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lundi 11 mai 2026

[Espions !] – L’homme qui trahit Hitler et La Boutique aux horreurs : les deux premiers tomes de Guerres Secrètes, par Philippe Richelle, Jorge Miguel et Steven Lejeune (Glénat)

 Voilà longtemps maintenant que le scénariste Philippe Richelle explore dans des scénarios documentés et élaborés les dessous de l’Histoire, nationale ou internationale, politique ou économique,… Les Coulisses du Pouvoir, Secrets bancaires, Les Mystères de la République, ou encore Affaires d’État : autant de séries passionnantes pour l’amateur de récits basés sur des faits réels, pour lesquels Richelle imagine des intrigues habiles et crédibles.

C’est encore le cas avec cette nouvelle série, toujours chez Glénat, avec un retour cette fois aux one-shot pour une « collection de polars historiques auto-conclusifs et indépendants » (dixit la quatrième de couv’ des albums).

Dans le premier volume, L’Homme qui trahit Hitler, dessiné par Jorge Miguel (Arène des Balkans avec Philippe Thirault), on suit les pas d’un citoyen allemand anonyme, Hans-Thilo Schmidt, vétéran, gazé mais survivant, de la Première Guerre. Nous sommes à l’aube des années 30, et après une période de chômage qui ne fait que trop durer, Schmidt accepte finalement une offre d’un ami à lui de le rejoindre au Ministère de la Défense, au service du Chiffrement. Un travail inédit pour cet ancien chimiste, dans une Allemagne où le nazisme monte de manière inexorable, et pour lequel Hans semble adhérer sans trop de réserve. Mais très vite, il va être en mesure d’avoir en possession des documents sensibles sur la machine absolue de codage de messages secrets connue sous le nom d’Enigma. Schmidt va vite choisir son camp en transmettant aux pays étrangers de précieuses informations mais sa situation d’équilibriste permanent va vite devenir intenable…

Cet album revient sur le destin d’un homme ayant réellement existé, et aurait pu réellement changer le cours de l’Histoire si ses renseignements, fournis jusqu’en 1939, avaient été pris au sérieux par les dirigeants militaires français… Etonnant parcours que celui de Schmidt, traumatisé par la Première Guerre mondiale au point de ne pas vouloir voir son pays revivre une nouvelle guerre. Le dessin réaliste de Jorge Miguel donne parfaitement corps aux tourments de Schmidt, mais aussi à sa détermination … et à un certain fatalisme. La galerie de personnages entourant ce «  héros ordinaire » est elle tout aussi impeccable dans les attitudes et réactions. Sans oublier une reconstitution des années 30 vraiment réussie : L’Homme qui trahit Hitler est un excellent tome inaugural.

On fait un bond dans le temps et dans l’espace pour le deuxième volume, La Boutique des Horreurs : direction les Etats-Unis, années 50-60. Cette fois, même si tous les protagonistes de cette histoire ont réellement existé, Philippe Richelle fait d’un personnage de fiction son héros central : Bill Barney, vétéran de la guerre de Corée, fidèle patriote toujours prêt à servir l’Oncle Sam, va être engagé par la CIA pour être au service d’un certain Docteur Gottlieb, dirigeant d’un programme de recherche secret répondant au nom de de code MK-Ultra. L’objectif ? « Découvrir comment il est possible de modifier l’esprit et humain… et donc, de le contrôler »… Barney va très vite se rendre compte que les scientifiques – et ils sont nombreux – impliqués dans le projet MK Ultra ne vont guère se fixer de limite sur ce qu’ils vont affliger à leurs cobayes humains… Devant les horreurs de plus en plus grandes dont il va être témoin, la foi en son pays va en prendre un coup… mais va-t-il réagir , et surtout, comment ?

Changement de décors donc pour ce deuxième opus de la collection, et d’ambiance : nous sommes ici dans le secret des labos, peut-être plus difficiles encore à faire émerger que ceux des stratégies militaires du tome précédent. Et surtout, beaucoup plus choquants à admettre pour un être normalement constitué… C’est un des aspects intéressants de cet album : qu’est-ce qui est normal, donc acceptable, en ce bas-monde ? Ou du moins : aux Etats-Unis, champions du monde libre, mais en pleine guerre froide ? Et que peut faire un citoyen, certes patriote, face à la puissance d’une agence d’état comme la CIA ? Steven Lejeune (dessinateur du Frère de Göring, scénario Arnaud Le Gouëfflec) met en images les affres psychologiques de Barney tout en nous plongeant dans un monde d’expérimentations menées dans différents endroits du globe. Son trait – réaliste lui aussi – traduit bien cette montée des doutes chez Barney au fil des pages, et le dessinateur réussit également à installer une vraie ambiance de malaise, tout à fait en adéquation avec la thématique de cette histoire un peu nauséeuse…

Guerres secrètes, scénarios Philippe RICHELLE

Glénat, 2026 - 64 pages couleurs – Sorties le 15 avril 2026 – 16 € chaque

Tome 1 – L’homme qui trahit Hitler ***

Dessin et couleurs Jorge Miguel

Tome 2 – La Boutique des Horreurs **

Dessin Steven Lejeune, couleurs Roberto Burgazzoli Cabrera


lundi 5 décembre 2022

[Champagne et sabre] – Shibumi (Glénat) remporte le Prix Clouzot 2023

 


Après le fameux « A fake story » de Galandon et Pendanx d’après le roman mythique de Douglas Burroughs, c’est au tour du duo Pat Berna et Jean-Baptiste Hostache de remporter le Prix Clouzot de la BD du festival « Regards Noirs » de Niort » , avec leur superbe adaptation du Shibumi de Trevanian.

