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lundi 16 mars 2026

[Série Noire] - Que d’os ! De Doug Headline et Max Cabanes d’après Jean-Patrick Manchette (Dupuis)

 Etait-il possible de passer à 2026 sans avoir l’air d’y toucher et oublier que 2025 fut l’année du 80ème anniversaire de la Série Noire ? Et que côté BD, l’autre événement fut celui du lancement de la collection Aire Noire chez Dupuis ? Bah non… Et Eugène Tarpon est tout à fait le personnage qu’il nous faut pour ce double événement ! 

  


 « - Fanch Tanguy… Il ne manquait plus qu’un Breton dans ce merdier... »

Gasp ! Nous n’en sommes qu’à la page 21 de cet album et en effet, c’est déjà une sacrée salade (pour rester poli). L’inspecteur Coccioli, auteur de cet aimable résumé de la situation, est pourtant celui par qui tout est arrivé. Essayons de synthétiser. Le flic a envoyé à Tarpon, ex-gendarme reconverti en privé, une cliente pour une affaire à régler fissa. La dame en question est assez âgée et elle confie au détective le soin de retrouver sa fille, Philippine Pigot, une dactylo aveugle, étrangement disparue. Le temps de commencer l’enquête, et déjà un individu vient au bureau de Tarpon lui expliquer que l’affaire n’en est pas une, car Philippine est partie de son plein gré. Pile au moment de cette étonnante révélation, le téléphone sonne : la mère de la disparue veut absolument revoir Tarpon et vite. Notre homme se rend Gare Saint-Lazare, lieu convenu pour le rendez-vous. Mais là, coup de théâtre : la vieille dame est descendue d’une balle dans la tête. Tarpon est entendu par la police et prié de rentrer chez lui, où Cociolli vient sonner quelques jours plus tard, histoire de discuter un peu de cette affaire sommes toutes bien tordue pour le détective. Et là, dans son courrier fraîchement arrivé du jour, une lettre de la revolverisée de Saint-Lazare : elle prévient que si elle n’est pas à St Lazare c’est qu’on aura voulu la faire taire elle aussi… Qui ? Un certain Fanch Tanguy… Le merdier va-t-il le rester ? Faut voir…

 

 Après Morgue pleine, du même duo d’adaptateurs, on retrouve avec un plaisir certain le personnage de Tarpon, détective parfois un peu dépassé par les événements, souvent malmené par des gens fort peu aimables et aux motivations politiques souvent douteuses, pour ne pas dire emprunt d’une bonne vieille dose de fascisme. Il faut dire qu’on est en plein dans cette France des années 70 où les groupuscules des deux bords se rendaient coup pour coup et Tarpon s’en sort à sa façon : en distribuant autant de gnons qu’il en reçoit, et c’est pas facile tous les jours… Ce personnage de Manchette a des côtés attachants, beaucoup plus que ceux de ses autres romans peut-être et il est entouré d’amis du même acabit que ce soit Charlotte, l’actrice qui n’a pas froid aux yeux ou Hayman, vieux juif avec qui il aime jouer aux échecs et qu’il entraine avec lui dans cette affaire. Evidemment, tout cela fleure bon le pompidolisme finissant et le giscardisme naissant, mais on s’y plonge avec autant de délices que dans les autres adaptations car Max Cabanes campe toujours aussi bien ses personnages, son Paris, sa banlieue, sa campagne sont parfaitement… manchettiens. Fidèle à ses planches-gaufrier réglées au millimètre pour les scènes d’action comme d’introspection, Cabanes réussit tout autant à y incorporer dialogues et textes narratifs issus directement du roman, soigneusement choisis par Doug Headline. Un parti-pris adopté depuis les débuts du duo, et qui fonctionne encore ici. De futurs classiques du Noir en cases !


