scénario
Philippe Pelaez,dessin Hugues Labiano, couleurs Jérôme
Maffre – Glénat
64
pages bichromie -15,50 € - Parution 6 mars 2024
Hasard
des calendriers éditoriaux, trois collectifs regroupant la
fine-fleur des scénaristes et dessinateurs et trices sont sortis en ce mois de
novembre. Polar, Noir et Western : chacun y trouvera son genre
préféré...
Je
vous avais déjà tout le bien que je pensais du précédent
collectif « Le Crime parfait », paru
l’année dernière chez Phileas, à la même époque. L’éditeur
récidive avec cette fois un autre thème, celui del’alibi :
cela donne dix histoires au coeur desquelles innocents comme
coupables tentent de s’en tirer en invoquant toutes les raisons
possibles et imaginables pour convaincre qu’ils n’y sont
absolument pour rien dans l’affaire dans laquelle ils sont
empêtrés… Et cela marche ? Pas sûr… A vous de voir ce que
les auteurs de ce nouvel opus ont imaginé pour leurs personnages. Ce
qui est certain c’est que vous allez vous retrouver plongé dans
différentes époques, et que vous croiserez le KKK, une agence un
peu spéciale, un clown, des jumeaux, un voisin trop bruyant et toute
une galerie de personnages plus ou moins mémorables. Mon chouchou de
ce collectif ? « Contre tout alibi » de Galandon et
Blary, où un vieux couple se déteste si cordialement que… Ah ah,
à vous de voir !
Un
collectif tout aussi réussi que « Le Crime parfait », en
attendant un autre ? Le polar ne manque pas de matière pour
d’autres volumes…
Ce
n’est pas une thématique mais un auteur qui fait le lien des sept
histoires composant Miséricorde, chez Dupuis, et cet auteur
n’est autre que l’illustreJean Van Hamme(que je ne vous
fait pas l’affront de vous présenter). Ce sont en effet sept de
ses nouvelles, écrites entre 1968 et 2008, qui sont adaptées ici,
sept textes rappelant que Van Hamme a toujours été cet écrivain
imaginatif et inventif, roué à l’art de la chute ou à la
création de situations à la tension montante. On est ici plus
proche des épisodes angoissants de « SOS Bonheur » que
des aventures mouvementées de Largo Winch, et on approche même les
frontières du réel avec « Les Bretelles »
(dessin Munera), une histoire qui aurait très bien pu être un
épisode de la Twilight Zone. Mon chouchou de ce collectif ?
« Les dents de l’amour » (dessins Christian
Durieux) ou la naïveté dans toute sa cruelle splendeur.
Enfin,
ce rapide tour d’horizon se terminera à cheval, sur les traces des
gunfighters du wild wild West : celui des Etats-Unis of course !Gun Men of the westest le troisième collectif western de
Grand Angle (Bamboo) après Go West! Et Indians !, tous
les trois sous la houlette et des scénarios de Tiburce Oger. Je n’ai
pas lu les deux premiers, mais je vais me rattraper car ce Gun Men
est vraiment excellent ! Oger et Hervé Richez se sont penchés
sur la figure certainement la plus mythique de la légende
western : le hors-la-loi. Une évidence aux yeux de Tiburce
Oger, mais avec une autre approche que celle peut-être attendue en
la matière : «Je souhaitais montrer des
desperados différents de ceux qui sont connus du grand public. Nous
évoquons les trajectoires de certaines figures, comme Billy The Kid,
mais je me suis essentiellement intéressé aux oubliés de
l’Histoire. Je voulais aussi rappeler que l’on pouvait être un
hors-la-loi sans être forcément un homme, ni même un humain... »
. Allusion ici à l’histoire la plus originale – et dingue !
- de l’album , « La ville qui pendit un éléphant »,
dessinée par Jef et Nicolas Dumontheuil. Mon chouchou pour ce
collectif-là.Avec « Le Conteur » qui ouvre et clôt
l’album, en liant toutes les histoires par la voix d’ un
armurier braqué par un jeune homme, à qui il décrit tout le
catalogue des revolvers, carabines et autres armes de l’époque.
Très bonne idée !
Trois
bons albums, donc, qui ont également tous en commun le fait de faire
découvrir – ou retrouver – des dessinateurs et dessinatrices, et
d’aller voir le reste de leur œuvre. C’est aussi l’intérêt
des collectifs ; susciter la curiosité.
