Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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samedi 13 septembre 2025

[Hosanna!] - Le Trophée 813 de la meilleure bande dessinée à Habemus Bastard, de Schwartzmann et Vallée (DARGAUD

 


C’était déjà samedi dernier, 7 septembre à la BILIPO, Bibiothèque des Littératures Policières, aussi il est temps que je vous annonce la bonne nouvelle : le Trophée de l’association 813 a remis son Trophée de la meilleure BD 2024 ( avec 4 autres Trophées d’autres catégories : voyez plutôt ici le BLOG 813) au duo Jacky Schwartzmann – Sylvain Vallée pour les deux tomes d’HABEMUS BASTARD.

Un prix mérité pour une histoire certes polar, mais un peu dérangée et iconoclaste sur les bords. Le duo s’est montré particulièrement ravi de ce prix décerné par un jury de lecteurs et lectrices, membres de l’association 813 (cette année 170 votants dont 123 pour la catégorie BD, un record). La maisons DARGAUD n’avait pas fait les choses à moitié, puisque pour accompagner les heureux lauréats, deux éditeurs Stéphane Aznar et François Lebescond étaient présents. A noter que l’autre album Dargaud en lice, La Neige était sale de Fromental et Hislaire d’après Simenon, est arrivé en deuxième position des votes, suivi de près par Revoir Comanche de Romain Renard (Le Lombard)

Un Trophée que Sylvain Vallée n’a pas oublié de partager avec la coloriste Elvire de Cock



François Lebescond, Stéphane Aznar, et les deux futurs lauréats , à quelques minutes du verdict

 


Et pour vous donnez un petit aperçu de ce diptyque inspiré par la grâce polar, je reproduis ici ma chronique parue dans la Tête en Noir en juin dernier :

«Y a un truc qui me paraît évident quand même : c’est que sans la mort, les religions n’existeraient pas. Les mecs ils arrivent avec leur gueule enfarinée et ils te vendent la vie éternelle. Bref, la religion, c’est un business autour de la mort. C’est un peu mon rayon, finalement... »

Il faut pardonner à celui qui prononce ces paroles sacrilèges : le Père Lucien débute dans ce métier de curé, à Saint-Claude (Jura), où il vient de débarquer un peu en catastrophe. Il faut confesser que son vrai métier est plus dans la distribution de pruneaux de plomb que celle d’hosties, et s’il a revêtu la soutane, c’est pour échapper à tout un tas de type bien décidé à lui faire la peau. Alors évidemment, en affirmant que Dieu est noir et en s’interrogeant lors de son proche sur l’idée pas forcément indispensable de tendre la seconde joue, forcément, ses sermons expéditifs laissent les paroissiens un peu sonnés. Mais Lucien va vite reprendre quelques habitudes de truand à l’échelle locale et la petite ville va être secouée de remous peu coutumiers. Jacky Schwartzmann avoue que Saint-Claude se prêtait parfaitement à cette sorte de western urbain qu’il avait imaginé. On retrouve toute la gouaille du romancier – et son ton iconoclaste – dans cette histoire mêlant tueur à gages, mafieux, gitans… plongés au milieu d’une paisible population. Sans oublier ses dialogues, toujours aussi percutants, caustiques et irrévérencieux. Le grand Sylvain Vallée s’est emparé avec un plaisir visible de cet environnement montagnard et ecclesiastique. La neige, l’église, les apparats de la messe et des personnages avec la gueule de l’emploi… tout est parfait et font de Habemus Bastard une des grandes BD de 2024.

Habemus Bastard ****

Scénario Jacky Schwartzmann, dessin Sylvain Vallée et couleurs Elvire de Cock

Dargaud – 2 tomes de 84 pages – 21 €

1– L’Être nécessaire

2 – Un coeur sous une soutane

 

 Merci à Cat Berthier, François Brondel, Boris Lamot et Christiane Trigory pour les photos

samedi 4 novembre 2023

[Trois coups de Bamboo] – L’Elixir de Dieu, l’inspecteur Balto et 13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter (Grand Angle)

 Ou encore : la nonne trafiquante, le flic retraité et l’agent d’assurance viré. Un tiercé gagnant sous un label, Grand Angle, qui a fêté ses 20 cette année et dont les pages noires du catalogue sont de plus en plus fournies. En piste pour la revue express !

