Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
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Bonne balade dans le noir !
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samedi 26 octobre 2013

[Quai des Bulles - 33ème] - Saint-Malo : un peu de polar dans vos bulles ?

 Amateurs d'ambiances noires, réjouissez-vous ! Dimanche 27 octobre, au 33ème festival"Quai des bulles" ce sera le moment de passer un "après-midi polar", et de découvrir les deux nouvelles sélections du Prix SNCF du polar : le court-métrage et la bande dessinée. Rendez-vous donc dès 13h30 à l'amphithéâtre Maupertuis, pour la projection des courts en compétition en 2014, puis à 15h15, même endroit pour une discussion avec les auteurs du collectif "Quais divers" co-édité par les vaillantes éditions Sixto, animée par Christian Marmonnier. A noter dans ce collectif, qui contient cinq récits courts, la présence de Briac, dont on attend avec impatience le nouvel album

Je serai également autour de la table pour parler des 5 albums du Prix Polar SNCF BD 2014. A noter que le polar est aussi en bonne place dans la sélection finale du prix Ouest France / Quai des Bulles, avec deux titres sur cinq : "Mon ami Dahmer" de Derf Backderf (ça et là) , étonnante autobio où l'auteur raconte son adolescence aux côtés de celui qui allait devenir un terrible serial-killer, et "Tyler Cross" de Nury et Brüno, excellent album dont je vous ai causé dans mon dernier billet. Et dans cette sélection, il faut aussi noter la présence d'un album superbe, "le loup des mers" de Riff Reb's (chez Soleil, d'après London) 

Voilà, vous savez tout. Chaussez vos bottes, et direction : Quai des bulles !


mercredi 30 mai 2012

[Hurrah !] - "Grandville mon amour" premier prix SNCF Polar BD !

Bryan Talbot avec Claire Deslandes, des éditions Milady

 And the winner is... Bryan Talbot ! Yes !

C'est donc de l'autre côté de la Manche que va partir le trophée récompensant le premier prix SNCF polar BD. Rappelons que pour cette arrivée de la BD dans le célèbre Prix Polar SNCF, cinq albums étaient en compétition et que le public a choisi la BD la plus spectaculaire de la sélection, la plus divertissante certainement également, mais peut-être pas celle qu'on attendait. A moins que Grandville mon amour n'ait bénéficié d'un certain « effet Blacksad » ? 
Pour les étourdis, je rappelle que cet album fait partie de la grande famille des BD animalières, mais qu'elle recouvre plus d'un genre, comme j'avais pu vous le dire dans mes précédentes chroniques. C'est une formidable série – ce tome est le deuxième, mais peut se lire indépendamment du premier – dans un univers uchronique et steampunk, au sein duquel Bryan Talbot fait mener à des inspecteurs de choc des enquêtes de facture classique mais au dynamisme explosif. Car si on vante, à raison, la qualité du dessin de Guarnido dans Blacksad, il est peut-être temps de se rendre compte de l'immense  talent de Talbot dans cette catégorie si particulière qu'est la BD anthropomorphique. Ceux qui connaissaient son oeuvre antérieure ne seront pas surpris par ces propos. Mais ceux qui ont découvert cet auteur avec cette série, comme c'est le cas je pense pour une grande majorité des lecteurs-votants de ce prix, le choc visuel, et narratif, a dû être grand ! 

Bryan Talbot était présent hier à Paris et il était très sincèrement ému et heureux de recevoir ce prix. En discutant un peu avec lui, j'ai appris qu'il venait de juste de terminer le troisième Grandville, qui s'appellera « Bête Noire », et sera vraisemblablement traduit pour Milady. Espérons-le, car c'était tout de même un pari pour ce label – qui n'est autre que la branche graphique des éditions Bragelonne – et souhaitons aussi que ce prix soit bénéfique au premier volume, tout aussi bon que ce tome (je l'avais d'ailleurs placé en tête de mes chouchous de l'année 2010). Saluons aussi en passant le traducteur, Philippe Touboul, qui n'est autre que l'un des deux larrons responsables de la librairie Arkham, à Paris, spécialisée dans les comics. (Si vous ne connaissez pas les lascars, je vous conseille leurs présentations vidéo des dernières nouveautés reçues en magasin, du sérieux dans la déconnade. Et allez donc faire un tour, rue Broca, c'est vraiment une chouette boutique. Fin de la  parenthèse promo.)