L’Alibi
– 10 histoires ****
Textes
Galandon, Bétancourt, Lambour et Le Roux – Dessins Astier,
Guérineau, Manini, Berlion,Robin, Blary, Springer, Beaulieu, Pujol,
Froissard et Labiano
Phileas
– 112 pages couleurs – 19,90 € - Sortie le 2 novembre
2023
Et
édition Canal BD – 23 €
Miséricorde
– 7 nouvelles ***
Textes
Jean Van Hamme - Dessins Bazin, Bertail, De Jongh, Dijef, Durieux,
Efa et Munuera
Ou
encore : la nonne trafiquante, le flic retraité et l’agent
d’assurance viré. Un tiercé gagnant sous un label, Grand Angle,
qui a fêté ses 20 cette année et dont les pages noires du
catalogue sont de plus en plus fournies. En piste pour la revue
express !
Arrivée
en tête – ou la première dans l’ordre chronologique – Soeur
Holly et ses amies du couvent Saint-Patrick, Massachusetts, qui dans
l’Elixir de Dieu, se livrent à des activités que la morale
de l’époque réprouve, et que le Très-Haut n’accepte qu’avec
une certaine réticence. Suppose-t-on. Car en effet, le vin de messe
étant autorisé pour une communion optimum avec le Corps du Christ,
y aurait-il un inconvénient majeur à l’améliorer un peu en
distillant soit-même un alcool maison du meilleur goût ? Bon,
nous sommes en pleine Prohibition, alors les risques sont tout de
même un peu là… Mais c’est la seule solution pour les
religieuses de sauver leur couvent, étranglé par la Western Union,
menacé par les bootleggers locaux, sans oublier que le KKK est en
grande forme dans la région…
Le
scénario deGihefest particulièrement réussi et
jubilatoire. Comme il le dit lui-même ; « il y a un
chouia de Sister Act, même si j’ai voulu m’en écarter,
difficile de ne pas y penser. Et certainement une dose de Breaking
Bad ». Certainement pour le côté débutantes dans le métier
des bonnes sœurs. Pour le reste, les ingrédients sont savamment
distillés, et les personnages vraiment bien campés.Christelle
Galland, la dessinatrice, a su donner corps et esprits à toutes
ces âmes en peine, et il y a un petit côté féministes déterminées
qui se dégage de la Congrégation tout à fait jubilatoire :
ces dames ne sont-elles pas en train de damer le pion aux mâles
locaux ? Les scènes d’action – excellentes – montrent en
tous cas qu’il faudra compter sur elles pour défendre leur dû.
Second tome du diptyque à paraître certainement en début d’année
2024. Allumons un cierge pour qu’il arrive vite !
Ce
qui arrive vite, et d’un coup, c’est la cascade de tuiles sur la
tête de Jonathan Lassiter, en ce mois de septembre 1966, dans la
riante cité de Keanway, Nebraska. Ce jeune homme agent dans une
compagnie d’assurance touche en effet le gros lot dans la même
journée : il se fait licencier, sa petite amie lui annonce
qu’elle le quitte et il se fait délester son portefeuille, ce dont
il se rend compte au moment de payer le double whisky qu’il vient
de s’enfiler pour oublier cette journée poisseuse. Mais dans son
malheur, il a une sorte d’ange gardien : un étrange
quinquagénaire, élégant, raffiné, le sourire narquois et le bon
mot aux lèvres. Edward semble se prendre de sympathie pour le désolé
et désolant Jonathan, et commence par lui payer sa consommation.
Avant de lui proposer de devenir son chauffeur le temps de cette
soirée, où Edward semble fêter un anniversaire, mais lequel ?
Jonathan n’hésite pas longtemps à suivre ce dandy providentiel,
sans se douter que cela va l’entraîner bien plus loin que la nuit,
dans une sarabande d’événements qui vont le dépasser un peu,
beaucoup… Et cela va durer 13 heures et 17 minutes…
L’oeuvre
d’Eric Stalner est dense, riche et passionnante, et fait
souvent des haltes du côté du polar (j’ai un faible pour la Liste
66, parue chez Dargaud de 2006 à 2010) et ce one-shot qu’il situe
à nouveau aux Etats-Unis en est un de la meilleure facture. Son duo
de personnages Edward-Jonathan est assez fascinant, et on se demande
jusqu’au bout de quoi va accepter d’aller Jonathan, pris dans un
engrenage assez infernal, où il va faire plus d’une rencontre qui
vont l’amener à autant de choix, de réactions, de décisions. Car
c’est toute la subtilité de son mentor d’un soir : Lassiter
a souvent le choix, histoire de rappeler que la vie n’est pas
destinée à être subie à chaque instant. Restera-t-il le Jonathan
un peu apeuré de la couverture (très réussie elle aussi) ?