Arrivée en tête – ou la première dans l’ordre chronologique – Soeur Holly et ses amies du couvent Saint-Patrick, Massachusetts, qui dans l’Elixir de Dieu, se livrent à des activités que la morale de l’époque réprouve, et que le Très-Haut n’accepte qu’avec une certaine réticence. Suppose-t-on. Car en effet, le vin de messe étant autorisé pour une communion optimum avec le Corps du Christ, y aurait-il un inconvénient majeur à l’améliorer un peu en distillant soit-même un alcool maison du meilleur goût ? Bon, nous sommes en pleine Prohibition, alors les risques sont tout de même un peu là… Mais c’est la seule solution pour les religieuses de sauver leur couvent, étranglé par la Western Union, menacé par les bootleggers locaux, sans oublier que le KKK est en grande forme dans la région…

Le scénario de Gihef est particulièrement réussi et jubilatoire. Comme il le dit lui-même ; « il y a  un chouia de Sister Act, même si j’ai voulu m’en écarter, difficile de ne pas y penser. Et certainement une dose de Breaking Bad ». Certainement pour le côté débutantes dans le métier des bonnes sœurs. Pour le reste, les ingrédients sont savamment distillés, et les personnages vraiment bien campés. Christelle Galland, la dessinatrice, a su donner corps et esprits à toutes ces âmes en peine, et il y a un petit côté féministes déterminées qui se dégage de la Congrégation tout à fait jubilatoire : ces dames ne sont-elles pas en train de damer le pion aux mâles locaux ? Les scènes d’action – excellentes – montrent en tous cas qu’il faudra compter sur elles pour défendre leur dû. Second tome du diptyque à paraître certainement en début d’année 2024. Allumons un cierge pour qu’il arrive vite !

 

Ce qui arrive vite, et d’un coup, c’est la cascade de tuiles sur la tête de Jonathan Lassiter, en ce mois de septembre 1966, dans la riante cité de Keanway, Nebraska. Ce jeune homme agent dans une compagnie d’assurance touche en effet le gros lot dans la même journée : il se fait licencier, sa petite amie lui annonce qu’elle le quitte et il se fait délester son portefeuille, ce dont il se rend compte au moment de payer le double whisky qu’il vient de s’enfiler pour oublier cette journée poisseuse. Mais dans son malheur, il a une sorte d’ange gardien : un étrange quinquagénaire, élégant, raffiné, le sourire narquois et le bon mot aux lèvres. Edward semble se prendre de sympathie pour le désolé et désolant Jonathan, et commence par lui payer sa consommation. Avant de lui proposer de devenir son chauffeur le temps de cette soirée, où Edward semble fêter un anniversaire, mais lequel ? Jonathan n’hésite pas longtemps à suivre ce dandy providentiel, sans se douter que cela va l’entraîner bien plus loin que la nuit, dans une sarabande d’événements qui vont le dépasser un peu, beaucoup… Et cela va durer 13 heures et 17 minutes…

L’oeuvre d’Eric Stalner est dense, riche et passionnante, et fait souvent des haltes du côté du polar (j’ai un faible pour la Liste 66, parue chez Dargaud de 2006 à 2010) et ce one-shot qu’il situe à nouveau aux Etats-Unis en est un de la meilleure facture. Son duo de personnages Edward-Jonathan est assez fascinant, et on se demande jusqu’au bout de quoi va accepter d’aller Jonathan, pris dans un engrenage assez infernal, où il va faire plus d’une rencontre qui vont l’amener à autant de choix, de réactions, de décisions. Car c’est toute la subtilité de son mentor d’un soir : Lassiter a souvent le choix, histoire de rappeler que la vie n’est pas destinée à être subie à chaque instant. Restera-t-il le Jonathan un peu apeuré de la couverture (très réussie elle aussi) ? Réponse dans cet album noctambule et crépusculaire, tout en nuances de gris teinté de rouge vif. Celui du sang qui ne fait qu’un tour dans les veines, ou qui coule quand c’est trop tard… Excellent récit à l’ambiance noire, 13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter vient rappeler au cas où on l’aurait oublié tout le savoir-faire d’Eric Stalner dans le genre. 

 Tenez, une petite vidéo sympa à l'occasion justement des 20 ans de Grand Angle : 



 

