Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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lundi 13 juillet 2026

[Prolongations ] - Eldorado de Marcello Quintanilha (Le Lombard)

 C’est l’été, profitons-en pour revenir sur quelques albums parus au premier semestre et qu’une vie trépidante ne m’a pas laissé le temps de vous faire découvrir. Comme ce nouvel album signé du lauréat du Fauve d’Or 2022, qui marque le retour à un sujet cher à l’auteur : le football. Et cela se passe, forcément, dans son pays natal : le Brésil. En route pour la gloire ! Ou presque.


Hélcio a des rêves de gosse : normal, il est encore un jeune ado, et dans son quartier déshérité de la grande cité de Duque de Caxias, quoi de mieux que de s’imaginer en footballeur vedette du Canto Do Rio, le club de la ville voisine de Niteroi, pour échapper à son quotidien ? Surtout quand on est doué comme il l’est, et déjà repéré par le club, qui envoie un émissaire dans la petite épicerie-bar tenue par Alicio, son père, pour le convaincre de le laisser signer son rejeton au Canto. Mais le paternel est ferme et définitif : « Pas question de comploter avec mon fils pour vos embrouilles ! » . C’est qu’Alicio n’a pas envie de voir le cadet marcher sur les traces de Luiz Alberto, le frère aîné, qui fricote avec les petites frappes du quartier, et à deux doigts de tomber dans des affaires criminelles dont on ne se relève pas…

La tension déjà présente dans la boutique après la discussion avec l’envoyé du club monte d’un cran sitôt son départ : trois hommes s’attablent et se comportent en terrain conquis, au mépris de toute la clientèle, ce qui amène Alicio à prier le trio de sortir brailler leurs grossièretés ailleurs que dans son magasin. La réponse est simple : le boutiquier se retrouve très vite avec un flingue braqué sur le front, sous les yeux d’Hélcio, tout près d’intervenir...


Ainsi débute cet Eldorado, où le ton est donné dès les premières pages : il va être question de survie dans cette histoire, et elle passe par bien des chemins. Et donc, par le football, pour Hélcio, figure centrale de cet album, autour de qui tout va se jouer : son ascension – car le père va finir par céder au club – sa gloire, et sa chute… C’est évidemment de toute sa famille dont il sera aussi question au fil des pages, et des années, et c’est au final une véritable fresque que brosse Marcello Quintanilha, une tranche d’histoire sportivo-sociale passionnante, qui court des années 50 aux années 70. Il donne à découvrir un pays qui nous reste méconnu, et d’ailleurs, Eldorado s’ouvre sur une très réussie rétrospective de l’histoire du Brésil en 9 pages en noir et blanc, d’un style graphique très différent du reste de l’album. Passé ces pages instructives, on se plonge dans ce que l’auteur présente lui même comme « un polar néo-réaliste, un polar social qui se déroule dans la classe ouvrière brésilienne, sur le modèle du cinéma néo-réaliste italien des années 1940 et 1950
 ».

 Et c’est d’ailleurs ce modèle cinématographique qui a guidé Quintanilha dans ses choix graphiques, différent de ses deux précédentes BD. Avec le scénario lui-même : « C’est l’histoire qui détermine le graphisme. A chaque nouvel album, je cherche le style qui convient à ce que je veux raconter. Le dessin d’Eldorado est le même que celui des Lumières de Niteroi car c’est celui qui traduit le mieux son atmosphère de néo-réalisme ». 

Et comme dans cet album paru en 2018 chez ça et Là, la source d’inspiration de l’auteur est aussi familiale (son père a été pro dans les années 50-60 dans les clubs de Niteroi) : allié au talent de Marcello Quintanilha à raconter des histoires humaines, ce passé personnel apporte à Eldorado une véritable authenticité. Et elle est bienvenue pour rappeler que le football, c’est aussi autre chose que ce qui se déroule en 2026 sur le continent américain. 


Cette chronique vient de paraître également dans le n°241 l’excellent et inoxydable fanzine « La Tête en Noir », consacré à la littérature noire et policière, et emmené par le toujours sémillant Jean-Paul Guéry

Jetez-donc un petit coup d’oeil ici : https://imajnere.fr/fanzines-2/la-tete-en-noir/

 

Eldorado ****

Scénario et dessin Marcello Quintanilha ; trad. Christine Zonzon

Le Lombard – 272 pages couleur – Sortie le 30 janvier 2026 – 26,90 €

Les Lumières de Niteroi ****

- ça et Là, 2018 – 240 pages couleur  –-24 €


lundi 3 février 2025

[Tout en images ! ] - Romain Renard remporte le Fauve Polar SNCF Voyageurs 2025 avec Revoir Comanche (Lombard)

 Et voilà ! Le FIBD 2025 referme ses portes, et moi j'ouvre une fenêtre sur les coulisses du Fauve Polar SNCF Voyageurs, remporté à l'unanimité du Jury par Romain Renard et son excellent Revoir Comanche, publié au Lombard. 

