Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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dimanche 6 mars 2022

[FIBD 2022] – Fauve Polar SNCF : la sélection des 7 albums en compétition

 Qui pour succéder à « Ghost 111 » de Mark Eacersall, Henri Scala et Marion Mousse (Glénat) lauréat du Fauve Polar SNCF 2021 ? Le jury aura fort à faire car la sélection proposée par le FIBD pour la catégorie polar de son palmarès couvre de larges pans du genre, jugez plutôt :

- Commissaire Kouamé, T.2, Un homme tombe avec son ombre, de Marguerite Abouet et Donatien Mary (Gallimard BD) 

Ou comment le survolté commissaire et son fidèle adjoint Arsène vont s’échiner à retrouver la fille d’un richissime industriel français, disparue en plein Abidjan. Une enquête dans une Afrique vivante et authentique, des personnages mémorables, une intrigue solide, un rythme effréné, et … un humour à l’épreuve de tout maraboutage !

- Goodnight Paradise, de Joshua Dysart et Alberto Ponticelli (Panini Comics)

Ou comment Eddie, sans-abri écumant les rues du très prisé quartier de Venice Beach à Los Angeles va tenter de faire éclater la vérité sur l’assassinat d’une jeune femme que tout le monde semble vouloir oublier… et faire taire. Un des comics les plus noirs de l’année !

- Impact, de Gilles Rochier et Deloupy (Casterman)

Ou les destins parallèles et croisés (ah ah, oui les deux à la fois) de Dany, quadra marginal et impulsif à deux doigts de l’incarcération et de Jean, retraité à deux orteils de la tombe. Tous deux ont des secrets un peu trop lourds à porter… Un récit habile et subtil, et un regard acéré sur la France d’ici et maitenant.

- L'entaille, d'Antoine Maillard (Cornélius)

Ou l’irruption d’un tueur d’ados à la batte de base-ball dans une petite bourgade américaine. Passée au révélateur du serial-killer, la quiétude apparente de la ville explose, et les jeunes protagonistes de cette histoire vont mûrir d’un coup… ou mourir. Superbe hommage au cinéma de genre, par un nouveau venu dans la bande dessinée.

- Factomule, d'Oyvind Torseter (La joie de lire)

Ou comment Tête de Mule, factotum du Président se fait voler son identité… et sa place auprès du grand homme qui s’apprêtait à lui confier une mallette de la plus haute importance. Un « grand thriller politique international » déroutant, délirant et… norvégien. Une découverte savoureuse !

- Nouveaux Détours, de Jean-Claude Götting (Barbier)

Ou cinq histoires aussi courtes que noires qui nous amènent sur les routes de l’Amérique des fifties et où les personnages ne sont pas loin d’être des losers magnifiques. Diners, motels, barber-shop et petites villes sont au menu de ce road-trip sombre et élégant. 

- Reckless, d'Ed Brubaker et Sean Phillips (Delcourt)

Où le dénommé Ethan Reckless, un type discret à qui on fait appel pour régler des problèmes que les autorités officielles ne pourraient résoudre voit débarquer une « cliente » qui n’est autre que son ex, disparue depuis leurs années d’étudiants radicaux. Un retour qui le plonge dans une course contre la montre d’un homme pris dans les roues d’un engrenage infernal. Un excellent cru des maîtres du genre…

Alors oui, le choix va être difficile. Verdict samedi 19 mars ! 

A bientôt pour le programme des rencontres polar sur l'espace SNCF !  En attendant, pour des infos sur le FIBD, suivez le guide officiel 

 


jeudi 3 février 2022

Mes albums préférés de l’année 2021 [3/3] – Commissaire Kouamé et L’Echelle de Richter (Gallimard) / Clapas (Sarbacane) / Impact (Casterman) et Les Misérables (Glénat)

Bon, 2022 est déjà passé à 11 mois, alors je termine vite ce petit tour de mes chouchous 2021, avec une étape Dakar-Paris

Petite descente en Côte d’Ivoire, où on retrouve avec un immense plaisir le Commissaire Kouamé de Marguerite Abouet et Donatien Mary pour une deuxième aventure : un homme tombe avec son ombre. L’enquête confiée au bouillonnant et dégingandé commissaire et à son fidèle assistant Arsène consiste cette fois à retrouver la fille d’un grand industriel français, une adolescente qui a disparu en plein jour. Mais faut-il suivre la piste de l’enlèvement crapuleux ou celle plus mystérieuse de la sorcellerie : la jeune fille est albinos, un détail qui pourrait mener à d’autres affaires en cours… Ce qui avait fait tout le sel de Un si joli jardin (Prix Sncf du Polar 2019) est bien là : une Afrique vivante et authentique, des personnages mémorables, une intrigue solide, un rythme effréné, et … un humour à l’épreuve de tout maraboutage ! Le dessin nerveux de Donatien Mary est parfait pour le scénario rocambolesque de Marguerite Abouet, et leur jubilation à donner vie à leur commissaire est communicative : on ressort de cet album épuisé, mais ravi.