Aurélien Ducoudray fait lui aussi partie des scénaristes qu’on ne présente plus et à la biblio polar assez importante et le plus souvent originale (Mort aux vaches et La Faute aux chinois, avec Ravard, Bekame avec Pourquié… et aussi la reprise modernisée et avortée de Bob Morane avec Brunschwig et Armand…) et c’est cette fois avec Damien Geffroy qu’il met en scène un policier forcément particulier : L’inspecteur Balto. Particulier car tout simplement à la retraite, mais toujours au boulot bénévolement… Alors évidemment, comme il n’a plus vingt ans, son affaire en cours se fait plus dans la douceur et la discrétion que dans le déluge de feu et de plomb. Cela vient directement de l’envie de Ducoudray de « dialogues plus que d’action et de répliques « à la Audiard » dans un monde passé devenu désuet qui ne se reconnaît plus aujourd’hui, un monde avec des vieux quoi ! » Alors évidemment, quand Balto se charge de retrouver une disparue qui officie secrètement comme cam-girl, cela fait un peu choc des mondes et des époques. Et c’est bien là l’intérêt principal de cette histoire (un one-shot), de voir évoluer ce flic à l’ancienne dans une société dont les codes lui échappent peu ou prou, mais qui a encore des réflexes et des méthodes à l’ancienne qui peuvent parfois se révéler efficaces. Et puis il y a tout ce passé qui pèse sur Balto, en lien direct avec sa femme, dont on va découvrir petit à petit la place dans sa vie de flic et d’amoureux. Les aller-retours présents-passés fonctionnent très bien et Damien Geffroy a su parfaitement mettre en scène cette partie du scénario, tout comme le reste, où son style est tout à fait adapté aux états d’âmes du vieux flic solitaire, et aux personnages imaginés par son scénariste. Mention spéciale à Brenda, passagère et effcace garde du corps de Balto. Encore un truc qu’il n’aurait pas vu de son temps, tiens ! Espérons le retrouver pour une autre enquête, comme le laisse présager la dernière case de cet album…


L’Elixir de Dieu Tome 1 ****

Scénario Gihef, dessins et couleurs Christelle Galland

Grand Angle – 64 pages couleur – 16,90 € - Sortie le 1er Février 2023


13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter ****

Scénario et dessin Eric Stalner

Grand Angle – 104 pages couleur – 19,90 € - Sortie le 31 mai 2023


Inspecteur Balto ***

Scénario Aurélien Ducoudray, dessins Damien Geffroy et couleurs Mathilde D’Alençon

Grand Angle – 64 pages couleur – 16,90 € - Sortie le 28 juin 2023

mercredi 23 août 2023

[A vos missels] - Soda - Le Pasteur sanglant, par Bocquet et Gazotti (Dupuis)

Le sticker rouge – pardon, l’autocollant – apposé sur la couverture de cet album attire immédiatement l’oeil : « Faites vos prières, IL REVIENT ! ». Qui ? Mais ce bon vieux David Hanneth Solomon, alias Soda. Comment ça, vous ne connaissez pas ? C’est le moment ou jamais de faire la connaissance d’un des flics les plus attachants et originaux de la bande dessinée….

Une chambre, la nuit, une veille dame et son chat paisiblement endormis. La porte s’ouvre dans le noir, et laisse apparaître une silhouette inquiétante… Juste le temps à Goliath – ça c’est le chat – de déguerpir, et voilà l’ombre qui fond deux mains et huit doigts en avant sur la vieille dame, et qui commence à l’étrangler. Zoom sur l’agresseur : il est tout de noir vêtu et arbore une croix au revers de sa veste. Fin de la première page…

Voilà donc comment Olivier Bocquet, nouveau scénariste de la série, et Bruno Gazzotti, ramènent Soda sur le devant de la scène, en présentant en une page le duo principal sur lequel repose toute la série : David Solomon et sa vieille mère cardiaque, à qui il cache son véritable métier – flic de terrain à New York – en lui faisant croire qu’il exerce la profession moins dangereuse de pasteur. D’où ce costume noir qu’il enlève chaque matin dans l’ascenseur. Il faut bien préserver la santé fragile de maman…

Bon, là, le fiston rêve carrément qu’il étrangle sa mère, un cauchemar un peu perturbant… Mais Soda va l’être encore plus perturbé, quand il va être reconnu comme le serial-killer qui sévit à New York depuis quelques temps et surnommé «Le pasteur sanglant ». Impossible que ce soit lui ! A moins qu’il ne commence à perdre la boule ? Voici qu’il ne se souvient même plus avoir participé à des séances de thérapie avec le docteur Argiolas, comme l’a fait tout le reste de la Brigade. So what’s happening ???

