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lundi 22 juillet 2024

[Adaptation] – Mysteras et la Cour d’épouvante : Le retour d’Harry Dickson chez Dupuis, par Headline, Vergari et Catacchio

 

Faut-il encore présenter le célèbre détective de l’étrange, Harry Dickson, alias le Sherlock Holmes américain ? Peut-être oui, car s’il a acquis au fil des décennies un statut de personnage classique de la littérature policière, le héros créée par Jean Ray, créée dans les années 20, reste certainement encore dans l’ombre des mastodontes Holmes (donc) et Lupin. Cette nouvelle reprise en cases marque une volonté – dixit les éditions Dupuis - de « lui redonner tout son prestige et ses lettres lettres de noblesses en offrant à ses exploits une adaptation graphique et narrative impeccable et pertinente ». 

 

D’abord – et donc – pour qui ne connaît pas encore Harry Dickson, sachez que c’est un détective suprêmement intelligent, et que ses enquêtes le mènent systématiquement aux frontières du fantastique : une banale affaire a vite fait de basculer dans le monde des fantômes, vampires, savants fous et autres ennemis baignant sans vergogne dans le surnaturel. Assisté du jeune et fidèle Tom Wills, sur qui Dickson compte surtout quand il s’agit de donner du coup de poing ou de revolver, tous deux résolvent des affaires aux rebondissements multiples et spectaculaires, dans des ambiances délicieusement flippantes. Voilà le tableau côté romans, ou plutôt novellas, car les histoires de Jean Ray sont plutôt de longues nouvelles, d’environ 70-80 pages.

Et pour inaugurer ce nouveau cycle d’adaptations, le trio Doug Headline- Luana Vergari (scénario) et Onofrio Catacchio (dessin) a choisi de se replonger dans l’imposant corpus de ces trépidantes aventures existantes (plus de cent) et a porté son choix sur ?? Mystéras ?? et la Cour d’épouvante pour ses deux premiers tomes. Choix judicieux car il permet d’entrain de plain-pied dans l’univers dicksonnien : un condamné électrocuté sur la chaise électrique réussit son évasion, pendant qu’une romancière prisonnière de sa propre tour ultra-moderne est enlevée - alors que c’est impossible - (Mysteras) et un homme – millionnaire - en proie à un cauchemar récurrent (il passe en jugement devant un terrifiant tribunal qui finit par le condamner à mort) en appelle à Dickson pour le sortir de ces songes de plus en plus réels (La Cour d’épouvante). Rien que ça !

Et dans les deux cas – les albums constituent une sorte de diptyque même s’ils peuvent se lire de manière indépendante – un génie du mal et de la manipulation est à l’oeuvre, un ennemi qui tient autant de Moriarty que de Fantômas…


Disons-le franchement : c’est avec un grand plaisir que le fan de Dickson (dont je suis) retrouve l’atmosphère si particulière qui règne dans les histoires de Jean Ray. Tout y est, des landes embrumées aux manoirs austères et menaçants, en passant par les déguisements audacieux, les créatures nocturnes inquiétantes, les courses-poursuites échevelées et les coups-fourrés de dernière minute. Un vrai feu d’artifice, réussi grâce au trait « ligne claire » adopté par Catacchio, et qui convient tout à fait à aux scénarios du duo Headline-Vergari. Il y a certes aussi un côté vintage dans ces planches, mais qui colle finalement bien à l'époque des intrigues de Jean Ray.

D’autres auteurs s’étaient déjà emparés de Harry Dickson, notamment par Vanderhaege, Zanon et Renaud (13 albums entre 1986 et 2018) ou par Nolane et Roman (13 histoires, cette fois, originales de 1992 à 2009) mais c’est certainement ce retour chez Dupuis, qui prévoit 1 tome par an, qui est le plus proche de l’esprit de la série. Si vous ne connaissiez pas encore le « Sherlock Holmes américain », c’est le moment ou jamais de le rencontrer. Lui et ses « ennemis vomis par l’enfer » (tels qu’ils sont qualifiés dans l’excellente postface du tome 2) dont le prochain sera « Le Vampire aux yeux rouges »… 


Harry Dickson *** , d’après Jean Ray

Scénario Doug Headline et Luana Vergari – Dessin Onofrio Catacchio – Dupuis, 64 pages couleur

1 – Mysteras (5 mai 2023)

2 – La cour d’épouvante (17 mai 2024)

lundi 17 juin 2024

[un scénariste à suivre] - Un hiver à l'opéra ? Quelque chose de froid ! Deux albums de Philippe Pelaez chez Bamboo et Glénat

 Bon, d'accord, je plaide coupable pour le titre en forme de jeux de mots laid mais n'emp^che : depuis une petite dizaine d’années, son nom revient régulièrement sur nombre de couvertures d’albums, dont une bonne poignée de polars : Philippe Pelaez fait désormais partie de ces orfèvres du scénario dont la moindre nouveauté mérite qu’on s’y arrête. Retour sur deux sorties récentes : Hiver à l’opéra (Bamboo – Grand Angle) avec Alexis Chabert  et Quelque chose de froid (Glénat) avec Hugues Labiano. 