 


 J'étais sur place, et avec l'aimable autorisation des participants et participantes à cette formidable édition, voici quelques images exclusives, rien que pour Bédépolar, blog préhistorique, mais toujours vivant. Donc, suivez le guide ! 

C'est parti pour le grand déballage (ah ah) en douze questions subtiles


Qui va avoir son nom sur le fameux murs des lauréats du Prix Polar SNCF (tout court puis Voyageurs ?) et succéder à Keko et Portela ?


(Amis bédéphiles du Noir, il manque un Fauve dans cette galerie, sauras-tu le retrouver ? )

Quels beaux albums étaient à la lutte cette année ? Et bien ceux-là :


 Et qui avait la lourde tâche de débattre âprement ? 

Et bien ce jury de choc (avec l'aimable repiquage sur le site du FIBD 2025) 


 Et la tâche allait-elle être ardue, se demande ce jury, au comble de l'angoisse, et sous l'oeil inquiétant d'Alexandre Dubois, responsable des partenariats et de l'influence chez SNCF Voyageurs ? 


Et   monter sur la grande scène du théâtre d'Angoulême, pas trop angoissant, cher jury ? Surtout sous l'oeil tout aussi inquiétant d'Olivier Reinsbach, directeur de la Communication de SNCF Voyageurs ? Que de pression !


 Sitôt couronné, Romain notre intrépide nouveau Fauve s'inquiète,
à l'instar de Vivienne, son héroïne (si si regardez-bien), en parlant de pression : les pompes à bière sont-elles prêtes pour fêter ça ? Va-t-on pouvoir lever nos verres ?


 Réponse immédiate sur scène (moment furtif capté par mon oeil d'expert en bulles) : oui !  les bouteilles, au moins, sont elles déja prêtes. Les sourires reviennent !


 Et le lendemain, les stickers seront-ils tous prêts sur chacun des albums pour la rencontre publique avec Romain ? Qui va mener à bien l'Opération Pastille Jaune ? Ici, mon enquête est formelle : c'est Marine de Magic Garden qui s'y colle...

 

 Et après la rencontre, la Présidente du Jury, Véronique Augereau, aura-t-elle l'occasion de féliciter Romain ? 

Pinaise, oui !!!


Et notre lauréat multi-talents (bientôt ici une vidéo de son exceptionnelle chanson, à la guitare Suzuki, exécutée de manière impromptue et magistrale, sur scène pendant la rencontre avec le public.  Votre reporter en est resté sans voix quelques instants au moment de reprendre le micro), donc :

Et notre lauréat avait-il la force après tout ça de dédicacer quelques albums ? 

Mesdames et messieurs, voyez plutôt :


Et retrouverons-nous Romain Renard l'an prochain au FIBD 2026 ? 


Oui ! Car maintenant que Revoir Comanche et son auteur ont rejoint le Hall of Fame du Fauve Polar SNCF Voyageurs, le lauréat doit revenir pour présider le jury...

Alors, à l'année prochaine, et à bientôt ici pour une chronique détaillée de de cet excellent album, hommage à la célèbre série de Greg et Herman, bien sûr, mais aussi véritable polar au suspense allant crescendo, dans des décors somptueux et fascinants. 



 A bientôt !

vendredi 31 mars 2023

[Goéland Masqué] - Melvile – L’histoire de Ruth Jacob, de Romain Renard, Prix Mor Vran 2023

 

C’est donc avec le dernier volume de son cycle Melvilien que Romain Renard remporte le Prix Mor Vran 2023 du Festival du Goéland Masqué de Penmarc’h. Un prix mérité pour la touche finale à une histoire kaléidoscopique, celle d’une ville qui petit à petit révèle les secrets de ses habitants.

Et il a fallu plus de 10 ans à Romain Renard pour explorer les états d’âmes de ses personnages, et quatre volumes, qui tous peuvent se lire séparément. Et si vous n’en avez lu aucun, ce n’est pas un problème, l’auteur l’a lui même dit : «  J’invite tous les gens qui souhaiteraient se plonger dans Melvile à lire ce dernier tome en premier. C’est la meilleure porte d’entrée. » (interview complète et passionnante sur le site brancheculture.com).

Une porte d’entrée à un monde fascinant, intriguant et envoûtant : oui tout cela à la fois ! En explorant l’histoire de personnages différents de Melvile, à des âges différents pour chacun, c’est une vaste introspection sur des parcours de vie que Romain Renard propose… sans oublier des intrigues prenantes et bien menées. 

Melvile, c'est vraiment tout un monde à explorer, y compris sonore : depuis le début, les albums sont accompagnés d’une bande-son composée par son auteur, un univers musical donnant un peu plus d’épaisseur, de mystère aussi, à une œuvre déjà dense. 

Pour vous la découvrir dans son ensemble, rien de mieux que de vous rendre sur melvile.com, le site dédié à la série, parfaite introduction au monde de Romain Renard.

Puis vous pourrez vous plonger avec délectation dans l’Histoire de Ruth Jacob, et arpenter avec Paul Rivest les rues d’une cité prête à livrer ses derniers secrets avant son engloutissement. Le casque de votre walkman sur les oreilles, bien sûr...( écoutez donc ça !)

