Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

dimanche 16 juin 2013

[Nouveauté] - Au vent mauvais (Rascal et Murat) - Futuropolis

Abel Mérian sort de prison, après sept  ans passés à l'ombre. Avec le pécule amassé pendant ces années,  il s'achète de nouvelles fringues (dans le premier magasin qu'il trouve : un New Man...), et prend un billet de train pour la ville où un butin l'attend, enterré dans le sol crasseux d'un usine.  Mais à son arrivée, Mérian découvre que la vieille fabrique est devenue un musée d'art contemporain flambant neuf. Avec plusieurs mètres de béton au dessus de son fric. L'homme est déboussolé, et alors qu'il est perdu dans la contemplation d'un Magritte, un portable sonne près de lui : il appartient à une jeune fille qui l'a oubliée, avant de prendre son vol pour l'Italie.
Elle lui demande de lui renvoyer, ce qu'il s'apprête à faire, mais il renonce devant la queue à la Poste... Il décide alors de voler une voiture et d'aller en Italie pour rendre le portable à la jeune femme, étrangement séduit par celle-ci, à travers les textos qu'il a pu lire sur le téléphone, et une photo d'elle. Un périple commence, où Abel sera accompagné d'un chien, puis d'un gamin débrouillard...
 
Ce récit noir de Rascal, est un beau portrait d'homme qui doit faire face à une société dont il a un peu oublié les codes, après ses années de prison. C'est une histoire à multiples entrées et lectures.
C'est d'abord  un récit sur le temps, dont le premier symbole est cette usine disparue, remplacée par un musée. C'est dans ce lieu de labeur devenu lieu de mémoire, que le souvenir du père surgit, face à une oeuvre de Magritte. Et là, le voyage dans le temps se confond avec voyage dans l'art.
C'est ensuite une réflexion sur le genre humain : le chien - ce meilleur ami de l'homme - est bon, l'enfant est bon (mais peut-être déjà sur la mauvaise pente, car on sent le voyou roublard derrière le gamin débrouillard), mais l'adulte, lui,  semble bien irrémédiablement mauvais...
Et c'est enfin une histoire à chute, brutale, réussie, car assez inattendue : tout au long du voyage vers l'Italie, on se demande vraiment ce que peut espérer Abel de ce périple vers un amour fantasmé.
La technique de Thierry Murat est celle employée dans "Les larmes de l'assassin" : de grandes cases, avec, comme  texte en légende, les pensées du narrateur, Abel. Très peu de dialogues, sans les phylactères qui plus est, ce qui place un peu plus cet album dans la famille des récits graphiques .
Mais ce très bon album, très sombre, au final assez froid, est surtout une parfaite illustration de la branche "noire" du genre polar.


Au vent mauvais
Texte Rascal et  dessin Thierry Murat - Futuropolis, 2013 - 18 €

mercredi 29 mai 2013

[Flons-flons & Paillettes] - Le Prix SNCF du Polar / BD 2013 à "Un léger bruit dans le moteur" (Physalis)

Le verdict est tombé hier vers 20h à la Gaité Lyrique à Paris : les lecteurs-voyageurs ont porté en tête l'album "Un léger bruit dans le moteur" pour la deuxième édition du Prix SNCF du Polar BD. Une belle récompense pour Jonathan Munoz (dessinateur) et Gaet's (scénariste), sans oublier Jean-Luc Lucciani, auteur du roman éponyme dont cet album est une adaptation.
Comme l'a fait remarquer le monsieur loyal de la soirée, le toujours impeccable Jean-Pierre Dionnet , plus question maintenant de confondre Jonathan Munoz, qui signe ici sa première bande dessinée, avec José Munoz, créateur avec Sampayo d'Alack Sinner. D'ailleurs, allez donc faire un tour sur le site de Jonathan, vous verrez un peu de quoi l'oiseau est capable...
Bravo donc aux lauréats, et aux éditions Physalis, qui ont cru dans ce projet, un peu barré, de deux jeunes auteurs. Notons au passage que ce prix, dont un des objectifs avoués est de faire découvrir des nouveaux talents, a réussi son coup pour cette deuxième édition. 
Jonathan Munoz à Gaet's : cette fois, je crois bien qu'on le tient, le trophée !
 La sélection pour le prix 2014 est en cours de constitution, et vous la connaîtrez très vite grâce à Bédépolar. Et pour cette troisième édition de la branche BD du prix, il sera possible de voter via internet. Donc : affaire à suivre !
Et pour n'oublier personne, sachez aussi que le prix polar SNCF du roman est allé à Jérémie Guez pour "Balancé dans les cordes" (La Tengo éditions) et le prix polar SNCF du court-métrage est allé lui à "Kérozène" de Joachim Weissman (Artémis productions).
Champagne pour tout le monde !
Gaet's, Munoz et MC Dionnet

dimanche 26 mai 2013

[Nouveauté] - Tueurs de mamans 1 (Zidrou, Ers et Borecki)

Elles sont cinq, plutôt cocottes, des ados bien dans leur peau et dans leur tête, enfin... presque !
Elles ont tout de même des soucis avec leurs mères respectives, à tel point qu'elles ont formé un ordre secret  - les nonnettes - au sein même du collège, pour y discuter de leur quotidien un peu trop difficile à leur goût... La seule condition pour y entrer : ne pas avoir de père. Elles se réunissent régulièrement dans un local bien à elles, une chapelle oubliée de ce collège qui fut catho, dans un autre siècle. Et, au cours d'une séance d'intronisation d'une nouvelle membre, la fougueuse Toronto, Anggun, l'accro de l'ordi, tombe sur un site étrange : Castigo. Il suffirait de désigner une personne   dans un formulaire, d'indiquer un châtiment, de payer.. et d'attendre que la victime reçoive sa punition. Les filles se lâchent et remplissent cinq formulaires, avec des châtiments plus ou moins sévères... Cela va de la claque à... beaucoup plus meurtrier ! Un peu dubitatives, elles se rendent compte que le site n'est pas une arnaque et qu'un curieux exécuteur des peines officie avec efficacité... Mais jusqu'où ira-t-il ?