 

Deuxième opus d’un cycle qui embrassera les quatre saisons, Hiver à l’opéra reprend là où Automne en Baie de Somme s’était arrêté : à la fin du XIXème, l’inspecteur Broyan, après une affaire politico-industrielle où il a fait tomber quelques têtes dont certaines haut placées, se retrouve près du licenciement. Et le voici, en cette année 1897, à l’Opéra Garnier, où débute une nouvelle affaire qui va émouvoir les foules, qui plus est en direct : un colonel chargé de la sécurité du Président de la République en personne est spectaculairement jeté en pâture au spectateurs, là pour La Damnation de Faust. C’est une autre damnation, et d’autres ombres de son passé auxquelles va être confronté Broyan, qui se lance dans l’enquête malgré sa radiation : qui peut bien être cette mystérieuse tueuse capée de rouge et masquée de blanc qu’il était à deux doigts d’arrêter ? Le scénario de Pelaez à la lisière du fantastique – hommage direct et assumé à Gaston Leroux – est une nouvelle fois magnifiquement mis en image par Alexis Chabert, qui restitue à merveille un Paris en plein Art Nouveau. Ses couleurs directes, au pastel ou à l’aquarelle, et ses décors fascinants (mention spéciale aux sous-sol labyrinthiques de l’Oéra-Garnier!) participent complètement à l’immersion totale dans l’univers créé par son scénariste. Il reste deux saisons à découvrir, alors vivement le Printemps !

 

Quelque chose de froid est l’album inaugural d’une trilogie baptisée Trois touches de Noir. Et l’entrée en matière donne tout à fait le ton… Nous sommes cette fois en 1936 dans l’Ohio, à Cleveland pour être précis où un dénommé Hedgeway, malfrat de son état, est de retour, mais… pour quoi faire ? C’est ce que se demande la police locale, qui décide de le tenir à l’oeil, en attendant de réussir à le faire parler sur des affaires passées : Hedgeway était visiblement bien vu par le parrain local avant de le trahir en emportant bijoux et livres de comptes… Et c’est dans un hôtel où les pensionnaires auraient pu figurer au générique du Freaks de Tod Browning qu’atterrit l’homme de main. Ce camp de base et ses inquiétants locataires est parfait pour la vengeance ourdie par Hedgeway : il lui reste à attendre la suite des événements, qui ne tarderont pas à se précipiter… 

 

C’est cette fois avec Hugues Labiano que Philippe Pelaez s’est associé pour ce qui est un véritable hommage au film noir des années 40-50. Et c’est graphiquement aussi réussi que dans le cycle évoqué plus haut… mais avec une ambiance nettement plus sombre ! Composé en bichromie où dominent le bleu-gris,et où les scènes nocturnes sont éclairées à la lune ou au néon, c’est une plongée au coeur d’une Amérique profonde et poisseuse que nous convient les auteurs. Et qui n’hésitent pas à convoquer la figure mythique d’Elliot Ness le temps de quelques scènes, et surtout de situer leur histoire au moment où la ville est en proie à la psychose du « tueur aux torses » (oui le « Torso » du comics de Brian Michael Bendis). Au-delà de cet aspect historique, c’est aussi tout le côté psychologique qui fait mouche dans le récit de Pelaez : son « héros » ne s’approche-t-il pas dangereusement du côté sombre de l’âme humaine au fur et à mesure que sa vengeance s’accomplit ? Une des nombreuses questions posées par cet album splendide, agrémenté d’un passionnant dossier sur le film noir en fin d’album, par Pelaez lui-même.

Là encore, on attendant la deuxième des Trois touches de Noir avec une impatience  certaine ! 

Et pour connaître en savoir un peu plus sur ce scénariste, rendez-vous cet été dans les pages du prochain numéro de la revue 813 (le n°149) pour un entretien avec Philippe Pelaez...

Ou tout de suite sur son site : De Bruit et de fureur.

(PS : pour cellezetceusses qui croient déjà avoir déjà lu cet article, c'est normal : il est passé dans le numéro 228 de la Tête en Noir. Je suis un bloggueur éco-responsable : je recycle)

 

Hiver à l’opéra ****

Scénario Philippe Pelaez et dessin et couleurs Alexis Chabert - Bamboo (Grand Angle)

72 pages couleurs -16,90 € - Parution octobre 2023

 

Trois touches de Noir - Quelque chose de froid ****

Scénario Philippe Pelaez,dessin Hugues Labiano, couleurs Jérôme Maffre – Glénat

64 pages bichromie -15,50 € - Parution 6 mars 2024

lundi 25 décembre 2023

[La montagne ça vous gagne ] – La Neige en deuil (Rue de Sèvres) : Dominique Monféry remporte le Prix Clouzot 2024

 Le jury du Prix Clouzot 2024 de la BD du festival « Regards Noirs » de Niort » présidé cette année par le scénariste Mark Eacersall, a fait son choix, début décembre.

Et après l’excellente adaptation de l’inadaptable et mythique Shibumi de Trevanian par Pat Berna et Jean-Baptiste Hostache c’est Dominique Monféry qui décroche la timbale pour son adaptation de La Neige en deuil un roman de 1952 signé… Henri Troyat.

L’histoire ? En voici le résumé par l’éditeur lui-même :

Isaïe et Marcellin, deux frères, vivent depuis toujours dans leur bergerie familiale au sein de la montagne. Tout semble pourtant les opposer. Isaïe, marqué par un grave accident d'alpinisme lui ayant laissé des séquelles, vit pour s'occuper de ses moutons. À l'opposé, Marcellin rêve de quitter la monotonie de ce quotidien pour rejoindre la ville et ouvrir son magasin. Un jour, un avion s'écrase au sommet de la montagne. On raconte qu'il abrite de l'or. Prêt à tout pour arriver à ses fins, Marcellin propose à Isaïe une dangereuse expédition à la recherche de l'épave, quitte à mettre en péril leur relation fraternelle.