 Pour ses délibérations, le jury était réuni au restaurant de Niort Vins paradoxe, et a su garder la tête froide et les idées claires, malgré un enivrant environnement :



Et alors, de quoi est il question dans ce roman devenu culte ? De la destinée d’un homme hors du commun, par exemple ? Laissons parler ceux qui connaissent mieux le personnage central de Shibumi  :

« Nicholaï Hel est un homme redoutable. C’est un maître du Hoda Korosu, la technique du « tuer à mains nues ». Il a en outre une capacité surnaturelle à déceler le danger, ce qu’il appelle un « sens de la proximité ». Voici les adversaires du « héros » de cette histoire prévenus : il ne va pas être facile de mettre la main sur cet homme recherché par le monde entier – enfin, les services secrets plutôt – sans peine ni dommages. Retiré au pays Basque, Hel va devoir sortir de sa tanière lorsqu’une jeune femme vient l’implorer de lui apporter son aide… et provoquer l’intervention de la Mother Company, une organisation secrète nternationale. Tout cela se passe dans les seventies, dans le droit sillage des attentats aux JO de Munich 1972, dans une intrigue qui mêle espionnage, méditation orientale et critique acide de la société américaine . Le roman de Trevanian (chez Gallmeister), Shibumi, est devenu un inclassable classique et l’adaptation qu’en font Berna et Hostache est magnifique : la vie à la fois tumultueuse et… contemplative, zen, de Hel est parfaitement mise en images, et le tour de force est bien là de la part des auteurs : avoir réussi à donner corps à un personnage de tueur à gages complètement hors-norme. Et à faire de sa traque un album haletant de la première à la dernière page.

Un très beaux prix Clouzot, que les auteurs viendront présenter à la prochaine édition du festival «Regards Noirs », du 2 au 5 mars 2023.



Shibumi, d’après Trevanian ****

Scénario Pat Berna et dessin Jean-Baptiste Hostache

224 pages couleurs – 29,90 € - Sortie le 15 septembre 2022



dimanche 11 septembre 2016

[Fifties & Sixties] - Robert Sax, Kaplan & Masson et Scott Leblanc : Belgitude, ligne claire et espionnite...

Magnifique tir groupé ces derniers mois d'albums aux intrigues tout droit sorties des années de guerre froide ! Et avec des scénaristes qui n'hésitent pas à mettre en scène des héros pas vraiment attendus : un garagiste nonchalant, un reporter animalier un brin neu-neu et un duo de choc espion du SDECE / homme de science ... Et tout ce petit monde vit de trépidantes aventures sous la plume de disciples chevronnés de la ligne claire...

Robert Sax, de Rodolphe et Alloing est le dernier arrivé de la bande. Dans "Nucléon 58", voici ce héros-malgré-lui, garagiste dans le Bruxelles de 1957, plongé par hasard au coeur d'une affaire de plans secrets de véhicule révolutionnaire, à l'énergie atomique (époque oblige !). Robert vient en aide à son meilleur ami, Boon, libraire de son état, qui a hérité par hasard des plans que toute une ribambelle de personnages louches rêve de s'approprier. Des agents de services secrets, of course.
Dans "Paradis perdu", Sax se retrouve cette fois la cible d'une bande de mafieux, en plein centre d'un règlement de compte entre gangs. Avec une seconde affaire qui vient se superposer à cette première : l'assassinat d'une chanteuse dans des conditions qui replongent Robert dans un passé douloureux. L'amour de sa vie, Alice a été tuée dans le même quartier, à la même heure, avec le même calibre, quelques années auparavant...
Robert Sax, en patron de garage mélancolique et désabusé, est un personnage attachant, tout comme le sont les personnages secondaires qui gravitent autour de lui : Boon, le libraire, Raoul, le fidèle mécano (car le patron ne met jamais les mains dans le cambouis) et Peg, la secrétaire de choc, qui a le bon goût de ne pas être une blonde à forte poitrine mais une brune à cheveux courts, et dont on pressent qu'elle pourrait prendre plus de place dans la vie du patron, pour former un vrai duo confronté à des enquêtes à rebondissements. Espérons-les retrouver, car ces deux premières aventures sont vraiment plaisantes à lire.

Kaplan & Masson forment eux déjà un duo original, dont l'apparition remonte déjà à 2009 (dans "La théorie du chaos") et c'est un vrai plaisir de les retrouver enfin dans cet ahurissant "Il faut sauver Hitler". Jean-Christophe Thibert, seul au commande pour ce second tome (Didier Convard a imaginé et scénarisé le premier tome ) a repris le mythe du Führer ayant échappé à la mort dans son bunker en avril 1945, et dont les adorateurs, eux, dans le secret, préparent le retour. Pas vraiment original, se dit-on, sauf que très vite, on voit l'habileté de l'auteur : il ne s'agit pas du vrai Hitler mais d'un sosie, un Français, Jules Lantier, germanophone distingué et acteur... Une trouvaille des services secrets français, pour enfumer les pays adverses, où Lantier est le personnage-clé de l'opération "Piège à cons". Cela marche si bien que le pauvre Hitler de pacotille (mais au demeurant très crédible) est devenu l'homme à abattre de tout le monde.... Il faut donc le tirer des griffes d'innombrables ennemis. Ce que font Kaplan, Masson et le facétieux japonais Watabe, dans une succession de scènes hyper-spectaculaires où les coups de poing pleuvent, les mitraillettes arrossent à gogo, les murs de chambres d'hôtel sont pulvérisés au bazooka, et des véhicules de toutes sortes finissent en amas de tôles informes. Le tout avec une précision, une élégance et une efficacité dans le trait qui forcent le respect. C'est même carrément du grand art ! Il y a évidemment une dimension parodique à tout cela, et ce second tome franchi un palier dans ce domaine. Et donne fortement envie de retrouver plus vite ces grands malades...

Mais le plus malade d'entre tous reste bien l'inénarrable Scott Leblanc, qui dans sa quatrième aventure, a l'immense honneur de croiser sur sa route rien de moins que Sa Majesté le Roi des Belges. Notre sympathique reporter, comme aime à le qualifier ses auteurs, est tout fier d'avoir obtenu une interview du roi Baudouin, car comme il le dit : " J'ai le sentiment qu'un homme aussi charismatique doit avoir des choses passionnantes à dire sur le monde animal"... Ah ? Vous ne saviez pas ? Scott Leblanc travaille pour le magazine "Bien en vue" où il tient avec une foi et un enthousiasme chevillés au corps la rubrique "Des animaux et des stars". On imagine donc son excitation à la future rencontre avec Baudouin. Sauf qu'il ignore qu'il va servir d'appât à une odieuse substitution d'altesse, menée par de sinistres individus et qu'il va tout simplement se faire enlever. Et sa brave maman, folle d'inquiétude va supplier le professeur Moleskine, habituel compagnon de route (mais qui se passerait bien de ce fardeau) de Leblanc. Les voici donc tous deux sur les traces du pauvre reporter, aux mains de méchants qui ont pour simple ambition de rayer de la carte URSS, Etats-Unis et Europe et d'installer un ordre nouveau...