Enfin, comme c'était un prix de lecteurs, sachez que l'édition 2013 est d'ores et déjà en route, et que, bientôt, vous pourrez vous aussi participer au vote. Je vous en donnerai toutes les modalités dès qu'elles seront connues. En attendant, bienvenue dans l'univers fantasque, déjanté, extraordinaire, drôle, intelligent de Bryan Talbot. Bienvenue à Grandville !

dimanche 27 mai 2012

Cérémonie Prix SNCF du POLAR : demandez le programme !

Je vous l'avais annoncé il y a quelques jours, en voici quelques détails pratiques.
Cela se passera Mardi 29 mai, GARE DE LYON, Hall2, où des animations, toutes gratuites, sont proposées de 10h à 19h :

- Studio Photo Polar
- Découverte des romans, BD et courts métrages des sélections 2012 du PRIX SNCF DU POLAR
- Quizz polar et musicaux avec de nombreux cadeaux à la clé
- Concerts de musique polar
- Inscription au Club PRIX SNCF DU POLAR

Puis la cérémonie elle-même débutera à partir de 19h, dans ce même Hall 2. Les Prix SCNF du Polar seront décernés pour le court-métrage, le roman et bien, sûr, la Bande dessinée.
Alors, pour savoir qui de Aller-retour, La faute aux Chinois, Les Faux visages, Grandville, ou l'Organisation sortira en tête des 2139 bulletins de vote, une seule destination : Paris, Gare de Lyon, mardi 29, 19 h ! Je serai là, et rencontrerai avec plaisir les lecteurs et lectrices de Bédépolar.

vendredi 25 mai 2012

[Chronique] - Aller-retour (Bézian)


Basile Far arrive dans un petit village non loin de Carcassonne pour y mener une enquête. Pour une agence d'assurance. Avec sa silhouette de géant, l'homme pourrait être facilement repéré par l'autochtone.
 Mais « Pourtant, Basile Far a l'élégance de certains personnages massifs, plutôt Hardy que Sergent Garcia  : il sait habiter le décor au point de passer inaperçu. D'ailleurs, c'est un don héréditaire. Dans sa famille, chacun sait disparaître avec un talent consommé. Une véritable prédisposition à l'impermanence ».

  Voilà. Tout le noeud de l'intrigue – mais ici, le terme intrigue est presque inapproprié – tient dans ces quelques lignes de la page 17. Basile est de retour sur des terres qu'il l'ont vue grandir, pour y éclaircir un passé – le sien - empli de zones d'ombres. Tout le reste n'est que prétexte.
Le premier personnage croisé dans son enquête est le photographe, qui lui parle lumière et faux-semblants. Basile va naviguer entre clarté et obscurité, dans un de ces nombreux allers – retours que le titre de l'album, au singulier, ne laisse pas immédiatement présager. 

On fait avec lui un bond dans le temps et nous voici à arpenter à ses côtés des rues où une Dauphine fait figure de voiture moderne, et où De Gaulle discourt à la radio. Où l'on Belmondo n'est pas encore Bébel mais la joue plutôt moderato cantabile, et où il partage l'affiche avec le Gabin de l'Affaire Saint Fiacre. Un Maigret qui n'est pas là par hasard : c'est dans cette affaire que le commissaire revient sur les chemins de son enfance. Tout comme Basile, qui lui, croise régulièrement des gamins au fil des pages. L'enfance, clé de toute cette histoire ? Une piste possible, quasi-certaine, mais...

Le lecteur pourrait perdre pied dans ces méandres, et se retrouver comme le spectateur de cet autre Maigret, « La nuit du Carrefour », où « la pluie et le brouillard, qui ont gagné la bande-son et rendent l'histoire pratiquement incompréhensible ». Mais non. Le lecteur suit les errances de Basile et même s'il se pose la même question que le médecin - autre personnage important de l'album – ce « qu'est-ce que vous cherchez ? », il finit par boucler la boucle, comme Basile. 