Retour au pays pour finir et direction la Drôme et sa spectaculaire région du Claps, tout en rochers et sauvagerie. Un décor naturel idéal pour Isao Moutte, et son Clapas qui, dès sa couverture, intrigue : sous un ciel noir de nuages, six personnages enjambent un éboulis de pierres énormes qui barrent complètement une route sinueuse, à flanc de montagne rocheuse. Minuscules humains pris dans la majesté presque menaçante de la nature. Au loin dans un virage, un bus. Tout est déjà posé et il ne reste plus qu’à aller à la rencontre de ce mystérieux groupe de voyageurs. Leur histoire est simple : tous en route pour différentes destinations, ils se retrouvent contraints de poursuivre à pied leur périple, à défaut de pouvoir téléphoner dans cette région où les ondes ne passent pas… Bientôt recueillis par des frères revenant d’une partie de chasse, leur soulagement va être de courte durée quand ils vont découvrir l’ambiance pesante qui règne dans la maison familiale où ils doivent faire halte. Et c’est l’inquiétude puis la peur qui vont les gagner au fil des minutes qui s’écoulent, interminables… Clapas est une histoire sacrément dérangeante, où des gens ordinaires perdent pied car confrontés à un monde psychologique qui n‘est pas le leur, à des semblables aux comportements irrationnels et primaires. Et comme la nature leur semble tout à la fois protectrice et hostile, quelle issue pour chacun de ces naufragés de la route ?

Je rajoute à cette sélection 2021 trois albums dont je vous ai déjà parlé ici  : la version tout en poésie des Misérables de Salch, Impact le récit noir à double voix de Rochier et Deloupy et le fascinant Echelle de Richter de Frydman et Desportes.

A vos librairies et bibliothèques et médiathèques (c’est pareil) si vous avez raté ces albums. Et place à 2022 !

Commissaire Kouamé : un homme tombe avec son ombre

Scénario Marguerite Abouet, dessins Donatien Mary

Gallimard Bande Dessinée – 120 pages couleur – 22 €

Clapas - Scénario et dessin Isao Moutte

Sarbacane – 150 pages couleur – 25 €

Les Misérables - Scénario et dessins Salch, d’après Victor Hugo

Glénat – 192 pages couleur – 29 €

Impact

Scénario Gilles Rochier et dessin Deloupy

Casterman – 104 pages couleurs – 18 €

L’Échelle de Richter

Scénario Raphaël Frydman,et dessins Luc Desportes

Gallimard BD, 2021 - 496 pages noir et blanc - 29 €. 



 

dimanche 9 janvier 2022

Mes albums préférés de l’année 2021 [2/3] – Contrapaso (Dupuis) / Moi menteur (Denoël) / No Body (Soleil) / Esma (Sarbacane)

 Hop, on traverse l’Atlantique, pour la suite de mon mini polar-trip des meilleurs albums de l’année . Trois étapes, quatre albums.

En Espagne, les années Franco ont suscité de nombreux récits et bandes dessinées, au fil des années, des archives ouvertes et de la parole libérée. Teresa Valero, dans le premier tome de Contrapaso, les Enfants des autres, a choisi le Madrid des années 50 pour y situer son histoire à elle, et y aborde aussi bien les journaux clandestins écrits par des femmes en prison, la liberté de presse étouffée par une censure terrible , les pratiques médicales proche de l’eugénisme, une grève universitaire… entre autres ! Cela pourrait être foutraque, c’est en fait foisonnant et parfaitement raconté, par le biais d’une enquête journalistique d’un duo improbable de deux reporters affectés aux faits divers dans leur quotidien : Sanz, un vieux brisquard phalangiste repenti et Lenoir, un jeune français idéaliste. Sa cousine Paloma dessinatrice de presse et de BD complète le trio et à eux trois ils vont éclaircir le mystère de meurtres tous liés au passé sombre et récent de leur pays. Mais reste encore l’énigme de ces femmes assassinées par un la main d’un seul homme, une affaire qui obsède Sanz depuis 17 ans. Un album captivant de bout en bout.

L’Espagne d’Altarriba et Keko n’en est pas moins malade et perturbée dans Moi, menteur, dernier volet de la  Trilogie du Moi , après Moi,assassin,où l’on suivait le parcours d’un tueur en série ayant érigé le meurtre au rang d’oeuvre d’art et Moi, fou, celui d’un docteur en psychologie inventeur de pathologie finalement broyé par le Big Pharma. La politique n’était jamais bien loin des deux premiers récits, elle est cette fois centrale dans Moi, menteur, puisqu’on suit le parcours d’Adrián Cuadrado conseiller en communication du parti au pouvoir qui lui a fait de la corruption et de la manipulation son mode de fonctionnement naturel. Comme  dans les deux précédents opus, tout se passe à Vitoria, théâtre de toutes les turpitudes humaines nécessaires pour arriver au sommet, et garder le pouvoir. Mais quel sommet, et surtout, à quel prix ? Ces désespérants parcours de vies sont de parfaits repoussoirs à notre monde actuel et de vrais appels à ne pas suivre ces voies-là. Côté graphisme, le noir et blanc, parsemé au fil des page de fulgurances de vert (après le rouge et le jaune des deux tomes précédents) est sublime. Et cette Trilogie du moi une œuvre majeure du Neuvième Art, rien de moins ! 


Passons en Italie où Le Berger vient conclure la trilogie de la deuxième saison de la série No Body de Christian de Metter. Cette histoire avait débuté dans les deux précédents tomes par le rapt d’une fillette dans l’Italie des années de plomb. L’enquête est confiée au commissaire Gianni Sordi et à son équipe, qui remontent vite à l’identité de la victime : Gloria Agnello Strozzi, fille de juge d’instruction chargé d’affaires politiques et petite-fille du « Baron Rouge », « quelqu’un d’important et de riche », comme le rappelle le patron de la police à Sordi. Les raisons de s’en prendre aux Agnello Strozzi ne manquent donc pas… et les exigences des ravisseurs ne vont pas tarder à arriver : la liberté de Gloria contre celle de jeunes gauchistes exaltés d’un des nombreux groupuscules du moment. Mais cela va se compliquer pour tout le monde quand la monnaie d’échange s’échappe, et que d’autres protagonistes entrent dans la danse au fil des albums. Et toute la science narrative de De Metter entre alors en action pour un ballet de personnages fascinants : deux frères jumeaux footballeurs, jouant l’un pour la Roma et l’autre pour la Lazzio, les clubs ennemis de la capitale, un spécialiste de la prise d’otage, un tueur à gage sosie d’Elvis, et évidemment, le mystérieux « M. Nobody » qui semble tirer les ficelles... La conclusion de ce récit sombre, au suspense grandissant est à la hauteur des attentes et le tout dessiné avec le trait réaliste de De Metter, qui a toujours ce talent incomparable pour exposer les émotions de ses personnages, et cet art du cadrage pour n’importe quel type de scène.