"Echec au roi des Belges", est déjà la quatrième aventure de Scott Leblanc et il faut dire sans détour : c'est toujours aussi débile... mais qu'est ce que c'est roboratif ! Voilà un pur pastiche de Tintin : c'est évident graphiquement, Devig dessinant dans un style tout hergéen ces aventures débridées, et cela se confirme au niveau des textes, écrits avec Geluck. On ne compte plus les "diaboliques machinations", "sinistre forfait" et autre expressions surannées qui parsèment les conversations et récitatifs. La cerise sur le gâteau étant bien entendu la naïveté simplette du héros, toujours là pour poser les questions les plus stupides aux moments les plus délicats. Et en plus, sa mère est cette fois de la partie. C'est un sacré personnage que Devig et Geluck ont inventé là, et il faut espérer que les cinq aventures aux titres alléchants (en particulier, "Seul contre l'OAS" !) annoncées au dos de ce quatrième tome verront le jour...



Kaplan et Masson 2 – Il faut sauver Hitler ****
Scénario et dessin Jean-Christophe Thibert
Glénat, 2016 – 48 pages couleur – 13,90 €

Robert Sax 2 - Paradis perdu ***
Scénario Rodolphe et dessin Louis Alloing
Delcourt, 2016 - 48 pages couleur - 14,50 €


Scott Leblanc 4 - Echec au Roi des Belges ****
Scénario et dialogues Devig et Philippe Geluck - Dessin Devig
Casterman, 2016 - 48 pages couleurs - 12 €

mercredi 11 novembre 2015

[Polar sous médocs] - Le Teckel 2 - Les Affaires reprennent, d'Hervé Bourhis (Casterman / Professeur Cyclope)

Guy Farkas, alias Le Teckel, l'ex visiteur médical old school des laboratoires Duprat, est en exil avec Mérédith, sa maîtresse, au Brésil. Il espère se faire oublier à la fois, de son ancien employeur, qui a tout de même quelques comptes à régler avec lui, et de la police, qui finira bien par découvrir que le Teckel a éliminé le mari de sa maîtresse. Mais à Sao Paulo, il est vite repéré par les services secrets, qui le chargent de retrouver le numéro 2 du groupe pharmaceutique... une mission, qui lui permettra d'éviter les ennuis à son retour au pays. Le fier Farkas accepte - il faut dire que Mérédith préfère finalement la compagnie des femmes à la sienne - et le voici en France, bien décidé à en terminer avec toute cette histoire. Mais l'irruption, puis l'enlèvement, de sa fille Victoire, une ado véganiste, va venir lui compliquer un peu plus la tâche...

Ah, Guy Farkas ! Le plus inattendu des personnages polar apparus ces dernières années : un visiteur médical aux allures de Jean-Pierre Marielle, conducteur de CX break, bon vivant spécialiste du petit salé aux lentilles et fan d'Arthur Rimbaud, qu'il cite volontiers. Dans sa première aventure, sobrement intitulé "Le Teckel" (et parue initialement sur le site Professeur Cyclope) , Hervé Bourhis l'avait plongé en plein road trip au coeur de la France profonde, en compagnie d'un jeune collègue chargé de surveiller en douce les méthodes du vieux, pas loin de la voie de garage selon la direction du labo. Mais tout allait partir en vrille dans ce qui demeure un des albums les plus originaux et drôles de l'année 2014 (et qui figure dans la sélection actuelle du Prix SNCF du Polar BD).
Et pour ce retour, c'est le même plaisir absolu que de retrouver la silhouette désormais familière de Farkas, ses répliques, celle des autres personnages (ma préférée : "Non, parce que les ados, ça en excite certains. Vous savez, les pédagogues...") et bien sûr, les situations rocambolesques dans lesquelles notre homme se fourre. Hervé Bourhis continue sur le même rythme, trépidant et hilarant, et intègre même cette fois Michael Lonsdale à sa galerie d'individus louches. Voici donc une "suite" parfaitement à la hauteur du premier tome, et qui fait même naître une envie irrépressible : celle de voir pour de bon Guy Farkas à l'écran. Et tout simplement, celle de le retrouver embringué dans une troisième histoire.

Le Teckel 2 - Les affaires reprennent ****
Scénario et dessin Hervé Bourhis
Casterman (Professeur Cyclope) 2015 - 80 pages couleur - 16 €

samedi 19 novembre 2011

[Chronique] - Re-Mind 3, ou le film de votre vie...

Ethan Geb a survécu : un attentat à Wall street a été déjoué de justesse grâce à son père, qui s'est sacrifié en utilisant la technologie du re-mind. Celle-ci permet de retracer toute la vie d'une personne dans les instants qui suivent sa mort. Mais si les terroristes ont échoué sur ce coup-là, ils restent un danger : ils ont en leur possession un appareil re-mind, et préparent un nouvelle action. L'inspecteur McKee et l'agent Ethan Geb se mettent en chasse, et essayent de retrouver la trace de la poseuse de bombe de Wall Street...
La première mission – en 2 tomes – était axée sur la découverte de la technologie du Remind, et sur le duo Père-Fils John/Ethan Geb et sur une menace sur le sol des Etats-Unis. (J'avais chroniqué le premier tome : vous pouvez y aller pour le second, les promesses sont tenues !) Cette fois, elle s'internationalise et l'action se déporte jusqu'en Australie. L'intrigue est un peu plus complexe, mais on a toujours l'impression d'être en plein dans une série TV américaine... de qualité. Alcante est un auteur en pleine ascension (dernier coup d'éclat : le tome 4 de XIII mystery avec François Boucq) et l'originalité de son scénario est bien son aspect fantastique, avec cette technologie permettant d'entrer dans la tête des gens. Un peu comme dans Minority Report mais ce ne sont plus les rêves qui sont visités, mais le passé...
Andrea Mutti est quant à lui un nom qu'on croise de plus en plus souvent, et dans tous les genres (un petit tour sur son site perso vous permettra de découvrir l'étendue internationale de sa biblio, déjà bien fournie). Il dessine cette série avec dynamisme, dans un style réaliste qui ne laisse pas de place à la fantaisie, mais on n'est pas là pour rigoler, il faut dire... Les couleurs sont assez réussies, notamment dans les scènes nocturnes. Comme pour la première mission, celle-ci est en deux tomes. Suite et fin au prochain, donc.