Vous l'aurez compris, cet album de Bézian – auteur de l'admirable « Les Garde-fous » - est un périple aux multiples étapes, un voyage mémoriel destiné à dénouer un mystère personnel, et que formellement, l'auteur illustre avec virtuosité. Après trois planches en couleur, suivent soixante-dix pages où Bézian cadre et éclaire tel un chef-opérateur au sommet de son art. Ses planches sont des merveilles, et « Aller-retour » est un album d'une richesse graphique exceptionnelle. Il fait partie de ces livres qui marquent, vers lesquels on revient, certain d'y découvrir une autre interprétation de l'histoire, ou de ressortir avec une différente vision de la précédente lecture. Les livres intriguant. Les livres captivant. Les livres de Bézian !

Aller-retour
Texte et dessin de Frédéric Bézian
Delcourt, 2012 – 80 pages couleur et noir et blanc
16,95 €

vendredi 4 mai 2012

Le Prix SNCF du Polar catégorie BD est sur les rails... Arrivée le 29 mai


Bon, j'aurais dû en parler plus tôt, mais sachez qu'après son désormais renommé prix récompensant un roman élu par les lecteurs-voyageurs, la SNCF s'attaque au neuvième art et pour la première fois va décerner un prix pour une bande dessinée polar. Et pour cette première, l'heureux élu figurera parmi les cinq albums suivants :

Aller-retour, de Bézian (Delcourt)
Les Faux visages, de David B. et Tanquerelle (Futuropolis)
La Faute aux Chinois, de Ducoudray et Ravard (Futuropolis)
Grandville mon amour, de Talbot (Milady graphics)
L'Organisation, de Cooke d'après Stark (Dargaud)

Une sélection du meilleur goût, mais je n'ai pas de mérite à la vanter puisque je fais partie du jury d'expert qui l'a constituée, aux côtés de Pénélope Bagieu ( dessinatrice à la vie tout à fait fascinante), Laurence Le Saux (Télérama et BoDoï), Eric Libiot (L'Express), et Christian Marmonnier (journaliste spécialisé dans la bande dessinée, auteur notamment du colossal "Métal Hurlant, la machine à rêver" avec Gilles Poussin).
Pour cette première, les lecteurs ont pu lire et voter à la Gare de l'Est, du 23 au 27 avril, (ici, un petit reportage sur l'ambiance sur place pendantcette semaine) et le verdict sera rendu public lors de la cérémonie de remise officielle des prix SNCF du polar le mardi 29 mai.

Et pour le prix 2013, ce sont les lecteurs-voyageurs de la France entière qui pourront choisir leur album préféré... Suivez Bédépolar pour être dans le bon wagon et connaître la première sélection dès sa sortie !

En attendant, n'hésitez pas à lire ces 5 albums, si vous ne l'avez déjà fait, ils sortent tous de l'ordinaire, chacun à leur façon. J'ai déjà chroniqué 4 de ces 5 titres, je vais me refaire un Aller-Retour avec Bézian pour vous en parler avant le 29...

vendredi 17 février 2012

[Chronique] - Les Faux visages ou le retour des Postiches...