Olivier Bocquet – à qui on doit par exemple l’excellent triptyque La Colère de Fantômas avec Julie Rocheleau (Dargaud) – a choisi pour ses débuts avec ce personnage complexe de nous en montrer le côté torturé et angoissé, et de faire de cet aspect psychologique l’axe de son histoire (avec la chasse au vrai serial-killer of course). Et ils ont choisi avec Gazotti, dessinateur historique de la série même s’il n’en est pas le créateur, qui est Luc Warnant, de revenir au New York des années 80-90, celui des origines de Soda. Les deux auteurs s’en expliquent aisément « Le New York contemporain n’a plus grand-chose à voir, et c’est beaucoup plus propre et high tech. La ville est devenue trop éloignée de l’esprit de la série. Ce choix permettait également de de débarrasser des téléphones portables et d’internet » (Bocquet) « Ce retour aux sources est bénéfique pour le plaisir de lecture, comme pour le plaisir de dessin. Les calandres des voitures de flics de 1986, telles que Warnant les dessinait dans le premier tome c’était exotique et terriblement accrocheur ; ça te transportait littéralement ailleurs » - (Gazotti)

Et le résultat est là : ce retour est une réussite, scénaristique et graphique. Dans cette Amérique pas encore traumatisée par le onze-septembre, le héros lutte tout autant contre ses traumas à lui que contre les psychopathes du jour. Et c’est spectaculaire dans tous les sens du terme : on sent bien que Gazotti prend un plaisir immense à reprendre en main Soda, 10 ans après Résurrection  de Tome et Dan Verlinden qui reste désormais un album à considérer comme un hors-série puisque ne figurant pas dans la liste des albums parus. Près de vingt ans après le dernier tome dessiné par Gazotti, Code apocalypse , Soda fait son vrai retour. Alléluia !


Soda 13 (ou 13 bis...) – Le Pasteur sanglant ****

Scénario Olivier Bocquet et dessin Bruno Gazzoti

Dupuis, – 56 pages couleurs – 14,50 € - Sortie le 9 juin 2023

 

lundi 21 juillet 2014

[Punk Cemetary] - Tommy , "Le Baron" et Chris : Ramones, Punk Rock & mobile homes, et Punk Rock Jesus. La Sainte Trinité.

Bon. Thomas Erdelyi, alias Tommy Ramone, n'était certainement pas le plus punk des quatre faux frères. Et comme il avait cédé sa place aux baguettes à Marky dès 1978, juste avant "Leave home", je  ne l'ai jamais vu jouer, contrairement aux autres. Mais quand même : il ne reste déjà plus aucun des membres fondateurs vivants de mon groupe préféré, j'ai un peu de mal à le croire, alors que tant de dinosaures du rock sont encore là... ça fait un pincement au coeur. Alors pour lui rendre hommage je reviens sur deux BD pas vraiment polar, mais indispensables à votre bibliothèque. Car superbes toutes les deux.

La première est signée Derf Backderf, déjà auteur du magnifique "Mon ami Dahmer", et s'intitule sobrement "Punk Rock & mobile homes" (ça et là, 2014).  Comme prévient Backderf en exergue : "Ceci est une fiction mais ça AURAIT PU arriver...". Et on veut bien le croire, tant son histoire respire l'authenticité, la simplicité et la sincérité. On y suit à Richford, dans la banlieue d'Akron, le quotidien d'un lycéen, Otto Pizcok, colosse auto-proclamé "Le Baron",  qui, grâce à son physique et son charisme, va devenir le "videur" d'une salle de concert appelée à devenir mythique en ce début 1980 : The Bank. Mythique parce que cette salle va voir défiler tous les pionniers du punk, des Ramones à The Clash, en passant par Wendy O Williams, Klaus Nomi ou encore Ian Dury. Le Baron va se retrouver comme un poisson dans l'eau au milieu de  tous ces musiciens et  il va vivre, avec ses potes encore ados, comme lui, une expérience hors du commun, à la (dé)mesure de sa personnalité, attachante et spectaculaire à la fois."Punk Rock et mobile homes" est un formidable récit d'apprentissage, souvent hilarant (il faut entendre le Baron parler en langage Tolkien, ou le voir concentré sur ses cassettes de pets enregistrés...), parfois plus grave, mais toujours rythmé par une bande son d'enfer, qui donne une envie irrépressible : se la repasser pour de vrai, à fond, et se dire que malgré les années, ben y' a pas : punk's not dead !