 

Un prix Clouzot original, pour un roman noir d’un auteur dont ce n’était vraiment la spécialité… Henri Troyat, prix Goncourt 1938 (L’Araigne, Plon) était surtout connu ses sagas historiques et ses nombreuses biographies. La Neige en deuil lui avait été inpiré par le crash d’un avion d’Air India, le Malabar Princess sur le glacier des Bozons (Mont Blanc) en novembre 1950. 

 

Le roman de Troyat avait aussi été l’objet d’une adaptation ciné en 1956, par Edward Dmytryk, avec le duo Spencer Tracy-Robert Wagner dans les rôles principaux.

Une idée de projection pour la prochaine édition de Regard Noirs (7 au 9 mars 2024)

 

 En attendant, plongez-vous dans cette tragédie familiale, pour laquelle Dominique Monféry a réalisé de somptueux décors, et où la montagne oppressante et glaciale, vient tendre de plus en plus les relations entre les deux frères. Une vraie découverte !


La Neige en deuil ****

Scénario et dessin Dominique Monféry d’après Henri Troyat

Rue de Sèvres - 80 pages couleurs – 19 € 

Sortie le 27 septembre 2023

lundi 27 novembre 2023

[Vous m’en direz des nouvelles] – L’Alibi (Philéas), Miséricorde (Dupuis) et Gun Men of the West (Grand Angle) : 3 albums, 31 histoires

 Hasard des calendriers éditoriaux, trois collectifs regroupant la fine-fleur des scénaristes et dessinateurs et trices sont sortis en ce mois de novembre. Polar, Noir et Western : chacun y trouvera son genre préféré...

Je vous avais déjà tout le bien que je pensais du précédent collectif « Le Crime parfait », paru l’année dernière chez Phileas, à la même époque. L’éditeur récidive avec cette fois un autre thème, celui de l’alibi : cela donne dix histoires au coeur desquelles innocents comme coupables tentent de s’en tirer en invoquant toutes les raisons possibles et imaginables pour convaincre qu’ils n’y sont absolument pour rien dans l’affaire dans laquelle ils sont empêtrés… Et cela marche ? Pas sûr… A vous de voir ce que les auteurs de ce nouvel opus ont imaginé pour leurs personnages. Ce qui est certain c’est que vous allez vous retrouver plongé dans différentes époques, et que vous croiserez le KKK, une agence un peu spéciale, un clown, des jumeaux, un voisin trop bruyant et toute une galerie de personnages plus ou moins mémorables. Mon chouchou de ce collectif ? « Contre tout alibi » de Galandon et Blary, où un vieux couple se déteste si cordialement que… Ah ah, à vous de voir !

Un collectif tout aussi réussi que « Le Crime parfait », en attendant un autre ? Le polar ne manque pas de matière pour d’autres volumes…

 

Ce n’est pas une thématique mais un auteur qui fait le lien des sept histoires composant Miséricorde, chez Dupuis, et cet auteur n’est autre que l’illustre Jean Van Hamme (que je ne vous fait pas l’affront de vous présenter). Ce sont en effet sept de ses nouvelles, écrites entre 1968 et 2008, qui sont adaptées ici, sept textes rappelant que Van Hamme a toujours été cet écrivain imaginatif et inventif, roué à l’art de la chute ou à la création de situations à la tension montante. On est ici plus proche des épisodes angoissants de « SOS Bonheur » que des aventures mouvementées de Largo Winch, et on approche même les frontières du réel avec « Les Bretelles » (dessin Munera), une histoire qui aurait très bien pu être un épisode de la Twilight Zone. Mon chouchou de ce collectif ? « Les dents de l’amour » (dessins Christian Durieux) ou la naïveté dans toute sa cruelle splendeur.

 

 Enfin, ce rapide tour d’horizon se terminera à cheval, sur les traces des gunfighters du wild wild West : celui des Etats-Unis of course ! Gun Men of the west est le troisième collectif western de Grand Angle (Bamboo) après Go West ! Et Indians !, tous les trois sous la houlette et des scénarios de Tiburce Oger. Je n’ai pas lu les deux premiers, mais je vais me rattraper car ce Gun Men est vraiment excellent ! Oger et Hervé Richez se sont penchés sur la figure certainement la plus mythique de la légende western : le hors-la-loi. Une évidence aux yeux de Tiburce Oger, mais avec une autre approche que celle peut-être attendue en la matière : « Je souhaitais montrer des desperados différents de ceux qui sont connus du grand public. Nous évoquons les trajectoires de certaines figures, comme Billy The Kid, mais je me suis essentiellement intéressé aux oubliés de l’Histoire. Je voulais aussi rappeler que l’on pouvait être un hors-la-loi sans être forcément un homme, ni même un humain... » . Allusion ici à l’histoire la plus originale – et dingue ! - de l’album , « La ville qui pendit un éléphant », dessinée par Jef et Nicolas Dumontheuil. Mon chouchou pour ce collectif-là.Avec « Le Conteur » qui ouvre et clôt l’album, en liant toutes  les histoires par la voix d’ un armurier braqué par un jeune homme, à qui il décrit tout le catalogue des revolvers, carabines et autres armes de l’époque. Très bonne idée !