La Suisse n’est pas loin ? Allons-y et retrouvons Iwan Lépingle. Après les étendues du Grand Nord (Akkinen : zone toxique) et les méandres du plus grand fleuve de la Russie (Une ile sur la Volga), c’est du côté des bords du lac Léman que l’auteur nous entraîne dans Esma. Pour plus de quiétude ? Pas vraiment… Car derrière les murs du domaine des Arcets, et de la Villa Matsuo précisément, se déroule un drame que ses auteurs auraient certainement voulu plus feutré. Mais pas de chance, le double-meurtre qui vient d’avoir lieu a une témoin : Esma, jeune turque sans-papiers, qui trouve refuge chez son amie Audrey à qui elle révèle tout. C’est le point de départ d’une intrigue prenante mêlant médias, police et... sentiments amoureux. Comme dans les précédents albums de l’auteur, c’est tout autant l’aspect psychologique des personnages que la résolution du crime qui font mouche, et les démons du passé qui vont ressurgir font tout autant de mal que les coups de feux dans la nuit. Le tout dans une ambiance nocturne et mystérieuse suggérée dès la couverture (superbe !), et qui s’exprime par le bleu dominant choisi par Iwan Lépingle pour les pages d’Esma. Un troisième album vraiment réussi, une fois de plus !


Contrapaso 1 – Les Enfants des autres

Scénario et dessins Teresa Valero

Dupuis (Aire Libre) – 152 pages couleur – 23 €

Moi, menteur

Scénario Antonio Altarriba, dessins Keko

Denoël Graphic – 162 pages noir et blanc (et vert) – 21,90€

No Body – Saison 2, tome 3 : Le Berger

Scénario et dessins Christian De Metter

Soleil (Noctambule) – 108 pages couleur – 17,95 €

Esma 

 Scénario et dessin Iwan Lépingle

Sarbacane, 2021 - 160 pages quadri –22,50 €

dimanche 5 février 2017

[Chouchous] : La sélection Bédépolar 2016

Bon, j'y ai mis le temps, mais voici mes 10 albums polar de l'année 2016... choix entièrement subjectif, of course ! Et comme je suis aussi un peu fainéant, ce que vous allez lire est exactement ce que j'ai écrit pour le dernier numéro de la revue "813", des Amis des littératures policières. Avec le lien vers mes chroniques intégrales en plus... sauf pour les deux premiers albums de cette liste, pour lesquels je n'avais pas rédigé de billet sur Bédépolar. Ce qui est un tort, car ils sont excellents. Comme tous les autres de cette sélection 2016.

Pour commencer, c'est aux Etats-Unis, fin de 19ème siècle, que nous transporte le dessinateur hollandais Erik Kriek dans son splendide Dans les pins (Actes Sud / L'an 22). Sous-titré 5 ballades meurtrières, il s'agit ni plus ni moins de la mise en image de... murders ballads, des chansons issues de la tradition américaine, mettant en scène de pauvre bougres qui finissent le plus souvent au bout d'une corde, ou avec une balle dans la tête. De ces chansons, Kriek a tiré des histoires sombres, rurales, maritimes... peuplées d'amants, de maris jaloux, d'évadés, d'alcooliques... toute une Amérique sous la coupe de la violence des armes et des sentiments refoulés. Le talent du dessinateur pour dépeindre ces vies sinistrées est grand : ses personnages sont des plus expressifs, quant aux décors dans lesquels ils évoluent, ils sont saisissants. Qu'il s'agisse d'un voilier pris en pleine tempête ("La belle Polly et le charpentier de marine") des instants ultimes d'un condamné ("Le grand voile noir"), de la fuite d'un Noir terrorisé par ses agresseurs ("Taneytown") d'un viol en pleine forêt ("Caleb Meyer") ou de l'exécution sommaire d'un fugitif dans une rivière ("Là où poussent les roses sauvages"), toutes ces scènes sont glaçantes de réalisme. Et la bichromie, différente à chaque histoire, choisie pour ces ballades, vient, par ses jeux d'ombres renforcer le côté noir de "Dans les pins". Une vraie découverte.