La seconde BD qui ravira l'amateur de binaire mais pas forcément fan, à la base, de comics, c'est le "Punk rock Jesus" de Sean Murphy (Urban Comics, 2013). Voici le  pitch, pour le moins audacieux : pour faire un carton d'audience, Ophis, une société productrice de shows de telé-réalité, décide tout simplement de faire naitre un clone de Jesus, à partir de cellules récupérées sur le Saint Suaire... Evidemment, il faut un scientifique capable de mener à bien le projet, et Ophis en trouve une, en la personne de Sarah Epstein, généticienne de renom. Et il faut aussi une nouvelle Marie, vierge de préférence, et Ophis fait passer des auditions pour trouver la mère idéale... qui vivra dans le luxueux complexe "J2", de l'émission du même nom. Tout un programme, donc, parfaitement huilé, qui évidemment rencontre quelques réticences, en particulier des membres virulent(e)s de "La Nouvelle Amérique Chrétienne", bien décidé(e)s à ne pas laisser advenir la venue de ce nouveau messie qui ne pourrait être qu'un imposteur... Mais rien ne semble freiner la puissante machine "J2", et l'enfant Chris naît, comme prévu. Et en direct, bien sûr.  Ce qui est nettement moins prévu, c'est qu'à l'adolescence, il découvre le punk, et qu'il monte un groupe pour cracher toute une rage accumulé au cours d'années de bourrage de crâne chrétien.
La situation va devenir explosive... 



 Sean Murphy a visiblement réglé quelques comptes persos avec cette histoire forte,  qui lui permet aussi de dénoncer une emprise religieuse proche du fanatisme, qui s'exerce aux Etats-Unis, jusque dans le rock. Le côté punk de l'affaire, on le trouve évidemment dans les scènes du groupe monté par Chris, les Flak Jackets, mais aussi dans un personnage secondaire, Thomas McKael, l'homme chargé de la sécurité du projet J2. Ancien de l'IRA, des Forces Spéciales Brittaniques, il est ambivalent, et on ne sait trop de quel côté il va pencher. Il fait penser au personnage de Marv dans Sin City : un type indestructible, qui ne recule devant rien. Un vrai rebelle, quoi.
"Punk Rock Jesus" est au final une Bd au message bien plus politique qu'il n'y parait au premier abord, tant elle aborde des thématiques qui posent de vraies questions sur notre futur proche.
Ou une seule  "No future : vraiment ?".



  Et je ne peux finir cet hommage à Tommy Ramone en rappelant qu'il avait eu la gentillesse d'écrire un court texte d'introduction  pour le recueil collectif de nouvelles "Ramones, 18 nouvelles punk et noires", rassemblées par l'ami Jean-Noël Levavasseur, chez Buchet Chastel, et auquel j'ai participé.
  Il y narre quelques anecdotes sur la première tournée des Ramones en France, en 1977. Du genre : "On a dû annuler le concert de Marseille, ce qui n'a pas trop dérangé Dee Dee outre mesure, vu que sa principale motivation, à Marseille, c'était d'acheter un nouveau cran d'arrêt pour sa collection".
Et Tommy Ramone conclut en disant : "Ils [les écrivains du recueil] ont fait preuve d'une grande imagination, et, à l'évidence, ces fictions débordent d'amour pour les Ramones".
C'est exactement ça, mec. Tiens, je vais  remettre "It's alive !" Et foutre le feu à l'église.


Punk Rock et mobile homes *****
Scénario et dessin Derf Backderf
ça et là, 2014 - 154 pages noir et blanc - 19 €

Punk Rock Jesus ****
Scénario et dessin Sean Murphy
Urban Comics, 2013 - 232 pages noir et blanc - 19 €

Ramones -  18 nouvelles punk et  noires
Buchet Chastel, 2011 -  240 pages - 17,25 € 

lundi 30 janvier 2012

Will Argunas needs you !

Will Argunas, j'ai déjà eu l'occasion de vous dire sur ce blog tout le bien que ce talentueux artiste m'inspirait. Tous ses albums sont de véritables plongées au coeur de l'Amérique de l'Oncle Sam, et le dernier en date, "In the name of... " n'échappe pas à la règle. Je vous invite à lire ma chronique de ce nouvel opus ici, sur k-libre.fr.

Je vous invite également à faire un tour du côté du blog d'Argunas, vous verrez qu'il ne manque pas de travaux en cours, dont un « projet BD USA » des plus prometteurs, au vu des planches dévoilées sur son blog. Et si vous êtes fans de heavy metal, sûr que le « Pure fucking people », deuxième du nom, qui « croque » les festivaliers du célébrissime Hellfest, est fait pour vous. L'auteur a d'ailleurs lancé un appel au peuple sur Ulule (headbanger ou pas...) pour le financement de ce tome 2, allez donc voir de plus près, il y a plusieurs manière de participer.
Et si vous n'êtes pas des adeptes du Blue Oyster Cult (non, ils sont pas morts, ils seront même à Hellfest 2012) que rien ne vous empêche de suivre les pas de Nelson 1er, ce premier pape Noir à la une de «In the name of... ».

dimanche 9 octobre 2011

[Chronique] - Le Commando Torquemada, l'intégrale !