Re-Mind, tome 3
Scénario Alcante et dessin Andrea Mutti
Dargaud, 2011 – 48 pages couleur – 11,95 €

dimanche 9 octobre 2011

[Chronique] - Le Commando Torquemada, l'intégrale !

« Veritas, ou je cogne ! ». Voilà ce qu'on peut lire, dans les sous-sols du Vatican, sur la porte du bureau personnel du Cardinal Albuferque. Et c'est depuis ce bureau que ce Cardinal très spécial – affectueusement surnommé Anaconda par ses proches – dirige d'une main de fer la Très Sainte Inquisition, dont fait partie le Commando Torquemada, un trio d'ecclésiastiques de choc chargé des missions les plus délicates... Tout cela sous l'oeil attentif du Pape, bien entendu.
En fait, c'est un peu au Service Secret de Sa Sainteté, mais à y regarder de près, on ne saurait trop qualifier le commando de troupe d'élite : Frère Malachie, est un spécialiste des potions qui rendent très malade, aveugle, quand elles n 'envoient pas directement au ciel. Feargal Mc Gowan, a lui tout du dandy amateur de jeux de mots et a la gâchette un peu trop facile. Enfin, soeur Sarah Terwagne est elle une nonne hyper canon, habitée par des visions provoquées par une pratique assidue de l’auto flagellation... Voyez un peu le genre.
Connaissant bien ses ouailles, Anaconda ne fait appel au Commando Torquemada que pour les cas les plus désespérés, et à ce jour, il leur a assigné trois missions :
La première est racontée dans le tome « Pour la plus grande gloire de Dieu » et a consisté pour le trio à ramener à Rome la lance du centurion Longinus. Oui, celle-là même qui a percé le flanc du Christ sur sa croix, et qui, des siècles plus tard, sert de rayon à la roue du vélo d'un dictateur africain. Difficile mission.
Dans la deuxième, le commando doit s'assurer que Soeur Dominique, numéro 1 de la chanson liturgique, et en tête des ventes de disques, sera bien en état de participer à ce festival rock imaginé par le Saint Père pour relancer la ferveur religieuse auprès des jeunes. Pas gagné car depuis quelques temps la star se shoote avec n'importe quoi, ce qui nuit un peu à sa santé. C'est le tome « Dominique nique nique ».
Enfin, dans la dernière mission en date, le Pape envoie son commando au Caire pour récupérer un ouvrage fort compromettant pour l'Eglise : il y est raconté que, si Jésus a été embrassé sur la bouche par Judas - le fameux baiser de Judas - c'est parce que ces deux là étaient amants, et en passe d'annoncer publiquement leur union... Vous imaginez le coup de tonnerre dans la Chrétienté si cela venait à se savoir ! Titre de cette troisième mission : « Pas sur la bouche ! ».

Bon, inutile d'en rajouter, vous vous doutez bien qu'on est là dans l'hénaurme : les dialogues de Philippe Nihoul fourmillent de bons mots, flirtant parfois avec le mauvais goût, les missions sont parsemées de rebondissements complètement improbables, et quant au dessin, dirons-nous, nerveux, de Xavier Lemmens il participe au délire de la série. Ses personnages principaux sont particulièrement réussis, car très typés (un petit gros, un bellâtre à Ray Ban, une pin up pour le trio) avec une mention spéciale pour le Pape, qui a les traits de Jean-Paul 2, et non de Benoit 16.
Particularité de cet album, c'est du trois en un : c'est une intégrale intitulée « Commando Torquemada , Evangiles I, II et III », qui s'ouvre sur une Genèse de 6 planches, jusque là inédite. Alors si ça vaut vraiment le coup quand on a pas un des deux premiers albums, c'est plus embêtant quand on les a, car on ne peut lire « Pas sur la bouche » que dans cette intégrale...
Une arnaque ? Oui et non, car c'est une très belle édition, cartonnée et tout et tout. Et puis, si vous avez déjà les 2 premiers tomes, il suffit d'aller vous poster à la sortie de la messe pour les revendre aux fidèles, vous verrez : ça partira mieux que des petits pains.
Commando Torquemada : Evangiles I, II et III
Scénario Philippe Nihoul et dessins Xavier Lemmens.
Fluide Glacial, 2011 - 150 pages couleurs – 25 €. (Hosties non fournies.)

jeudi 25 mars 2010

Commando colonial 1 et 2 (2008-2009)

Madagascar, 1942. Les agents Rivière et Robillard, du Bureau Central de Renseignements et d'Action (BCRA) doivent retrouver un certain Spartacus, prêt à renverser les forces vychistes installées à Diego-Suarez, au nord de l'île, et faire rallier tout Madagasacar à la France libre et gaulliste. Un rencontre secrète est organisée au cours d'un bal masqué, où « toute la colonie est là »... mais les négociations ne donnent rien, exacerbant même plutôt les divergences de vue : la préférence d'un ralliement aux anglais a au moins autant de partisans que le choix de la France pour l'île. C'est à ce moment que Spartacus entre en scène, et contacte Rivière et Robillard : les deux agents comprennent vite qu'en fait, le but ultime est l'indépendance de Madagascar. Les événements se précipitent soudainement et les deux agents sont contraints à la fuite, sont arrêtés et transférés vers Tananarive, à bord d'un avion, qui ne tarde pas à s'écraser, abattu par la Royal Air Force des Anglais, qui viennent de débarquer.