Trois bons albums, donc, qui ont également tous en commun le fait de faire découvrir – ou retrouver – des dessinateurs et dessinatrices, et d’aller voir le reste de leur œuvre. C’est aussi l’intérêt des collectifs ; susciter la curiosité.


L’Alibi – 10 histoires ****

Textes Galandon, Bétancourt, Lambour et Le Roux – Dessins Astier, Guérineau, Manini, Berlion,Robin, Blary, Springer, Beaulieu, Pujol, Froissard et Labiano

Phileas – 112 pages couleurs – 19,90 € - Sortie le 2 novembre 2023

Et édition Canal BD – 23 €

 

Miséricorde – 7 nouvelles ***

Textes Jean Van Hamme - Dessins Bazin, Bertail, De Jongh, Dijef, Durieux, Efa et Munuera

Dupuis – 96 pages couleur – 16,95€ - Sortie le 3 novembre2023


Gun Men of the West – 14 aventures de gunfighters ****

Scénario Tiburce Oger avec la collaboration d’Hervé Richez- Dessins Bertail, Blasco-Martinez, Carloni, Dumontheuil, Gastine, Hérenguel, Hirn, Jef, Labiano, Meynet, Rossi, Toulhoat et Vatine

Grand Angle – 112 pages couleur – 19,90 € - Sortie le 15novembre 2023

Et édition luxe noir et blanc – 120 pages – 29,90 €

lundi 13 novembre 2023

[Introuvable !] – L ‘ Affaire Chaland, d’Alep et Deloupy (Jarjille)

 


Allez, pour une fois, je vais parler (un peu) de moi… Vous vous rappelez de Pierre de Gondol, le libraire-enquêteur créé par Jean-Bernard Pouy aux éditions Baleine en 2000 ? Spécialisé dans les énigmes littéraires, il résolvait des mystères les plus inattendus du fabuleux monde des Lettres. Des mystères apportés par des clients de ses « Dix maîtres au carré », fièrement estampillée plus petite librairie de Paris. Dix tomes parus en deux ans, par autant d’auteurs différents, l’aventure éditoriale s’achevait en octobre 2002 par « La Parabole de la soucoupe », écrit par le duo Pelé-Prilleux : une enquête entièrement autour de l’oeuvre d’Yves Chaland, avec comme point de départ une case de  La Comète de Carthage..

  

Depuis 2006, Pierre de Gondol a trouvé son alter ego en la personne du duo Lucia et Max, libraires à Saint-Etienne, propriétaires de « L’Introuvable », spécialisé en Bandes dessinées : neuf, anciens… et toutes sortes de choses du Neuvième Art. Tenez voici leur carte :


Alep est aux dialogues et Deloupy au dessin, mais tous deux construisent les scénarios de leurs enquêtes, un fonctionnement pas si courant dans les tandem BD. Après une première enquête éponyme introductive qui plante décors et personnages,Lucia et Max sont lancés sur la piste rêvée de tout collectionneur : un inédit d’Hergé (Faussaires, en 2 tomes, 2008 et 2010). Puis Lucia est envoyée seule en Normandie pour des retrouvailles avec une amie qui a ouvert une libraire polar, et dont le mari a écrit un roman noir qui semble un peu trop réaliste (Lucia au Havre, 2013). Et dans Le Collectionneur (2020), c’est cette fois Max qui va être sous la lumières, même si là encore les ombres de son passé vont surgir… et le ramener en Espagne sur les lieux de sa naissance. Et au pays des fanzines…


Sous le trait élégant, chaleureux et précis de Deloupy, digne héritier de la ligne claire, ces enquêtes sont de véritables pépites pour tout amoureux des livres, et plus particulièrement des bandes dessinées.

Alors il était presque une évidence que les pas des auteurs, Stéphanois comme leurs héros, les conduisent tout droit à Yves Chaland, dessinateur mythique s’il en est, disparu en 1990, maître de cette fameuse Ligne Claire, et dont les inconditionnels sont toujours nombreux. 

 Le créateur de Freddy Lombard et du Jeune Albert (entre autres) est cette fois au centre de cette nouvelle aventure de la librairie, au titre on ne peut plus parlant : « L’Affaire Chaland ». Et revient sur un épisode véridique : le vol de planches originales exposées lors d’une expo hommage au dessinateur en 1996. Je ne dévoilerai pas ici pas davantage l’intrigue, jubilatoire et même instructive car s’appuyant sur des faits concrets et exacts, mais je précise qu’elle est exactement dans l’esprit des précédentes, et « colle » en fait à l’univers du dessinateur disparu. On y retrouve même une célèbre case de Chaland, arrivant pile au bon moment dans le récit.


Elle permet de se replonger à son époque, on a même l’impression de se retrouver à ses côtés. Cela m’a rappelé notre roman, par son ambiance, « La Parabole de la Soucoupe » (ah je vous avais dit que je vous parlerai de moi), et toute l’histoire construite autour de cet auteur, que nous n’avons jamais rencontré, Michel Pelé et moi-même. Et qui d’autre que le duo Alep-Deloupy pour écrire et dessiner une pareille histoire ? Personne…

Deloupy avait d’ailleurs il y a quelques années dessiné une couverture de l’aventure de Freddy Lombard annoncée au dos de Vacances à Budapest  la voici :

Une couverture que nous ayons bien aimé avoir pour le dernier Pierre de Gondol… Qui sait, si un jour une réédition voit le jour ?