Première partie d'une histoire-choc signée Zidrou, qui décidément confirme son talent pour le polar (cf : La Peau de l'ours, Le Client), avec en prime ici un sens aiguisé du suspense qui fait entrer ce dyptique dans la catégorie du thriller, le vrai, celui où l'on frissonne . Ses héroïnes ados sont très crédibles, leur quotidien également, et les relations mère-filles sembleront à coup sûr des plus criantes de vérités à plus d'une lectrice... jeune ou pas ! La réussite du scénario tient à la fois dans justement à ce que l'histoire imaginée par Zidrou se déroule dans un cadre solide, familier, et que d'une vengeance virtuelle, ludique presque, on passe à un concret beaucoup plus sordide, froid. Il y a, au-delà de l'aspect thriller annoncé,  une critique claire d'une société numérique qui échappe à l'être humain, et dont il peut devenir le jouet. Le dessin du tandem Ers-Borecki appartient à l'école franco-belge et il reste un soupçon de légèreté au trait du duo, qui crée ce petit décalage avec le propos, au final assez sombre, du scénario. "Tueurs de maman" appartient à cette même famille de bandes dessinées pour la jeunesse, comme le fut ""Bidouille et Violette" (certes dans un autre genre) et l'est actuellement "Seuls", où l'on ose dire des choses importantes sur l'enfance, l'adolescence, en s'adressant directement aux enfants et ados, via un dessin à priori "classique", et inoffensif ... Zidrou a un jour déclaré qu'il était un "scénariste de bande dessinée à gros nez qui a décidé de faire des scénarios un peu plus compliqués" (ici  sur l'excellent blog madmoizelle.com) : il semblerait bien cette fois qu'il ait réussit à allier les deux.
Ce tome 1 est donc une grande réussite, reste à conclure cette histoire aussi bien qu'elle a été entamée : il n' y aura pas longtemps à patienter puisque le tome 2 est annoncé pour juin...


Tueurs de mamans 1 - Castigo
Scénario Zidou ; dessins Ers et Borecki
Dupuis, 2013 - 48 pages - 12 €

mercredi 1 mai 2013

[Nouveauté] - Lartigues et Prévert par Benjamin Adam (La Pastèque)

Lartigues, c'est celui qui est barbu, enfin, plus pour très longtemps. Prévert, c'est celui qui est propriétaire de l'épicerie du bourg. Enfin, plus pour très longtemps non plus. Tous les deux ont l'air d'avoir comme des ennuis, et voilà pourquoi ils lâchent leur magasin, et essayent de se faire oublier, juste quelques jours, le temps que l'affaire se tasse. L'affaire ? Une histoire de cadavre ensanglanté, retrouvé dans le coffre d'une R12 abandonnée avec son chargement, bien sûr, devant le garage du bourg. Pas très content le garagiste... surtout quand la police le place en garde à vue. Et que la R12, elle aurait plutôt été conduite par Lartigues, pour la dernière fois... Voilà pourquoi Lartigues a préféré se terrer avec Prévert dans cette vieille maison familiale oubliée de tous, à Machault, dans les Ardennes. Mais les deux hommes ne semblent pas attendre que le temps passe avec la même sérénité...

Alors là, ami(e)s du polar, voici un des albums de l'année, rien de moins. Entièrement réalisé par Benjamin Adam, il séduit d'abord par son aspect extérieur : couverture mystérieuse à la composition éclatée, dans un style art déco revisité, et dos toilé très soigné. Impeccable.  Et dès qu'on tourne cette première page, apparaît, avant-même la page de titre, une galerie de portraits : treize visages qui donnent leur avis sur "le fils Lartigues",  treize anonymes semblant répondre à un invisible journaliste, enquêteur, curieux... Et voici le lecteur plongé dans le bain immédiatement, avec cette page pré-générique, qui indique d'entrée que  le récit va se construire par touches successives. Passé cette séquence initiale, on suit donc le voyage et l'arrivée du duo, sous la neige, dans un village reculé, et leur installation dans la maison - abandonnée, presque - d'une tante de Lartigues. Une maison figée dans le temps, dont la mémoire est enfouie dans ces cartons qui traînent un peu partout. Une maison gardée par un blaireau empaillé, immortalisé dans une drôle de posture. Petit à petit, dans cette atmosphère étrange et poussiéreuse, la relation entre les deux hommes s'assombrit, en même temps que l'histoire progresse et s'éclaircit. Benjamin Adam alterne les séquences avec Lartigues et Prévert, et leur manière bien différente de faire face à leur situation préoccupante, avec des pages présentant des éléments-clés de l'intrigue, que ce soit des objets (la R12, la carabine) ou des personnes. Ces coupures sont franchement marquées, visuellement, par une mise en  couleur radicalement différente (rouge et noir, vert et noir), qui tranche avec le gris-bleu / noir des pages avec le tandem. Coté lecture, la mise en page est assez audacieuse, puis que l'oeil doit suivre un chemin lui aussi différent pour toutes ces double-pages qui sont presque des interludes, l'une d'elle étant même qualifiée d'"entracte". C'est d'ailleurs l'une des plus originales de l'album. 
 
Il faut aussi dire un mot  du lettrage, réellement réussi, et qui participe lui aussi à ancrer l'histoire dans les années 70 où elle se déroule. C'est un autre aspect intéressant de "Lartigues et Prévert", la restitution de cette époque où on fume dans les trains,  où les cabines téléphoniques à pièce peuvent devenir le seul moyen de communication...  et où la mise en examen s'appelait encore la garde à vue...  Graphiquement superbe, "Lartigues et Prévert" n'oublie pas d'être un album au suspense maintenu jusqu'au bout, avec des personnages attachants, solidement construits et aux comportements et réactions crédibles, face aux événements qu'ils traversent. C'est un album extrêmement riche, de la famille de ceux qu'on peut lire et relire en y trouvant toujours autant de plaisir. Regardez dans votre bibliothèque : ces albums sont rares, pas vrai ? Vous pouvez y rajouter "Lartigues et Prévert".