Après le très bon « Biotope » dans cette même collection, Appollo et Brüno signent là une autre excellente aventure, exotique et dépaysante au possible. Dans un autre registre, puisqu'il s'agit cette fois d'une histoire d'espionnage sur fond de seconde guerre mondiale et de décolonisation. Le duo met en scène héros virils et femmes effrontées ou effacées, et toute une galerie de pleutres, traitres et coloniaux sans scrupules. Le second tome, avec le crash sur une île où règne en roitelet un personnage ubuesque, suivi d'une longue séquence à bord d'un sous-marin allemand, s'éloigne de la trame purement historique pour dévier vers un voyage aux frontières du surréalisme. Le dessin de Brüno, immédiatement identifiable, y est pour beaucoup, et parvient régulièrement, en quelques cases, à faire basculer une situation tendue en une scène presque cocasse. C'est aussi tout l'art de son scénariste de lui avoir écrit une histoire étonnante de bout en bout. Au final, le lecteur se dit qu'il tient là un duo extrêmement doué pour les bandes dessinées où l'atmosphère créée est une vraie marque de fabrique, quels que soient l'époque et les lieux mis en scène. Et le lecteur se dit qu'il va vraiment falloir suivre de près la paire Appollo & Brüno. Et il a tout intérêt, le lecteur, à faire un tour du côté du formidable blog de Brüno, où il est question de Junk, Biotope, Lorna... et Commando Colonial 3 !

Commando Colonial

1 - Opération Ironclad (2008)
2 - Les Loups gris de la désolation (2009)
Scénario Appollo et dessin Brüno
Dargaud, 48 p. couleur chaque - Collection Poisson Pilote.


dimanche 28 février 2010

Traffic 2 - Echelle (2010)

Paskal est membre d'Echelle, organisme tentaculaire et secret qui jugule les flots d'informations parcourant la planète. Ce contrôle des médias visant à manipuler l'opinion publique, qui passe par des voies inconnues de la population, ne doit pas souffrir du moindre grain de sable. Le rôle de Paskal, unité anonyme d'Echelle, est de veiller sur le faisceau informatif concernant le transport ferroviaire européen. Domaine sensible au moment de l'ouverture du trafic des voyageurs à la concurrence internationale, avec les JO de Londres en ligne de mire. Homme marié et père de famille tranquille, Paskal va vite se retrouver au coeur de l'action lorsqu'il alerté du vol de la planification des horaires d'Eurotunnel. Le suspect est vite identifié, puisque ce n'est autre qu'un ancien membre d'Echelle, Bogdan, devenu héroïnomane, et jouant désormais sa propre carte. Paskal le connaît bien, pour avoir partagé avec lui des missions en ex-Yougoslavie. Et un jeu du chat et de la souris s'engage entre les deux hommes, à travers l'Europe... du présent et du passé.

Après « Course contre la montre », voici le deuxième voyage à bord de la série « Traffic ».
Moins haletant que celui de Robin, le scénario de Damien Marie n'en demeure pas moins riche en rebondissements. Il repose sur le même principe d'un homme seul faisant face à un danger imminent, et devant agir vite pour déjouer le piège tendu par le méchant de l'histoire. Mais ici, la frontière est ténue entre le Bien et le Mal, du simple fait que le héros appartienne à une entité monstrueuse aux buts ambigüs. Il n'est pas difficile de faire le parallèle entre l'Echelle de Damien Marie et le Réseau Echelon, système mondial d'interception des communications privées et publiques, mis en place par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et le Nouvelle-Zélande, et dont les objectifs ne sont guère plus reluisants. Rien que pour cet aspect du scénario, cet album mérite d'être lu, car Marie rappelle avec habileté – car il ne tombe pas dans la récurrente « théorie du complot » - qu'il peut-être facile de manipuler l'information, à une très grande échelle.
Michel Espinosa s'est très bien emparé de cette histoire, et son trait vif convient bien à la série. Curieusement, les scènes ferroviaires sont assez peu nombreuses dans ce deuxième voyage : pour mieux revenir dans le troisième tome ? Cet opus vaut en tous cas lui aussi le détour.
Et n'oubliez pas : si vous êtes dans la région, vous pourrez discuter de cet album avec son dessinateur au 5ème salon de Bon Encontre.

Traffic 2 – Echelle (2010)
Scénario Damien Marie et dessin Michel Espinosa
Bamboo, 2010 – 48 p. couleur – Collection Focus - 12,90 €

jeudi 25 février 2010

Kaplan et Masson 1 - La Théorie du chaos (2009)

1956, Paris. Le professeur Bernstein, savant atomiste, se fait assassiner à la veille de son important discours sur la non-utilisation de l'arme nucléaire. Hanté par le souvenir d'Hiroshima et Nagasaki, son ami Purcell avait réussi à convaincre d'autres savants du monde entier, et un milliardaire grec, Yorgos, à monter une conférence de la paix autour de ce sujet. Mais Yorgos est assassiné à son tour, au moment où le lieutenant-colonel Kaplan, des services secrets français, allait à sa rencontre. Deux meurtres rapprochés qui ne laissent aucun doute sur l'entreprise de sabotage de la conférence... Mais qui peut bien connaître les noms des savants pacifistes jusque-là tenus secrets ? Avec l'aide du scientifique Nathan Masson, Kaplan se charge de l'affaire.

Didier Convard, scénariste reconnu pour ses intrigues sur fond historique, nous replonge, avec cette nouvelle série, au coeur de la Guerre Froide, avec ce qu'il faut de détails pour que le lecteur se retrouve dès les premières pages dans le Paris et l'Europe des années 50. Le style très ligne claire de Jean-Christophe Thibert renforce ce côté « rétro », et graphiquement, l'album est à rapprocher du Floc'h de « Blitzkrieg » ou du « Dossier Harding ». Son rythme est cependant un peu plus trépidant, du fait même du statut de Kaplan : espion n'est pas un métier de tout repos en ces années d'après-guerre. Les « affaires » de l'époque – tout comme la figure même de l'agent secret - sont d'ailleurs passées dans un imaginaire collectif, auquel les auteurs font largement appel. Il n'est d'ailleurs pas interdit de voir aussi dans leur série un hommage aux romans d'espionnage du Fleuve Noir dont Coplan était l'une des vedettes.

Kaplan et Masson 1 – La Théorie du Chaos
Scénario Didier Convard et dessin Jeann-Christophe Thibert
Glénat, 2009 – 56 pages couleur – (Collection Caractère) – 13 €

jeudi 11 février 2010

Chetville à Polar Encontre : Retour sur Sienna 1 (2008)

Alors qu'elle rentre de quatre missions nocturnes à La Paz pour la CIA – agrémentées la journée par la présentation d'un plan de restructuration présenté pour le compte de Brain Capital entraînant trente-sept mille licenciements - Sienna Mandeville manque de surprendre son mari, le très respecté Charles Mandeville, en pleine séance de manquement à sa fidélité conjugale. Elle a vite fait d'identifier la coupable, Gabrielle Chevalier, croisée quelques années plus tôt à la fac. Elles ont une explication plutôt musclée, et tout semble devoir en rester là quand survient l'assassinat de leur mentor à toutes les deux, Roberto Solis, doyen de l'Université de Yale...