En attendant, lisez l’Affaire Chaland, dans une de ses deux versions : celle en crayonnés, noir et blanc, dont il reste quelques exemplaires, ou en édition couleur courante, agrémentée d’un inestimable « Dossier Chaland » de 14 pages.


En fait, lisez donc les deux... et toutes les autres enquêtes de l’Introuvable !

L’Affaire Chaland *****

Texte et dessin Alep & Deloupy - Jarjille, 2023

Version crayonnée - 67 pages noir et blanc – Tirage 226 exemplaires – 42 €

Version courante – 80 pages couleurs – 17 € - Sortie le 8 septembre 2023


et les autres enquêtes de la librairie « L’introuvable » à retrouver ici chez Jarjille 

 

 

mercredi 8 novembre 2023

[Règlement de comptes] - Douze, d’Herik Hanna et Hervé Boivin (Delcourt)

Welcome to the club !

C’est un peu ce que pourrait dire l’hôte mystérieux – alias L’Hydre – qui a invité douze personnes à passer une semaine dans un hôtel au coeur des Alpes, entièrement privatisé à leur attention. Même le personnel habituel est prié de vider les lieux, qui ne sait même pas qui sont ces invités…

- Et ils bossent dans quoi ces deux-là ?

- Euh… Relations publiques, j’sais pas trop quoi. Ça a l’air d’être une belle bande d’enculeurs de mouches si tu veux mon avis.

C’est un peu plus compliqué que cela en fait. Les douze en question ne disent pas grand-chose sur eux-mêmes, mais certains semblent déjà se connaître, du moins de nom ou de réputation. Tout est fait pour que leurs premiers instants à l’hôtel soient un peu obscurs : un numéro attribué à chacun – on ne dit pas tout de suite qui on est – un hôte qui demeure pour le moment invisible, l’accueil étant assuré par deux énigmatiques sœurs chinoises qui donnent les consignes, et qui précisent que pour les servir, ils peuvent compter sur Albert, un majordome muet. Pratique pour poser des questions.

Mais celles-ci vont vite trouver des réponses quand l’hôte paraît, sous un masque pour le moins exotique, et demande, après un dîner un peu particulier, à chacun de se présenter, enfin, de dire ce qu’il veut bien de lui-même. La nuit qui va suivre ce repas courtois mais tendu va-t-elle porter conseil ? Réponse sanglante aux douze coups de midi…

Cette histoire qui voit le retour dHervé Boivin aux affaires pour un polar d’un genre bien différent de son dernier album « 7 frères » (toujours chez Delcourt), et son intrigue au coeur d’une loge maçonnique, signée Convard et Camus. Mais c’est tout de même un autre scénariste de cette même collection « 7 », qui signe cette histoire : Herik Hanna. Son 7 Détectives, véritable hommage au roman policier de l’âge d’or (celui du roman à énigme) avait été un vrai succès donnant lieu à une sous-collection, où chacun des 7 détectives avait eu droit à son album.

Et le début de ce Douze est complètement dans ce registre du mystère à l’ancienne : des personnages arrivant un à un dans un hôtel de luxe, chacun s’observant en chien de faïence, ou essayant de capter l’attention des autres, comme ne peut s’empêcher de le faire le volubile Wolfgang Ober, ex-policier de Hambourg reconverti en chasseur « de tout ce qui marche, nage et flotte sur cette planète ». Mais c’est plutôt le numéro 6 de l’assemblée, Matt Brakovitz, qu’Hanna et Boivin nous invitent à suivre depuis son arrivée à l’hôtel, et qui sert un peu de guide au lecteur délicieusement perdu dans cette assemblée où la seule femme présente ne semble pas la moins dangereuse du lot. Après cette longue introduction feutrée – sur près de 40 pages – le rythme va s’accélérer d’un coup, sitôt les douze coups de midi passés. Et là, on entre dans un autre registre narratif et graphique, qui fait tout autant mouche. Inutile d’en dire plus, si ce n’est que le style réaliste d’Hervé Boivin fait merveille dans cette histoire dont la trame n’est pas sans rappeler par certains côtés le Button Man (alias l'Executeur chez Delirium) de Wagner et Ranson. Le tout sous une couverture vraiment réussie : bon séjour dans les Alpes pour les fêtes !

Et petit rappel : Hervé Boivin sera présent les 18 et 19 novembre au toujours très couru salon Noir sur la Ville de Lamballe (avec Emmanuel Moynot pour former le duo BD de cette édition)

Douze ****

Scénario Herik Hannah et dessin Hervé Boivin

Delcourt – 80 pages couleurs – Collection Machination – 15,95 €

Sortie le 8 novembre 2023


samedi 4 novembre 2023

[Trois coups de Bamboo] – L’Elixir de Dieu, l’inspecteur Balto et 13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter (Grand Angle)

 Ou encore : la nonne trafiquante, le flic retraité et l’agent d’assurance viré. Un tiercé gagnant sous un label, Grand Angle, qui a fêté ses 20 cette année et dont les pages noires du catalogue sont de plus en plus fournies. En piste pour la revue express !