De l'autre côté de l'Atlantique, en France, presque à la même période, la vie de l'auteur d'un célèbre agitateur du tout début du 20ème siècle ferait presque figure de divertissement... N'exagérons pas, mais il est vrai que Alexandre Jacob, journal d'un anarchiste cambrioleur, signé Vincent et Gaël Henry (Sarbacane) restitue bien la vie tumultueuse, risquée et provocatrice, avec une bonne dose d'humour, de celui qui fut - et est encore ? - considéré comme le "modèle" d'Arsène Lupin. Une thèse que conteste Jean-Marc Delpech, un des cinq biographes de Jacob, dans la postface de cet album, tout en expliquant que la vie d'Alexandre Marius Jacob demeure pleine d'interrogations. Les auteurs de la bande dessinée, eux, choisissent de débuter son histoire à la veille du procès de l'anarchiste, en mars 1905, au moment où parait en une de "Germinal, journal du peuple", une déclaration de Jacob : "Pourquoi j'ai cambriolé". Et de terminer par la conclusion du procès et la condamnation de Jacob pour le bagne. Entre ces deux chapitres, c'est toute sa jeunesse qui est racontée, de ses jeunes années de mousse sur les paquebots, jusqu'aux cambriolages audacieux signés "Attila", et bien sûr, sa conversion aux idées anarchistes, et la formation de sa bande. Les dialogues de Vincent Henry parviennent parfaitement à rendre vivante la pensée Jacobienne sur la société, et les épisodes-clés de son parcours de cambrioleur sont racontés avec verve. Et Gaël Henry - au style graphique de la famille Blain - Sfar - dessine avec un dynamisme entraînant toutes ces années où Alexandre Jacob dérangeait tout le monde avec son "illégalisme pacifique"...

C'est à travers toute l'Europe que se déroulent les aventures de Silas Corey, de Nury et Alary (Glénat). Le tome deux du Testament Zarkoff clôt un diptyque qui lance le héros sur les traces de l'héritier unique, et fils naturel, de la comtesse Zarkoff, une femme à la tête d'une fortune colossale construites sur les cendres de la première guerre mondiale. Les aventures de Silas Corey, mi-détective, mi-espion, croisent plus d'un genre : après un point de départ de facture policière, (le meurtre d'un détective) l'intrigue tourne vite à une course contre la montre géo-politique, teintée de .... romantisme. En plaçant leurs personnages au coeur de l'Histoire - l'Europe de l'immédiat après-14-18 - Fabien Nury et Pierre Alary, donnent à lire tout à la fois un formidable récit d'aventures, parsemé de scènes spectaculaires assez époustouflantes (duel sur des toits en plein incendie, courses-poursuites dans les rue Munichoises, embuscade en forêt...) et un récit historique, où les peuples sont emportés par le tourbillon des événements, et peuvent s'inquiéter pour leur avenir commun. Et le romantisme dans tout cela ? Il est personnifié par les relations que Silas entretient avec les deux personnages féminins, forts, du diptyque : Nina, la femme de l'héritier, pour lequel il joue le chevalier servant et protecteur, et Marthe, espionne pour le compte du Deuxième Bureau français. Deux femmes qui le font vaciller, mais pour lesquelles il ne renoncera pas à sa vie solitaire... Au final, de cet alchimie des genres est né un personnage les plus attachants du moment, intrépide et flegmatique à la fois, humaniste dans l'âme. Un héros presque "vernien" comme il ne s'en fait plus beaucoup de nos jours...

Il est aussi question d'espions, mais dans l'Europe des années 50, cette fois. Kaplan et Masson forment eux un duo original, dont l'apparition remonte déjà à 2009 (dans "La théorie du chaos") et c'est un vrai plaisir de les retrouver dans cet ahurissant "Il faut sauver Hitler". Jean-Christophe Thibert, y reprend le mythe du Führer ayant échappé à la mort dans son bunker en avril 1945, et dont les adorateurs, eux, dans le secret, préparent le retour. Pas vraiment original, se dit-on, sauf que très vite, on voit l'habileté de l'auteur : il ne s'agit pas du vrai Hitler mais d'un sosie, un Français, Jules Lantier, germanophone distingué et acteur... Une trouvaille des services secrets français, pour enfumer les pays adverses, où Lantier est le personnage-clé de l'opération "Piège à cons". Cela marche si bien que le pauvre Hitler de pacotille (mais au demeurant très crédible) est devenu l'homme à abattre de tout le monde.... Il faut donc le tirer des griffes d'innombrables ennemis. Ce que font Kaplan, Masson et le facétieux japonais Watabe, dans une succession de scènes hyper-spectaculaires où les coups de poing pleuvent, les mitraillettes arrosent à gogo, les murs de chambres d'hôtel sont pulvérisés au bazooka, et des véhicules de toutes sortes finissent en amas de tôles informes. Le tout avec une précision, une élégance et une efficacité dans le trait qui forcent le respect. C'est même carrément du grand art ! Il y a évidemment une dimension parodique à tout cela, et ce second tome franchi un palier dans ce domaine. Et donne fortement envie de retrouver plus vite ces grands malades...

Mais il y a encore plus malade qu'eux, puisque entre en piste l'inénarrable Scott Leblancqui a l'immense honneur de croiser sur sa route Sa Majesté le Roi des Belges. Notre sympathique reporter, qui travaille pour le magazine "Bien en vue", où il tient avec une foi et un enthousiasme chevillés au corps la rubrique "Des animaux et des stars", est tout fier d'avoir obtenu une interview du roi Baudouin, car, comme il le dit : " J'ai le sentiment qu'un homme aussi charismatique doit avoir des choses passionnantes à dire sur le monde animal"... Sauf qu'il ignore qu'il va servir d'appât à une odieuse substitution d'altesse... et qu'il va tout simplement se faire enlever. Et sa brave maman, folle d'inquiétude va supplier le professeur Moleskine, habituel compagnon de route (mais qui se passerait bien de ce fardeau) de Leblanc. Les voici donc tous deux sur les traces du pauvre reporter, aux mains de méchants qui ont pour simple ambition de rayer de la carte URSS, Etats-Unis et Europe et d'installer un ordre nouveau... "Echec au roi des Belges", est déjà la quatrième aventure de Scott Leblanc et il faut dire sans détour : c'est toujours aussi débile... mais qu'est ce que c'est roboratif ! Voilà un pur pastiche de Tintin : c'est évident graphiquement, Devig dessinant dans un style tout hergéen ces aventures débridées, et cela se confirme au niveau des textes, écrits par Geluck. On ne compte plus les "diaboliques machinations", "sinistre forfait" et autre expressions surannées qui parsèment les conversations et récitatifs. La cerise sur le gâteau étant bien entendu la naïveté simplette du héros, toujours là pour poser les questions les plus stupides aux moments les plus délicats. Et en plus, sa mère est cette fois de la partie... Au secours !