 Melvile est une des créations les plus puissantes et originales de ces dernières années : ne manquez pas de franchir les portes de cette cité et d’aller boire un verre avec ses habitants. Ils auront tous une histoire à vous raconter.

 

 

Melvile – L’histoire de Ruth Jacob ****

Texte, dessin, musique et flammes Romain Renard

Le Lombard, 2022 – 396 pages couleurs – 29,90 €



dimanche 26 mars 2023

[Goéland Masqué] - Le Prix Mor Vran 2023 attribué à ...

 Le jury du Prix Mor Vran du festival du Goéland Masqué (Penmarc’h, Finistère) se réunit ce dimanche pour attribuer son 16ème Prix. Qui pour succéder à Contrapaso, de Teresa Valero (Dupuis) ? Pas facile de jouer les devins tant la sélection est excellente… et éclectique !

Petit tour des cinq albums en compétition (par ordre alphabétique pour ne vexer personne) :

Alex Inker, lauréat en 2021 avec Un travail comme un autre est de retour avec une nouvelle adaptation : Colorado Train (Sarbacane), tirée cette fois d’un livre de littérature young adult de Thibaut Vermot. Il règne sur cet album un esprit semblable à ceux de « teen-movies » et pense aux Goonies (un peu) ou à Stand by me (beaucoup) avec cette histoire d’ados en quête d’un cadavre, point de départ de l’histoire. La suite est plus sombre, et la traque d’un méchant salement méchant de plus en plus flippante. Alex Inker livre ici un de ses meilleurs albums, cette fois-ci entièrement en noir et blanc et blanc, parfaitement adapté à son intrigue. Cela donne une histoire prenante, un récit tout autant noir qu’initiatique, rythmé par une bande-son de vingt titres punk-hardcore-rock du meilleur goût qui sont autant de chapitres percutants. 


Autre genre avec Hoka Hey  de Neyef (Rue de Sèvres), puisqu’il s’agit de western. Et d’un western mémorable, magnifiquement mené de bout en bout. La destinée du petit George, indien Lakota recueilli par un pasteur, qui l’éduque… à sa façon bien sûr. Il faut bien en faire un bon petit citoyen dans le grand creuset américain, n’est-ce pas ? Tout bascule pour Georges quand Little Knife, Lakota comme lui, vient arracher des informations au pasteur, et entraîner le gamin dans une quête de vérité qui n’est pas la sienne… à moins que ? Tout est bon dans cet album : les décors, superbes, les personnages, crédibles à chaque instant, et l’intrigue, qui se déroule patiemment. Hoka hey ouvre en plus des pistes de réflexion sur la négation de la différence, les liens familiaux, la nature, la violence, l’acculturation et j’en oublie… En ne faisant pas des Indiens un peuple exemplaire en toutes circonstances (cf l’histoire de No Moon) ni des Blancs des caricatures de méchants. Somptueux et inoubliable !

Autre album en lice : le récit noir et poignant de la destinée de Lucien, signé Guillaume Carayol et Stéphane Sénégas (Delcourt) Celui qu’on pourrait qualifier de ce qu’on appelait autrefois l’idiot du village est le cantonnier persécuté et incompris par toute une petite cité. Seuls Paul, un enfant et Maria, femme forte (à tous les sens du terme) lui offrent pour l’un son amitié et pour l’autre un semblant de compassion et de compréhension pour l’autre. Ce qui ne va pas empêcher l’homme qui danse avec les feuilles (quel virtuose du balai!) de connaître une tragique trajectoire. La construction de son histoire, en deux parties, avec un trou de 10 ans entre sa mort supposée et son retour devant le théâtre de marionnettes de Paul, donne plus de suspense à l’ensemble : que s’est-il donc passé tout au long de ces années ? Cet album est aussi une réflexion assez poussée sur l’amitié (comme le dit la 4ème de couv) mais également sur la cruauté humaine, la cupidité… et les rapports familiaux. Une barque bien chargée. La mise en page, l’utilisation de différentes techniques du noir et blanc, expriment parfaitement tous les états d’âmes de chacun des personnages. Et les décors sont d’une grande précision. Un album vraiment marquant, là encore...

Avec l’histoire de Ruth Jacob, Romain Renard poursuit son exploration de Melvile et de ses secrets les plus sombres. Voici une autre histoire vraiment chargée émotionnellement, où le « héros » Paul revient dans cette ville où il a vécu un épisode de son adolescence plus que douloureux. Un retour dans une cité au bord du précipice et de l’engloutissement pour être exact, car Melvile se vide de ses derniers habitants avant d’être noyée sous les eaux du barrage. Les déambulations de Paul dans les rues battues par la pluie, éclairée par des incendies qui font figure d’ultimes feux d’un passé peu glorieux pour les autochtones, semble un véritable chemin de croix. L’histoire se démêle au fil de cassettes audio et de révélations des derniers habitants encore sur place. L’atmosphère est sombre du début à la fin de cette histoire de Ruth Jacob, et même la musique qui accompagne les pages vient ajouter une note tragique à ce volume (bonne bande-son au passage : A Forest de Cure, parfait, par exemple!). Pour qui n’a pas lu l’ensemble de la série, voilà qui donne envie de se plonger dans cet univers de Romain Renard, architecte de Melvile depuis des années…