Réponse dans cet album noctambule et crépusculaire, tout en nuances
de gris teinté de rouge vif. Celui du sang qui ne fait qu’un tour
dans les veines, ou qui coule quand c’est trop tard… Excellent
récit à l’ambiance noire, 13h17 dans la vie de Jonathan
Lassiter vient rappeler au cas où on l’aurait oublié tout le
savoir-faire d’Eric Stalner dans le genre.
Tenez, une petite vidéo sympa à l'occasion justement des 20 ans de Grand Angle :
Aurélien
Ducoudray fait lui aussi partie des scénaristes qu’on ne présente
plus et à la biblio polar assez importante et le plus souvent
originale (Mort aux vaches et La Faute aux chinois,
avec Ravard,Bekameavec Pourquié… et aussi la reprise
modernisée et avortée de Bob Morane avec Brunschwig et
Armand…) et c’est cette fois avec Damien Geffroy qu’il met en
scène un policier forcément particulier : L’inspecteur
Balto. Particulier car tout
simplement à la retraite, mais toujours au boulot bénévolement…
Alors évidemment, comme il n’a plus vingt ans, son affaire en
cours se fait plus dans la douceur et la discrétion que dans le
déluge de feu et de plomb. Cela vient directement de l’envie de
Ducoudray de « dialogues plus que d’action et de répliques
« à la Audiard »
dans un monde passé
devenu désuet qui ne se reconnaît plus aujourd’hui, un monde avec
des vieux quoi ! »
Alors évidemment, quand Balto se charge de retrouver une disparue
qui officie secrètement comme cam-girl, cela fait un peu choc des
mondes et des époques. Et c’est bien là l’intérêt principal
de cette histoire (un one-shot), de voir évoluer ce flic à
l’ancienne dans une société dont les codes lui échappent peu ou
prou, mais qui a encore des réflexes et des méthodes à l’ancienne
qui peuvent parfois se révéler efficaces. Et puis il y a tout ce
passé qui pèse sur Balto, en lien direct avec sa femme, dont on va
découvrir petit à petit la place dans sa vie de flic et d’amoureux.
Les aller-retours présents-passés fonctionnent très bien et Damien
Geffroya su parfaitement
mettre en scène cette partie du scénario, tout comme le reste, où
son style est tout à fait adapté aux états d’âmes du vieux flic
solitaire, et aux personnages imaginés par son scénariste. Mention
spéciale à Brenda, passagère et effcace garde du corps de Balto.
Encore un truc qu’il n’aurait pas vu de son temps, tiens !
Espérons le retrouver pour une autre enquête, comme
le laisse présager la dernière case de cet album…
L’Elixir
de Dieu Tome 1 ****
Scénario
Gihef, dessins et couleurs Christelle Galland
Grand
Angle – 64 pages couleur – 16,90 € - Sortie le 1er
Février 2023
13h17
dans la vie de Jonathan Lassiter ****
Scénario
et dessin Eric Stalner
Grand
Angle – 104 pages couleur – 19,90 € - Sortie le 31 mai 2023
Inspecteur
Balto ***
Scénario
Aurélien Ducoudray, dessins Damien Geffroy et couleurs Mathilde
D’Alençon
Grand
Angle – 64 pages couleur – 16,90 € - Sortie le 28 juin
2023
Vous
connaissez la différence entre une énigme et un mystère ?
-
Non…
-
Qui a tué cette pauvre femme ? C’est une énigme… Mais
pourquoi un corse a-t-il quitté son île pour cette ville sordide ?
Ça, c’est un mystère ! »
Cette
devinette est posée àAnge Leca, journaliste corse récemment
viré de son boulot à la rédaction parisienne du Quotidien, par le
détective Goron, alors que tous deux enquêtent sur une énigme
aussi mystérieuse que sordide : le corps démembré et décapité
d’une jeune femme a été retrouvé dans les eaux de la Seine en
crue, en ce mois de janvier 1910 qui restera gravé à jamais dans
les mémoires de la capitale.
Leca,
impétueux et fougueux, amateur d’absinthe et autres plaisirs, dont
ceux de la chair avec la femme de son patron, la sublime Emma, va se
plonger dans ce Paris de la Belle Epoque et tenter d’aller au bout
d’une affaire qui ressemble tout droit à une impasse. A moins que
le flair de son chien Clémenceau, fidèle compagnon, soit plus
efficace que le sien et celui de la police ?