Lartigues et Prévert 
Textes et dessins de Benjamin Adam
La Pastèque, 2013 - 130 pages couleur - 23 €

mardi 12 mars 2013

[Nouveauté] - Fatman, de Chauvel et Denys


Il est monstrueusement massif, chauve, tatoué, et promène le petit chien de sa gentille voisine, la vieille Miss Hutchinson, dans les rues calmes de son quartier. Il porte des rangers – à moins que ce ne soient des Doc Martens - une chemise à carreaux rouge, et son pantalon est retenu par des bretelles tendues à l'extrême. Son regard est dissimulé derrière des petites lunettes cerclées, mais on ne sait s'il faut être rassuré ou pas de ce petit côté intello. En tous cas, Carl Douglas ne fait pas de vagues, et passé sa balade quotidienne, il s'affale devant la télé, un pot de victuailles à forte teneur en matières grasses à la main. Et c'est dans cette position, chez lui, qu'on vient le chercher, menaces à la clé, pour une proposition qu'il va devoir accepter. Parce que Carl Douglas n'est pas que ce gentil voisin, serviable et discret : il est aussi le roi de l' 'évasion, une sommité dans son domaine, à tel point qu'il a tiré un best-seller de son expérience personnelle en la matière. Et ceux qui font irruption chez lui sans crier gare le savent bien, et c'est pour cette raison qu'ils lui font faire un voyage à New York. Là, on explique à Carl Douglas ce qu'il doit faire : soustraire un parrain de la pègre locale à la justice, lors de son transfert vers le tribunal, où l'homme doit comparaître devant un grand jury. Douglas accepte, avec un flegme tout britannique. Mais ses commanditaires feraient bien de se méfier d'un homme qui décapsule ses bières avec les dents, et qui n'aime pas trop être dérangé...

Ce « Fatman » est le quatrième de la série « La grande évasion », une série-concept qui met en scène, on l'aura deviné, des personnages qui mettent tout en oeuvre pour s'échapper d'un endroit, en général très surveillé.  Ici, c'est le boss de la collection lui-même qui s'y colle, David Chauvel, et son scénario prend un peu le concept à l'envers, tout du moins au début, puisque celui qui ne peut être retenu par aucun barreau est déjà libre... C'est donc un autre personnage qui aura le rôle de l'évadé, mais c'est malgré tout Carl Douglas, alias Fatman, la véritable vedette de cet album. D'abord, parce que le lecteur le suit dans sa « préparation » de l'évasion - tellement étrange qu'elle en déroute ses commanditaires – et qu'ensuite, très vite, la force tranquille qui émane de Douglas laisse penser que rien ne va se passer comme prévu... par personne. Ajoutez à ces virils individus une femme au bord de la crise de nerfs, dont les apparitions de plus en plus hallucinées ponctuent régulièrement le récit, et un parrain qui perd petit à petit pied à cause de la maladie, et vous tenez un album qui sort des sentiers battus. Chauvel revient d'ailleurs au polar avec cette histoire, rappelant le grand scénariste du noir qu'il a toujours su être (Nuit Noire avec Lereculey, Trois allumettes avec Boivin, Les Enragés avec Le Saëc..). Il est ici en tandem avec Denys, avec qui il avait donne le très réussi Soulman dans la collection « Le Casse ». Denys, auteur au Lombard ,avec Dugand, d'une trilogie entre polar et fantastique, un peu passée inaperçue et qui méritait un meilleur sort : District 77. En attendant d'y jeter un oeil, entrez dans la danse avec ce rude boy de Fatman, sur un air de ska, of course...

[ Et allez, je ne résiste pas au clin d'oeil. Le vrai roi de l'évasion qui a enchanté mes jeunes années (mais non je suis pas vieux) c'est l'époustouflant Janus STARK... dit "l'homme-anguille".Je suis sûr qu'il reste des fans...]

Fatman
Scénario David Chauvel et dessin Denys
Delcourt, 2013 – 72 pages couleur – (La Grande évasion)
16,95 €

dimanche 10 mars 2013

Disparition de Maurice Rosy : Tif et Tondu en état de choc

Maurice Rosy, par Didier Pasamonik (pour ActuaBD)
 La disparition de Maurice Rosy, samedi 23 février , à 85 ans est un peu passée inaperçue, en tous cas aux yeux du grand public... Ce même public connaît pourtant l'un de ses personnages, un des méchants les plus intéressants créés pour la bande dessinée : Monsieur Choc. C'est en effet Rosy qui a inventé ce fascinant ennemi du célèbre duo Tif et Tondu. Portant smoking impeccable, la tête éternellement dissimulée par un heaume inquiétant, Choc est omniprésent dans les toutes premières aventures des deux aventuriers, et cette présence perdura, puisque d'autres scénaristes s'en empareront par la suite. A propos de monsieur Choc, Maurice Rosy déclarait : « Ma première idée fut de créer un malfrat qui ne serait jamais vu que de dos... Mais très vite cette conception montra ses limites. J'ai donc fouillé dans ma mémoire pour retrouver les lectures de mon enfance. Et le personnage de Fantômas s'est imposé à moi. Un malfaiteur en habit de soirée ! Les couvertures seules de ses romans étaient une invitation au rêve, ou plutôt au cauchemar et à l 'effroi ».
Nul doute que des générations de lecteurs ont à leur tour frissonné aux apparitions de Choc, que Will su si bien mettre en scène. L'intégrale de Tif et Tondu, dans ses tomes 1 (Le diabolique M. Choc), 3 (Signé M. Choc), 5 (Choc mène la danse) et 6 (Horizons lointains), reprend toutes les aventures signées par Maurice Rosy, dans des volumes aux dossiers de présentation bienvenus. On y retrouve ainsi la parole de Rosy lui-même (la citation précédente en est un exemple) et on se rend compte à quel point ce scénariste eut une importance capitale dans les débuts, puis dans l'ascension, d'une série qui allait devenir un classique de la BD franco-belge. Pour cela, et pour mille autre choses, car sa carrière d'auteur fut riche et diversifiée, il faut saluer la mémoire de Maurice Rosy, grand pourvoyeur d'imaginaire.

Dans leur communiqué pour annoncer la disparition de Rosy, les éditions Dupuis précisent :
« Pour les éditions Dupuis, Maurice Rosy réalisait depuis quelques temps son autobiographie en bandes dessinées. Prévue à l’occasion des 75 ans de ce journal qu’il a tant contribué à rendre mythique, elle était en cours d’achèvement. L’ouvrage sera publié en l’état au second semestre 2013 ».