Arrivée en tête – ou la première dans l’ordre chronologique – Soeur Holly et ses amies du couvent Saint-Patrick, Massachusetts, qui dans l’Elixir de Dieu, se livrent à des activités que la morale de l’époque réprouve, et que le Très-Haut n’accepte qu’avec une certaine réticence. Suppose-t-on. Car en effet, le vin de messe étant autorisé pour une communion optimum avec le Corps du Christ, y aurait-il un inconvénient majeur à l’améliorer un peu en distillant soit-même un alcool maison du meilleur goût ? Bon, nous sommes en pleine Prohibition, alors les risques sont tout de même un peu là… Mais c’est la seule solution pour les religieuses de sauver leur couvent, étranglé par la Western Union, menacé par les bootleggers locaux, sans oublier que le KKK est en grande forme dans la région…

Le scénario de Gihef est particulièrement réussi et jubilatoire. Comme il le dit lui-même ; « il y a  un chouia de Sister Act, même si j’ai voulu m’en écarter, difficile de ne pas y penser. Et certainement une dose de Breaking Bad ». Certainement pour le côté débutantes dans le métier des bonnes sœurs. Pour le reste, les ingrédients sont savamment distillés, et les personnages vraiment bien campés. Christelle Galland, la dessinatrice, a su donner corps et esprits à toutes ces âmes en peine, et il y a un petit côté féministes déterminées qui se dégage de la Congrégation tout à fait jubilatoire : ces dames ne sont-elles pas en train de damer le pion aux mâles locaux ? Les scènes d’action – excellentes – montrent en tous cas qu’il faudra compter sur elles pour défendre leur dû. Second tome du diptyque à paraître certainement en début d’année 2024. Allumons un cierge pour qu’il arrive vite !

 

Ce qui arrive vite, et d’un coup, c’est la cascade de tuiles sur la tête de Jonathan Lassiter, en ce mois de septembre 1966, dans la riante cité de Keanway, Nebraska. Ce jeune homme agent dans une compagnie d’assurance touche en effet le gros lot dans la même journée : il se fait licencier, sa petite amie lui annonce qu’elle le quitte et il se fait délester son portefeuille, ce dont il se rend compte au moment de payer le double whisky qu’il vient de s’enfiler pour oublier cette journée poisseuse. Mais dans son malheur, il a une sorte d’ange gardien : un étrange quinquagénaire, élégant, raffiné, le sourire narquois et le bon mot aux lèvres. Edward semble se prendre de sympathie pour le désolé et désolant Jonathan, et commence par lui payer sa consommation. Avant de lui proposer de devenir son chauffeur le temps de cette soirée, où Edward semble fêter un anniversaire, mais lequel ? Jonathan n’hésite pas longtemps à suivre ce dandy providentiel, sans se douter que cela va l’entraîner bien plus loin que la nuit, dans une sarabande d’événements qui vont le dépasser un peu, beaucoup… Et cela va durer 13 heures et 17 minutes…

L’oeuvre d’Eric Stalner est dense, riche et passionnante, et fait souvent des haltes du côté du polar (j’ai un faible pour la Liste 66, parue chez Dargaud de 2006 à 2010) et ce one-shot qu’il situe à nouveau aux Etats-Unis en est un de la meilleure facture. Son duo de personnages Edward-Jonathan est assez fascinant, et on se demande jusqu’au bout de quoi va accepter d’aller Jonathan, pris dans un engrenage assez infernal, où il va faire plus d’une rencontre qui vont l’amener à autant de choix, de réactions, de décisions. Car c’est toute la subtilité de son mentor d’un soir : Lassiter a souvent le choix, histoire de rappeler que la vie n’est pas destinée à être subie à chaque instant. Restera-t-il le Jonathan un peu apeuré de la couverture (très réussie elle aussi) ? Réponse dans cet album noctambule et crépusculaire, tout en nuances de gris teinté de rouge vif. Celui du sang qui ne fait qu’un tour dans les veines, ou qui coule quand c’est trop tard… Excellent récit à l’ambiance noire, 13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter vient rappeler au cas où on l’aurait oublié tout le savoir-faire d’Eric Stalner dans le genre. 

 Tenez, une petite vidéo sympa à l'occasion justement des 20 ans de Grand Angle : 



 

Aurélien Ducoudray fait lui aussi partie des scénaristes qu’on ne présente plus et à la biblio polar assez importante et le plus souvent originale (Mort aux vaches et La Faute aux chinois, avec Ravard, Bekame avec Pourquié… et aussi la reprise modernisée et avortée de Bob Morane avec Brunschwig et Armand…) et c’est cette fois avec Damien Geffroy qu’il met en scène un policier forcément particulier : L’inspecteur Balto. Particulier car tout simplement à la retraite, mais toujours au boulot bénévolement… Alors évidemment, comme il n’a plus vingt ans, son affaire en cours se fait plus dans la douceur et la discrétion que dans le déluge de feu et de plomb. Cela vient directement de l’envie de Ducoudray de « dialogues plus que d’action et de répliques « à la Audiard » dans un monde passé devenu désuet qui ne se reconnaît plus aujourd’hui, un monde avec des vieux quoi ! » Alors évidemment, quand Balto se charge de retrouver une disparue qui officie secrètement comme cam-girl, cela fait un peu choc des mondes et des époques. Et c’est bien là l’intérêt principal de cette histoire (un one-shot), de voir évoluer ce flic à l’ancienne dans une société dont les codes lui échappent peu ou prou, mais qui a encore des réflexes et des méthodes à l’ancienne qui peuvent parfois se révéler efficaces. Et puis il y a tout ce passé qui pèse sur Balto, en lien direct avec sa femme, dont on va découvrir petit à petit la place dans sa vie de flic et d’amoureux. Les aller-retours présents-passés fonctionnent très bien et Damien Geffroy a su parfaitement mettre en scène cette partie du scénario, tout comme le reste, où son style est tout à fait adapté aux états d’âmes du vieux flic solitaire, et aux personnages imaginés par son scénariste. Mention spéciale à Brenda, passagère et effcace garde du corps de Balto. Encore un truc qu’il n’aurait pas vu de son temps, tiens ! Espérons le retrouver pour une autre enquête, comme le laisse présager la dernière case de cet album…