Quelques
années plus tôt, c’est un autre cadavre découvert à l’Automne
en baie de Sommeet à bord d’une goélette échouée sur la
plage, qui va mobiliser un autre limier parisien, dépêché sur
place pour enquêter sur cet assassinat. Il ne faut pas moins qu’un
prestigieux inspecteur pour cette affaire, car la victime n’est
autre qu’un riche industriel à la tête d’un immense empire…
dont hériterait sa veuve ? C’est le coeur de l’affaire qui
va conduire les enquêteurs au coeur du Paris de Montmartre et de ses
cabarets, un Paris où il y a encore des moulins et des artistes dont
la légende est en marche, en particulier Mucha.
Et
bien… Je retrouve ce début de chronique au fin fond des entrailles
de Bédépolar et je vois que je ne l’avais laissée en sommeil, et
pas encore mise en ligne… Alors, je le fais maintenant, car même
si ces deux albums Bamboo datent un peu, ils restent à lire pour tout
amateur du genre et nous replongent dans le Paris fascinant de la
Belle Epoque, chacun à leur manière, mais avec tous deux des
femmes, fortes ou fatales, coupables mais le plus souvent victimes,
au coeur d’intrigues palpitantes et habilement menées…
Je
n’en dis pas plus, si ce n’est qu’on appréciera, dans le
premier, le Paris sous les eaux de Graffin, Ropert et Leconte,
un événement qui a marqué les esprits , dont Hervé Bourhis avait
donné une intéressante interprétation dans Hélas !(Dupuis) et on admirera dans le second les splendides décors en
couleur directe de Chabert, et son extraordinaire sens du
détail pour reconstituer ce Paris de 1896. Et comme le scénario de
Pelaez est tout aussi prenant… n’hésitez pas à remonter le
temps !
Ange
Leca ***
Scénario
Tom Graffin et Jérôme Ropert, dessins et couleurs Victor Lepointe
Bamboo,
2023 – 72 pages couleurs – Collection Grand Angle
Sortie
le 1er mars 2023 – 15,90 €
Automne
en baie de somme****
Scénario
Philippe Pelaez, dessins et couleurs directes Alexis Chabert
Bamboo,
2022 – 62 pages couleurs – Collection Grand Angle
Sortie
le juin 2022 – Sortie le 25 mai 2022 – 15,90 €
« Hollywood
a tenté d’être à la hauteur du sang versé dans tous ses films.
Aucune ville n’a jamais autant abrité d’espoirs déçus, de
déceptions forcées, de réussites sublimes pour plus encore de
déchéances inavouables. Comment croire cela ait pu s’effacer avec
le temps. Comment imaginer que personne ne puisse entendre la voix de
tous ces movie ghosts ? »
Tels
sont les derniers mots de Stephen Desberg
dans la post-face à cet album. Et il répond à sa propre question
finale par la création du personnage central de ce diptyque, Jerry
Fifth, un détective de Los
Angeles au talent bien spécial : il peut parler avec les morts.
Et tous ces fantômes de
l’âge d’or du 7ème art, semblent
très décidés à vouloir lui confier une mission. D’abord, il
doit retrouver Louise Sandler, une actrice de la MGM, assassinée et
disparue il y a des années, en pleine ascension. Retrouver une
morte, pour qu’elle puisse regagner le monde des morts en paix. Et
à peine a-t-il réussi à mener à bien cette première affaire,
qu’une autre starlette se présente à lui : Odette Armstrong,
suicidée il y a une soixante d’année. Qui
lui pose une question simple dès leur première rencontre :
« Pourriez-vous tomber amoureux de moi ? ». La jeune
morte est jolie, mais comment étreint-on un fantôme, si tant est
qu’on tombe effectivement amoureux ? Et pourquoi cette
question ? Et surtout : pourquoi lui, Jerry Fifth, est-il
le destinataire de cette mémoire hollywoodienne que certains
voudraient voir préservée dans l’ombre, d’autres révélée ?