Une fois n'est pas coutume, arrêtons nous-un instant sur la couverture, presque en forme de « Une » journalistique, de ce nouvel album. Rarement couverture n'aura été aussi explicite : en deux parties avec, au dessus du titre, 8 visages d'hommes, fermés, pour ne pas dire durs, et au dessous du titre, une scène de rue, prise sur le vif, une fuite juste après un braquage, un instantané dans une journée pas ordinaire.
Tout de suite, on est fixé, mais pour mieux éclairer le chaland, un sous-titre vient préciser : « Une vie imaginaire du Gang des Postiches ».
Pourquoi imaginaire, me direz-vous ? Parce que, si David B. s'inspire de ce vrai gang, qui a braqué 27 banques entre 1981 et 1986, il en a changé tous les noms des personnages pour raconter leur histoire. Il n'empêche que son récit s'appuie bien sur l'incroyable feuilleton qu'a été la vie de cette bande un peu hors du commun, parce qu'éloignée des milieux mafieux ou de ceux du grand banditisme.
David B. retrace cette saga en 9 chapitres, de 1975 à 2004, d'un premier casse, où la bande n'existe pas encore, jusqu' à l'arrestation de son dernier membre.
On suit donc la préparation des casses, leur éxécution, et, bien entendu, les déboires de la police, qui peinera longtemps à mettre fin aux actions du gang des Postiches, dont la méthode est si bien rôdée qu'elle marche à tous les coups, parce qu'elle empêche toute identification des braqueurs. Une méthode simple, qui consistait à entrer dans les banques, affublés de perruques, fausses barbes et moustaches, se mêler aux clients, et attendre le moment propice pour les prendre en otage. Une partie du gang surveillait alors les otages, pendant que l'autre vidait les coffres.
Evidemment, l'obstination d'un flic finira par avoir raison d'eux et tout se terminera par une fusillade à la sortie d'un Crédit Lyonnais, et ce sera le début de la fin.

Cet album, par sa portée documentaire, se détache de la production habituelle. En grand partie aussi parce que Tanquerelle (excellent dessinateur dont le blog est ici), a réussi à restituer l'époque de l'action, fin du giscardisme-début des eighties, et surtout à faire passer le côté humain de cette bande, qui au fil de ses coups, avait entraîné une certaine sympathie de la part du public et de la presse. Et on ressent presque une indulgence pour les auteurs de ces crimes qui semblaient ne pas en être vraiment...Peut-être en 2012, finalement, est-il agréable de lire une histoire où les banques sont les victimes principales ? Pour les couleurs, Tanquerelle a opté pour une bichromie noir et gris/bleu, qui donne un côté « vintage » du meilleur goût. Et les trognes de ses personnages sont remarquables d'expression... avec ou sans postiche. Au passage, on se plaît à croiser le commissaire Broussard, autre grande figure de l'époque, qui fulmine devant l'échec de ses troupes, ridiculisées par le gang. Broussard n'est pas nommé, là non plus, mais on le reconnaît sans peine.Cette première biographie romancée, alerte et fluide, renouvelle un genre le plus souvent réservé aux grandes figures de l'Histoire. Et souvent d'un ennui sans fond. Ici, on tourne les pages avec envie, on attend maintenant avec curiosité les prochains volumes, puisque « Les faux visages » inaugurent une série mise en route par David B. sur le grand banditisme.

Les faux visages, une vie imaginaire du Gang des Postiches
Scénario de David B. et dessin d'Hervé Tanquerelle.
Futuropolis, 2012 – 152 pages en bichromie - (21 €)

samedi 3 septembre 2011

Futuropolis : La Faute aux Chinois et Les larmes de l' assassin

Le catalogue Futuropolis s'enrichit petit à petit de véritables perles du noir. Retour sur deux - excellents ! - albums, parus à quelques mois d'intervalle.

Louis est un employé discret dans une usine d'abattage de volaille. Jamais un mot plus haut que l'autre. Pourtant, quand deux de ses collègues de la chaine s'en prennent un peu grassement à la chétive Suzanne, secrétaire qui a eu la mauvaise idée de descendre dans l'antre des découpeurs de cous de poulets, le sang de Louis ne fait qu'un tour et le voilà à défendre la jeune femme. Une robe achetée plus tard, suivie de plusieurs autres, et le voici bientôt à l'église, où avec Suzanne, ce sera désormais pour la vie. Avec Suzanne, mais aussi avec son encombrant frère Jean-Claude, cent cinquante kilos, à l'humour aussi léger que l'embonpoint. Et à l'emprise totale sur sa soeur. Bientôt, l'omniprésent beauf va trouver que Suzanne ne mène pas une vie à sa mesure, et il va se charger de faire grimper les échelons de la société à Louis, en l'entraînant sur une pente glissante : Louis devient un véritable liquidateur, marionnette au service de Suzanne et Jean-Claude...