« Veritas, ou je cogne ! ». Voilà ce qu'on peut lire, dans les sous-sols du Vatican, sur la porte du bureau personnel du Cardinal Albuferque. Et c'est depuis ce bureau que ce Cardinal très spécial – affectueusement surnommé Anaconda par ses proches – dirige d'une main de fer la Très Sainte Inquisition, dont fait partie le Commando Torquemada, un trio d'ecclésiastiques de choc chargé des missions les plus délicates... Tout cela sous l'oeil attentif du Pape, bien entendu.
En fait, c'est un peu au Service Secret de Sa Sainteté, mais à y regarder de près, on ne saurait trop qualifier le commando de troupe d'élite : Frère Malachie, est un spécialiste des potions qui rendent très malade, aveugle, quand elles n 'envoient pas directement au ciel. Feargal Mc Gowan, a lui tout du dandy amateur de jeux de mots et a la gâchette un peu trop facile. Enfin, soeur Sarah Terwagne est elle une nonne hyper canon, habitée par des visions provoquées par une pratique assidue de l’auto flagellation... Voyez un peu le genre.
Connaissant bien ses ouailles, Anaconda ne fait appel au Commando Torquemada que pour les cas les plus désespérés, et à ce jour, il leur a assigné trois missions :
La première est racontée dans le tome « Pour la plus grande gloire de Dieu » et a consisté pour le trio à ramener à Rome la lance du centurion Longinus. Oui, celle-là même qui a percé le flanc du Christ sur sa croix, et qui, des siècles plus tard, sert de rayon à la roue du vélo d'un dictateur africain. Difficile mission.
Dans la deuxième, le commando doit s'assurer que Soeur Dominique, numéro 1 de la chanson liturgique, et en tête des ventes de disques, sera bien en état de participer à ce festival rock imaginé par le Saint Père pour relancer la ferveur religieuse auprès des jeunes. Pas gagné car depuis quelques temps la star se shoote avec n'importe quoi, ce qui nuit un peu à sa santé. C'est le tome « Dominique nique nique ».
Enfin, dans la dernière mission en date, le Pape envoie son commando au Caire pour récupérer un ouvrage fort compromettant pour l'Eglise : il y est raconté que, si Jésus a été embrassé sur la bouche par Judas - le fameux baiser de Judas - c'est parce que ces deux là étaient amants, et en passe d'annoncer publiquement leur union... Vous imaginez le coup de tonnerre dans la Chrétienté si cela venait à se savoir ! Titre de cette troisième mission : « Pas sur la bouche ! ».

Bon, inutile d'en rajouter, vous vous doutez bien qu'on est là dans l'hénaurme : les dialogues de Philippe Nihoul fourmillent de bons mots, flirtant parfois avec le mauvais goût, les missions sont parsemées de rebondissements complètement improbables, et quant au dessin, dirons-nous, nerveux, de Xavier Lemmens il participe au délire de la série. Ses personnages principaux sont particulièrement réussis, car très typés (un petit gros, un bellâtre à Ray Ban, une pin up pour le trio) avec une mention spéciale pour le Pape, qui a les traits de Jean-Paul 2, et non de Benoit 16.
Particularité de cet album, c'est du trois en un : c'est une intégrale intitulée « Commando Torquemada , Evangiles I, II et III », qui s'ouvre sur une Genèse de 6 planches, jusque là inédite. Alors si ça vaut vraiment le coup quand on a pas un des deux premiers albums, c'est plus embêtant quand on les a, car on ne peut lire « Pas sur la bouche » que dans cette intégrale...
Une arnaque ? Oui et non, car c'est une très belle édition, cartonnée et tout et tout. Et puis, si vous avez déjà les 2 premiers tomes, il suffit d'aller vous poster à la sortie de la messe pour les revendre aux fidèles, vous verrez : ça partira mieux que des petits pains.
Commando Torquemada : Evangiles I, II et III
Scénario Philippe Nihoul et dessins Xavier Lemmens.
Fluide Glacial, 2011 - 150 pages couleurs – 25 €. (Hosties non fournies.)

jeudi 14 avril 2011

[Chronique délocalisée] - Berlion et Benacquista, deuxième !

Après "Coeur Tam-Tam", adaptation de la nouvelle de Tonino Benacquista "La culture de l'elaeis au Congo Belge", Olivier Berlion s'attaque à l'une des trois Série Noire du même auteur : La Commedia des ratés, une formidable histoire d'arnaque sous le soleil de l'Italie. Le premier tome de cette adaptation prévue en deux volumes est sorti en février, et vous pouvez retrouver ma chronique sur le k-libre.fr, en cliquant ici.