C’est un des autres mystères de cette histoire assez envoûtante…
Ce
scénario imaginé par
Desberg est à mon goût l’un de ses plus originaux, et on suit les
pas de son enquêteur de l’au-delà avec une certaine fascination,
et une vraie curiosité : mais comment cet homme va-t-il se
sortir de toutes ces fréquentations fantomatiques ? Assez bien
à l’issue de ce premier volume, même s’il ne semble pas
toujours comprendre ce qui lui arrive. Il faut dire qu’il évolue
dans une ambiance crépusculaire du début à la fin, et que tout
l’album est éclairé par des enseignes de commerces aux néons
blafards, des ampoules faiblardes de sous-sols d’archives de
journaux, des lampadaires fatigués de rues pas très sûres… Tout
cela est l’oeuvre du dessinateur hongrois Attila Futaki,
qui réussit un Los Angeles parfait pour y faire évoluer des
personnages disparus… mais bien présents. Il se dégage une
atmosphère toute à la fois
puissante et
feutrée de ses planches, sa
manière à lui de s’emparer
de cette histoire de fantômes hollywoodiens. Tout en glissant des
hommages à d’autres légendes de notre époque, puisqu’on
remarque au détour de cases le Motorhead de feu Lemmy à l’affiche
du Rainbow ou plus loin une affiche des Sopranos et de son
inoubliable patriarche Tony. Ce premier volume peut se lire seul,
mais on attend tout de même avec une grande curiosité le second,
pour découvrir comment Jerry va réussir
à continuer à vivre au milieu de tout ce monde d’un autre temps…
et ce qu’il s’obstine à cacher.
Et si vous voulez en savoir un peu plus sur Attila Futaki, une petite vidéo sympa
Movie
ghosts 1 – Sunset, et au-delà ***
Scénario
Stephen Desberg et dessin Attila Futaki
Bamboo
(Grand Angle) - 72 pages couleurs – 16,90 € - Sortie le 27 avril
2022
Que
se passe-t-il quand on est gamin et au courant des petits
traficotages du maire de village ? On risque d’y laisser sa
peau, surtout quand le maire en question est le boucher local, au
propre comme au figuré. Mais quand on est gamin, on peut aussi être
un petit dur qui sait encaisser les coups
Et
c’est bien le cas du jeune Jacques : voilà un minot qui n’a
pas froid aux yeux, et qui ne craint pas non plus les beignes de son
père, routier violent et absent. Non seulement il ne les sent pas,
les coups, grâce à son analgésie congénitale (« Anagésie
congénitale ça s’appelle, même si avec le mot congénitale ça
fait un peu taré ») mais il les affronte, pour pouvoir
protéger sa petite sœur adoré de ce père indigne. Alors, quand
tous les deux découvrent que « Charon la charogne »,
boucher-maire de la commune capture des chats dans la forêt pour son
paté de foie qui s’arrache à prix d’or (parce que la recette
est secrète et ancienne…), l’aîné n’hésite pas à venir
narguer le commerçant, voire à le menacer. Cela finira mal, pour le
boucher, et par ricochet, pour Jacques qui en plus de la mort du
boucher, provoque celle de son père. Début d’un séjour en
institution, où le destin de Jacques va prendre une autre
trajectoire…
Il
est assez rare, osons le dire, d’être happé autant par une
histoire (en bande dessinée entendons-nous) que par son style, sa
langue. Les mots de Philippe Pelaez sonnent vraiment justes dans la
bouche de Jacques, et font sa personnalité, gouailleuse et dure à
la fois, autant que le trait dePorcel le dessinateur. Ainsi pour
décrire la capacité d’adaptation à son environnement du jeune
Jacques, voici ses pensées « Mettez-moi avec les esquimaux,
et je suis sûr qu’au bout de quelques semaines, je pourrai parler
leur langue et chasser le phoque en pissant des glaçons».
Un peu pllus loin, quand Jacques et ses trois potes d’institution
se retrouvent dans une entreprise de soudure mais vont commencer à
avoir d’autres activités : « Et après avoir soudé,
nous avons commencé à dessouder ». Et c’est tout un
parcours dans la pègre, qui est décrit, dans un récit un peu à la
Henry Hill des Affranchis de Martin Scorcese. Pelaez avoue
aimer cette technique du « narrateur homodiégétique ,
qui est le héros de son propre récit et interpelle le lecteur
constamment » … et force est de constater qu’elle fait
mouche dans cet album aussi touchant que sombre.
L’intrigue
se déroule dans les années 70 et c’est aussi un regard
rétrospectif sur les ISES, les Institutions spécialisées
d’éducation surveillée, crées dans les années 50 pour des
jeunes délinquants jugés inéducables, des établissements basés
plus sur le suivi psychologique individuel et que sur la matraque de
gardien…
Le
passage de Jacques en ISES ne l’empêchera de poursuivre sa
trajectoire de futur caïd du Milieu, jusqu’à la chute finale.
Rien de nouveau, dans ce fil rouge , mais Dans mon village on
mangeait des chats dégage une puissance et une humanité
absentes de bien des albums sur les mêmes sujets.
[Chronique précédemment parue chez les excellents amis de la Tête en Noir, dans le numéro 205 pour être précis]
Dans
mon village, on mangeait des chats ****
Scénario
de Philippe Pelaez et dessin de Porcel - Bamboo (Grand Angle)
Cristobal,
l'enfant du pays, l'artiste international revenu trente ans
auparavant sur son île natale pour en faire un havre de culture
préservé de la rapacité des promoteurs et la protéger du tourisme
de masse, trouve la mort dans un accident de voiture.