Les intégrales Tif et Tondu
Scénario de Maurice Rosy et dessins de Will
1 -  Le diabolique M. Choc.
(Tif et Tondu contre la Main Blanche – Le Retour de Choc – Passez muscade)
3 - Signé M. Choc
(Plein gaz – La Villa du Long-cri – Choc au Louvre)
5 - Choc mène la danse
(Les Flèches de nulle part – La Poupée ridicule – Le Réveil de Toar – Le Grand combat)
6 - Horizons lointains
(La Matière vert – Tif rebondit – Le Fantôme du samouraï)

dimanche 24 février 2013

[Au palmarès] – Le Prix Polar'Encontre 2013 à « 20 ans ferme » (Futuropolis)

Le Prix Polar'Encontre, qui récompense la BD au festival polar de Bon Encontre (47) a été attribué la semaine dernière au dessinateur Nicoby pour son album « 20 ans ferme », paru en mars 2012 chez Futuropolis. Le scénario est signé Sylvain Ricard, d'après le témoignage d'un ancien détenu condamné à une longue peine.

En voici le résumé, présenté sur le site des éditions Futuro :

« 1985. Après avoir participé à un braquage, Milan est arrêté par la police. C'est le début d'une longue descente en enfer. Milan supporte mal la promiscuité de la prison, l'entassement, la sensation d'être moins bien traité qu'une bête qui va à l'abattoir. Il va donc régulièrement remettre en cause les pratiques souvent arbitraires en cours dans les prisons. Les révoltes et les bagarres le conduisent au quartier disciplinaire. Sa réputation de mauvais garçon grandit. Milan est constamment conduit d'une prison à l'autre, à son grand désespoir et celui de sa fiancée. Les moments d'accalmies, où Milan arrive à avoir des activités constructives en prison, sont systématiquement mis à mal par ses perpétuels déménagements. Condamné à 20 ans ferme, Milan trouvera cependant le moyen de calmer sa révolte et finira par être libéré pour bonne conduite quelques années avant la fin de sa peine. »

Le jury, pour la bande dessinée, était présidé par Jean-Christophe Chauzy, auteur de l'affiche de cette 8ème édition du salon. « Polar'Encontre », qui se déroule tous les ans peu de temps après Angoulême, est un festival qui mérite de retenir l'attention de tous les fans de polar en cases : c'est le seul en France à inviter autant d'auteurs de bandes dessinées que de romanciers...  Rendez-vous en 2014 pour la neuvième édition, et en attendant, attardez-vous sur ce « 20 ans ferme », un album coup de poing, sous-titré  : « Un récit pour témoigner de l'indignité d'un système ». Une pierre supplémentaire à l'édifice dans les débats récents sur la question des prisons en France.

Vous pouvez suivre le travail de Nicoby, Joub et Pépito sur leur blog commun : le blog de l'atelier.

20 ans ferme.  Un récit pour témoigner de l'indignité d'un système.
Texte de Sylvain Ricard et dessin de Nicoby
Futuropolis, 2012 – 104 pages – 17 €

dimanche 10 février 2013

[Nouveauté] - Le Havre, un roman noir graphique par Jay, Djian et Popopidou

Jacques Daniel est barman, au Havre. Son rade, c'est le Buveur d'étoiles, un bar de nuit qui n'ouvre qu'à vingt heures, et qui voit  passer, du notable à la petite frappe, tout une faune, jusqu'au petit matin. Jacques tient la baraque derrière son comptoir depuis cinq ans : c'est qu'il a dû plaire à la patronne, une cinquantenaire bien usée par la vie, qui n'a jamais gardé de barman plus de six mois. Françoise Deligny semble plus regardante sur ses serveurs que sur sa clientèle, qui a choisi la tranquillité de l'endroit pour régler certaines affaires. Dans des petits compartiments dissimulés par des rideaux, des rendez-vous, plus ou moins secrets, aboutissent à des affaires plus ou moins honnêtes. Ce soir-là, Jacques voit débouler une figure locale, Michel Tagorre, le président du club de foot de la ville, un homme arrogant et autoritaire, persuadé d'avoir le monde à ses pieds et qui le fait bien sentir à ses semblables. Parmi les clients, Jacques remarque aussi une blonde en cuir noir, à  l'air sérieusement paumé. Il sert aussi un ancien copain de lycée, tout surpris de le trouver au service derrière son zinc. Une nuit comme une autre, en fait. Mais de retour chez lui, Jacques a une mauvaise surprise : Mimi, sa fiancée est partie, et lui a laissé un mot d'adieu. Tout s'écroule autour de lui, et l'inquiétude se mue en angoisse quand il apprend le lendemain qu'une jeune femme blonde a été retrouvée avec une balle dans la tête, dans les eaux du port. Une blonde, comme Mimi...
Ce premier album du dessinateur Jay est scénarisé par Jean-Blaise Djian et Popopidou (un/e fan de Marylin ?) et il est original à plus d'un titre, à commencer par  son traitement graphique. En effet, plus qu'un album traditionnel avec sa dynamique « case, planche, récit » - comme l'a si bien décrite Benoît Peeters – le lecteur a en fait en main une longue nouvelle illustrée, où le texte a autant d'importance que l'image. Ce choix délibéré permet de mieux entrer dans la tête du personnage principal, le barman Jacques, et de s'inquiéter avec lui du sort de celle qu'il aime. Ou encore, de mieux s'immerger dans l'ambiance nocturne et portuaire du récit, et de bien poser les jalons d'un drame en train de se nouer, à plusieurs niveaux. Pour cela, les personnages mis en scènes sont suffisamment forts pour qu'on y croit, même si, parfois, ils forment une galerie d'hommes et de femmes maintes fois croisés dans le genre. On retiendra le coup de crayon de Jay, qui, tout en se cherchant parfois, réussit à camper un Jacques Daniel attachant et taciturne à la fois, et tout une flopée de second – ou premiers – rôles, que le dessinateur s'est amusé à doter de traits qui nous sont familiers. Ce qui donne quelques chocs visuels assez intéressants : le patron du club de foot a le visage de Swearengen, le terrible tenancier de saloon de la série « Deadwood », et Grivert, le flic, a lui des faux airs de Pierre Tornade... Une piste pour désigner celui qui s'en sortira ? Enfin, le choix du noir et blanc pour cet album, au petit format, est tout à fait judicieux, d'autant que Jay réussit quelques belles planches muettes, parfaites pour palper l'atmosphère assez poisseuse de ce Havre-là. Suite et fin au prochain épisode : Joyeuses Fêtes. A noter que ce titre est le premier d'une nouvelle collection des éditions Vagabondages : Black zone.
Jay, Angoulême 2013, en pleine action...
Le Havre, tome 1 : Au buveur d'étoiles
Scénario Jean-Blaise Djian et Popopidou ; dessin Jay
Vagabondages, 2013 – 110 pages noir et blanc – Collection Black Zone
11,20 €