Toujours les années 60, mais retour aux Etats-Unis pour le Watertown de Jean-Claude Götting - (Casterman). Philip Whiting travaille pour le cabinet d'assurances Barney & Putnam, dans la petite ville de Watertown. Dans sa vie terne et bien réglée, il y a ce passage quotidien et matinal par la pâtisserie Clarke, où il achète un muffin, servi par Maggie Laegger, l'employée que Whiting a toujours vue ici. Et voici qu'un jour, en réponse à son "à demain" habituel, Maggie répond "Non. Demain je ne serai plus là". Et le lendemain, en effet, la jeune femme n'est plus là. Mais son patron, n'y sera plus non plus, définitivement : il est mort, écrasé par une lourde étagère de sa cuisine... et personne ne revoit plus Maggie à Wattertown. Whiting se met en chasse... mais comment s'y prendre quand on est un simple agent d'assurance ?
Watertown, vaut tout autant par cette obsédante quête de la vérité menée par Whiting, qu'il mène avec difficultés car... détective, ce n'est pas son métier : "J'étais sûr qu'un auteur de roman policiers saurait trouver ici vingt scénarios possibles. Mais pour l'instant, je séchais", que pour les raisons intimes qui le poussent dans cette quête : " De modeste employé subalterne, je m'étais promu détective, tentant de confondre une meurtrière à laquelle personne ne semblait s'intéresser. J'avais peut-être une chance de devenir une personnalité considérée de Watertown Une célébrité locale dont on parlerait dans la gazette, et pourquoi pas jusqu'à Boston..."
Un double intérêt dans la lecture, servi par le style Götting, celui de ses débuts, qui s'accompagne pour la première de la couleur. Résultat : une Amérique des années 60, un brin vintage, et une véritable atmosphère, digne des romans et films noirs de l'époque. Avec une chute qui est loin d'être celle attendue au bout du chemin de Philip Whiting...

L'Eté Diabolik, de Smolderen et Clérisse (Dargaud), est lui encore plus étrange... et difficile à raconter. L'éditeur fait dans la sobriété : "Un agent secret sorti de nulle part, un accident dramatique, une fille troublante et la disparition de son père, le tout en deux jours... Pour Antoine, 15 ans, l'été 1967 sera celui de toutes les découvertes. " Cette tentative de mise en appétit rend difficilement justice à l'extraordinaire jubilation qui s'empare du lecteur de l'Eté Diabolik : voici une bande dessinée d'une immense richesse. Déjà, dans sa construction - les 100 premières pages sont un flash back sur le fameux été - cet album ménage admirablement le suspense sur ce qui s'est réellement déroulé au cours de cet été 67. Tous les éléments sont bien là, mais, à l'instar du narrateur, il nous manque les clés pour saisir quelles forces sont à l'oeuvre sous nos yeux. Clés qui nous sont données dans la seconde partie, plus de vingt ans plus tard, alors qu'Antoine est devenu écrivain, et qu'il a fait de cet épisode fondateur de sa vie un livre libérateur. Autre richesse du scénario de Thierry Smolderen, et non la moindre, cette magnifique idée d'introduire le célèbre personnage de Diabolik en toile de fond, et de réussir le tour de force d'en faire un personnage à part entière de l'histoire... sans être là "en chair et en os". Car c'est bien l'esprit de Diabolik qui plane sur toute ces pages, symbole parfait de la menace qui rôde, de l'homme insaisissable... Et si cet Eté Diabolik transporte autant ses lecteurs, c'est aussi grâce au dessin époustouflant d'Alexandre Clérisse. Ce qui frappe immédiatement, c'est évidemment les couleurs choisies par le dessinateur pour cet album, qui, tout en semblant provenir d'époques aussi variées que celle des Spoutniks, de Warhol ou encore de Pellaert, aboutissent finalement à une impression de lecture éminemment contemporaine.. et audacieuse. Une audace récompensée déjà par quelques prix, dont Le Fauve Polar SNCF 2016. 

C'est dans une Angleterre des années quatre-vingt dix que se déroule L'Exécuteur de Wagner et Ranson (Délirium). Harry Exton, ancien mercenaire rangé des missions, est tiré de sa retraite par un vieil ami, Carl, qui lui parle d'un moyen assez spécial de se faire un maximum de fric. Un jeu, pas vraiment légal, mais vraiment dangereux : les participants doivent éliminer une cible, dont ils ne savent rien, si ce n'est qu'elle leur a été désignée par une mystérieuse "voix". Chaque victoire rapporte un beau pactole à l'exécuteur... tout comme à sa Voix. Harry refuse dans un premier temps, mais quand il est lui même pris pour cible, et qu'il parvient à éliminer son tueur, le voici d'office dans la ronde infernale du jeu. Il devient à son tour un des exécuteurs en compétition, jusqu'à ce qu'il décide de sortir du jeu. Mais on ne quitte pas le jeu de son propre chef. Et si on le quitte, c'est les pieds devant. Harry n'est pas tout à fait d'accord...
Excellente chose que cette nouvelle édition par Delirium du "Button man" (le titre en vo) de John Wagner et Arthur Ranson. Quelle histoire prenante, et quel dessin ! Le scénariste John Wagner plonge son personnage dans une chasse à l'homme froide, où la violence n'a rien de fascinant. Et où, comme il l'écrit dans la préface "... il n'y a pas de gentil. Des tueurs sans pitié, oui, ça plein.... Et Harry lui-même est un être humain glacial et implacable comme on en voit peu". Certes, c'est un peu l'archétype de la figure du tueur à gages, sauf que là, il y a ce jeu, où les puissants de ce monde jouent avec la vie de autres, avec toute l'arrogance qui peut caractériser certains riches. Et, surtout, tout cela est sublimement découpé, et mis en images, par Arthur Ranson, dont le trait ultra-réaliste subjugue dès la première planche. Et ses décors, que ce soit sa campagne, qui suinte littéralement d'angoisse, ou sa ville, nappée d'un brouillard mortel pour qui s'y perd, le tout dans une ambiance nocturne, tout est réuni pour un thriller, un vrai, qui fait flipper.