Aborder la lutte des classes, les délocalisations, les grippes aviaires et porcines, l'anorexie, les relations frère-soeur, et j'en oublie certainement, on ne peut dire que « La faute aux Chinois » manque d'ambition ! Et ça marche... Car derrière tous ces sujets rencontrés au fil des pages, il y a la vie peu envieuse de Louis Meunier, qu'Aurélien Ducoudray et François Ravard narrent dans ses détails du quotidien, avec une grande humanité, mais aussi un certain humour noir quand il s'agit de décrire les activités peu orthodoxes de leur « héros ». En fait, cet album réussit le tour de force d'exposer les ravages du capitalisme le plus sauvage, celui qui oppresse les travailleurs du monde entier, en empruntant les chemins d'une histoire qui semble délirante. Et pourtant... qui sait jusqu'où les hommes et les femmes seront poussés pour trouver un boulot, le garder et s'en sortir mieux qu'en vivotant ? On pense parfois au roman de Westlake « Le Contrat » où à celui de Jason Starr « Simple comme un coup de fil », en lisant cette « Faute aux chinois », surtout quand le beau frère (quel personnage !) fait place net pour l'ascension de sa soeur... Mais c'est tout de même la figure de Louis, homme honnête mais parfois dépassé par les événements, et fou d'amour pour sa fille malade, qui reste en mémoire une fois la dernière page tournée. Comme une figure de la résistance, un peu monstrueuse, mais terriblement contemporaine...

La Faute aux Chinois
Scénario Aurélien Ducoudray et dessin François Ravard
Futuropolis, 2011. – 152 pages couleur - 21 €


Un second album paru en début d'année chez Futuropolis mérite tout autant votre attention : c'est celui signé Thierry Murat, adaptation du roman « pour la jeunesse » d'Anne-Laure Bondoux, Les Larmes de l'assassin. L'histoire est celle du jeune Paolo, qui vit avec ses parents dans le dénuement et l'isolement les plus extrêmes, dans des contrées arides, en Patagonie. Un homme traqué arrive, un truand, qui n'hésite pas à liquider les adultes pour s'installer dans leur misérable ferme, où il espère que la police ne le retrouvera pas. Il a épargné l'enfant, et une étonnante relation naît entre Paolo et l'assassin de ses parents. Le roman était splendide – il a été primé une vingtaine de fois – la bande dessinée l'est tout autant. Thierry Murat a su trouver les images les plus fortes et les plus justes pour traduire visuellement l'interaction paysage / émotions des hommes omniprésente dans le récit initial de la romancière. Ses planches sont composées dans leur majorité de deux ou trois grandes cases, elles-mêmes aux arrières-plans le plus souvent vierges de tout décors : un choix qui fait des personnages, tantôt silhouettés, tantôt campés en plans rapprochés où les visages sont des plus expressifs, le principal vecteur des émotions. Le texte sait se faire discret tout au long des pages, au point que la traditionnelle bulle disparaît, et ne subsiste qu'un simple trait pour relier les mots à ceux qui les prononcent... Au final, c'est un véritable récit illustré qui est donné à lire, une bande dessinée bien évidemment, mais qui sort graphiquement des sentiers battus, et nous emmène vers un ailleurs complètement fascinant. Les adaptations ne sont à mon sens vraiment réussies que lorsqu'elles sont avant tout elles-mêmes des oeuvres autonomes, mais qu'elles conservent l'essence, l'esprit, de leur matrice textuelle. Ces Larmes de l'assassin version Murat, entrent dans cette catégorie, et par la grande porte.