L’ultime album de cette sélection est Nettoyage à sec de Joris Mertens (Rue de Sèvres). Et là : wow : Un vrai choc graphique pour moi qui ne connaissait pas le travail de Joris Mertens. Sa ville des années 70, battue par la pluie (il pleut beaucoup dans cette sélection), essentiellement nocturne et néonesque, est complètement fascinante ! On prend un plaisir fou à détailler les enseignes, les véhicules, les tenues des passants… Tout est un piège délicieux pour l’oeil ! Et dans ce décors extraordinaire, l’histoire de François le livreur aux allures lui de chien battu, poissard comme c’est pas permis, ne pouvait que se terminer comme elle se termine : de manière tragico-comique. Ou amère, selon l’humeur de chacun. On peut rire de tant de bêtise ou de naïveté, mais on peut aussi compatir et comprendre cet homme à qui on a certainement ressemblé à un moment ou un autre de notre vie , non ? C’est une histoire cruelle et belle à la fois, et graphiquement, répétons-le époustouflante. Les pleine page et double-page sont de véritables chefs d’oeuvre qu’on a presque envie d’exposer dans son salon. Du travail d’artiste !


Voilà. Cinq albums denses, touffus, qui prennent leur temps (200 pages minimum chacun!) . Un seul deviendra le 16eme Prix Mor Vran. Verdict très bientôt !


Colorado Train

 Texte et dessin Alex W. Inker d’après Thibaut Vermot . Sarbacane, 2022 – 223 pages noir et blanc – 29 €

Hoka Hey !

Texte et dessin Neyef.  Rue de Sèvres, 2022 - 224 pages couleurs – Collection Label 619 – 22,90 €

Lucien

Textes et dessin : Guillaume Carayol et Stéphane Sénégas. Delcourt, 2022 – 264 pages noir et blanc – Collection Mirages – 27,95 €

Melvile – L’histoire de Ruth Jacob

Texte et dessin Romain Renard. Le Lombard, 2022 – 396 pages couleurs – 29,90 €

Nettoyage à sec

Texte et dessin Joris Mertens. Rue de Sèvres, 2022 – 120 pages couleurs – 25 €

lundi 22 novembre 2021

 [Trois pour le prix d’un] - Prix Clouzot de la BD polar (A Fake story) , Trophée 813 BD (New York Cannibals) et Prix Mor Vran (Un travail comme un autre) : trois albums « littéraires »... et américains

 

C’était récemment la saison des prix littéraires, et il en a plu sur les romans et essais à tous les coins de rue. Les bandes dessinées ne sont pas en reste, et trois distinctions ont été décernés pas plus tard qu’il n’y pas très longtemps. Pour trois albums se déroulant tous au pays de l'Oncle Sam. 

Le premier de ces prix a  été attribué  il y a quelques jours à Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx pour A fake Story, d’après le roman de Douglas Burrough (Futuropolis), qui remporte le Prix Clouzot de la BD polar du festival Regard Noirs de Niort. Choix osé car pour ce prix consacrée à une adaptation d’un roman noir ou policier, le jury a choisi de récompenser une bd dont l’auteur du roman reste, voyons, mystérieux. Mais l’histoire n’en demeure pas moins passionnante : à la suite du reportage sur la fausse invasion martienne racontée «en direct » par Orson Welles en octobre 1938, un homme tire sur sa famille avant de se suicider. Un journaliste, Douglas Burroughs, vient enquêter sur cette tragédie. Et c’est une vertigineuse mise en abyme que racontent avec talent Galandon et Pendanx, et qui entre parfaitement en résonance avec notre époque actuelle…

 

Pas d’adaptation pour le Trophée 813 de la BD 2021, décerné lui fin septembre, mais un romancier du noir chevronné au scénario : Jerome Charyn, vainqueur avec François Boucq du trophée pour leur New-York cannibals (Le Lombard). Charyn et Boucq œuvrent ensemble depuis de trente cinq ans, et régulièrement se retrouvent pour des albums empruntant à leurs univers respectifs, avec, depuis « Bouche du diable » (1990), une exploration du genre polar plutôt du côté espionnage ambiance goulag. Mais c’est aussi la cité chère au romancier qu’est New York qui est au coeur de leur deux derniers albums, et on retrouve dans « New York cannibals » les personnages principaux de « Little Tulip.», 20 ans plus tard. Tatouage, culturisme, trafic de sang, désir d’enfants… sont autant de thèmes au coeur de cet album dense où se croisent une incroyable galerie de personnages, tous aussi charynesques que boucquiens. 