Que d’os !****

Scénario Doug Headline et dessin Max Cabanes d’après la Série Noire de Jean-Patrick Manchette

Dupuis – 104 pages couleur – Collection Aire Noire Sortie le 3 sept. 2025 – 22 €

[Chronique parue initialement dans la Tête en Noir n°238] 



mardi 4 février 2014

[Collector] - Dur à cuire, un hommage distingué de Gérard Auclin (Hoochie Coochie)

Petite soirée entre amis. Dans le salon, on se laisse un peu aller : allongé sur le dos, la chemise ouverte sur une bedaine rebondie, un homme ouvre un large bec, où le vin coule directement du cubi tenu par une invitée en bas résille. Adossé à un mur, sous une affiche de Grosdada, un autre cuve, en ronflant, une bouteille vide et un verre renversé à ses côtés. Sur le canapé, un troisième convive, stoïque, ne semble pas prêter attention à son voisin, qui a baissé son froc à demi et s'apprête à donner un happening qui s'annonce spectaculaire et odorant. Et au premier plan la maîtresse de maison, Marie, apparemment pas gênée par le spectacle environnant, appelle un dénommé Victor, qui n'est autre que son homme. Mais Victor ne répond pas, car il est occupé aux toilettes avec une blonde à genoux à ses pieds, très désireuse de lui faire plaisir. Semble-t-il. Victor n'a pas l'air contre cet enthousiasme et, pris par sa fougue lors d'un changement de position judicieux, il pose le pied sur le couvercle des WC. C'est le début des emmerdements : sa jambe passe au travers du couvercle et il se trouve coincé.... Quelques mouvements risqués plus tard, il tombe en fracassant la porte des chiottes et se retrouve par terre, devant tout le monde, le pied toujours pris dans le couvercle jacobin-delafoniste. La journée va être longue pour Victor Anthracite...

Bon, je vous préviens : c'est comme ça jusqu'au bout. Car après cet épisode initial, notre héros va être entraîné dans un tourbillon d'événements qu'il peinera à maîtriser. Voire qu'il subira sans vergogne. Il croisera la route de petites frappes, trouvera un sac plein de fric, n'en profitera pas beaucoup, fera connaissance avec un âne (un vrai, pas un couillon comme lui) et, et, et... j'arrête là la description de la tragique destinée de Victor Anthracite, personnage central de ce pastiche de série noire écrit et dessiné par Gérald Auclin. En 75 pages au petit format (avec 3 ou 4 cases par page), sous jaquette imitant la célèbre collection de Gallimard, l'auteur nous livre un petit bijou de grand n'importe quoi. Le style graphique est pour le moins sobre, sans chichi, et les ingrédients du récit sont du fric, du cul, des flingues (un peu) et des abrutis (pas mal). Franchement, c'est assez roboratif : si vous êtes déprimé et tout mou, lisez-donc "Dur-à-cuire"; ça donne la pêche. Mais ne trainez pas : ce collector en puissance a été tiré à 50 exemplaires (numérotés je vous prie) et j'imagine qu'il ne court pas les rues. Je l'ai trouvé à Angoulême sur le stand des éditions "Hoochie Coochie", et le mieux est encore de passer par le blog de la maison mère, juste ici.

Une maison sérieuse, la preuve, elle s'apprête à rééditer l'album de Mokeït "La chute vers le haut", un petit chef-d'oeuvre paru en 1987 dans la collection "X" de Futuropolis.


Dur-à-cuire
Scénario et dessin Gérarld Auclin
The Hoochie Coochie, 2014 –75 pages noir et blanc - 9 €

jeudi 14 avril 2011

[Chronique délocalisée] - Berlion et Benacquista, deuxième !

Après "Coeur Tam-Tam", adaptation de la nouvelle de Tonino Benacquista "La culture de l'elaeis au Congo Belge", Olivier Berlion s'attaque à l'une des trois Série Noire du même auteur : La Commedia des ratés, une formidable histoire d'arnaque sous le soleil de l'Italie. Le premier tome de cette adaptation prévue en deux volumes est sorti en février, et vous pouvez retrouver ma chronique sur le k-libre.fr, en cliquant ici.

Et n'hésitez pas non plus à vous (re)plonger dans le roman original de Benacquista, un des meilleurs polars des années 90, par un des plus brillants stylistes du Noir.


La Commedia des ratés, première partie
Scénario et dessin Olivier Berlion
Dargaud, 2011 - 76 pages couleur - 14,95 €