L'Homme qui ne disait jamais non, par Tronchet et Balez (Futuropolis) ne suscite,lui, guère l'angoisse... bien au contraire ! Voici l'histoire d'Etienne Rambert, amnésique dès sa descente de l'avion à Lyon, après un long voyage en provenance de l'Amérique du Sud. Violette, une hôtesse de l'air qui avait déjà repéré l'énergumène dans l'avion, lui vient en aide, ravie de rencontrer son premier amnésique, un sujet parfait dans le cadre de ses études de psychologie. Sur le chemin qui les mène vers le domicile supposé d'Etienne, elle lui demande même si elle peut prendre des notes pour sa thèse, sur cet état qui la fascine. Le jeune homme, encore déboussolé par son état, accepte et voici l'improbable couple aux portes de la luxueuse maison moderne du dénommé Etienne Rambert. Violette décide d'arrêter là son rôle de chaperonne, persuadée que son passager va retrouver les siens, et forcément, les souvenirs qui vont avec, mais personne ne vient ouvrir au coup de sonnette d'Etienne. Violette décide de rester avec lui et tous deux entrent dans la maison. C'est le début d'une drôle d'aventure pour tous les deux...
Après bien d'autres, Didier Tronchet et Olivier Balez s'emparent du thème de l'amnésie et nous embarquent dans une histoire mouvementée, de Lyon à Quito. L'habileté du scénariste est double : réussir à ne pas lâcher son lecteur avant le dénouement tout en éliminant ce qui a déjà été fait sur le thème de celui-ou-celle-qui-a-perdu-la-mémoire-et-qui-se-demande-quand-tout-cela-va-s'arrêter (non ce n'est pas un titre de Hillerman). Et c'est grâce au formidable personnage de Violette, hôtesse de l'air "mais pas que" que le pari est réussi. Car c'est elle qui, au fil des pages, énumère les cas déjà rencontrés dans les polars, et leur règle leur compte définitivement : "Ne me faites pas le coup du jumeau, qui est l'autre grosse ficelle des intrigues policières". Par exemple. Il est d'ailleurs clair que cet album a comme fil rouge un hommage au récit policier, qu'il soit littéraire, ou cinématographique, et que certaines scènes ont un petit accent hitchcokien très agréable.

Et pour finir, Mort aux vaches, de Ducoudray et Ravard (Futuropolis). Un quatuor de braqueurs vient de réussir son coup : un beau magot prélevé sans heurts à l'agence BK, de Clermont l'Abbaye. Mais pas question de claquer tout le fric sans précaution. Non : rien ne vaut une bonne mise au vert, à la campagne, donc, histoire de se faire oublier un peu de la flicaille et d'attendre tranquillement que les choses se tassent. C'est en tous cas l'avis - et les ordres - du chef de la bande, Ferrand. C'est le cerveau du casse, et il est de tendance un peu anar. Ses trois acolytes sont eux aussi un peu typés : José, est le compagnon de route, et de plumard, du chef. Un Espagnol aux allures de vieux beau. Romuald, alias Romu, est le préposé aux biceps. C'est l'armoire à glace du groupe, mais sans la glace, car le garçon a tendance à oublier de réfléchir. Quant à l'élément féminin du gang, c'est Cassidy, grande gueule et délurée, qui n'hésite pas à jouer de la langue, ou autres attributs qui font tourner certaines têtes, quand les situations deviennent délicates...
Tout ce petit monde se replie donc dans la ferme d'un oncle de Ferrand, et de son fils, le cousin Jacky, et espère qu'un mois suffira à faire tomber le braquage dans l'oubli. Mais nous sommes en 1996, et se planquer dans une ferme en plein crise de la vache folle, c'était peut-être pas la meilleure des idées...
Déjà associés sur l'excellent "La Faute aux Chinois", où ils donnaient leur vision, teintée d'humour noir, du capitalisme mondialisé, François Ravard et Aurélien Ducoudray nous amènent cette fois sur un terrain plus rural, mais non moins drôle, avec cet album digne des meilleurs polars français des seventies... Ce qui frappe très vite, ce sont ces dialogues gouailleurs et percutants, réussis de bout en bout, et qui constituent un véritable hommage à Audiard. On croise une foule de personnages, légèrement abrutis, tout au long des pages, de l'oncle taiseux et du cousin sanguin, à une filière de Roumaines à marier, en passant - évidemment - par des gendarmes gentils mais un peu concons... Tout ce monde tourne autour du quatuor, qui lui non plus ne brille pas toujours par sa sagacité, et on tourne les pages en se demandant avec délectation comment tout cela va finir. Côté dessin, c'est également un plaisir de retrouver le trait de François Ravard, qui est tout aussi à l'aise dans ce registre, plutôt léger, que dans son travail, plus sombre, sur "Les mystères de la Cinquième République". Il y a parfois des airs de faux-frères entre Ferrand, et Paul Verne, le commissaire de sa série chez Glénat. Bon, Ferrand est tout de même plus un cousin de Lino Ventura... y compris dans le caractère. Vous l'aurez compris : voici un polar qui sort des sentiers battus, intelligent, bien construit, où l'humour règne avec une légèreté inversement proportionnelle au poids d'Attila, le taureau de compétition omniprésent dans " Mort aux vaches ". Donc pas d'hésitation : foncez à la campagne !