Les Larmes de l'assassin
Scénario et dessin Thierry Murat,
d'après le roman d'Anne-Laure Bondoux.
Futuropolis, 2011 – 128 pages couleurs – 18 €

lundi 6 juin 2011

[Chronique délocalisée] - Grandville mon amour

Je vous avais déjà dit tout le bien que je pensais de "Grandville", cette géniale uchronie de Bryan Talbot - c'était même ma BD préférée de 2010, rien de moins - et voici que sort un deuxième opus mettant en scène le vigoureux Inspecteur LeBrock et son fidèle et subtil adjoint Radzi. Je ne sais si ce Grandville mon amour sera encore le premier de ma liste 2011, mais en tous cas, c'est à nouveau une des BD de l'année. Talbot a vraiment imaginé un monde absolument fascinant, et son Angleterre peuplée d'animaux est à mille lieux des séries comme Canardo ou Blacksad.D'accord, ce n'est pas tout à fait le même registre, mais franchement, plongez vous dans Grandville et pour vous donner un tout petit avant-goût de cette deuxième enquête, voici deux cases assez significatives de l'univers Talbotien...
Pas mal, isn't it ?

Je vous parle plus longuement de ce bel album chez les amis de k-libre. Allez-y voir de plus près !

Grandville mon amour
Scénario et dessin Bryan Talbot
104 pages couleurs - Milady, 2011 - 17 €

dimanche 8 mai 2011

[Chronique] - Parker est de retour !

Parker a changé de visage : une opération de chirurgie esthétique était la seule solution pour échapper à l'Organisation. Mais celle-ci est puissante et elle réussit tout de même à le localiser. Elle lui envoie aussitôt un tueur, qui trouve le moyen de rater une exécution à priori tranquille : la cible était au lit, endormie... Mais Parker, aux réflexes de prédateur, échappe au traquenard et fait vite cracher le morceau au porte-flingue, qui lui donne un premier nom. Grâce à lui, Parker va remonter la filière et entreprendre un nettoyage en règle de la puissante mafia locale. Celle-ci n'a pas l'air de se rendre compte de la rage qui anime leur ennemi, comme en témoigne ce dialogue :
Fairfax (pas loin du sommet dans l'Organisation) : « J'ignore ce que vous espérez en faisant tout ça. Vous continuerez à nous irriter et nous à vous traquer. L'issue est inévitable ».
Parker (calme) : « Erreur. Ce n'est plus vous qui me traquez. C'est moi qui vous traque. Je traque Bronson ».
Et il n'a pas l'air de rigoler...

Cette adaptation des romans de Stark mettant en scène Parker, après « Le Chasseur », est celle du deuxième titre de la série, « Peau neuve » ou « Parker fait peau neuve » selon les différentes éditions françaises (The man with the getaway face, 1963) mais également, et surtout, du troisième titre, "La Clique", dont la BD originale partage le titre : "The Outfit", sorti en 1964.
Après
Benacquista, c'est Doug Headline qui s'est chargé de la traduction de ce tome, en excellent connaisseur des comics qu'il est... et du polar. Et comme pour « Le Chasseur », le travail de Darwin Cooke est tout simplement magnifique, ses choix graphiques sont même encore plus audacieux que pour le premier tome. La meilleure preuve en est le « livre trois » de cette histoire (qui en compte quatre) où, en 30 pages, Cooke utilise quatre style différents pour illustrer les activités illicites de l'Organisation, et comment Parker va à chaque fois arnaquer la société criminelle. Cooke n'hésite ainsi pas à intégrer de grandes parties narratives, issues directement du roman, comme ce « Raid sur le club Cookatoo », qui se lit comme un long reportage à sensation : 6 pages de textes illustrées de 5 dessins qu'on jurerait croqués en direct, dans un impeccable style sixties. Comme pour « Le Chasseur », l'album est en bichromie gris/bleu – blanc, ce qui empêche tout effet inutilement spectaculaire, mais n'empêche en aucun cas de sentir la violence, insidieuse ou réelle, tapie dans l'ombre ou explosant dans les poings du "héros", et qui suinte tout au long des pages. Une vraie leçon aux distributeurs d'hémoglobine. Et comme l'intrigue de ce deuxième Parker est d'une solidité à toute épreuve – et si elle semble avoir été déjà lue, il ne faut pas oublier qu'elle date de 1963 – vous aurez compris que vous devez absolument lire cet album.
Parker, tome 2 - L'Organisation
Scénario et dessin : Darwin Cooke d'après Donald Westlake
Traduction Doug Headline
Dargaud, 2011 - 160 pages en bichromie – 19 €