Enfin, c’est début septembre qu’a été remis à Alex W. Inker le Prix Mor Vran de la BD 2021 du festival du Goéland Masqué de Penmar’ch (Finistère) , pour  Un travail comme un autre  (Sarbacane). Encore une adaptation, mais de pas de mystère sur l’autrice cette fois, puisqu’il s’agit de Virginia Reeves, dont c’était le premier roman. L’histoire ? Allez, pour une fois, reprenons le résumé de l’éditeur : Alabama, 1920, Roscoe T Martin est fasciné par cette force plus vaste que tout qui se propage avec le nouveau siècle : l’électricité. Il s’y consacre, en fait son métier. Un travail auquel il doit pourtant renoncer lorsque Marie, sa femme, hérite de l’exploitation familiale. Année après année, la terre les trahit.Pour éviter la faillite, Roscoe a soudain l’idée de détourner une ligne électrique de l’Alabama Power. L’escroquerie fonctionne à merveille, jusqu’au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie »

Alex Inker nous replonge donc dans cette Amérique de Caldwell et Steinbeck, et comme il le confie au site ligne claire.info, ce qu’il voulait surtout tirer du roman « c’était avant tout l’histoire d’amour de Roscoe et Mary » (interview complète ici). Mais cela reste aussi un album vraiment noir et tragique, qui là aussi, fait écho à ce que nous vivons ici et maintenant, en 2021

A fake story

Scénario Laurent Galandon et dessin Jean-Denis Pendanx d’après le roman de Douglas Burroughs– F uturopolis, 96 pages couleur – 17 € - Paru le 13 janvier 2021

New York Cannibals 

Scénario Jerome Charyn et dessin François Boucq -Le Lombard, 141 pages couleur –24,50 €- Paru le 11 septembre 2020

Un travail comme un autre

Scénario et dessin Alex W. Inker d’après le roman de Virginia Reeves – Sarbacane 173 pages couleur – 26 € - Paru le 27 mai 2020

dimanche 15 octobre 2017

[Halte au feu!] - Ralentir, de Le Lay et Horellou (Lombard) ****

Lui, costard-cravate, court dans la rue, sous la pluie, la tête abritée par ce qu’on devine être une sacoche. Eléments de décors : une voiture au premier plan, l’enseigne d’une pharmacie. Et un panneau d’interdiction de tourner. A gauche. 
Ambiance : grisâtre et pressée.
Elle, cheveux ultracourts et rangers – oud Docs ? - est assise ce qu’on suppose être une borne kilométrique – d’un autre temps - sur le bord d’une route de campagne. Elément de décor : des arbres à l’arrière plan, un ciel ensoleillé de fin de journée. 
Ambiance : douce et apaisée.
Deux mondes… Qui vont se percuter.

Dès sa couverture « Ralentir » invite à la réflexion. Elle va évidemment se poursuivre quand David, commercial pour une boîte de traitement de déchets, prend en stop, sur sa route vers Douarnenez, Emma, une jeune femme un peu rebelle, du moins à ses yeux. Dans l’espace clos et rapproché de l’habitacle automobile, ils vont apprendre à se connaître et vite se rendre compte que leur place dans la société n’est pas la même, et qu’elle va avec la vision qu’ils ont de celle-ci… Déjà dans l’urgence du nouveau poste qu’il vient de décrocher, David peine à comprendre Emma, qui n’a jamais gardé un boulot plus de huit mois, et il n’est pas loin de la considérer comme un parasite de son monde bien réglé. Au fil des kilomètres, les événements vont peut-être lui faire prendre conscience qu’un autre monde est possible : la destruction de son précieux téléphone (« J’ai ma vie moi là-dedans ! » un grand classique...), un grave accident de la route dont ils sont témoins, et surtout, suite aux intempéries, un arrêt imprévu et prolongé, en plein centre Bretagne, chez des autochtones accueillants et respirant le bonheur de vivre. Le jeune cadre dynamique va sortir transformé de cette parenthèse dans sa vie trépidante, et Emma va, elle, poursuivre son chemin sur ce rythme raisonné qui est le sien depuis déjà un moment. 




 Delphine Le Lay et Alexis Horellou poursuivent leur travail déjà entamé avec « Plogoff » et « 100 maisons – La Cité des abeilles » (chez Delccourt), et leur post-face, forte, pourrait tenir lieu de profession de foi, voire de manifeste : « Nous sommes nombreux à ressentir l’absurdité du système dans lequel nous sommes plongés », écrivent-ils. Et de se questionner sur le pourquoi et le comment faire pour s’en sortir. 
Leurs albums sont une de leurs réponses, et ce dernier livre « Ralentir », trouvera écho auprès de quiconque sent, confusément, ou précisément, que résister aux injonctions d’une société trop pressée pour à peu près tout, est peut-être ce qu'il faut commencer par faire. Résister en prenant le temps de réfléchir à ce que l’on fait, et en sachant renoncer au superflu. Une fois que le superflu est bien identifié : un inventaire de son quotidien propre à chacun.