lundi 4 février 2013

Angoulême 2013 : Le Fauve Polar SNCF à Anthony Pastor pour Castilla Drive

JP Dionnet, P. Lescure, O. Reinsbach, A. Pastor
Et bien voilà : le deuxième Fauve Polar SNCF a été officiellement remis dimanche lors de la cérémonie de clôture du 40ème festival d'Angoulême à Anthony Pastor, pour son Castilla Drive, publié par Actes Sud / L'an 02. Un prix remis remis en présence des animateurs de la soirée - l'impeccable duo Jean-Pierre Dionnet et Pierre Lescure - par Olivier Reinsbach, directeur des marques à SNCF (non, je n'ai pas oublié l'article, on ne dit plus la SNCF, mais SNCF tout court). Un prix mérité pour un auteur qui monte, et qui n'a pas oublié de remercier son éditeur, Thierry Groensteen. Dans quelques jours, vous pourrez lire une interview des deux heureux hommes, sincèrement ravis de recevoir ce Fauve polar, un prix qui marque une étape importante dans la jeune carrière d'Anthony Pastor, auteur jusqu'à présent de quatre albums, tous chez Actes Sud / L'An 02. Et un auteur qui est encore en compétition, pour l'autre prix parrainé par les amis du rails : le Prix du Polar SNCF BD... verdict en mai. 
A noter que le prix du meilleur album est allé à Abel Lanzac et Christophe Blain pour Quai d'Orsay 2 (Dargaud) et que le Grand prix de la Ville d'Angoulême a été attribué à Willem, qui sera donc le prochain président du festival...  C'est pas du polar, mais ça risque de saigner sévère ! 
 Castilla drive
Texte et dessin d'Anthony Pastor
Actes Sud / L'an 2, 2012 – 158 pages couleur - 19 €


samedi 2 février 2013

[Angoulême 2013] - Le Fauve polar est lâché... et sa capture est proche!

Qui pour succéder à Simon Hureau et son « Intrus à l'étrange », premier Fauve Polar décerné l'an passé ? Mystère... mais plus qu'un jour avant de connaître le lauréat du Fauve Polar 2013... ! En attendant la fin du suspense, voici une interview-express de Benoit Lanciot, responsable des Relations Publiques et des Evénements à SNCF, qui rappelle les caractéristiques de ce Fauve polar, à ne pas confondre avec le Prix SNCF du polar...

Benoit Lanciot : Le Fauve polar n'est pas une compétition, c'est un prix. Un prix que nous remettons dans le cadre du festival d'Angoulême. Il va consacrer un auteur parmi une sélection qui a été faite par le comité officiel de sélection du festival, et cette année en 2013, ce sont 5 albums qui se retrouvent en compétition. Et c'est un jury d'experts, de professionnels, qui va remettre le prix. Un jury composé des trois experts du prix SNCF du polar dans chacune des trois catégories, BD, court-métrage et roman. Nous avons donc Frédéric Prilleux (non ce n'est pas un homonyme), bien entendu, Pascale Faure, responsable des programmes courts de Canal Plus, et Christine Ferniot, critique littéraire s'il en est, experte du prix du roman polar. Et les deux autres membres de ce jury sont Franck Margerin, qu'on ne présente plus, et Stéphane Beaujean, l'un des membres du comité de sélection d'Angoulême, qui a justement participé à cette sélection du fauve Polar. C'est ce jury qui s'est réuni pour décerner le prix 2013...  dont le nom sera découvert lors de la cérémonie officielle de clôture d'Angoulême, à 16h...

Bédépolar : Ce lauréat sera-t-il présent demain sur l'espace polar SNCF ?

Benoît Lanciot : Bien sûr ! Une fois qu'il aura absorbé la joie de ce prix, il viendra juste après la cérémonie nous rejoindre ici sur l'espace polar SNCF, où il vivra sa première interview de lauréat du Fauve polar, et il sera célébré avec nos clients et les festivaliers.

Bédépolar : Merci Benoit Lanciot, et à très bientôt !

Les 5 titres de la  compétition officielle 2013

L'assassin qu'elle mérite, tome 2 : la fin de l'innocence, de Lupano et Corboz (Vents d'Ouest)
Castilla drive, de Pastor (Actes Sud / L'an 02)
L'Epouvantail, de Stromboni et Cotte d'après Morrieson (Casterman)
Fatale, tome 1 : la mort aux trousses, de Brubaker et Phillips (Delcourt)
Le Tueur de la Green River, de Jensen et Case (Ankama)