LElixir de Dieu Tome 1 ****

Scénario Gihef, dessins et couleurs Christelle Galland

Grand Angle – 64 pages couleur – 16,90 € - Sortie le 1er Février 2023


13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter ****

Scénario et dessin Eric Stalner

Grand Angle – 104 pages couleur – 19,90 € - Sortie le 31 mai 2023


Inspecteur Balto ***

Scénario Aurélien Ducoudray, dessins Damien Geffroy et couleurs Mathilde D’Alençon

Grand Angle – 64 pages couleur – 16,90 € - Sortie le 28 juin 2023

lundi 30 octobre 2023

[Partir] - La Meute de Herry et Samama et Le Passeur de lagunes de Dabitch et Macola (Futuropolis)

 Deux albums parus à quelques mois d’intervalle chez Futuropolis, aux intrigues éloignées géographiquement, et bien différentes dans leur construction comme dans leur propos, sont tout de même à rapprocher par leur thématique centrale  : l’irrépressible envie d’être ailleurs…

Dans La Meute de Cyril Herry et Aude Samama, il est question de la fugue de deux ados, Victor et Marina, à travers la forêt Limousine, au moment même où un loup semble avoir fait sa réapparition dans la région. Les deux jeunes ont fait le choix de quitter une petite ville et une vie étouffantes pour se perdre dans la forêt proche, un havre pour Victor, qui en connaît tous les recoins, les secrets, les ressources et où, « ll n’y a aucune raison d’avoir peur dans les bois. Sauf des hommes ». Car c’est bien des hommes dont les deux fugueurs veulent se préserver, plus précisément de tous ces villageois qui savent tout de tout le monde, et qui ont bien évidemment leur avis sur les raisons de cette disparition. Alors qu’évidemment ils sont ignorent complètement ce qu’il s’est passé, mais ne peuvent s’empêcher de le dire… « A vouloir sans cesse tout savoir des autres, vous allez finir par leur inventer une vie qu’ils n’ont pas » essaie de clouer le bec une infirmière à domicile à une dame d’un âge respectable qui n’en finit pas de déblatérer sur les autochtones. Et c’est en fait toute la ville qui a son mot à dire, ou plutôt sa rumeur à colporter, son on-dit à rapporter, alors que chacun oublie de regarder un peu plus près ce qui se passe sous son propre toit. Et il est facile de comprendre ce désir de fuir des deux jeunes qui ne trouvent absolument par leur place dans ce monde, tout comme d’autres, tout aussi prêts dans leur tête à suivre l’exemple de Victor et Marina. Enfant, ado, jeunes hommes et femmes, ils sont aussi cette autre meute du titre, celle qui est avide d’espace et de liberté et qui n’aspire qu’à une chose : respirer. Les peintures d’Aude Samama viennent magnifier, tout en douceur, cette irrépressible soif d’échapper à un monde violent en tous points .

 


 

C’est à Venise, que Christophe Dabitch a trouvé la source d’inspiration de son histoire, et plus précisément dans sa lagune que le dessinateur italien Piero Macola lui a fait explorer dans tous ses recoins. Et cela donne le Passeur de lagunes, où le jeune Pablo, qui accompagne souvent son père pêcheur, a lui aussi des envies d’ailleurs, même s’il peut compter sur sa bande de copains pour passer le temps et tromper l’ennui, en traficotant un peu, beaucoup, de ce nouvel opium du peuple, la Rose, aux vertus rares, puisqu’elle effacerait les mauvais souvenirs… Mais bientôt le père de Pablo disparaît, et pas question de filer voir la police pour le signaler : autant mener sa propre enquête, même si elle va révéler des secrets… Au delà du drame familial qui se joue pour Pablo, ce sont des destinées entières qui sont évoquées dans cet album, dont le titre donne évidemment la piste : celles et ceux qui veulent fuir ici sont aussi les clandestins, et la Cité des Ponts un point de passage obligé. Et c’est justement dans ce méandre que constitue la lagune que les hommes se perdent, ou se trouvent piégés, de l’intérieur ou de l’extérieur, car l’ouverture sur la mer, et la liberté qui va avec, a disparu avec le temps … « Quand ils ont fermé les frontières, les digues sont devenus des murs », affirme son grand-père à Pablo. Le monde change, les certitudes d’hier vacillent, c’est aussi le sens de ce récit initiatique subtil et sensible. Et au fil des pages, les superbes aquarelles de Piero Macola viennent nous rappeler que la nature peut être douce et cruelle à la fois, alliée ou adversaire, et qu’elle peut emmener, pour celui qui prend son temps, ailleurs. Cet album est à lire et relire, tant il donne à méditer, contempler. Et s’évader.