« Ralentir » n’est certes pas un polar. Pas de morts – si ce n’est une victime de la route – pas d’enquête, pas de flics, pas de suspense, pas d’actes délictueux. Non, rien de tout ça. Mais le polar tel que je le conçois, ici dans Bédépolar, ou dans mes lectures de romans, a bien cette capacité, cette « mission »  (oui, tout de suite les grands mots...) à dépeindre le monde tel qu’il est, d’en dénoncer les travers, et d’imaginer, de temps en temps, des pistes pour le rendre meilleur. 

« Ralentir » est un album qui entre dans cette catégorie. Et il fait énormément de bien. Comme les meilleurs polars.

Ralentir ****
Scénario Delphine Le Lay et dessin Alexis Horellou
Le Lombard, 2017 – 104 pages couleurs – 16,45 €

dimanche 21 février 2016

[Noble art et embrouilles diplomatiques] - Chaos debout à Kinshasa, par Barutti et Bellefroid (Glénat)

Harlem, septembre 1974. Ernest Bloomin, petite frappe et grande gueule, est dans la mouise : il a égaré un kilo de coke, et les propriétaires de la marchandise ne lui laissent plus beaucoup de temps pour rembourser. Ailleurs aux Etats-Unis, Mohamed Ali s'entraîne pour sa reconquête du titre mondial des lourds, le fameux "Combat du siècle" contre Foreman, que le monde entier attend, et qui doit avoir lieu à Kinshasa. Là-bas, on s'agite en coulisses autour de ce combat : un diplomate Belge s'apprête à rencontrer le "président-citoyen" pour tenter de remettre la Belgique dans le jeu, la CIA laisse trainer ses oreilles un peu partout, et Blanche, une jeune Zaïroise tente d'extirper son frère des geôles sordides de Mobutu... Et voilà que ce veinard d'Ernest gagne un billet d'avion pour aller voir le combat Ali - Foreman. Il y voit tout de suite le moyen idéal de mettre de l'ordre dans ses affaires et d'échapper à ce qui promet d'être un enfer pour lui s'il reste trop longtemps aux Etats-Unis. Et puis, après tout, n'est-il pas Noir ? C'est le moment de retourner sur la terre de ses Frères...

Rien qu'avec la couverture le ton est donné : un titre qui semble tout droit sorti de la liste des OSS 117 de Jean Bruce, et les deux personnages-clé de l'histoire posant, au premier plan, sous les regards croisés, au second plan, d'un homme tenant un revolver, et à l'arrière-plan, du tout puissant Mobutu, qui tient lui le pays sous sa poigne de fer. Et quand on retourne le livre, ce sont trois autres personnages, des blancs, qui semblent eux aussi surveiller tout ce petit monde. Sans oublier l'affiche du combat Ali-Foreman, toile de fond de toute cette histoire géo-sportivo-politique, imaginée par Thierry Bellefroid, sur la base d'une documentation solide. Car il s'agit bien de cela au final : un récit d'histoire politique et d'espionnage, au coeur d'une page légendaire et universelle du sport, d'un épisode devenu mythique dans l'histoire pugilistique. Le scénario est habile et le ballet des personnages n'est pas sans rappeler ceux que menait le "danseur" Ali autour de ses adversaires, les faisant tourner maboule. Ici, chacun essaie de mener sa barque et de tirer son épingle du jeu dans un pays encore en pleine "zaïrinisation", et où Mobutu a réussi le tour de force de faire se disputer un championnat du monde de boxe entre deux Noirs... américains. La construction, chorale, du scénario est fluide, et le dessin réaliste de Barly Barutti - rappelant parfois celui d''Hermann - plonge encore plus vite le lecteur au plus près des hommes et des femmes protagonistes de ce qui en effet un "chaos debout". 

 Et si le fameux combat tient une place importante dans le scénario, il ne prend pas le pas sur le reste, et c'est bien un récit assez noir sur fond de corruption et de liberté que les auteurs proposent. Les amateurs de boxe n'en seront néanmoins pas frustrés, car, même si ceci est une fiction, voici un album qui permet au mieux de sentir l'ambiance qui devait être celle du pays au moment du Combat du siècle. Mais les amateurs de boxe, et d'Ali en particulier, peuvent aussi se tourner vers un album paru en septembre dernier "MuhamadAli" (par Titeux et Améziane, au Lombard), une étonnante - et réussie -biographie dessinée. 


Mais en attendant, il faut lire "Chaos debout à Kinshasa", que vous soyez amateur de boxe ou pas : c'est un album que nous ne lâcherez certainement pas avant la limite !


Chaos debout à Kinshasa ****
Scénario Thierry Bellefroid et dessin Barly Barutti
Glénat, 2016 - 118 pages couleurs - 22 €


dimanche 17 janvier 2016

[C'est mon choix] - Mes 15 pour 2015 : la sélection de la crème des BD polar de l'année

Vous ne l'attendiez plus (ah si ? merci !), mais voici la sélection Bédépolar 2015, autrement dit mes quinze albums préférés de l'année écoulée. Pourquoi quinze ? Parce que ça rime avec 2015. Si ça c'est pas scientifique... Allez, hop ! Et comme d'habitude : une liste par ordre alphabétique pour ne froisser personne.