dimanche 27 janvier 2013

[Nouveauté] - Bad Ass 1 : Dead End


1977. Jack Parks est un étudiant transparent, nul en à peu près toutes choses, incapable d'attraper un ballon de basket au vol, ou de séduire une fille. Il faut dire que son visage couvert d'acné ne lui ouvre pas vraiment les portes des chambres des bombes du campus, et il est plutôt, en fait, le souffre-douleur idéal de la gent masculine de la Cleardale Highschool. Son quotidien c'est donc, tabassages et humiliations. Bien des années plus tard, le voici devenu un autre homme, ou plutôt surhomme : il est Dead End, un super-vilain à l'adresse inégalée, capable de transformer une rue tranquille en théâtre des opérations apocalyptique, rien qu'en projetant une pièce de monnaie, au bon endroit, au bon moment. Un monstre, quoi. Comment en est-il arrivé là ? Que veut-il ? Qui sont ses ennemis ? Dead End se fout pas mal de tout ça : à bord de sa Dead Mobile, il trace sa route, en écrasant tout le monde sur son passage...
Amis de la poésie, bonsoir ! Il va falloir faire place à un petit nouveau dans le monde des comics, et Dead End, le « héros » de cette nouvelle série, Bad Ass, n'a rien à envier à ses cousins américains. Car Jack Parks et son avatar son nés de l'imagination d'Herik Hanna (scénariste de l'excellent 7 détectives), qui a eu l'idée de créer, ni plus ni moins, qu'une série à la couleur, au goût et à  l'esprit des histoires de super-héros et super-vilains sévissant chez l'Oncle Sam. Ce n'est pas la première fois que des Français s'emparent des comics et de leurs codes, et, dans le monde des super-héros, on se souviendra des Photonik Cosmo et autre Mikros, lancés par Lug, dans Mustang,  à l'aube des années 80. Mais ces trois personnages étaient  positifs, et se battaient contre d'impitoyables super-méchants. Avec Bad Ass, on change de bord, et Dead End est à ranger définitivement (?) du côté des bad guys... C'est une vraie teigne, et la série est à l'avenant : dialogues percutants, scènes de baston spectaculaires, le tout baignant dans une espèce d'ironie assez bienvenue. Habile mélange des genres, Bad Ass, c'est en fait le polar qui s'invite au bal des héros costumés. Et des mecs et des nanas en costumes, il y en a une belle galerie dans ce premier tome, et visiblement Bruno Bessadi  - parfait en passant - s'éclate à les mettre en scène. Ce tome est le premier d'une série de quatre, Hanna ayant déjà écrit toute l'histoire de Dead End... et de The Voice, les deux personnages principaux de son intrigue. C'est justement The Voice qui sera à l'honneur dans le prochain tome. Mais prenez déjà  le temps de plonger dans la vie tourmentée de Jack Parks, ça secoue pas mal, et si vous aimez les comics, cette tentative 100 % frenchie est faite pour vous. Il reste maintenant à surveiller de près les deux autres séries annoncées par Delcourt sous ce label « Comics fabric » : « Nightfall » et « Le Cercle » aux aspects fantastiques plus prononcés. Wait and see...

Bad ass, tome 1 : Dead End
Scénario Herik Hanna et dessin Bruno Bessadi
Delcourt, 2013 - 96 pages couleur - (Comics fabric)
14,95 € 

samedi 19 janvier 2013

[Palmarès] - Sélection Bédépolar 2012


Allez, en attendant les prochaines chroniques de nouveautés, voici la liste des 10 albums de l'année 2012, selon la fine équipe de Bédépolar.  Un « top ten » issu d'une intense soirée de débat avec moi-même, où les participants n'ont pas hésité à s'invectiver, se jeter des albums à la tête, et menacer de quitter la salle si leur chouchou n'intégrait pas la prestigieuse liste. Bien entendu,  j'ai calmé tout le monde à grand coups de mandales, et tout est rentré dans l'ordre. Car, comme le dit si bien mon collègue et néanmoins ami Judge Dredd : « I am the law ». Ouaip.  Et l'ordre, d'ailleurs, il est ici alphabétique, avec en prime, un petit extrait dialogué pour chaque album. Parce que, la bande dessinée, c'est pas que des cases avec des dessins dedans. Non mais.
Signé Judge Fredd (Mega City 22,  Armor  Coast District)


Bang ! Katinka
Texte Jean-Christophe Deveney et  dessin de Loïc Godart
Akileos, 2012 – 62  pages couleur -14,25 €

« Je cherche quelqu'un.
- On cherche tous quelqu'un ! T'as essayé le Net ?
- Qui ça ? »



Castilla drive
Texte et dessin d'Anthony Pastor
Actes Sud / L'an 2, 2012 – 158 p. pages couleur - 19 €

« Où est-ce que t'as appris à filer comme ça ? Poète, c'est une couverture ?
- Les poètes se fondent très bien dans paysage »





C'est pas du Van Gogh, mais ça aurait pu...
Texte et dessin Bruno Heitz
Gallimard, 2012 – 122 pages couleurs
– Collection Bayou 17 €

« L'emmerdeur. Il vient souvent ici. Devant. Il explique aux gens où était la maison de Van Gogh. Il n'a jamais mis les pieds dans le bar. Un jour que je lui demandais de ne pas me boucher l'entrée du bistrot, vu qu'il faisait une conférence pour trente touristes, il m'a traité de... CANNIBALE !
- Non. Tu exagères, César. Il a dit « Anthropophage. »



Fatale 1 - La mort aux trousses
Texte Ed Brubaker et dessin Sean Philipps
Delcourt, 2012 – 136 p. couleurs - Collection Contrebande – 14,95 €

« Seigneur, Walt... Je sais que c'est pas beau à voir... mais si les agents te voient cracher tes tripes, t'as pas fini d'en entendre parler au commissariat.
- Je t'emmerde, Lanne... J'ai la gueule de bois, c'est tout.
- Ben j'espère que t'as plus rien sur l'estomac, parce que ça ne s'arrange pas au grenier... Tu vois l'idée ?
- … bon Dieu... »

Les faux visages, une vie imaginaire du Gang des Postiches

Texte de David B. et dessin d'Hervé Tanquerelle.
Futuropolis, 2012 – 152 pages en bichromie - 21 €

« - Alors, ils sont où ?
- Euh... On sait pas bien...
- Comment ça vous ne savez pas bien... et l'émetteur ?!
- On ne capte plus ! L'émetteur a une portée de 100 mètres, ils ont foncé tout de suite et ils sont hors de portée !
- 100 mètres, vous vous foutez de ma gueule ?!
- C'est tout ce qu'on avait ! »

 


La peau de l'ours
Texte Zidrou et dessin Oriol
Dargaud, 2012 – 64 pages couleur
- Collection Long courrier - 14,99 €

« Je ne te choque pas, j'espère, en te racontant cela ?
- J'ai 16 ans, Don Palermo. J'vous ai pas attendu pour découvrir que le Bon Dieu – dans son immense bonté – nous a dotés de bras juste de la bonne longueur ! »



Phil Perfect, l'intégrale
Texte et dessin Serge Clerc
Dupuis, 2012 – 296 pages couleur et noir et blanc
- Les Intégrales – 32 €