Cette nouvelle série est bâtie autour d'un duo féminin chic et choc, assemblé sur le principe des deux pôles de la pile électrique et d'où les étincelles ne peuvent que jaillir... ce qui ne manque pas de se produire. Le démarrage de cette histoire est assez alambiqué, en tous cas juste ce qu'il faut pour qu'on se pose des questions, qui pourraient se résumer à une seule : qui manipule qui ? Desberg et Filmore ont situé leur scénario dans le contexte d'une Amérique post-bushienne, ce qui en fait tout le sel, à un moment où ce pays semble avoir décidé de s'être choisi une direction nouvelle avec Obama. En situant leur intrigue dans le milieu univesitaire et en y injectant une dose de mystère via la société secrète « Skull and Bones », les deux frères apportent une nouvelle pierre à l'édifice du thriller en cases. Chetville y apporte sa contribution en campant deux héroïnes assez pimpantes, et en maintenant un trait vif pour les scènes de poursuites et de combat. Ce premier tome fonctionne assez bien et s'inscrit parfaitement dans le registre action/suspense affiché par la collection Focus.

Le deuxième tome est annoncé en mars, je vous en reparlerai à sa sortie.
En attendant, voici la couverture,

et une petite-bande annonce du premier tome, pour vous mettre dans l'ambiance...


Sienna 1
Scénario Stephen Desberg et Filmore, dessin Denis Chetville
Grand angle (Bamboo), 2008 - 48 p. couleurs - Collection Focus
10,40 €

dimanche 10 janvier 2010

La Liste 66 tome 3 - Arkansas (2008)

Alex Poliac, toujours accompagné de son fils, poursuit sa fuite éperdue le long de la route 66. A ses trousses, deux ennemis aussi impitoyables l'un que l'autre : John Gardner, agent du FBI qui veut l'arrêter à tout prix, et le Clown, tueur en série à la solde du KGB, qui veut, lui, l'éliminer. L'arrestation de Laura Kensington à Chicago, soupçonner d'être une taupe au sein du FBI, va -t-elle permettre à Poliac de souffler ?

Pas vraiment ! Le rythme de la chasse à l'homme s'accélère dans ce troisième volume que Stalner a choisi de faire se dérouler dans un Kansas inondé. Cela donne de belles scènes de traque dans des décors sauvages et désolés, où les carcasses de voitures côtoient les arbres déracinés. Parallèlement à ce côté visuel spectaculaire – réussi – le scénario monte lui d'un cran dans le suspense. Petit à petit l'intrigue prend corps, et si la route 66 s'annonce longue, la balade continue à valoir le détour.

La Liste 66, tome 3 -Kansas
Scénario et dessin Eric Stalner
Dargaud, 2008 – 48 p. couleur – 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°47/48, Février 2009]

mardi 5 janvier 2010

Le Janitor 2 - Week-end à Davos (2007)

Trias, dernier arrivé des douze Janitores, ces agents super secrets au service du Vatican (cf tome 1), atterrit à Zurich pour servir de garde du corps à deux ecclésiastiques haut placés au Saint Siège. Direction Davos, où sa vraie mission est d'avoir un oeil sur les tractations secrètes qui peuvent se dérouler dans le dos de Rome, en marge du désormais célèbre forum économique. A peine le sommet est-il commencé que l'armée suisse interrompt le premier séminaire boursier et apporte de terribles nouvelles : des missiles nucléaires tombent aux quatre coins de la planète et la troisième guerre mondiale est en marche. Obéissant à son gouvernement, l'armée a coupé toutes les communications entre l'hôtel où sont réunis les éminences grises des marchés financiers pour mieux les protéger. Le nouveau Janitor ne compte pas attendre tranquillement que la situation s'apaise et trouve le moyen d'échapper à la vigilance des militaires.

Après un premier tome étonnant, la conclusion de ce scénario atypique n'en est pas moins originale et cette histoire de services secrets à la solde du Vatican tient la route jusqu'au bout. Le personnage de Vince – alias Trias, le Janitor – a une force intérieure qui lui permet de renverser les montagnes et Boucq en a fait un agent très spécial, compromis entre l'homme d'action à la forme olympique et l'homme d'introspection aux silences éloquents. Homme très attachant, il reste à espérer que le Janitor vive d'autres missions ici-bas, ne serait-ce que pour éclairer les quelques zones d'ombre du passé de Trias. Et côté scénario, Sente est visiblement très à l'aise avec la géo-politique, ce qui se ressent dans le dessin de Boucq qui réussit à recréer des ambiances digne de l'excellent « Bouche du diable ».

Le Janitor, tome 2 - Week end à Davos
Scénario Yves Sente et dessin François Boucq
Dargaud, 2007 – 48 pages couleur - 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°45/46, juin 2008]

mercredi 30 décembre 2009

Les Ailes de plomb 4 - Résurrection (2006)

Il y a des jours où cela fait plaisir de retrouver des personnages que l’on ne pensait plus revoir. Patrick Plomb fait partie de ceux-là. Plongé au cœur d’un embrouillamini historico-politique lors d’un premier cycle très réussi (3 volumes, dessinés par Nicola Barral, entre 1996 et 2000), notre héros national malgré lui fait son retour, sous le commandement du seul Christophe Gibelin cette fois. L’époque est la même, De Gaulle est sur le point d’être appelé par René Coty, et Plomb, sauveur du général dans la précédente aventure, a pris le temps de passer avec succès son brevet de pilote. Il ne savourera pas longtemps ce succès, puisque la nuit même un stupide accident de voiture le jette dans les bras surpris de Courpatas, barbouze dont il avait fait échouer les plans il n’y a pas si longtemps. C’est le début d’une nouvelle galère, une course au trésor pour laquelle Patrick Plomb, va au moins pouvoir prouver ses qualités de pilote.
Album de mise en place, ce Résurrection inaugure donc un deuxième cycle, qui conserve l’esprit de la série, mêlant aventure et espionnage, sur arrière-plan historique. L’humour est toujours là, lorgnant même du côté de la loufoquerie sur la fin de l’album. Au niveau du dessin, la transition se fait en douceur et le Plomb de Gibelin est suffisamment proche de celui de Barral pour qu’on n’ait pas la sensation de changer complètement de personnages, comme c’est souvent le cas lors des passages de crayons d’un dessinateur à un autre. Quant aux avions, ils sont là et restent un élément majeur de la série. Il ne reste plus qu’à voir comment finira cette chasse au magot … Suite au prochain épisode !