Bob Morane renaissance 1 - Les terres rares
Scénario Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray ; dessin Armand
Le Lombard - 60 pages couleurs

Ce bon vieux Bob est de retour, et il a pris un sacré coup de jeune. Le voici, en 2018, au coeur des tensions internationales, en... conseiller pour le président du Nigéria ! Un poste tranquille, mais nous sommes au siècle des attentats planétaires : ça explose partout et Morane va ressortir son costume de justicier. Un come-back vraiment réussi.

 
Castagne
Scénario et dessin Isao Moutte
The Hoochie Coochie - 118 pages noir et blanc

Les durs à cuire ne sont pas morts, et ils écument la France profonde... pour un braquage des plus foireux. Ironie à tous les étages pour cet album, où tous les personnages sont aussi bêtes que méchants. Hommage décalé au genre, Castagne s'aventure aussi du côté du surréalisme avec ses dialogues hauts en couleurs et ses situations on ne peut plus rocambolesques.

Chroniques de Nulle Part
Scénario Pierrick Starsky et dessin Rica
Aaarg ! Editions - 86 pages couleurs (Collection Casbah)
 
Nous ne sommes pas aux Etats-Unis mais ces chroniques ont un petit goût des "Stray Bullets" de David Lapham : des fragments de vies fracassées, un estuaire comme lien entre tous, et l'omniprésence de la violence, réelle ou insidieuse, mais toujours quotidienne. Un album prenant, entêtant, et mystérieux.


 
Le Geek, sa blonde et l'assassin
Scénario et dessin Kin-wo Cheng
Akata - 125 pages couleurs (Collection WTF !?)

Et vous, vous feriez comment pour faire disparaître le cadavre de votre meilleur pote, que vous avez tué par accident, et qui a laissé du sang partout dans votre petit appartement ? Pas question de sortir tranquillement le cadavre par l'ascenseur... Et si vous trouviez de l'aide sur Internet ? Une bonne âme qui aurait une solution ? Ah oui, on dirait que ça marche : voilà une nana sympa qui propose ses services. Mais est-ce vraiment une bonne idée ? Gore et hilarant.


Un homme de goût 2 - Deuxième service
Scénario El Diablo et dessin Cha
Ankama - 64 pages couleurs (Hostile Holster) 
 
Dans un registre également humoristique, mais teinté de fantastique, Un homme de goût - Deuxième service, marque lui la fin d'un diptyque qui vaut le détour. On y retrouve ce personnage d'ogre imaginé par El Diablo y raconter lui-même toute sa vie par le menu, et c'est une fois de plus. savoureux. Aussi original et inventif que le premier tome, ce second tome en reprend les mêmes recettes, et Cha nous donne toute l'étendue de son immense talent.

 
Maggy Garrisson 2 - L'Homme qui est entré dans mon lit
Scénario Lewis Trondheim et dessin Stéphane Oiry  -
Dupuis - 46 pages couleurs

Un tome 2 qui reprend toutes - ou presque - les questions restées en suspens dans le premier tome . Et ouvre une autre enquête pour Maggy et Stephen Wright, autour d'un frère et d'une soeur s'accusant mutuellement du vol des bijoux de leur défunte mère. Avec une autre question en filigrane : la nouvelle vie de Maggy va-t-elle lui permettre de retrouver le sourire, pour de vrai ? Une série vraiment originale avec un personnage féminin plus qu'attachant.


Matsumoto
Scénario LF Bollée et dessin Philippe Nicloux
Glénat - 192 pages couleurs

Retour sur un épisode tragique de l'histoire contemporaine du Japon : l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995. Mais plutôt que cette tragédie elle-même, c'est sa "répétition", en juin 1994, qui est racontée, au travers du conditionnement des adeptes de la secte Aum par son gourou Matsumoto, dans une approche quasi-documentaire. Peut-être pas vraiment un polar, mais en tout cas, un album inattendu et réussi.


Les Nuits de Saturne
Scénario et dessin Pierre-Henry Gomont, d'après Marcus Malte.
Sarbacane - 168 pages couleur

Une magnifique adaptation du roman de Marcus Malte, Carnage Constellation. Mettre en images l'histoire d'amour lumineuse entre Clovis, braqueur déchu, et Césaria, jeune homme en talons aiguilles, le pari était osé, voire risqué. Mais le dessinateur de Rouge Kharma (prix SNCF polar BD 2015) s'en tire admirablement et cet album marque une étape importante dans son parcours. Et son dessin est superbe !

 
Men of wrath
Scénario Jason Aaron et dessin Ron Garney
Urban comics - 160 pages couleurs - (Urban indies) 
 
Un face-à-face entre deux hommes. Le premier s'appelle Ira Rath. Et celui qu'il s'apprête à éliminer, Ruben Rath. Son fils. Les histoires de famille sont lourdes et compliquées chez les Rath. Depuis longtemps. Mais avec Ira Rath, on atteint des sommets dans la noirceur. Ces Men of Wrath, le scénariste Jason Aaron les a imaginés à partir de lointains, authentiques et tragiques épisodes familiaux personnels, et ils ont mené son imagination vers un récit d'une fureur inouïe, comme rarement il est donné d'en lire.