« Il faut que je rentre donner manger à mon oiseau
- Phil ! Tu n'as jamais eu d'oiseau !!
- Par Georges Braque !!! Tu as raison, je n'ai jamais eu d'oiseau !
- Mille vaches molles ! Voilà qui expliquerait tout !!! »


Pizza Road Trip
Texte  El Diablo et dessin Cha
Ankama, 2012 – 80 p noir et couleur
– Collection Hostile hoster – 14,90  €

« - Ptain ! C'est Blair Witch !
- Bon... Vous savez ce qu'on fait ? On largue le corps dans un champ et on se sauve, ok ? Le temps qu'on le retrouve, il aura déjà été bouffé par les corbeaux et les renards.
- Les renards ça bouffe pas du cadavre.
- Bon alors les corbeaux. J'en sais rien moi bordel ! Mais je commence à en avoir ras-le-cul de trimballer de la viande froide au pays des lutins. On sait même pas où on est !
- Chhhuut ! »


Série Scalped (7 tomes parus)
Texte Jason Aaron et dessin R.M. Guéra
Urban comics, 2012 – 130 pages

« - J'vous dois rien, les gars
- Toi, non, ton fils, oui.
- Il est dans le coma à l'hosto, depuis son accident
- Ce qui veut dire que sa facture te revient, et si tu veux pas finir dans le lit à côté du sien... »


Tony Chu – 3 : Croque-mort et 4 : Flambé !
Texte John Layman et dessin Rob Guillory
Delcourt, 2012 – 128 pages couleur – Collection Contrebande – 14,95 €

« C'est ça, l'absolution qu'elle a promise ? La Sainte Rédemption ? En empoisonnant tous les convertis mangeurs de poulet ?
- Yep. Dur.
- Cette poule prêtresse fait partie des victimes ?
- Je ne la vois pas. Bordel. »

mercredi 9 janvier 2013

[Nouveauté] - La Colère de Fantômas (Bocquet et Rocheleau)

21 août 1911. L'homme le plus célèbre et le plus redouté du moment est sur le banc des accusés : l'insaisissable Fantômas fait face à ses juges pour répondre du meurtre de Lord Bentham. Tout repose sur le témoignage de madame Flanquet, la respectable cuisinière des Bentham, et en particulier sur le fait que l'honnête femme ait immédiatement reconnu l'arme du crime, la broche à rôtir de l'office... Fantômas n'est bien entendu pas criminel  à s'en laisser compter par le petit personnel, et, comme il est son propre avocat dans ce procès, il demande à avoir en main la fameuse broche. Accordé ! Une bien mauvaise idée, surtout pour madame Flanquet, qui se retrouve très vite avec le crâne percé de part en part par son ustensile de cuisine... Cet ultime coup de sang de Fantômas l'envoie directement à l'échafaud, où il est exécuté, dans le petit matin du 22 août. Et c'est à partit de cet instant-là que tout commence...

Qu'on se le dise : Fantômas est de retour ! Et avec lui, Juve, Fandor, Lady Benthan et tout ce qui a fait le charme et l'immense succès de ce personnage : des aventures aux rebondissements les plus inattendus et les plus spectaculaires. Olivier Bocquet – qui signe ici son premier scénario – a en effet écrit une histoire digne de Souvestre et Allain : brouillard sur les origines de Fantômas, mystère autour de la mère de Fandor (le journaliste à ses trousses, rappelons-le), vol de la Joconde, assassinats rocambolesques, vengeances cruelles... Bref, ce Fantômas-là n'a pas oublié qu'il est l'archange du Mal, le méchant absolu. Et pour l'incarner, lui, et son époque, il y a aux pinceaux Julie  Rocheleau, dont le travail est simplement époustouflant : ses planches sont de véritables bijoux. Son Fantômas, inquiétant à souhait, est tantôt une ombre menaçante, tantôt un personnage de chair et de sang, au visage méconnaissable. Les personnages féminins sont dessinés avec une extrême délicatesse, et semblent, de temps à autre, nés de la plume d'une styliste de mode. Une impression d'élégance folle plane du début à la fin de ce premier volume, même dans les scènes les plus terribles. Un certain charme « rétro » qui fonctionne parfaitement ici. L'univers graphique de Julie Rocheleau est au carrefour de l'illustration et de la BD, et certaines cases évoquent Ron Searle, d'autres Gus Bofa.
Pour ce retour dans la bande dessinée, Olivier Bocquet conclut, dans la préface : « Aujourd'hui, juste retour des choses, c'est à son tour d'envahir les cases de la bande dessinée ». Comme si, auparavant, le fantômatique bandit n'avait pas rôdé sur les tables des dessinateurs. Il est vrai qu'il y eut peu d'adaptation mais Frisano (1980), Laverdure (1990) et Cabiron (2002) ont tous bel et bien fait vivre des aventures à Fantômas. Mais il faut bien reconnaître une chose : cette version - une interprétation personnelle du personnage - du duo Bocquet / Rocheleau est belle et bien la plus réussie, graphiquement et narrativement, de toutes.


En prime, ici  la bande-annonce Dargaud , pour vous mettre bien dans l'ambiance..

La colère de Fantômas 1 : Les Bois de justice
Scénario Olivier Bocquet ; dessin et couleur Julie Rocheleau
Dargaud, 2013 - 60 pages couleur – 13,99 €

dimanche 16 décembre 2012

[Chronique] - Castilla drive (Anthony Pastor)

Robert Salinger est détective privé, à Trituro, Etats-Unis. Ou plutôt était, car il s'est volatilisé dans la nature, laissant du jour au lendemain sa femme Sally se débrouiller avec les gosses.   Sally a donc repris le bureau de son mari, et suit comme elle le peut les affaires qui se présentent... quand affaires il y a. Car c'est plutôt le calme plat de ce côté, et, en cette période de Noël, ce serait bien qu'un gros client franchisse la porte de l'agence, histoire d'aider Sally à régler des dettes qui s'accumulent. Surgit alors Osvaldo Brown, alias « le Survivant », mais on ne peut dire qu'il ait la gueule de l'emploi, question portefeuille. C'est un pauvre bougre qui s'est fait tirer dessus, y a laissé une oreille, et vient voir Sally pour qu'elle retrouve ses agresseurs, car il n'a qu'une crainte : que ceux-ci ne viennent finir le boulot... La jeune femme commence par décliner l'offre, car sa branche à elle, c'est plutôt l'arnaque aux assurances et l'adultère. En plus, en questionnant Ray, flic chargé de l'affaire, elle apprend que celle-ci est compliquée, car sans témoin. Mais Sally finit par accepter d'enquêter pour Osvaldo, dont la personnalité – l'homme se décrit comme poète – le trouble plus qu'elle ne veut bien l'admettre....