Et n'hésitez pas non plus à vous (re)plonger dans le roman original de Benacquista, un des meilleurs polars des années 90, par un des plus brillants stylistes du Noir.


La Commedia des ratés, première partie
Scénario et dessin Olivier Berlion
Dargaud, 2011 - 76 pages couleur - 14,95 €

vendredi 25 février 2011

[Chronique] - Les Morsures du passé ou quand le Janitor remonte le temps...

A Rio de Janeiro, un couple de retraités passe une journée tranquille dans un établissement où leur fortune permet visiblement de bons traitements. Ils vivent pourtant leurs derniers instants, et vont être sauvagement assassinés, par un couple curieusement assorti : une jeune fille au look punkoïde et un septuagénaire sec comme un coup de trique. Dans une autre vie, le couple de paisibles vieillards a servi un certain docteur Mengele, et leur passé les a rattrapés, et les chasseurs de nazis aussi... Pendant ce temps, au Vatican, on s'interroge sur la présence du cardinal Di Origio sur le yacht du Nouveau Temple, une société secrète qui inquiète le Saint-Siège. Vince, alias Trias, le Janitor, est envoyé aux basques du cardinal, ce qui lui permettra peut-être de résoudre un autre mystère : la réapparition soudaine de son frère, supposé mort, sur ce même yacht du Nouveau Temple...On avait laissé le Janitor en pleine surprise lors du tome 3 (Les Revenants de Porto Cervo), avec ce face à face avec son frère, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce tome 4 apporte des éclaircissements sur le passé de notre James Bond papal. Son histoire personnelle va entrer de plein fouet avec celles des traqueurs de nazis, et du coup, la série prend tout de suite une autre dimension. Il faut certainement y voir la patte de Boucq, qui confie, dans le dossier de presse : « Je suis fasciné par l'incidence que peut avoir la Seconde Guerre mondiale sur notre monde actuel. C'est un thème totalement intégré à la série, même si, jusqu'à ce quatrième tome, il n'était pas encore très visible ».
En effet. Le Janitor donnait plus l'impression d'une série d'espionnage très originale, avec ces improbables et ultra-modernes services secrets du Vatican, et ce personnage secret de Trias. Cela reste vrai, mais les scénaristes ont donné comme un coup de fouet, au niveau de l'action, à une oeuvre déjà captivante, l'enrichissant d'une couleur supplémentaire. Bon, d'accord, le coup du frère jumeau, on nous l'a déjà fait. Mais rarement pour un affrontement, encore à venir, aussi « dramatique ». L'affrontement aura-t-il lieu, d'ailleurs ? Et quelle est la réelle puissance de la société secrète du Nouveau Monde ? Sente et Boucq nous donneront les réponses dans le prochain volume, qui clôturera le cycle. En attendant, replongez-vous dans une lecture des quatre tomes, ils ont tous une saveur particulière, et font du Janitor une série particulièrement goûteuse.
Le Janitor, tome 4 : Les Morsures du passé
Scénario Yves Sente François Boucq. Dessin François Boucq
Dargaud, 2011 - 56 p. coul. - 13,50 €

Ma chronique du tome 1 c'est ici, celle du tome 2, là et celle du tome 3 ici-là. Eh oui, j'aime bien...

samedi 9 janvier 2010

IRS 10 - La Loge des assassins (2008)

La Banque Notario a versé pendant des années une rente à l'ancien officer SS Reittmann, avec la complicité de la banque du Vatican. L'IRS ayant découvert ses agissements, ainsi que le passé nazi de Reitmann, elle envoie à Naples son agent de choc Larry Max à la rencontre de Paliacci, directeur de la Notario. Mais celui-ci est éliminé avant d'avoir pu révéler quoi que ce soit à Max. Mais l'agent est pugnace et, de Rome à Nairobi, il va dérouler l'écheveau des secrets du Vatican, ou plutôt ceux de la loge qui tire les ficelles en coulisses.

Qui a dit que le métier de contrôleur des impôts était peinard ? Cette cinquième enquête (les histoires sont à chaque fois sous forme de dyptique) de l'agent spécial de l'Internal Revenue Service vient une fois de plus apporter la preuve du contraire. La balade italienne de Larry est loin d'être une promenade romantique, et ses ennemis sont plutôt du genre coriace ; il faut dire qu'ils ont le Seigneur à leurs côtés. Construit par flashbacks pour l'histoire de Reittmann, le récit de Desberg et Vrancken est vif et rythmé pour la partie enquête, et pimenté par les appels à distance de Gloria, la star de cinéma qui ne peut oublier Larry... et qui sera vraisemblablement au coeur de la prochaine affaire de Max. Petit à petit, I.R.S s'impose comme une série importante, et parvient à dépasser son statut initial de thriller économique, une voie pas mal encombrée ces dernières années.