Une
mort qui encombre un peu les autorités du continent, car elle
survient peu avant des élections... et que l'autre véhicule, celui
qui a vraisemblablement percuté la voiture de la gloire locale, a
purement et simplement disparu. Pourtant, l'île n'est pas bien
grande, et son caractère inhospitalier - elle est constituée sur
les deux-tiers de lave solidifiée - ne pourra guère dissimuler
longtemps le véhicule fantôme... Mais qui aurait bien pu en vouloir
à cet homme, qui, au service de "son" île, a dépensé sa fortune, apporté son talent et a
mis sa réputation mondiale en jeu ? Des ennemis écartés un peu
trop brutalement par Cristobal dès son retour ? Des amis, jaloux ou
aigris, qui trouvent que l'homme qui a façonné l'île à son image
leur fait trop d'ombre ? Jusqu'où l'inspecteur Claudio Ramirez,
envoyé sur place pour éclaircir le mystère de cette mort peut-être
pas si accidentelle, va-t-il devoir creuser ? Il ne le sait pas
lui-même lorsqu'il arrive sur les lieux, où le moindre espace est transformé en véritable
oeuvre d'art...
"Le
Retour" - premier album solo de Bruno Duhamel (dessinateur, côté polar, de la pittoresque série "Harlem"
mettant en scène Mose et Lennox, deux bras-cassés un brin
losers...) est original à plus d'un titre. D'abord par le choix du
sujet, ambitieux : le pouvoir de l'Art face à la marchandisation à
outrance, en l'occurrence, face à la prolifération bétonnière des
endroits sauvages, à seule fin de gagner du fric. Cette lutte est
personnalisée via Cristobal, gloire internationale, colosse
irascible, sûr de son Art, qui va tout mettre en oeuvre pour
contrecarrer les rêves de tourisme de masse de la municipalité.
Dont le maire n'est autre qu'une vieille connaissance de l'artiste :
petit, Gaspard jetait à la figure de Cristobal que celui-ci ne
savait que peindre des trucs moches... Et le principal "truc
moche" en question, et qui fascine le gamin, n'est autre que "Le
Dragon", ce volcan en sommeil qui domine toute l'île de son
ombre menaçante. Duhamel réussit parfaitement à faire passer cette
fascination exercée par la nature, hostile, sur Cristobal, et sa
façon d'essayer de la dompter, à travers ses créations. Tout comme
il met parfaitement en scène tous les protagonistes de son histoire,
qu'on découvre petit à petit, à travers une construction habile,
par flashbacks, après avoir démarré sur le point mystérieux de
l'album : la mort de Cristobal.
Le cadeau qui va tout déclencher...
"Le
retour" est de ce fait très bien rythmé, et le choix d'avoir
"inversé" les couleurs, en optant pour la quadrichromie
pour le passé, et la bichromie (aux tons variables) pour le présent
est judicieux. Il donne ainsi à voir les oeuvres monumentales
disséminées partout sur l'île de manière plus spectaculaire et de
mieux mesurer l'ambition folle de Cristobal, sur cette terre peu
accueillante, fut elle natale...
Bruno
Duhamel ne cache pas, dans une introduction à l'album, s'être
inspiré du parcours de l'artiste Cesare Manrique sur l'île de
Lanzarote (aux Canaries) pour imaginer son histoire. Mais, au-delà
de ce point de départ - un rêve d'artiste, pas loin d'être
utopique - Duhamel aborde bien d'autres choses, dont les rapports
humains (père-fils, mari-femme, artiste(s)-artiste(s), artiste-politique...) ne sont
pas les moindres. Et comme c'est traité avec finesse, et, qu'en
guise de cerise sur le gâteau, le suspense est ménagé jusqu'au
bout, il n'est pas besoin de chercher bien loin : voici un des
premières grandes réussites de cette année.