Les Ailes de plomb, tome 4 - Résurrection
Scénario et dessin Christophe Gibelin.
Delcourt, 2006 - Collection Sang-Froid – 48 p. coul. – 12,90 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°37/38, juillet 2006]

mardi 29 décembre 2009

Cellule Poison 2 - Qui suis-je ? (2007)

L’histoire de Claire, agent de la cellule Poison, devenue Clara pour sa mission d’infiltration des réseaux de prostitution ancrés en Europe de l’Est, reprend à Lyon en 2004. C’est dans cette ville qu’elle noue les premiers contacts avec les macs qui permettront à la cellule de remonter la filière. Et six mois plus tard, Clara se retrouve avec Zoran, autre agent infiltré, en Albanie, au cœur du système mafieux : elle s’apprête à acheter des filles et l’affaire se déroule bien, jusqu’à ce que Zoran reconnaisse sa sœur parmi les filles qui officient dans la boîte de nuit où a lieu la transaction…

Ce tome poursuit ce qui s’apparente comme une lente descente aux enfers pour Claire, qui a choisi de lutter contre l’abjection, et il lui faut un cœur bien accroché pour faire face aux marchands de chair humaine avec qui elle traite. Cette deuxième tranche de vie de la cellule s’attarde aussi sur le recrutement de Zoran Ludic, personnage-clé de l’histoire. Comme pour le premier volume, Laurent Astier a conservé le mode allers et retours dans le temps pour raconter son histoire, et le récit de la mission d’infiltration est entrecoupé de flashbacks sur Claire et Zoran. Sans oublier le suspense grandissant sur le sort réservé à Claire dont on sait qu’elle a tiré sur un albanais en plein Pigalle. Graphiquement, cela se traduit comme dans le premier tome par un traitement en bichromie pour chaque nouveau chapitre, et ce choix se révèle toujours efficace. Cette série originale – qui au passage a légèrement changé de titre avec l’adjonction de « Cellule » à « Poison » - est certainement l’une des plus modernes du moment, au sens où elle met en scène des réalités contemporaines sur lesquelles il devient difficile de fermer les yeux.

Cellule Poison, tome 2 - Qui suis-je ?
Scénario et dessin Laurent Astier
Dargaud, 2007 – 96 pages couleur – 11 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°42 - Juin 2007]

La Branche Lincoln 2 - La Part des ombres (2007)

Après avoir découvert, dans le tome inaugural, l’existence d’une mystérieuse « Branche Lincoln » dans les papiers familiaux, et mis sur le coup une journaliste et un professeur de maths, Ted Voss, jeune milliardaire, va se rendre compte que chercher à en savoir plus sur cet organisme peut s’avérer très dangereux … et que remuer le passé réveille des gardiens prêts à tout pour réduire tout le monde au silence. Car Ted en apprend beaucoup sur l’origine de la fortune des Voss, construite en grande partie sur des informations obtenues par son grand-père Dorian à la veille de la seconde guerre mondiale, et qu’il utilisait pour le compte du lobby militaro-industriel. En particulier au sein d’une autre société secrète « Cerbère » qui va jouer la carte de l’armement de l’Allemagne nazie, via l’industrie américaine. C’est un des rares survivants de Cerbère qui raconte tout à Ted, un vieil homme qui lui apprend qu’un autre réseau était chargé de faire taire tous ceux qui auraient pu s’en prendre à Cerbère…

Et bien voici une intrigue à tiroirs comme on n’en voit pas très souvent… et solidement construite. L’histoire de la Branche Lincoln se précise, et ce tome baigne revient sur le rôle des industries américaines au cours de la seconde guerre mondiale. Fiction ? Certainement, mais le travail du duo est si documenté, scénario comme dessin, qu’on pourrait sans peine croire à toute cette histoire… Ce volume, un peu plus explicatif que le précédent, est de ce fait un peu « statique », et il faut attendre le dernier tiers de l’album pour voir un peu d’action. Mais cela ne nuit en rien à une série qui demeure captivante, et qui tient les promesses du premier tome.

La Branche Lincoln, tome 2 - La Part des ombres
Scénario Emmanuel Herzet et dessin Piotr Kowalski
Le Lombard, 2007 - Collection Polyptyque. – 48 p. coul.– 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°42 - Juin 2007]

Le Janitor 1– L’Ange de Malte (2007)

Vince, beau gosse plein de vitalité, exerce un métier hors du commun : il est agent du service de protection et des renseignements extérieurs de la Curie romaine. Après une mission particulièrement réussie sur l’île de Malte, il est convoqué par ses supérieurs, le Père Soffranello, et l’archevêque John Blackrose, deux membres haut placés du Vatican, qui lui proposent d’intégrer le corps des janitores, cellule ultra-secrète du Vatican chargée de « protéger l’Eglise contre ses membres qui succombent aux mauvaises tentations »… Vince accepte l’offre et devient Trias, un des douze janitores qui parcourent le monde. Sa première mission l’envoie à Davos, en marge du forum économique mondial, où deux cardinaux en charge des finances au Vatican doivent participer à un forum annexe où les choses importantes de ce bas-monde se décident…

Eh bien voici une série comme on a peu l’habitude d’en lire et qui inaugure une nouvelle branche de l’arbre déjà bien fourni de la bande dessinée polar : le thriller religio-financier… Mais ici, pas de livres interdits qui viennent bouleverser l’ordre du monde, ni de formules cabalistiques sorties tout droit des enfers, non, il s’agirait plutôt de pragmatisme et d’adaptation de l’Eglise au XXIème siècle. La tonalité de l’album rappelle plus celle des romans de Ian Flemming que celle du Da Vinci Code. Le personnage du Janitor inventé par Yves Sente serait ainsi plutôt un confrère de James Bond – les gadgets en moins - avec ce même charme auprès des dames, qu’il exerce en oubliant facilement son engagement auprès du Tout Puissant. Boucq en a fait un homme discret, efficace, et le réalisme de son trait donnerait presque l’impression que tout cela existe vraiment. Suite et fin de cette première mission dans « Week end à Davos »