 Une femme abandonnée mais volontaire face à l'adversité, une ville balayée par la neige, le froid et une enquête qui délaisse presque la recherche de la vérité sur l'agression dont a été victime le pitoyable Osvaldo, et préfère s'attarder sur les destinées des personnages principaux, en particulier celle de Sally et de ses enfants, de son mari disparu :  c'est ici plus une quête familiale qu'une enquête policière qui nous est donnée à vivre par Anthony Pastor, qui excelle dans la mise en scène et en images de ses personnages. Ceux-ci sont d'une grande justesse psychologique et on partage sans difficulté les sentiments qui les animent au fil des pages. Tout tourne autour du duo Sally / Osvaldo, en une confrontation entre cette femme forte et fragile à la fois, et cet homme un peu étrange, dont on ne sait s'il est réellement paumé ou s'il joue un rôle qu'il a minutieusement préparé. Autour de ce duo gravitent les enfants de Sally, deux ados de leur temps, agaçants et attachants en même temps, Pat, l'amie finaude et compréhensive qui tient la manucure juste sous l'appartement de Sally, Ray, le flic amoureux transi et dépité, et Robert, le mari qui entrera en scène pour un dernier tour de piste. Sous la neige. Une neige omniprésente, dans une cité aux allures de ville fantôme.
Sous couvert de polar - l'appartenance au genre ne fait pas de doute car les ingrédients du genre y sont -  « Castilla drive » n'est pas loin, en fait, d'être un conte de Noël... Un roman graphique – car là aussi, l'estampille peut y être accolée – en forme de conte, légèrement noir, où il est facile de se laisser embarquer, et qui laisse, un peu, pour une fois, la part au rêve.

Cet album figure dans la sélection du Prix SNCF du polar BD 2013, et dans la sélection Polar 2013 du festival BD d'Angoulême.

Castilla drive
Texte et dessin d'Anthony Pastor
Actes Sud / L'an 2, 2012 – 158 p. pages couleur -
19 €

samedi 8 décembre 2012

[Chronique] - La Peau de l'ours (Zidrou et Oriol)

Tous les matins, sous le soleil de plomb de l'île de Lipari, le jeune Amadeo grimpe à vélo la côte raide qui mène à la demeure du vieux Don Palermo. Arrivé là-haut, il lit son horoscope au vieillard, qui l'attend patiemment, attablé en terrasse, lunettes noires face à la mer. L'adolescent ne se laisserait pour rien au monde dérouter de sa mission, et s'il est régulièrement en retard, c'est parce que la délurée Silvana l'arrête tous les matins, avec l'espoir qu'Amadeo regarde d'un peu plus près ce qu'elle a sous sa jupe. Mais rien n'y fait, et Don Palermo a droit à sa lecture quotidienne. C'est que lui aussi, il attend quelque chose, depuis si longtemps  : une phrase que celle qu'il a aimée il y a bien des années doit lui laisser, dans ce journal, pour lui signifier son retour. Et le vieil homme commence un jour à dévoiler à Amadeo tout son passé : ces jours lointains où il était encore Téofilio, jeune montreur d'ours, puis bientôt au service d'un des parrains les plus dangereux de la ville de Stonfield, Don Pomodoro. Un parrain, qui a une petite fille, Mietta, belle comme le jour. Un parrain dont Teofilio a décidé secrètement de se venger, un jour.

Voici un polar qui sort des sentiers balisés du genre. Ou plutôt, qui réinvente un itinéraire avec les étapes auxquelles l'amateur est habitué : l'ascension du jeune protégé, la rencontre avec la femme, fatale,  car elle change la destinée de l'homme, la vengeance dans un coin de la tête, la violence et la cruauté du chef mafieux. Il y a tout cela, dans «  La peau de l'ours  », des ingrédients pour le moins classique  ; mais le scénario de Zidrou, est construit de manière à s'interroger jusqu'au bout, par aller-retours entre les années 40, celles où Don Palermo était encore le naif Téofilio, et maintenant, où il est ce vieillard fatigué s'accrochant à l'espoir de revoir un jour celle qui a marqué sa vie à jamais. Et le lecteur de s'inquiéter au fil des pages, sur ce qui a bien pu se passer dans ces années où Téofilio était au service du terrifiant Don Pomodoro, l'homme qui ne supporte les tâches de sang sur son costume blanc que si il les fait lui-même... De la tension, il y en a dans ce récit, même si  :
« 
Inutile de faire durer le suspense, Don Palermo ! Vous n'êtes pas mort puisque vous êtes là pour me raconter l'histoire  » lâche, à la moitié de l'album, Amadeo au vieil homme  ».
Réponse :  «
  Tu crois ça ? Et si je te disais que je suis mort un 13 décembre 1938   ?  »
Et voilà comme on relance toute la machine en plein milieu de la narration. Et au service de ce scénario subtil et prenant, il y a le superbe dessin d'Oriol, anguleux et chaleureux à la fois, terrifiant et rassurant en même temps. Tout un art de rendre cette histoire sombre particulièrement lumineuse, notamment grâce à l'emploi de couleurs chaudes.
L'album porte un autocollant «  Coup de coeur  » - on ne sait de qui, d'ailleurs – mais, il devrait plutôt faire figurer «  Coup au coeur  » : il y a autant d'amour que de haine dans «  La peau de l'ours  », de tendresse que de violence, de douceur que de dureté. Et des personnages y sont tout autant touchés dans leur âme et leurs sentiments que dans leur chair. Vraiment un des plus beaux albums de cette année.

A noter : "La peau de l'ours"  figure dans la sélection du Prix SNCF du polar BD 2013.

La peau de l'ours
Scénario Zidrou et dessin Oriol
Dargaud, 2012 – 64 pages couleur
- Collection Long courrier - 14,99 €