Pancho Villa, la bataille de Zacatecas
Scénario Paco Taibo II et dessin Eko. Traduction et préface Sébastien Rutès.
Nada - 310 pages noir et blanc 
 
Une vraie curiosité, un autre album encore plus à la lisière du polar, si ce n'est par son auteur qui n'est autre que Paco Ignacio Taibo II. Le romancier y raconte par le menu la marche du célèbre révolutionnaire sur Zacatecas "dernier bastion du huertisme, une ville réputée imprenable entre les montagnes", comme le précise Sébastien Rutès dans sa préface. Illustré par les gravures, en noir et blanc, mais flamboyantes, d'Eko, ce livre est d'une grande élégance, et d'une puissance graphique rare. Et édité par un courageux éditeur : Nada.


Le Roy des Ribauds - Livre 1
Scénario Vincent Brugeas et dessin Ronan Toulhoat
Akileos - 152 pages couleur 
 
Ce n'est pas souvent que le polar, branche canal historique, réussit à se frayer un passage dans les pages de ce blog. Mais ce Roy des Ribauds est fascinant : "une sorte de chef espion au service des rois de France, un Vidocq avant l'heure", dixit son scénariste, qui a découvert ce personnage en lisant les Rois Maudits de Druon. Cap sur le XIIIème siècle et le Paris des quartiers mal-famés. Le dessin et le découpage, façon comics, sont parfaits et ce livre 1 se lit d'une traite. La suite très bientôt !

 
Le Teckel 2 - Les affaires reprennent
Scénario et dessin Hervé Bourhis
Casterman (Professeur Cyclope) - 80 pages couleur 
 
Le retour de Guy Farkas, le plus inattendu des personnages polar apparus ces dernières années : un visiteur médical aux allures de Jean-Pierre Marielle, conducteur de CX break, bon vivant spécialiste du petit salé aux lentilles et fan d'Arthur Rimbaud. Hervé Bourhis après l'avoir plongé au coeur d'un road trip au coeur de la France profonde, envoie cette fois-ci Farkas, et Mérédith, sa maîtresse, en exil au Brésil, où l'homme espère se faire oublier à la fois, de son ancien employeur, et de la police. Mais à Sao Paulo, il est vite repéré par les services secrets français, qui le chargent de retrouver le numéro 2 du groupe pharmaceutique... Rocambolesque à souhait !


Trou de Mémoire 1 - Gila Monster
Scénario Roger Seiter ; dessin et couleur Pascal Regnauld
Editions du Long Bec - 56 pages couleur -

Un homme se retrouve sur un quai battu par la pluie, un cadavre de femme, et un revolver non loin de lui... Y est-il pour quelque chose ? Des amnésiques, le polar en a déjà croisé un certain nombre, Seiter n'en a pas moins hésité à en lancer un nouveau dans la famille, et c'est réussi. Son personnage va explorer la moindre piste, pour petit à petit redécouvrir qui il est. Une histoire dessinée en bichromie par Regnauld : un réel plaisir pour les yeux, et également l'occasion de découvrir un dessinateur jusqu'à présent surtout connu pour son travail sur Canardo.


Tyler Cross 2 : Angola
Scénario Fabien Nury et dessin Brüno
Dargaud - 95 pages couleurs. 
 
Emprisonné dans un pénitencier suite à faux casse dans une bijouterie pour une arnaque à l'assurance, Cross va très vite au devant des vrais ennuis avec ses co-détenus, et le voici avec un contrat sur la tête à l'intérieur même d'Angola. Pour s'en sortir, une seule solution : se faire la belle au plus vite. Mais comme dit la "punchline" de la couverture : "Si Tyler Cross sort un jour, ce ne sera pas pour bonne conduite". En deux albums seulement, Tyler Cross s'impose à la fois comme un futur classique, et comme hommage réussi au polar façon hard-boiled. Le vrai goût de l'Amérique, quoi ! 
 

Zaï Zaï Zaï Zaï
Scénario et dessin Fabcaro
6 Pieds sous terre – 72 pages bichromie - Collection Monotrème (mini) 

Le polar là où on ne l'attend pas ! Tout démarre en effet le jour des courses pour le héros, qui au moment de présenter sa carte de fidélité à la caisse, se rend compte qu'il ne l'a pas, et, à partir de là, tout part en cacahuète : le voici obligé de fuir à toutes jambes cet endroit maudit, où le directeur du magasin, appelé par sa caissière, l'a carrément menacé d'une roulade arrière... Dès lors, un engrenage infernal s'enclenche pour le client oublieux, qui devient du jour au lendemain, l'ennemi public numéro 1... Cet ovni signé Fabcaro est tout simplement une des meilleures BD - tous genres confondus - de cette année 2015 : le scénario tient tout autant de la critique sociologique que du polar. Il n'est dans aucune sélection à Angoulême ? Pas grave, il est dans celle de Bédépolar !