IRS, tome 10 - La Loge des assassins
Scénario Stephen Desberg et dessin Bernard Vrancken
Le Lombard, 2008 - Collection Troisième Vague - 48 pages couleur - 9,80 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°47/48, Février 2009]

mardi 5 janvier 2010

Le Janitor 2 - Week-end à Davos (2007)

Trias, dernier arrivé des douze Janitores, ces agents super secrets au service du Vatican (cf tome 1), atterrit à Zurich pour servir de garde du corps à deux ecclésiastiques haut placés au Saint Siège. Direction Davos, où sa vraie mission est d'avoir un oeil sur les tractations secrètes qui peuvent se dérouler dans le dos de Rome, en marge du désormais célèbre forum économique. A peine le sommet est-il commencé que l'armée suisse interrompt le premier séminaire boursier et apporte de terribles nouvelles : des missiles nucléaires tombent aux quatre coins de la planète et la troisième guerre mondiale est en marche. Obéissant à son gouvernement, l'armée a coupé toutes les communications entre l'hôtel où sont réunis les éminences grises des marchés financiers pour mieux les protéger. Le nouveau Janitor ne compte pas attendre tranquillement que la situation s'apaise et trouve le moyen d'échapper à la vigilance des militaires.

Après un premier tome étonnant, la conclusion de ce scénario atypique n'en est pas moins originale et cette histoire de services secrets à la solde du Vatican tient la route jusqu'au bout. Le personnage de Vince – alias Trias, le Janitor – a une force intérieure qui lui permet de renverser les montagnes et Boucq en a fait un agent très spécial, compromis entre l'homme d'action à la forme olympique et l'homme d'introspection aux silences éloquents. Homme très attachant, il reste à espérer que le Janitor vive d'autres missions ici-bas, ne serait-ce que pour éclairer les quelques zones d'ombre du passé de Trias. Et côté scénario, Sente est visiblement très à l'aise avec la géo-politique, ce qui se ressent dans le dessin de Boucq qui réussit à recréer des ambiances digne de l'excellent « Bouche du diable ».

Le Janitor, tome 2 - Week end à Davos
Scénario Yves Sente et dessin François Boucq
Dargaud, 2007 – 48 pages couleur - 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°45/46, juin 2008]

mardi 29 décembre 2009

Le Janitor 1– L’Ange de Malte (2007)

Vince, beau gosse plein de vitalité, exerce un métier hors du commun : il est agent du service de protection et des renseignements extérieurs de la Curie romaine. Après une mission particulièrement réussie sur l’île de Malte, il est convoqué par ses supérieurs, le Père Soffranello, et l’archevêque John Blackrose, deux membres haut placés du Vatican, qui lui proposent d’intégrer le corps des janitores, cellule ultra-secrète du Vatican chargée de « protéger l’Eglise contre ses membres qui succombent aux mauvaises tentations »… Vince accepte l’offre et devient Trias, un des douze janitores qui parcourent le monde. Sa première mission l’envoie à Davos, en marge du forum économique mondial, où deux cardinaux en charge des finances au Vatican doivent participer à un forum annexe où les choses importantes de ce bas-monde se décident…

Eh bien voici une série comme on a peu l’habitude d’en lire et qui inaugure une nouvelle branche de l’arbre déjà bien fourni de la bande dessinée polar : le thriller religio-financier… Mais ici, pas de livres interdits qui viennent bouleverser l’ordre du monde, ni de formules cabalistiques sorties tout droit des enfers, non, il s’agirait plutôt de pragmatisme et d’adaptation de l’Eglise au XXIème siècle. La tonalité de l’album rappelle plus celle des romans de Ian Flemming que celle du Da Vinci Code. Le personnage du Janitor inventé par Yves Sente serait ainsi plutôt un confrère de James Bond – les gadgets en moins - avec ce même charme auprès des dames, qu’il exerce en oubliant facilement son engagement auprès du Tout Puissant. Boucq en a fait un homme discret, efficace, et le réalisme de son trait donnerait presque l’impression que tout cela existe vraiment. Suite et fin de cette première mission dans « Week end à Davos »

Le Janitor, tome 1 – L’Ange de Malte
Scénario Yves Sente et dessin François Boucq
Dargaud, 2007 – 48 p. coul. – 13 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°42 - Juin 2007]