dimanche 17 janvier 2016

[C'est mon choix] - Mes 15 pour 2015 : la sélection de la crème des BD polar de l'année

Vous ne l'attendiez plus (ah si ? merci !), mais voici la sélection Bédépolar 2015, autrement dit mes quinze albums préférés de l'année écoulée. Pourquoi quinze ? Parce que ça rime avec 2015. Si ça c'est pas scientifique... Allez, hop ! Et comme d'habitude : une liste par ordre alphabétique pour ne froisser personne.

Bob Morane renaissance 1 - Les terres rares
Scénario Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray ; dessin Armand
Le Lombard - 60 pages couleurs

Ce bon vieux Bob est de retour, et il a pris un sacré coup de jeune. Le voici, en 2018, au coeur des tensions internationales, en... conseiller pour le président du Nigéria ! Un poste tranquille, mais nous sommes au siècle des attentats planétaires : ça explose partout et Morane va ressortir son costume de justicier. Un come-back vraiment réussi.

 
Castagne
Scénario et dessin Isao Moutte
The Hoochie Coochie - 118 pages noir et blanc

Les durs à cuire ne sont pas morts, et ils écument la France profonde... pour un braquage des plus foireux. Ironie à tous les étages pour cet album, où tous les personnages sont aussi bêtes que méchants. Hommage décalé au genre, Castagne s'aventure aussi du côté du surréalisme avec ses dialogues hauts en couleurs et ses situations on ne peut plus rocambolesques.

Chroniques de Nulle Part
Scénario Pierrick Starsky et dessin Rica
Aaarg ! Editions - 86 pages couleurs (Collection Casbah)
 
Nous ne sommes pas aux Etats-Unis mais ces chroniques ont un petit goût des "Stray Bullets" de David Lapham : des fragments de vies fracassées, un estuaire comme lien entre tous, et l'omniprésence de la violence, réelle ou insidieuse, mais toujours quotidienne. Un album prenant, entêtant, et mystérieux.


 
Le Geek, sa blonde et l'assassin
Scénario et dessin Kin-wo Cheng
Akata - 125 pages couleurs (Collection WTF !?)

Et vous, vous feriez comment pour faire disparaître le cadavre de votre meilleur pote, que vous avez tué par accident, et qui a laissé du sang partout dans votre petit appartement ? Pas question de sortir tranquillement le cadavre par l'ascenseur... Et si vous trouviez de l'aide sur Internet ? Une bonne âme qui aurait une solution ? Ah oui, on dirait que ça marche : voilà une nana sympa qui propose ses services. Mais est-ce vraiment une bonne idée ? Gore et hilarant.


Un homme de goût 2 - Deuxième service
Scénario El Diablo et dessin Cha
Ankama - 64 pages couleurs (Hostile Holster) 
 
Dans un registre également humoristique, mais teinté de fantastique, Un homme de goût - Deuxième service, marque lui la fin d'un diptyque qui vaut le détour. On y retrouve ce personnage d'ogre imaginé par El Diablo y raconter lui-même toute sa vie par le menu, et c'est une fois de plus. savoureux. Aussi original et inventif que le premier tome, ce second tome en reprend les mêmes recettes, et Cha nous donne toute l'étendue de son immense talent.

 
Maggy Garrisson 2 - L'Homme qui est entré dans mon lit
Scénario Lewis Trondheim et dessin Stéphane Oiry  -
Dupuis - 46 pages couleurs

Un tome 2 qui reprend toutes - ou presque - les questions restées en suspens dans le premier tome . Et ouvre une autre enquête pour Maggy et Stephen Wright, autour d'un frère et d'une soeur s'accusant mutuellement du vol des bijoux de leur défunte mère. Avec une autre question en filigrane : la nouvelle vie de Maggy va-t-elle lui permettre de retrouver le sourire, pour de vrai ? Une série vraiment originale avec un personnage féminin plus qu'attachant.


Matsumoto
Scénario LF Bollée et dessin Philippe Nicloux
Glénat - 192 pages couleurs

Retour sur un épisode tragique de l'histoire contemporaine du Japon : l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995. Mais plutôt que cette tragédie elle-même, c'est sa "répétition", en juin 1994, qui est racontée, au travers du conditionnement des adeptes de la secte Aum par son gourou Matsumoto, dans une approche quasi-documentaire. Peut-être pas vraiment un polar, mais en tout cas, un album inattendu et réussi.


Les Nuits de Saturne
Scénario et dessin Pierre-Henry Gomont, d'après Marcus Malte.
Sarbacane - 168 pages couleur

Une magnifique adaptation du roman de Marcus Malte, Carnage Constellation. Mettre en images l'histoire d'amour lumineuse entre Clovis, braqueur déchu, et Césaria, jeune homme en talons aiguilles, le pari était osé, voire risqué. Mais le dessinateur de Rouge Kharma (prix SNCF polar BD 2015) s'en tire admirablement et cet album marque une étape importante dans son parcours. Et son dessin est superbe !