La Meute ****

Scénario Cyril Herry et peintures d’Aude Samama

Futuropolis – 152 pages couleur – Sortie le 8 février 2023

Le Passeur de lagunes ****

Scénario Christophe Dabitch et dessin Piero Macola

Futuropolis – 224 pages couleurs – Sortie le 13 septembre 2023



samedi 21 octobre 2023

[Tizing] - Douze (Delcourt) – Human Target (Urban Comics) – Arcadium (Ankama) : trois excellents polars à venir !

 Trois très bons albums, de genre bien différents vont arriver dans les rayons de vos libraires préférés, et selon votre nuance de polar préféré, il y a certainement de quoi vous en mettre plein les yeux. Petite revue expresse, avant des chroniques plus détaillées à venir.

Deux titres sortent ce vendredi 27 octobre. 

L’imposant Human Target (plus de 400 pages) par Tom King et Greg Smallwood. Il s’agit là de la reprise d’un personnage assez atypique de l’univers DC, Christopher Chance. Créé en 1972 pour Action comics, par Wein et Infantino, Chance, alias la « Cible Humaine » n’a qu’un métier : prendre l’identité – et la place – de personnes susceptibles d’être victimes d’assassinat ou autre agrément. Sur cette base, King et Smallwood relancent Chance dans une ultime aventure, où il prend les traits de Lex Luthor, éternelle cible d’ennemis jurés. Chance déjoue un attentat contre Luthor, mais n’échappe pas à un poison qui lui était destiné. Mais qui a bien pu réussir à passer les contrôles de sécurité du milliardaire pour amener ce poison mortel à effet lent ? Chance a douze jours pour trouver, et il est vite sur la piste de suspects pourtant respectables : la Ligue de Justice… Excellente reprise, en tous points de vue, avec son scénario en compte à rebours et son dessin d’une rare élégance. Et encore une fois la preuve qu’on peut croiser les genres et que les super héros sont tout à fait à leur place dans une intrigue purement polar.


Ce même jour sort également l’étonnant et fascinant Arcadium, chez Ankama. Nikopek, son auteur, y déploie une intrigue en hommage direct aux années 80, tendance zone Z, ou culture populaire, si vous préférez. Les références ici sont fantastiques (Carpenter et Cronenberg en tête), métalliques (… Metallica !) et bien sûr, vidéoludique : toute l’intrigue, complexe, tourne autour d’un jeu d’arcade – le bien nommé Arcadium – et de son action maléfique sur ceux qui y jouent. Pour faire simple, hein, parce que les  personnages plongés au coeur de cette nuit américaine flippante, ont bien du mal à retrouver le sens de leur monde réel à eux. Magnifiquement mis en images, cet album, qui a aussi un petit côté Stranger Things – bah oui – est une vraie découverte. Un petit coup d’oeil ici sur le teaser, pour vous mettre dans l’ambiance.



 

Enfin, début novembre, un bon vieux polar aux recettes éprouvées mais terriblement efficaces arrive, il est l’oeuvre d’Herik Hanna et Hervé Boivin, et il s’agit de Douze chez Delcourt.

 Un hôte mystérieux – alias L’Hydre – a invité douze personnes à passer une semaine dans un hôtel entièrement privatisé à leur attention. Douze invités qui ne disent pas grand-chose sur eux-mêmes, mais certains semblent déjà se connaître, du moins de nom ou de réputation. Tout est fait pour que leurs premiers instants à l’hôtel soit un peu obscur : un numéro attribué à chacun – on ne dit pas tout de suite qui on est – un hôte qui demeure pour le moment invisible, un accueil assuré par deux sœurs chinoises tout aussi énigmatiques et pour toutes les questions, chacun peut compter sur Albert, un majordome muet. Très pratique pour avoir des réponses.

Mais celles-ci vont vite arriver à l’apparition de l’hôte , qui, sous un masque pour le moins exotique demande, après  un dîner un peu particulier et un brin tendu, à chacun de se présenter, enfin, de dire ce qu’il veut bien de lui-même. Et la  nuit qui suit va être particulièrement agitée…

Parfait quasi-huis-clos pour ce polar qui commence comme du Agatha Christie pur jus et se termine en apocalypse. Le style réaliste d’Hervé Boivin fait merveille dans cette histoire qui n’est pas sans rappeler par certains côtés le Button Man de Wagner et Ranson. Et la couverture est vraiment réussie !

Hervé Boivin sera présent les 18 et 19 novembre au toujours très couru salon Noir sur la Ville de Lamballe (avec Emmanuel Moynot pour former le duo BD de cette édition)



The Human Target *****

Scénario Tom King, dessins Greg Smallwood. - Traduction et préface Maxime Le Dain

Urban comics – 424 pages couleur - Collection DC Black Label - 35 €

Sortie le 27 octobre 2023


Arcadium ****

Scénario et dessins Nikopek

Ankama – 144 pages couleurs – 20,90 €

Sortie le 27 octobre 2023


Douze ****

Scénario Herik Hannah , dessins Hervé Boivin et couleurs Gaétan Georges

Delcourt – 80 pages couleurs – Collection Machination

 Sortie le 8 novembre 2023