Le Janitor, tome 1 – L’Ange de Malte
Scénario Yves Sente et dessin François Boucq
Dargaud, 2007 – 48 p. coul. – 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°42 - Juin 2007]

lundi 28 décembre 2009

Poison 1 - Immersion (2006)

Pigalle, 2007. Clara la prostituée fait son boulot. Elle monte les escaliers d’un immeuble anonyme. Elle est seule. Elle parle toute seule. Enfin, pas vraiment : elle décrit tous ses faits et gestes, à distance, à Zoran, faux sdf mais vrai flic comme elle, car Clara n’est autre qu’un agent de la Poison, cellule de lutte contre les réseaux de prostitution en Europe… Paroles rassurantes et ironiques, puis silence radio, jusqu’au coup de feu qui vient déchirer le tympan de celui qui écoute. Cette mission d’infiltration serait-elle en train de mal tourner ?

"Immersion" est à l’image de tous les premiers tomes des cycles introduisant une nouvelle histoire, de nouveaux personnages : il s’agit avant tout de bien poser protagonistes et décors. De ce côté, c’est réussi, et d’emblée, on s’intéresse au destin de Claire Guillot, jeune femme-flic brillante, qui choisit les mœurs à la sortie de l’école de police, et accepte la proposition qui lui est faite d’intégrer à ce qui s’apparente à une branche secrète des forces de l’ordre. Laurent Astier a construit son histoire en optant pour des allers et retours dans le temps qui laissent suffisamment de questions en suspens à un lecteur de plus en plus curieux. Graphiquement, le style lorgne sans complexe à la fois vers le manga, et les comics, c’est très net, jusque dans un choix de couleurs assez basique : de la bichromie, correspondant aux chapitres de l’album, qui sont autant d’épisodes-clés de la vie de l’héroïne. Cela peut paraître une option simpliste, mais le récit s’en trouve en fait renforcé, par une la création de réelles ambiances, propres à chaque lieu, et la sensation d’une véritable connivence avec les états d’âme de Claire/Clara. Un personnage central de femme, beaucoup de zones d’ombre à explorer, un album dynamique… pas besoin d’antidote pour rentrer dans l’univers de la Poison !

Poison, tome 1 - Immersion
Scénario et dessin Laurent Astier
Dargaud, 2005 – 96 pages couleur – 11 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°37-38, juillet 2006]

dimanche 27 décembre 2009

La Branche Lincoln 1 - Un Secret hors de la tombe (2006)

A la mort se son père, Ted Voss devient le patron de la Voss Metal & Mining incorporation, et se retrouve à la tête d’une fortune colossale. Mais en prime, dans les papiers familiaux, l’héritier de la puissante dynastie découvre de mystérieux agendas codés, ayant appartenus à son grand-père, et aux pages frappées du sceau d’un étrange cerbère. Sans le savoir, il vient de retrouver des documents liés aux origines de la Lincoln Branch – un autre mystère – et lui et les amis à qui il fait partager cette découverte vont vite se rendre compte qu’on ne déterre pas impunément les secrets les mieux enfouis des Etats-Unis…

Prévu en quatre tomes, ce thriller historico-politique démarre très bien. Herzet a choisi de faire voyager le lecteur dans l’histoire parallèle des Etats-Unis, en découpant son scénario en séquences historiques assez longues, qui permettent de comprendre petit à petit les rouages d’une intrigue assez riche. L’album s’ouvre ainsi sur une fusillade entre chasseurs de primes en 1910, revient à nos jours, repart vers le Rome mussolinien et 1929, avant de se terminer en plein suspense en ce début de vingt et unième siècle. C’est très habilement mené, Kowalski, le dessinateur, maîtrise son sujet, et pour une première association, ce nouveau tandem signe là des débuts assez encourageants. A suivre, donc…

La Branche Lincoln, tome 1 - Un Secret hors de la tombe
Scénario Emmanuel Herzet et dessin Piotr Kowalski
Le Lombard, 2006 - Collection Polyptyque – 48 p. coul – 13 €


[Chronique parue dans l'Ours Polar n°39 - Octobre 2006]

La Liste 66 tome 1 - Illinois (2006)

Elwood, Illinois, 25 avril 1961. On enterre Alice Poliac, femme de l’ingénieur Alex Poliac, morte dans un accident de voiture. Sitôt la cérémonie terminée, l’homme, visiblement anxieux, rentre chez lui, domicile qu’il sait truffé de micros et qu’il quitte immédiatement en compagnie de son jeune fils Rob. Il file chez Laura, la meilleure amie de sa femme, pour obtenir des éclaircissements sur l’étrange comportement de celle-ci au cours des derniers mois. Mais à la vue du jeune Rob, Laura entre dans une colère noire, accuse Alex de mille maux et finit par le menacer avec un revolver. Parvenant à s’enfuir, Poliac se rend alors dans un hangar abandonné, où l’attendent arme, argent et une liste qu’il apprend par cœur avant de la brûler. Pour l’ingénieur en fuite et son fils, c’est le début d’un long périple le long de la Route 66…

Encore un album inaugural dont le cœur de l’intrigue est l’histoire secrète des Etats-Unis, le sujet serait-il inépuisable ? Toujours est-il que le pays de l’Oncle Sam fascine toujours autant, et qu’Eric Stalner a choisi lui la période de la guerre froide pour se lancer dans une épopée de longue haleine qui empruntera la célèbre Route 66, de l’Illinois à la Californie. Faisons confiance à l’auteur pour donner suffisamment de souffle et d’originalité à ce cycle – prévu en 8 tomes, un vrai challenge, tout de même – pour entretenir l’intérêt de ses lecteurs. En tous cas, d’emblée, les ingrédients de ce premier tronçon, mêlant espionnage et crimes en série, action et psychologie, donnent vraiment envie de poursuivre la route en compagnie du secret Alex Poliac.

La Liste 66, tome 1 - Illinois
Scénario et dessin Eric Stalner
Dargaud, 2006. – 48 p. coul. – 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°39 - Octobre 2006]