Le Retour ****
Texte et dessin Bruno Duhamel
Grand Angle, 2017 - 96 pages
couleur et bichromie - 18,90 €
Un matin de juin, à Paris. Barbara se réveille, avec la gueule de bois. Elle ne se souvient plus trop de la veille, mais elle sait bien qu'elle s'est endormie devant sa télé, seule. Le problème, c'est qu'elle découvre dans sa cuisine le cadavre d'une belle blonde, gisant dans une mare de sang. Et la belle blonde n'est pas une inconnue pour Barbara : c'est Jill Savil, mannequin au firmament de la profession et des médias, il y a encore deux ans... Une époque dorée pour Barbara : Jill était sa petite amie, et elle-même était encore flic. Une relation hors-norme que la hiérarchie de « Barbie » a vite fait d'exploiter en lui faisant infiltrer un milieu où, si les nuits sont blanches, c'est souvent que la cocaïne n'est pas loin. Mais tout cela est du passé : Barbara n'est plus flic depuis longtemps. L'arrivée impromptue de son ex en poupée morte devant son frigo lui fait retrouver d'anciens réflexes : Barbara va désormais tout faire pour savoir qui lui renvoie son passé à la figure. Et pourquoi...Damien Marie est un scénariste qui n'a pas peur de sortir des sentiers battus, et ceux qu'il arpente sont généralement assez sombres, comme en témoigne son très faulknerien « Welcome to Hope » (dessiné par Wanders). Dans cette nouvelle série, pas d'Amérique profonde peuplée par des âmes tordues, mais une immersion dans le clinquant des défilés de mode... tout aussi sordides côté backrooms que certaines granges du Kansas. « Dans mes veines » met en scène deux femmes aux personnalités fortes, en s'attardant bien entendu sur Barbara, femme-flic à la dérive depuis la fin de son histoire avec Jill la top model. Sur un scénario construit par allers-retours constants entre cette histoire passée de l'héroïne, et la quête de la vérité sur l'assassinat de son ex, Sébastien Goethals réussit à alterner scènes d'action et plongées au coeur de la nuit. Ce premier tome, raconté à la première personne, est rythmé, et on s'attache réellement à Barbara, à ce qui lui arrive, et à ses efforts pour découvrir la vérité. A noter une couverture très réussie, qui réunit tous les ingrédients de l'histoire tout en demeurant assez mystérieuse. Le dénouement au prochain tome.
Dans mes veines, tome 1 Scénario Damien Marie – Dessin et couleurs Sébastien Goethals Bamboo, 2011 – 48 p. couleur - Collection Grand Angle – 13,50 €
Gabin Kashenko est brocanteur, et écume la France profonde à la recherche de la pièce rare oubliée dans une grange ou un grenier. Ses pérégrinations le conduisent en Charente, à Dain sur Souzon, où il tente de convaincre les habitants de se séparer de vieilles choses inutiles, à quelques jours de la grande brocante de la région. Technique éprouvée, plus ou moins efficace, mais comme l'homme est plutôt avenant, les portes s'ouvrent sans trop de difficultés. Mais elles donnent parfois sur des objets qui gardent la mémoire d'histoires familiales intimes et souvent secrètes. Le Chineur va vite s'en rendre compte en récupérant un étrange cahier écrit de la main d'un enfant mort quinze auparavant.
Xavier Bétaucourt, nouveau venu parmi les scénaristes – et dont l'arrivée est saluée par Alain Dodier en personne dans une courte préface – a choisi le monde la « chine » pour sa première histoire. Il est vrai qu'il y a matière, entre les objets eux-mêmes, qui pourraient être à eux seuls sources d'intrigues les plus originales, et les personnages gravitant autour, acheteurs et vendeurs. Quiconque a fréquenté la moindre braderie retrouvera en Kashenko le brocanteur pro tel qu'il existe dans la réalité, avec ses petites manies, son vocabulaire, et ses techniques d'approche du poisson à ferrer. Ce chineur-là est d'ailleurs assez sympathique, ce qui n'est pas le cas de tous ses concurrents comme il le dit lui même à propos d'un confrère qui arrive juste après lui au village, dont il réprouve les méthodes qui font du tort à la profession. Et le mystère dans tout cela ? Déjà présent en filigrane dans les premières prospections de Kashenko, où le comportement de certains autochtones est pour le moins étrange, il s'épaissit avec la découverte du cahier. Mais il ne devient important que dans le dernier quart de l'album, qui s'accélère sur la fin. Bétaucourt a en fait pris le temps d'exposer situation et personnages, ce qui évidemment nous mène tout droit à une histoire en deux volumes. Didier Pagot, qui avait oeuvré entre autres sur le premier et le dernier tomes de la série « Pandora box » chez Dupuis, réussit à trouver les images justes pour cette nouvelle série. A suivre, donc.