 
Men of wrath
Scénario Jason Aaron et dessin Ron Garney
Urban comics - 160 pages couleurs - (Urban indies) 
 
Un face-à-face entre deux hommes. Le premier s'appelle Ira Rath. Et celui qu'il s'apprête à éliminer, Ruben Rath. Son fils. Les histoires de famille sont lourdes et compliquées chez les Rath. Depuis longtemps. Mais avec Ira Rath, on atteint des sommets dans la noirceur. Ces Men of Wrath, le scénariste Jason Aaron les a imaginés à partir de lointains, authentiques et tragiques épisodes familiaux personnels, et ils ont mené son imagination vers un récit d'une fureur inouïe, comme rarement il est donné d'en lire.


Pancho Villa, la bataille de Zacatecas
Scénario Paco Taibo II et dessin Eko. Traduction et préface Sébastien Rutès.
Nada - 310 pages noir et blanc 
 
Une vraie curiosité, un autre album encore plus à la lisière du polar, si ce n'est par son auteur qui n'est autre que Paco Ignacio Taibo II. Le romancier y raconte par le menu la marche du célèbre révolutionnaire sur Zacatecas "dernier bastion du huertisme, une ville réputée imprenable entre les montagnes", comme le précise Sébastien Rutès dans sa préface. Illustré par les gravures, en noir et blanc, mais flamboyantes, d'Eko, ce livre est d'une grande élégance, et d'une puissance graphique rare. Et édité par un courageux éditeur : Nada.


Le Roy des Ribauds - Livre 1
Scénario Vincent Brugeas et dessin Ronan Toulhoat
Akileos - 152 pages couleur 
 
Ce n'est pas souvent que le polar, branche canal historique, réussit à se frayer un passage dans les pages de ce blog. Mais ce Roy des Ribauds est fascinant : "une sorte de chef espion au service des rois de France, un Vidocq avant l'heure", dixit son scénariste, qui a découvert ce personnage en lisant les Rois Maudits de Druon. Cap sur le XIIIème siècle et le Paris des quartiers mal-famés. Le dessin et le découpage, façon comics, sont parfaits et ce livre 1 se lit d'une traite. La suite très bientôt !

 
Le Teckel 2 - Les affaires reprennent
Scénario et dessin Hervé Bourhis
Casterman (Professeur Cyclope) - 80 pages couleur 
 
Le retour de Guy Farkas, le plus inattendu des personnages polar apparus ces dernières années : un visiteur médical aux allures de Jean-Pierre Marielle, conducteur de CX break, bon vivant spécialiste du petit salé aux lentilles et fan d'Arthur Rimbaud. Hervé Bourhis après l'avoir plongé au coeur d'un road trip au coeur de la France profonde, envoie cette fois-ci Farkas, et Mérédith, sa maîtresse, en exil au Brésil, où l'homme espère se faire oublier à la fois, de son ancien employeur, et de la police. Mais à Sao Paulo, il est vite repéré par les services secrets français, qui le chargent de retrouver le numéro 2 du groupe pharmaceutique... Rocambolesque à souhait !


Trou de Mémoire 1 - Gila Monster
Scénario Roger Seiter ; dessin et couleur Pascal Regnauld
Editions du Long Bec - 56 pages couleur -

Un homme se retrouve sur un quai battu par la pluie, un cadavre de femme, et un revolver non loin de lui... Y est-il pour quelque chose ? Des amnésiques, le polar en a déjà croisé un certain nombre, Seiter n'en a pas moins hésité à en lancer un nouveau dans la famille, et c'est réussi. Son personnage va explorer la moindre piste, pour petit à petit redécouvrir qui il est. Une histoire dessinée en bichromie par Regnauld : un réel plaisir pour les yeux, et également l'occasion de découvrir un dessinateur jusqu'à présent surtout connu pour son travail sur Canardo.


Tyler Cross 2 : Angola
Scénario Fabien Nury et dessin Brüno
Dargaud - 95 pages couleurs. 
 
Emprisonné dans un pénitencier suite à faux casse dans une bijouterie pour une arnaque à l'assurance, Cross va très vite au devant des vrais ennuis avec ses co-détenus, et le voici avec un contrat sur la tête à l'intérieur même d'Angola. Pour s'en sortir, une seule solution : se faire la belle au plus vite. Mais comme dit la "punchline" de la couverture : "Si Tyler Cross sort un jour, ce ne sera pas pour bonne conduite". En deux albums seulement, Tyler Cross s'impose à la fois comme un futur classique, et comme hommage réussi au polar façon hard-boiled. Le vrai goût de l'Amérique, quoi ! 
 

Zaï Zaï Zaï Zaï
Scénario et dessin Fabcaro
6 Pieds sous terre – 72 pages bichromie - Collection Monotrème (mini) 

Le polar là où on ne l'attend pas ! Tout démarre en effet le jour des courses pour le héros, qui au moment de présenter sa carte de fidélité à la caisse, se rend compte qu'il ne l'a pas, et, à partir de là, tout part en cacahuète : le voici obligé de fuir à toutes jambes cet endroit maudit, où le directeur du magasin, appelé par sa caissière, l'a carrément menacé d'une roulade arrière... Dès lors, un engrenage infernal s'enclenche pour le client oublieux, qui devient du jour au lendemain, l'ennemi public numéro 1... Cet ovni signé Fabcaro est tout simplement une des meilleures BD - tous genres confondus - de cette année 2015 : le scénario tient tout autant de la critique sociologique que du polar. Il n'est dans aucune sélection à Angoulême ? Pas grave, il est dans celle de Bédépolar !