Le Chineur, tome 1 – Tu es poussière Scénario Xavier Bétaucourt et dessin Didier Pagot Bamboo, 2010. - 48 p. coul. - Collection Grand Angle 12,90 €
Chaque début de mois vous trouverez la liste la plus exhaustive possible des sorties polar, tous genres confondus, (R)ééditions comprises. En attendant de retrouver mes chroniques pour certains de ces titres, vous pouvez toujours aller faire un tour sur les sites des éditeurs pour plus de détails sur ces albums. En bas de liste, un clic sur "sorties du mois" permettra de retrouver l'ensemble des messages sur les sorties mensuelles.
Rendez vous début mai pour les sorties d'avril !
AKILEOS Clues 2 : Dans l'ombre de l'ennemi - (Mara) - 14 €
BAMBOO Sienna 2 -(Chetville, Desberg et Fillmore) - 10,40 €
LA BOITE A BULLES Braquage et bras cassés- (Van Linthout et Fisher) - 17 €
CASTERMAN Dolor – (Catel et Paringaux) – 17 € Happy slapping - (Peyraud et Villard) - 17 €
DARGAUD Naja 4 - (Bengal et Morvan et Savoia) – 13,50 € Narvalo 2 - Mysteriosa Banks - (Juszezak et Yann) - 10,95 € Chambre obscure - (Bonin) - 13,50 € Parker 1 :Le chasseur -(Cooke et Stark) - 19 € Paulette Comète, justicière à plein temps - (Rossi et Sapin) - 10,95 €
DELCOURT Vents contraires 1 : Moisson rouge - (Hautière et Ullcer) - 14,95 € Black kiss (Chaykin) - 14,95 € Le Casse 2 : Le troisième jour - (Guérineau et Meunier) - 14,95 €
DUPUIS (R) - Largo Winch, dyptique 3 - (Francq et Van Hamme) - 23 €
EP (R) - Amérikkka, vol 1. - (Otero et Martin) - 29,90 € 3 instincts (Parra) - 14,95 €
LOMBARD Alpha première armes 1 : Baptêmes du feu - (Herzet et Loutte) - 10,95 €
QUADRANTS Aspic, détectives de l'étrange 1 : La Naine aux ectoplasmes (Gloris et Lamontagne) - 14,30 €
SARBACANE Travelling Square District - (Shaw) - 23 €
Chaque début de mois vous trouverez la liste la plus exhaustive possible des sorties polar, tous genres confondus, (R)ééditions comprises. En attendant de retrouver mes chroniques pour certains de ces titres, vous pouvez toujours aller faire un tour sur les sites des éditeurs pour plus de détails sur ces albums.
En bas de liste, un clic sur "sorties du mois" permettra de retrouver l'ensemble des messages sur les sorties mensuelles. Rendez vous début avril pour les sorties de mars.
DELCOURT La Madone de Pellini 1 : Lamb House - (Riviere et Federici) - 12,90 €
DES RONDS DANS L'O Tueuse – (May) – 15,50 €
DUPUIS Jour de grâce– (Jakupi et N'Guessan) – 14,50 € (R) – Jessica Blandy (Intégrale 1) – Renaud et Dufaux – 19 € (Petit format) (R) – Jerome K. Jerome Bloche (Intégrale 1) – Dodier, Le Tendre et Makyo – 19 € (Petit format) (R) – Le Choucas (Intégrale 1) – Lax – 18 € (Petit format) (R) – Ethan Ringler (Intégrale) – Filippi et Mezzomo – 19 € (Petit format)
EP Agatha Christie 19 - La Maison du péril - (Quella-Guyot et Jollet) - 11 €
GLENAT Le Narval 1 : L'Homme de fond - (Supiot et Beuzelin) – 9,90 € Havank 2 : L'Ombre perd pied - (Danier) – 9,40 € H.H. Holmes 2 : White city – (Fabuel et Le Hénanff) – 13 € (R) – De silence et de sang : intégrale 2 – (Corteggiani et Mitton) – 15 €
LOMBARD Rubine 12 : le lac Wakanala – (Mythic et Di Sano) – 9,45 € All watcher 2 : La Nébuleuse Roxana – (Desberg et Koller) – 10,40 € Les Carnets de Darwin 1 : l'oeil des Celtes – (Runberg et Ocana) – 13,50 €
MILADY Grandville – (Talbot) – 15,90 €
MOSQUITO Di Cazzo contre les maîtres du monde- (Coutelis et Fioretto) - 13 €
PANINI comics The loosers 1 – La Main du mort (Digle et Jock) – 29 €
SOLEIL Sherlock Holmes et les vampires de Londres 1 - (Cordurié et Laci) - 13,50 € Leo Loden 19 – Speculoos à la plancha - (Arleston et Carrere) - 9,95 € Le Saigneur de Tiffauges – (Corbeyran et Horne) – 12,90 €